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Full text of "Le tresor des merueilles de la maison royale de Fontainebleau : contenant la description de son antiquité, de sa fondation, de ses bastimens, de ses rares peintures, tableaux, emblemes, & deuises : de ses iardins, de ses fontaines, & autres singularitez qui s'y voyent ..."

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-^^rif^r  VtUoinoiccd 


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TRESOR 

DES  MERVEILLES 

I  DE    LA 

MAISON  ROYALE 

FONTAINEBLEAV. 

CONTENANT  LA  DESCRIPTION 

DE  SON  ANTIQViTE',  DE  SA  FONDATION,  DE  SES  BASTIMENS, 

de  {es  rares  Peintures,  Tableaux,  Emblèmes,  &;  Deuifes  : 

de  Tes  lardinsjde  les  Fontaines,ôC autres  lingularitez 

qui  s,'y  voyent. 

SNS  EMBLE   LES   TRAICTEZ    DE  TA IX, 

les  jéjfemhlées ,  Us  Conférences , les  entrées  Royales,  les  NaJjfances ,  ^  Cere- 
mornes  de  Batte fme  de  qttelques  Enfans  de  France  ;  les  Mariages ,  les  Tournojs^ 
Cir  autres  magnificences ,  qui  s'y  font  failles  iHfques  à  prefenr. 

Par  leR.P.  F.  Pierre  Dan,  Bachelier  en  Théologie  de  la  Faculté  de  Paris  l 

Miniftre  &  Supérieur  du  Conuent  de  l'Ordre  de  la  S .  Trinicé,&  Rédemption 

des  Captifs ,  fondé  au  Chafteau  dudit  Fontainebleau. 


QskXthaCiBi 


VïUenoux. 


'M 

A     PARIS, 

Chez  Sebastien  Cramoisy,  Imprimeur  ordinaire  du  Roy, 
rue  fain^  lacqucs,  aux  Cicognes. 

M.    DC.    XLIL 

JFEC    PRIVILEGE    DE  SA    MAIESTE^ 


A 


ON  S  EIG  NEVR 

MONSEIGNEVR 


DE  NOYERS 

BARON  DE  DANGV, 

CONSEILLER  DV  ROY  EN  SES  CONSEILS; 

SECRETAIRE  DES  COMMANDEMENS  DE  SA  MAIESTE', 
Sur-Intendant  bc  Ordonnateur  General  des  Baftimens, 
Arts,  &:Manufa6tures  de  France,  Capitaine  &c  Concier- 
ge du  Chafteau  de  Fontainebleau. 


Onseicnevr 


Ie  ne  dois  pas  craindre  qu'au  point 
ou  %)ous  cherîjjez^  tout  ce  qui  regarde 
la  grandeur  &  la  gloire  de  la  Frjn- 
CE ,  Hjom  riayez^  agreaUe  cette  de/cri- 


pt'wn  que  iay  entrepris  de  la  Maifon 
R  oyale  de  Fo  ntaineb  le  av.  La 
cjualité  que<vomj  tenez^^&  les  foins 
tres-vartkuliers ,  que  %>ohs  ne  cef^ez^ 
de  prendre  tour  Ion  emmlijfement , 
m'inuitent  d autant  mm  'volontiers 
à  <vom  offrir  cet  ouurage^  que  te  m'y 

fens  entièrement  obligé  par  le  deuoir , 
&  par  cette  bonté,  qui  fait  que  <vous 
daignez,  m  honorer  denjofabienueil- 
lance.  V'vnique  déplaijir  qui  me  re- 
fie^MoNSEicNEVR,  efl que  ne pou- 
uant  ijom  en  remercier  ainji  que  te 
de f rerois ,  à  moins  que  de  donner  à 
'voflre  Vertu  des  louanges  qui  'vous 
font  iujiement  deues,  &  que  la  gran- 
deur de  yoflre  courage  tient  impor- 


tunes  Jaurois  afwehenfwnd'offenjer 
njofire  moaejlk,  C'eH  elle  qui  m'im- 
■pofe  fiîence  lors  que  te  "veux  varier , 
&  maàuertit  que  voflre  Ame  déta- 
chée des  choses  matérielles,  n'ajiire  qu'- 
au Ciel  par  le  glorieux  mépris  quelle 
fait  des  'vanitez^  de  la  Terre.  Bien 
que  la  Cour  femhleeflre  leur  Elément, 
elles  n'y  ont  point  d'empire  fur  ^om  : 
&  fiùarmj  les  Pafions  les  plus  no- 
bles il  y  en  a  quelqu<vne  qui  •vous  a- 

grée  ;  c'ejl  indubitablement  celle  que 
<vom  têmoignez.auoirdeferuirT)iEv 

&  'voftre  Patrie,  (tdinft,  Monsei- 
cNEv%^  ce  nejlpas  merueiHe fi  <vom 
appujez.  toujours  de  'voflre  faueur, 
ceux  qui  à  iiojlre  exemple  ont  <vn  zje- 


a 


"J 


le  ardent  pour  le  Ciel,  &  ^ne  inulo- 
lahle  Fidélité  vomie  Roy.  Cesfain- 
tes ,  &  riches  aualités  ne  manquent 
iamais  de  leur  donner  ^vn  libre  accez^ 
près  de  ^om ,  &  to Ce  bien  ajfeurer  que 
par  elles  "vom  ejleuez.  à  ^ojlre  mé- 
moire ^ne  image  perdurable  fur  le 
modèle  de  ces  braues  Ifraelites  ^  dont 
les  fdintes  Lettres  portent  Çt  haut  les 
mérites ,  quand  elles  difent  que  pour 
rebaftir  le  Temple  de  S  a  lo  mon ,  ils  te- 
noient  ïefpee  d^vne  main,&  la  truel- 
le de  l  autre.  Vous  en  faites  de  mef- 
.  me-^  MoNsEiGi^Ev%^& il^ous Çied 
bien  de  les  tenir  toutes  deux  enfem- 
ble,  (oit  pour  lauancement  de  la  gloi- 
re de  DiEF ,  &  la  décoration  de  Jes 


Temples ,  foit  pour  les  ordres  de  la 
Guerre  y  que  njous  diftrihuejz,  fi  iujle- 
ment  pour  te  feruice  du  Roy.  o^i 
des  foins  (i  importans ,  &  ficonue- 
nams  à  voflre  Pieté ,  iepourrois  ad- 
ioufter  auec  raifon  ceux  que  ^ous  a- 
ueZi  de  tous  les  BaHimens  de  Fran- 
ce ,  dont  ^ous  ejles  tres-digne  Sur" 
Intendant  y  fi  ce  neîîoit  ioindre  inu- 
tilement  de  muuelles  lumières  a  des 
njeritez,,  qui  font  plus  claires  que  le 
Soleil.  Il  me  doit  fuffire  dejçauoir^ 
que  tout  le  monde  les  'Voit  ^  que  les 
marhret  bien  que  muets  en  parlent 
défia,  nonfiulementàFoNTjiiNE- 
SLEAF,  &  au  JLoFFRE,  maîs  encore 
dans  les  autres  Mdifôns  Royales ,' 


&  ûue  la  Renommée  les  doit  publier 
<=i>n  tour  à  la  PoBerité  dans  ces  ou- 
uraaes  <vi6ioriettx  au  Temps  ,  par- 
ticulièrement en  celuy-cy  que  njom 
■pre fente ,  &  hjous  dédie  Pour  'une 
marque  de  fa  reconnôijfance ,  &  en- 
tière foûmiÊon  , 


jMoNSEICNEVR, 


Voftre  trcs-humble,  &:  tres- 
obeyûÂnt  fëruiteur  Dan." 


AV 


AV  LECTEVR 

Oulant  VOUS  rendre  compte  des 
motifs  qui  mbnc  obligé  de  tra- 
uailleràcetouurage,  le  vous  di- 
ray  qu'après  la  gloire  de  Dieu  ^  8c 
rvtilité publique,  i'ay  creu  que  le  temps 
qui  ronge  toutes  chofes ,  8>c  qui  bien  fou- 
uent  des  plus  fuperbes  Palais  en  fait  des 
mafures ,  que  la  feule  Antiquité  rend  vé- 
nérables, en  pourroit  vn  iour  faire  de mef- 
me  desBaftimensde  cetteMaifon,oudu 
moins  en  changer  l'ordre ,  Se  deftruire  la 
beautéjCequidefroberoitàlapofteritéla 
mémoire  de  tous  ces  ouurages,  comme  il 
nousTaoUédeceux  qui  ont  eftéiufques 
au  Roy  François  Premier.Il  m'a  donc  fem- 
blé  raifonnable  d'en  faire  la  defcription, 
afin  d'en  perpétuer  la  m  emoire  aux  fîecles 
àvenir^Aquoyiemefuis  porté  d'autant 
plus  volontiers  ^  qu'ayant  l'honneur  de 
demeurer  en  ce  Chafteau  Royal  depuis 
quelques  années,  i'ay  recognu  que  c'eftoit 
vn  fujet  duquel  perfonne  auant  moy  na 


particulièrement traitté,  Ain(î  ie  me  fuis 
eflForcé  de  le  vous  rendreagreable,&  don- 
ner la  meilleure  forme  quel'on  peut  à vne 
matière  qui  eft  fî  illuftre  de  foy.  Et  d'au- 
tant que  les  principales  fîngularitez  dlce- 
luy  confident  en  plufieurs  Baftimens, 
Peintures  ,  Tableaux  ^  &c  autres  raretez, 
î'ay  iugé  à  propos  d'en  marquer  à  peu  prés 
toutes  les  din^enfions,  pour  fatisfaire  plus 
ponStuellementà  lacuriofitédeceux  qui 
ne  les  peuuent  contempler  fur  les  lieux.  Et 
comme  il  n'y  a  rien  en  tous  ces  deffeins, 
qui  dans  le  corps  de  l'Hiftoire,  oU  fous 
F  ombre  de  la  Fable,  ne  contienne  des  eue- 
nemens  finguliers  ^  &  propres  à  rinftru- 
£tion  de  la  veuë ,  i'auôis  refolu  du  com- 
mencement de  vous  donner  le  fens  moral 
detouscesTableaux,Emblemes^&:Deui- 
fes,fi  ie  n'en  euffe  efté  diuerty  par  la  crain- 
te de  vous  eftre  ennuyeux  _,  ou  pour  n'ex- 
t€der  les  bornes  d 'vne  fimple  defcription; 
Quant  aux  chofes  mémorables  qui  de 
temps  en  temps  font  arriuées  en  ce  lieu^ 
i'ay  creu  les  deuoir  icy  rapporter ,  comme 
des  mémoires  qui  peuuent  le  rendre  plus 
recommandable  ^  puifque  l'on  pourra 
voir  par  là  que  de  cette  folitude  mainte- 
nant deuenuë  fi  célèbre  par  le  fréquent 
fejour  de  nos  Roys_,  ils  n'en  ont  pas  fait 
feulement  vne  demeu  re  delicieufe  &  pro- 


pre  à  fe  diuerrir  dans  les  plaifirs  delà  chaf- 
fe  5  mais  encore  vn  lieu  tres-commode 
pour  y  refoudre  les  plus  importances  af- 
faires de  leur  Eftac  ^  ce  que  vous  pourrez 
recognoiftre  par  le  reck  de  plufieurs 
allions  notables  qui  s'y  font  paffées  let 
quelles  ie  n'aurois  déduites  fî  au  long  lîie 
n'euffe  efté  confeillé  de  le  faire  ainfî  fur  ce 
que  ces  euenemens  font  des  principaux 
de  l'Hiftoire  _,  que  les  dodles  pourront 
auoir  agréables  pour  s'en  rafraichir  la 
mémoire^  &:que  les  moins  verfez  feront 
poffibles  bien  aifes  de  voir  ainfî  ample» 
ment  defcrites. 


CIJ 


TABLE 

DES  CHAPITRES 

ET  DE  LEVRS   SOMMAIRES. 


LIVRE    PREMIER. 

DE    rANTIQVITE'  ET   FONDATION  DV 

Chafteau  de  Fontainebleau,  où  il  eft  fait  mention  des 

Roys  qui  s'y  font  pleus,  &:  qui  l'ont  amplifié. 


CHAPITRE    PREMIER.       pag.r. 


II. 


l 'Honneur  rendu  à  l'Anùqtiite. 
Le  Roy  Louys  VIL  Fondateur  du  Chafleau  de  Ton- 
tainebl^eau. 
ni.    Lelio^  Philippe  Au^ujie  femme  à  Vontainehleau ,  re- 

tourndnt  de  U  guerre  Satnâe. 
IV.    Sa'mèl; Louys feplatfoit fort aTontainebleau. 
y.     Thiltppe  le  "Bel  y  ^  autres  Roys  anciens  ne  s  y  font  pas 

moins  pleus. 
VI.    Le  Roy  François  Premier  l'a  beaucoup  amplifié. 
Vu.  Henry  IL  François  Second  ^  ^  Charles  JX.  l'ont  fort  em-^ 
beUy. 

VIII.  Henry  IIL  tainnltt  comme  le  lieu  defana'tjfance. 

I X.  Henry  le  (^rand  l augmenté,  &y  Benoit  volontiers, 

X.  Louys  le  lufie  a  dorme  le  comble  deperfeâion  à  cette  Md^ 

fin  Royale, 

C    llj 


TABLE    DES    CHAPITRES. 

ORIGINE  DV  NOM   DE    FONTAINEBLEAV, 

CHAPITRE     IL  pag.8. 

1.    X  T  Ne  recherche  diligente  fait  qudquesfoiitrouuer  des  cho- 

V        fes  incogneues  à  plu/ieurs  Siècles. 
IL  Le  nom  de  Fontainebleau  dtuerfiment  ejcritparlesAutheurs 
anciens  &  modernes. 

III.  Tlufieurs  de  nos  Rois  ont  fait  km  feiour  ordinaire  à  Melun. 

IV.  Fontainebleau  tire  [on  nom  d'^jn  chien  de  chajfe  nommé 

Blcau. 

V.  Quelques  zAutheurs  modernes  fe  mejjjrennent  touchant  f û- 

rtgine  du  nom  de  Fontainebleau. 


BV    BON     AIR  ET   TEMPERAMENT    DE 

Fontainebleau:  Aucc  fadefcnfc  contre  ceux  qui 

raccufcnt  d'cxcczde  chaleur  en  l'Ellé. 

CHAPITRE    III.  pag.13. 

ï.    XJ  len  de  comparable  au  tre for  de  la  famé. 

IL  X^  Comparai/onde  la  Tuone  dite  Torrtde,  ^  de  Fontaine^ 

bleau. 
III.  Tefmolgnage  autentique  en  faueurde  Fontainebleau^ 
ÏV.  Plufeurs  chofes  qui  fournijfent  du  frais  au  fort  de  l'Efté  à 
Fontainebleau. 


DV  PLAN  ET  ASSIETTE    DE  LA    MAISON 
Royale  de  Fontaincbleaujauec  les  Eloges  que  luy  donnent 
quelques  Authcurs ,  tant  Eftrangers  que  François. 

CHAPITRE     IV.    ^       pag.i/. 

L    T     A  JidaifonRoyale  deFontamebleau  enuironnéed'vne 

\  I    forejî ,  @/  de  rochers  en  guife  d'vne  Couronne . 
IL  Comparai/on  de  Fontainebleau  (f  du  Q^ont  de  Parnaffe. 


TABLE    DES    CHAPITRES. 

III.  Fontainebleau  agréable  en  toutes  les  faifons  del'annéel 

IV.  Le  circmt  du  Cha/îeau  de  Fontainebleau. 

y.  Témoignages  ^  Eloges  enfaueur  de  Fontainebleau. 


DES  BASTIMENS  EN  GROS,  ET  EN 
gênerai  du  Chaftcau  de  Fontainebleau  :  De  fcs  aducnuës 
&:  entrées ,  ôc  de  fi^  Cours ,  qui  font  voir  la  face,  l'or  don^ 
nance ,  ôc  la  difpofition  de  ce  Lieu  Royal. 

CHAPITRE    V.  pâg.27. 

ï .     T)  Aifons  qui  ont  meu ÏAutheur  a  drejfer  ce  (hapitrel 

II.  j[\^'Cinqaduenuès principales  de  ce  (^hafieau. 

III.  La  plus  belle  ^  confiderable  efi celle  de  la  Chaulée. 

ly .  Le  plan  de  ce  Chafieau  efi  drefé/url'aduemè  de  la  Cotirdu 

Qheual  blanc. 


DE     LA     COVR     DV     CHEVAL     BLANC, 
dite  anciennement  la  Baffe  Cour,  ou  la  Grande  Cour. 

CHAPITRE     VL         pag.30.      ^ 


ï.    "T?  Rançois  /.  a  bafy  la  Cour  du  Cheual  blancl 

II.  \^  xy  ou  cette  Cour  porte  le  nom» 

III.  Cinq  pauillons  en  cette  Cour. 

IV.  llyavn  fort  bel  efcalieren  cette  Cour, 

V.  En  cette  Cour  (ont  les  départements  de  Jdejîieurs  les  Sécrétai-^ 

res  d'Etat. 

VI.  La  font  deux  fontaines ,  ^  deux  figures  de  marbre, 

DE  LA  COVR  DE   LA   FONTAINE 
CHAPITRE    VIL         pag.  34; 

ï.    ÉTy  Ette  Cour  efi  baflie  par  François  L 

II.  \^iyoù  elle  porte  le  nom, 

III.  Plufieurs  Statues  de  marbre  (^  de  brmzji  en  cette  Q)ur. 


TABlE  DES  CHAPITRES. 
\V.  La  ^"'èrrajje  de  cette  Qourhaliie  par  Henry  le  Çrand, 
V.  Dîners  Bujles  de  marbre  &  de  bronz>e  dans  €ette  Cour. 

VLLà  efi  i)ne  belle  Vontame. 


13  E     LA     COVR     DV     DO  NI  ON, 

autrement  dite  de  l'Ouale. 

C  H  A  P  I  T  R  E     VIIÏ.  ^      pag.40. 

î.     1"^  Ffetde  la  Dignité,  &  M aie(lé  Royale. 

II.  Il  j  Cet  te  (jour  efi  le  lieu  où  ont  e  fié  faites  k  cérémonies  dis 

quelques  en  fans  de  Vrance. 

III.  L'antiquité  de  cette  Cour ,  qui  efi  la  première  de  toutes  ceUes  de 

ce  Chafleau. 

IV.  D>  ou  elle  porte  le  nom  de  Donion ,  ^  de  l'Ouale» 

V.  Louys  VII.  fondateur  de  cette  Cour. 

VI.  Ouurages  de  cette  Cour,  partie  faits  fous  Vrançois  /.  partk 
-,,     fous  Henry  IV.^  partie fom  Louys  XI  IL 


DE    LA    COVR   DES    OFFICES. 
GHAPÎTRE     IX.         pag.44: 

ï.       trt^  Ruits  de  lapaîx ,  &  de  la  guerre  bien  differeris. 

I I.  X7  Tremiers  bafiimens  de  tienry  le  Çrand  faits  à  Fofi^ 

tainebleau- 

III .  La  Cour  des  Offices  baftie  mil  fie  cens  neuf 

IV.  Vne  belle  Fontaine  fe  'void  en  cette  Cour. 

V.  Cette  Cour  a  vn  fort  beau  Tortail. 

VL    \Dernter  ouurage  de  Henry  IV ^  en  ce  lieUo 


DE 


TABLE    DES    CHAPITRES. 


DE  LA  CONCIERGERIE  DV  CHASTEAV: 
de  rHoftcld'Albret:  De  celuy  du  Chenil:  De  la  Capitaine- 
rie: Des  Pauillons  du  Jardin  du  Roy  :  De  celuy  du  Sur-In^ 
tendant  des  Finances:  Et  de  la  vieille  Conciergerie. 

CHAPITRE    X.  pag.47. 

L    T^  'Efcrïpùon  de  la  Conciergerie. 

IL  XjDel'HoJieU'Albret. 

l\l.Le  Pauiilon,  oh  Hofielda  Sur-Intendant  des  Finances, 

ÏV. Le  Chenil.' 

V.  La  Capitainerie, 

y 1. 1)iuers  ^amliem. 

LIVRE     SECOND. 

OV    IL    EST    TRAITTE' 

DES  XASTIMENS    EN  PARtlCVLIER 

du  (hameau  de  'Fontainebleau, 

ET     PREMIEREMENT     DE     L'EGLISE 

de  la  Vierge,  Ôc  de  Saint  Saturnin ,  dite 

la  Chapelle  Bafle. 

CHAPITRE    PREMIER.       pag.50: 

I.     T>  Oids  (^  mefure  particulière  ordonnée  pour  les  chofes 

Ml        faintes. 
IL   La  Chapelle  Haute  hajlie  par  Louys  VI L  ^  rehafiie  fa? 

Vranfois  I. 
IIL  (^ette  Chapelle  dédiée  par  Saint  Thomas  de  Cantorbery] 

IV.  Le  Roy  a  fait  fort  embellir  Corner  cette  Chapelle  16^  f, 

V.  oM^ontre  d'horloge  fort  curieu/e. 

VI.  Fondation  dupremier  Chapelain  de  ce  Chajîeau. 
y  M.  Ancienne  fondation  confirmée  ^  augmentée. 


TABLE    DES     CHAPITRES. 


BE    LA    CHAPELLE    HAVTE,    DITE 
autrement  la  Chapelle  du  Roy . 

CHAPITRE    IL  ^ag.  s8. 

1.     T     A  Chapelle  haute  ba[iie  fonsFrançois  L 

IL    1  j  Sa  longueur ,  largeur ,  ^  ordonnanse, 

\\\.  Ses  enrichiffemeni,  ■ 

IV.  Son  Balcon  fait  fous  Henry  IL 

V .  Lkeji  vne  belle  Image  du  dejjein  de  Mkhel  Ange 
Yl.Henryle  Çrandafort  embetly  cette  Chapelle. 


'DE  L'EGLISE  DE  LA  SAINTE  TRINITE' EX  DE 
{ê%  Peintures,  Ôc  autres  fingularitcz  qui  s'y  voycnc 

CHAPITRE     III.  pàg.ô2. 

ï.  f^  Eue  Eglife  eji  ancienne,  ^moderne  en  quelque  façon} 

î  I.  V^  Deuife  de  la  Duchejfe  de  Valentinoii. 

ÎÎL  Henry  le  Cjrand,  çf  Louys  XI !  1. ont  fait  orner  cette  Eglifel 

IV.  Les  principaux  Myfteres  de  la  Religion  Chrejiienne ,  peints 

en  cette  Sglife. 

V.  Les  aâions  principales  de  la  vie  de  le  fus-  Chrijt  font  kj  dé^ 

peintes. 

VI.  Le  grand  &Autel  de  cette  Eglijeefil'vn  des  ^lus  riches, &des^ 

plm  beaux  quife  vojent. 
VIL  Le  pané  y  eji très- exquis. 


.DV  CONVENT  DE  L'ORDRE  DE  LA  SAINTE 
Trinité,  6c  Rédemption  des  Captifs,fondé  en  ce  Chaftcau 
.  de  Fontainebleau  par  faint  Louys. 


CHAPITRE    ÎV.         pag.73. 

rdre  de  la  fah 
fain^  Louys, 


î.  T    'Ordre  de  la  fainte  Trinité  fort  obligé  à  U  mtmoïre  dt 


TABLE    DES  CHAPITRES. 

IL  Le  temps  de  la  fondation  duâit  Contient. 

IIÎ.  ^ons  faiâs  par  faint  Louys. 

IV.  Nomb^re  des  Relipeux  defondatton. 

V.  Bulle  touchant  la  Dédicace  de  l'Eglife  de  lafainte  Trinité. 

VI.  Confirmations  ^  oÛrois  par  plu/teurs  Roys ,  &  nommé- 

ment par  Henry  le  Grand. 

VII.  La  Cure  d'Auon  çf  Vontainehleau  annexe  dudit  Contieti 

VIII.  Les  faintes  Reliques  qm  font  en  ce  Qonuent. 


DV    PAVILLON    DE     SAINT     LOVYS, 
contenant  fa  Chambre ,  ôc  le  Cabinet  des  Curiofitez. 

CHAPITRE      V.  pag.su 

L     A^  E  Pauillon  contient  quatre  ejîages. 

II.  \^  n Iliade  d Homère  dépeinte  en  la  Chambre  de  fains 

Louys. 

III.  T>H  Cabinet  des  Curiofitez,. 

IV.  Hidre  ou  ferpenta  fept  telles. 

V.  Tortrait  d'^unefiHe  qui  a  ejiédixhmt  mois  fans  boire  nyman- 

ger. 

VI.  Ima^e  de  la  Vierge  que  porîoit  Louys  XL 


DE    LA    GALLERIE    DE     FRANÇOIS     L 

autrement  dite  la  petite  Gallerie,  auec  la  dcfcription  de 
fes  Tableaux ,  &  Emblèmes. 

CHAPITRE     VL  pag.  86. 

ï.    f^\  Vatorz^e  grands  Tableaux  auec  de  riches  bordtires  or- 

\,J^      nent  cette  Gallerie. 
TI.  Emblème  ,par  lequel fe  'void  le  foin  qu'a  pris  le  Roy  François 

/.  pour  les  Sciences  ç^  les  Arts. 
III.  Autre  Emblème  touchant  encore  le  grand  Roy  Vrançoii. 
TV. Pieté  mémorable  de  Cleobis  ^  de  Bit  on. 
y.  Lavie  (^  faits  mémorables  de  François  /.  reprefentez>  (om 
diuer/es  hi^oires  ^ fictions , 


TABLE     DES    CHAPITRES: 


DES      ESTVVES,DES     BAINS,     D  E    LA 

Salle  de  la  Conférence ,  ôc  de  la  Librairie  :  où  fe 

voyent  plufieurs  Tableaux  ,  contenans 

diuerfcs  fidions  Poétiques. 

CHAPITRE    VIL         pag.94: 

L    TT^  J^ers  ^fmguUers  ouurages  de  Yranpù  I.  rendent  fa 

\  J     mémoire  immortelle, 
II.  Fltifieurs  ^  dmers  Tableaux  dont  Us  fuiets  conuiennmP 

anx  lieux. 
m .  Salle  de  la  Conférence  enrichie  fom  Henry  le  Grand. 
IV.  La  BiHiotheque ,  c^  la  caufe  de  [on  tranf^ortaVark^ 


DELA   SALLE    DVBAL.    ET    DE   SES 

rares  Peintures, 

CHAPITRE    VI  IL  pag.99: 

î.       T    Es  Trinces  fuiets  aux  ennuis  comme  les  autres  horn^ 

JLi      mes. 
IL     Peinture  figurant  l'Automne. 
ÏIL     Vigure  du  Printemps. 

I V .  Emblème  de  l'Hjuer. 

V.  Vn  autre  reprefentant  ÏEjlé.  ' 

V I .  Hijioire  mémorable ^  ^  combat  contre  vn  Loup  Cermèo 

VII.  Autre  combat  remarquable. 

VII L  Tableaux figurans  les gefles  d' Alexandre  le  Grand, 


DE    LA    GRANDE    GALERIE,  OV    ES/^ 
dépeint  l'Odiffée ,  ou  Trauaux  dVliffe. 

CHAPITRE     IX.         pag.108. 

l.    X    A  longueur,krgeur,  &  enrichi femens  de  cette  Çalerkl 
ÎI.  \^EIle  a  ejlé  bafiie  fous  VrançoisL 


TABLE    DES    CHAPITRES: 

îîî.  Ses  Teint f^res  faîtes  foH^  plufiears  "B^js. 

IV.  Tableaux  de  cette  Galerie  ,  oumage  fmgulier  àesfeurs  de 

faind  Martin ,  ^  de  Nicolo. 

V.  Cinquante  huit  Tabkatix ,  dont  les  fmets  font  tireZi  au  Fdéts 

Homère. 


DE.  CtyELQVES  TABLEAVX  QVI 
(ont  à  la  voûte  de  la  grande  Galerie ,  ôc  particulièrement  de 
ceux  ou.  fe  void  la  reddition  des  Villes  du  Havre  de  GracC;, 
ôc  d'Amiens. 

CHAPITRE    X.  pag.  116. 

I.  /^  Vatorz^e grands  compartlmens  compofent  la  ^oute  de 
V^      cette  (j  alerte ,  auec  diuers  ornemens. 

II.  Le  bot  nqueîdes  Dieux  ^  des  Deejjes  icy  repre fente. 

III.  Les  Anglais  rendent  le  Havre  à  Charles  IX. 

IV.  Table  de  marbre  contenant  le  narré  de  la  prifè  ç^  reprife  du^ 

dit  Havre. 

V .  Henry  le  Grand  reprend  Amiens, 


DES    EMBLEMES,    OV    DEVISES,    QVI 

font  en  ladite  grande  Galerie. 

CHAPITRE    XI.  pag.ii9.' 

'  I.    T    <E  prefent  Chapitre  efl  vne  contint^ation  d€s  merueilies 
\  j       de  la  grande  (j  alerte. 

II.  Emblèmes  au  nombre  de  Sf. 

III.  Marque  de  generofné,  que  de  pardonner  à^lmfqîbkqHefoyl 

IV.  La  vigilance  tutrice  des  Royaumes. 

V.  Le  péché  traîne  après  foy  le  repentk, 
VL  Symbole  de  ta  Fidélité.^ 


w4        m*S 

l    llj 


TABLE    DES    CHAPITRES. 


t>V     PAVILLON     ET     DEPARTEMENT, 

die  des  Poéfles ,  où  font  dépeints  la  vie ,  ôc 

les  Trauâux  d'Hercule. 

CHAPITRE     XXL      pag.127. 

I.  ^^  E  Vamllon  eH  le  logement  des  Reynes  Mères ,  hafiyfota 
X^       'François  L 

II.  Ouurage  fous  Henry  IL 
Wl.Ornemens  faits  fom  diuers  Roys. 

ÎV.  Vingt- fepTAhleaux  dudeffe'mdufietirdu'Bnud, 
V.  Portrait  excellent  de  Madame  la  'Duchejfe  de  Beatifort. 
y  l.  Ancienne  Salie  dsiConfetL 


DV    PAVILLON,     ET    CABINET    DES 

Peintures ,  &  Tableaux  particuliers  de 

ce  Chafteau. 

CHAPITRE    XIII.  pag.ï32. 

ï.       T    E  mérite  de  l'ejiime  de  l'Art  de  Peinture. 
IL      E  .j  Deux  Tableaux  anciens  y  ïvn  achepté  quarante  huit 
mille  efcm ,  ^  ï  autre  foïxante  mille. 

III.  QPamllonbaliy  fom  Charles  IX. 

IV.  OuuragedeoJ^icheloAnge. 

V.  FlufieursTaHeaux  de  Raphaël d^Frbin.  [ 

VI.  Autres  ouurages  de  Léonard  da  'Vinci. 
VIL  zAutresd' André delSart. 
Vlll.Oeuures  desfieurs  Rûujp,^  de  fainâf  Martin. 

IX.  Tableaux  de  Tetro  Terugino ,  de  frère  S^bajiien  delPiom^ 

bcy&du  "Bordonono. 

X.  oAutres  du  Tif^ian ,  du  Pontorno,  de  Uierofme  de  Brejfe^ 

de  Bartelemy  Vénitien ,  de  Vignole ,  de  MeJJere  Nico-, 
io^^delanet. 


TABLE     DES    CHAPITRES: 

DE    LA     SALLE      DE      LA     BELLE 
Cheminée,  autrement  dite  de  la  Comédie. 

CHAPITRE    XIV.  pag.139. 

L     f^  Eue  Salle  a  àtuen  noms. 
II.   V^  Dejcnpion  de  U  Cheminée  de  cette  Salle. 
Tïl.  Statué  k  chenal  de  Henry  le  Grand. 
IV.  E/cnt  contenant  fe s  éloges^  ^  la/iruâ-ftre  de  cette  chemi- 
née. 


DES  DEPARTEMENS  DV  ROY,  ET  DE 
la  Reyne ,  où  fc  voyent  plufieurs  excellens  Tableaux 
de  THiftoirc  de  Theagenes  Ôc  Cariclea ,  de  Clorinde  ôc 
Tancrede,  &  autres. 

CHAPITRE      XV.  pag.142. 

i.    T^  Eu  fymhole  de  la  Royauté. 

1 1.  Jl    Chambre  de  l'OualeJieu  de  U  naiffance  de  Louys  XIÏL 
\\\,  ^iînz,e grands  Tableaux  du  feu/ieurduBois  Peintre  fori 
renommé. 

IV.  Du  Département  de  la  l^yne. 

V.  Le  Cabinet  dit  des  Empereurs. 

VT.  Huit  Tableaux ,  dont  lefuiet  efltiréde  Torquato  Taffo. 


DE    LA    GALERIE    DE    LA    REYNE,  OV 

font  plufieurs  Tableaux  j  contciians,  les  vns  les 

Batailles,  &  Vidtoires  de  Henry  le  Grand  5  Ôc 

les  autres diuerfes  fiârions  Poétiques. 

CHAPITRE    XVL  pag.147. 

L  T  T  Enry  IV.  a  fait  balîir ,  &  orner  cette  (j alerte. 
II.  JL  XTlufieurs  Statues  de  marbre  blanc  ornent  le  dehors  de 
cette  Galerie. 


TABLE    DES    MATIERES, 
ïlî.  T>ipiers  embell'tjfemens  de  cette  Galerie. 

IV.  l^ableauoHfevoidlareddition desVtUes deOi^ante  &  de 

Vernon. 

V.  Tableaux  contenans  les  amours  â'z/ipolion  ,  ç^  ceux  de 

Diane. 

VI.  Cabinet  j  dit  de  la  Volière, 


DE   LA    GALERIE     DES     CERFS,  OV     SE 

vojcnt  les  portraits  des  Forcfts ,  Ôc  Maifons 

Royales  de  France. 

CHAPITRE      XVIl  pag.151. 

ï.    f^\  tarante  trois  teftes  de  Cerfs,  auec  diuers  ornemens, 
II.   \J^erfafjlé ,  T>euife  de  Charles  VL  &p@urquoy, 
lll.Cerfpris  en  cette  Yorefi  par  Louys  XI IL 

IV.  h4utre  Cerf  que  tua  t?»  desZfeneurs  du  Roy. 

V.  QuinZte  (partes  en  formes  de  Tableaux  ^chacune  detrelzi 

pieds  de  hautj  &  nfingt  cinq  de  large. 


DE    LÀ    GALERIE    DES    CHEVREVILS; 

ôc  de  la  Volière. 

CHAPITRE    XVIIL         pag.  155: 

IJ     Ç|^  Ept grands  Tableaux  auec  diuers  enrichiJfemenSi  le  tot^ 
v3    fait  foMj  Henry  le  Grand, 

II .  Sept  fortes  de  ChaJJes  icy  reprefentées. 

III.  Vingt  quatre  teftes  de  Cheureuils  dans  cette  Galerie^ 

IV.  La  Volière  bafîiefous  Henry  IVi 

V.  SesEloges^ 


m 


TABLE    DES    CHAPITRES, 


DV    lARDIN    DV     ROY     ET     DE 

fcs  Fontaines. 

CHAPITRE     XIX.         pag.iôo. 

î.       T    E  Roy  François  L  a  fait  dreprce  lardini 
1 1-      1  J  Riche  y  ^  bette  Statue  de  Qleopatre. 

III.  Henry  le  Çrand  a  embeJly  ce  lardin  des  Fontaines  qui  s  y 

'voyent. 

IV.  La  première  Vontame  appelée  ie  Tybre,  enrichie  de  dix  hmê 

ietsdeau. 

V.  La  féconde  Vontaine  de  ce  lardin. 

VI.  La  troiftefme  'Centaine, 
VIL  Laquatriefmeltontaine. 
VIII.  La  cinquiefme  Fontaine. 
XI.   La  Jîxie^me  Fontaine. 


DV    lARDIN    DE    LA    REYNE,   DE    LA 

Fontaine,  &  des  Statues  qui  fc  voyent 

en  ce  lardin. 

CHAPITRE    XX.      pag.173: 

L    '1'    E  lardin  de  U  Reyne ,  autres  fois  appelle  le  lardin  de\ 

JL^     Buys. 
II .  T>e  la  Fontaine  de  la  Diane. 
WLBelle Statue d'vn  ieune  homme  [étirant vne  épine  d'vnpiedj 

I V .  oAutre  riche  Statué  reprefentant  Laocoon. 

V.  Vers  exceUens  en  la  recommandation  de  ces  Statues. 

VL  Toutes  ces  Statttes  çf  figures  faites  fom  laRegence  de  Ca^ 
therine  deo^edicit'  ^ 


O 


TABLE    DES    CHAPITRES. 


DV     lARDIN    DE    L'ESlTANG,    ET    DE 

celuj  des  Pins. 

CHAPITRE    XXI.  pag.177. 

I.     T    A  longueur  y&  largeur  de  ce  premit}rIard'm,drep(om 

1  j     Henry  IV. 
IL  Statue d Hercule  fa'tte  "par Michel lAnge. 
III.  Autre  lardïn  drefépar  VrançoU  L 
IVc  AMe  Royale  sdH  fa  M  aiejié  touche  les  malades  des  écrouelles} 

V.  Petit  PauïUon ,  où  font  quelques  Taê>leaux  du  feur  Roujfe. 

VI.  VEfiang^  çffoneftendue. 


DV  lARDIN,  OV  BOIS  DES  CANAVX, 
Ôc  de  ccluy  des  Fruits 5 cnfemblc  du  Mail,  &  de  la  Fontai-' 
ne,  qui  a  caufé  Icnom  à  ce  Lieu  de  Fontainebleau. 

CHAPITRE    XXIL  pag.  iRo. 

L    Ér\T^re,^  fuite  des  lardins. 

ï  I .  \^  Longuetir ,  g^  largeur  du  premier  &  fécond  l4rdml 

IW.LeMail 

IV.  Vontaine  de  VontaîneBeati. 


DV  PARC  ET  DE  SON   CANAL, ôcc 
CHAPITRE    XXI IL         pag.183.; 

L  Y  T  Enry  le  Çrand  a  fait  drejfer  ce  T^rc  i  âo/^ 

1 1.  jn  Pltt/ieurs  allées  (^  autres  d'mer/itez,. 

î  IL  Vne  beUe  ^grande  Vontaine ,  où  aboutiffent  huit  allées'^ 

IV,  Canal yl 'vn des plm confderables quife 'uojent. 

V.  Deux  Fontaines  iailliffantes  au  milieu  de  ce  Canal 
VL  Logis  y  dit  les  Hteromeres. 

VIL  Celuy  diila  Mi-voye. 

V IIL  Lieu  où  font  diuerfes  fortes  ioj féaux. 


TABLE    DES    CHAPITRES, 


DES     HOSTELS     ET    MAISONS     QVI 
font  hors  Tenclos  de  ce  Chafteau,&  qui  en  dépendent. 

CHAPITRE    XXIV.         pag.187. 

I.      T    ^  (Chancellerie  bafiie  fous  le  Cardinal  ^  Chancelier 

\  j     dtiPratf&  depuis  augmentée. 
IL    L'HofieideVerrare. 

III.  La  (joudre ,  autrement  dite  lavande  Efcurie  du  Roy. 
J  V.   Ejcurie  de  la  Reyne  Mère . 

V .  V  Aqueduc ,  ou  Referuoir  des  Fontaines. 

VI.  VHoM  du  grand  Treuofi, 
y  IL  Les  Prejjoirsdu  Roy. 


DE    CiYELQVES     DEVISES    ROYALES 
qui  fe  vojcnt  en  ce  Chafteau. 


CHAPITRE    XXV. 


jpag.190. 


\.       "TN  Euife  de  Vrançoli  I. 

IL      \J  Diuerfes  explications  de  cette  Deuife. 

IIL    Demfe  de  Henry  IL 

ÎV.  ^roh  explications  de  la  T>euife précédente. 

V.  Deuife  de  Charles  IX. 

VI.  Deuife  de  Henry  le  Çrand. 
VIL  Dem/e  de  Louys  XI  IL 

VIII.  DeuifedeAnnedeFrancCy  (f  de  Pierre  de  Bourbon /on 
mary.  ^ 


DE     LA    MANIERE    ORDINAIRE     QJV"E 
l'on  void  J  ôc  montre  ce  Chafteau. 

CHAPITRE    XX VL  pag.194. 


L    TJ  Aifonsquiontobligél'Autheuràdrej[erceChapi 
ÎI.  M\jParoHilfaut  commencer  avoir  ce  Chafteau. 


^  ttre^ 
Chafte 

O    IJ 


TABLE    DES    CHAPITRES, 
ïïï.  Lafmte  des  pièces  ^li4é  remarquables  de  ce  Chafteaul 
W ,  Apres Unji/ite dt^Chi^fieau ,  l'on  ^oit  le  Parc,  &ÏAcjUS' 
dm. 

LIVRE    TROISIESME. 

CONTENANT    LES    EVENEMENS, 
&  les  chofes  mémorables  arriuées  en  ce  Lieu. 


D'VNE     GRANDE     MALADIE    C^V'EVT 

SaindLouys  à  Fontainebleau,  ôc de  l'exhortation 

qu  il  fit  alors  à  Louys  Ton  fils  aifné. 

CHAPITRE     L  pag.i97. 

!•    T    Es  dignite?:jdu  Monde, proprement  appelées  des  Charl 

IL  Sainâ^  Lony  s fçamit  dignement  pratiquer  la  qualité  de  Roy^ 
III.  BeUe pensée ,  ^  dit  notable  de  Thilippe  de  Valois. 
lY.Enfans  de  Sainà  Louys, 


iDE    LA     NAISSANCE,     ET     DE    LA 
mort  du  Roy  Philippe  IV ,  furnommé  le 
Bel,  à  Fontainebleau. 

CHAPITRE      IL  pag.2oi: 

ï.       TJ  Lufieurs  moMmt  inuité  l'Autheur  à  drejfer  ce  Chà- 
Jt         pitre.  "" 

IL      Elogesde  Philippe  le  Bel. 

III.  Malice,  ^[Hppôfitions  de  quelques  Autheurs. 

I V.  %^ifons  qui  combattent  les  ^utheurs  alléguez^, 

V.  autres  fortes  raifons, 

VL    Le  cœur  de  "Philippe  le  Bel  enterré  en  ÏEglife  Parroipalè 
iAuon, 


TABLE    DES  CHAPITRES. 


BV'LLE  DV  PAPE  CLEMENT  V. 
touchant  Fexemption  de  la  Vîfite  du  Dioccfain  ,  en  faueur 
des  Religieux  de  l  Ordre ,  6c  Conucnt  de  la  Sainâre  Trini- 
té, Chapelains  de  ce  Chafteau  de  Fontainebleau,  obtenue 
à  la  prière  du  lloj  Philippe  le  Bel. 

CHAPITRE     IIL  pag.2o^. 


ï.      T^  fffîcultê  fàrtienué  entre  C Archeuef(jue  de  Sens ,  &  les 
MuJ      Religieux  Chapelains  de  ce  Chafleau. 

n.    Les  ChapeUemes  Royales  releuem tmmediasement du  Satà 

Siège. 
IIL   Le  contenu  deladite  Butte. 
I  Y.  ^ïââuBton  en  François  de  ladite  ^tslle. 

■v 


■ï,S  A  B  E  A  V     DE    FRANCE,     R  E  Y  N  E 

d' Angleterre ,  vient  trouuer  à  Fontainebleau  le  Roy 

Charles  IV.  fon  Frère  5  Ôc  le  motif  de  (on  voyage. 

CHAPITRE     ÏV.      pag.2i2. 

ï.      *r\  ^uerfes  opinions  touchant  le  motif  de  ce  voyage. 

IL     %JCe  quen  dtfent  plufieurs  ^utheurs  Vrançois ,  & 


ÎIL   Ifaheau  ménage  la  Paix  entre  la  Vrance  ç^  l'Angleterre, 
l  V.  Pratiques  des  Sp enfers  contre  la  Reyne  ï(aheau. 
V.     P  finition  de  s  Spen fer  s. 


L'ENTREE    DE  C'EMPEREVR    CHARLES 

le  Quint  à  Fontainebleau ,  ôc  le  bon  accueil 

queiuyfit  le  Roy  François  L 

CHAPITRE    V.  pag.2î5: 

A  Loydel^imefivnfiamheau  qui  éclaire  ala  ^oyedt 
Salut, 


L 


6  iii 


TABLE     DES    chapitres: 

îî.      ÇL^Confâu  voyage  de  Charles  le  Quint. 

1 II.    T>iuerfes  raiforts  qui  luyfont  appréhender  [on  ^ajfagel 

■î  V.    îl  promet ,  ^  ne  tient pai^. 

V.  Le  Roy  enmye  au deuant  le receuôïr. 

VI.  //  reçoit  de  grands  honneurs  par  tout  ou  il  paj[e. 
VIL  Sonarriuée à'Çontainebleau. 

VIIL  Le  grand  accueil  qu  ilj  reçoit. 

LA  NAISSANCE  DV  ROY  FRANÇOIS  II: 
à  Fontainebleau  ;  auec  i'ordrc  ôc  les  cérémonies  de  fon 
Baptefme  ,  faites  en  ce  mefmc  Lieu  dans  l'Eglife  de  îa 
Sain(5te  Trinité. 

CHAPITRE     VL  ,pag.22o. 

I.  1  ^  Loges  du  Roy  Vrançois  IL 

II .  M   ^  J\V  le  2o.  tour  de  lanuier. 

ÎÎI.  V ordre ,  ^  les  Trinces ,  ^  Seigneurs  qui  Ce  trouuennt  a 
ce  Baptefme. 

I V.  hes  noms  des  Princejjes ,  ^  Dames  qui  s'y  trouuerenf, 

V.  Baptefme  célébré  par  Q^on/eigneur  k  Cardinal  de  "Bottrl 

bon. 

V I .  Parrains ,  &  Maraine. 

Vil .  Les  refiouyjjknces  faites  enfuitede  ce  Baptefme. 


LES  MAGNIFICENCES,  ET  CEREMONIES 
faites  à  la  naiflancc  ,  &  principalement  au  Baptefme  de 
Madame  Elifabethd.eFrancc,fille  aifnéeduRoy  Henry  IL 
à  Fontainebleau. 


• 


CHAPITRE      VIL         pag.224: 

L     T     E  bien  arriué de  cette  naijfance. 
1 1 .    1  j  Eiiz^abeth furnommée  de  la  Paix. 
I  î  L  Parrains  de  cette  Princep. 

IV.  Théâtre  i  ^dtuersornemensdrejfezj  pour  ce  Baptefme, 

V.  Appareildvntres-Ytche buffet» 


TABLE    DES    CHAPITRES: 
VI.   L ordre ,  ^ cérémonies. 
Vil.  Les  Q^ar Aines  de  cette  Trincejfe. 
VIII,  Balj  ^  T^oHrnoii  faits  en  fuite. 


DVNE      ACTION      ROYALE,     ET 
mémorable  de  Fmnçois  I.  faite  à  Fontainebleau 
quelques  mois  auant  Ton  deceds ,  rclcuanc 
dVne  grande  maladie, 

CHAPITRE      VIIL         pag.229; 

I .  f\  ^^^^  ^fl  t  amitié  de  la  plu/part  des  Counifans. 

II.  V^y^'J  abandonnent  le  Roy  malade ,  ^  fuinent  le  'Dau- 

phin. 
ÎII.  Le  Roy  releae  de  Maladie ,  &  de  l'inuention  dont  il  v fa  pour 

rappeUer  (es  Counifans. 
IV.  L'Authorité  Royale  ne  doit  fouffrir  eftre  my-tartii. 


DE  LA  NAISSANCE  A  FONTAINEBLEAV 
du  Roy  Henry  III.  de  Claude  Duchefle  de  Lorraine,  de 
Viâ:oire,&de  leanne,  fils  Ôc  filles  du  Roy  Henry  II.  ôc  de 
Catherine  de  Medicis. 


>  CHAPITRE    IX. 


jpâg.232. 


I.  T     Jeux  delà  nai^ance des  Princes  recommandahlesl, 

II.  jLjHenry  l IL  nommé auparauant  Edouard  Alexan-, 

dre. 

ÏII.  L'Auîheur  rend  rai/on  pourijiuoy  il  nohferuepasen  ce  [hapi^ 
tre  l'ordre  Chronologique. 

IV.  Lf;  treiz»e  Cantons  des  Sutffes  Parrains  de  Qaudede^ram 

ce. 

V.  oMedailied^orpre/entéeau  Roy  Henry  IL  par  les  Suiffès] 
y  l.Fi(^oire,^  leanne  fœursiumelles, 


/ 


TABLE    DES  CHAPITRES. 


DE  L'ASSEMBLEE  NOTABLE  TENVE 
auChafteau  de  Fontainebleau  par  l'ordonnance  du  Roy 
François  IL  pour  pacifier  les  premiers  troubles  émeuspaL' 
les  Religionnaires,  aflfiftez  de  quelques  Princes,  ôc  Sci* 
gneurs  de  ce  Royaume. 

CHAPITRE    X.  pag.235. 

L'      X  jfAladiedel'ElpritjeUeqHefi  ï ambition,  fort  perlli 

iVl      leufé. 
IL     Les  malheurs  caufizpar  thfere/ïe  de  ce  fieck, 
îf  L     Naijjance  ç^progrez^deCHerefie, 

IV.  La  confpiration  d'Amboife  éuentée. 

V.  Les  noms  des  perfonnes  de  marque ,  qui  compofoient  cette 

(lAffembUe. 

VI.  EUe  dure  quatre  tour  s, 

VII.  Requellesprefentées pari' Admirai, 

VI  II.  Repartie  à  cette  Requefie, parle  Cardinal  de  Lorraine, 
IX.    Refolution  de  cette  (iAJjemblee. 


QVELQVES    REIOVISSANCES,   EX 

Tournois  faits  à  Fontainebleau, fous  le  Roy 

Charles  neufiéme. 

CHAPITRE      XL  pag.241: 

I.  àT^Harles  IX,aymoit  ce  Séjour  Royal. 

II.  V-^  Fejlin  du  Connefiable  de  oJ^ontmorency, 

III.  Autre  fait  par  le  Cardinalde  Bourbon, 

IV.  La  Reyne  Catherine  de  Medicis  contribué  a  cette  réjouyf, 

fance. 

V.  Lefemkable  fait  par  leT>uc  d'Orléans. 

VI.  Le  "R^y  fe  plaiji  parmy  ces  réjouyfances, 

VII.  T>iuerfes  inuentions  pour  le  Teurnoy, 

VIII .  Les  Compagnies  de  ce  Toumoy, 

LX.    Le  Roy  regale  les  Grands  de  fa  Cour  M  Tournoy  efiat/nyl 

X.  yipres 


TABLE    DES    CHAPITRES. 
X.     ^pres  ^^. tours  icy  defejour  le  R  oyfait  voyage. 


DE    L'OPINION    TOVCHANT     LE 

Spedrc ,  ou  Grand  Veneur  de  la  Forcft 
de  Fontainebleau. 

CHAPITRE     XIL  pag.244: 

I.  T    ^  différence quilya ,  entre  opinion ,  &fcience. 

II.  X-jCe  que difent quelques <*Amheurs  touchant  ce  Speârel 

III.  Paroles  prétendues  dites  par  ce  Speâre. 

IV.  La  vérité  de  cette  Htfioire, 

V.  Pretmes  qui  mon/lrent phi/îeurs  chofisfupposéesl 
y  I.  Chajfe  de  SainB  Hubert. 


ARRIVEE     DE     CHARLES      EMANVEL 

Duc  de  Sauoye  à  Fontainebleau,  ôc  le 

fujct  de  Ton  voyage. 

CHAPITRE     XIIL  pag.248; 

I.  T  T  Enry  k  Grand  défend  (on  Efiat. 

II.  JL  \.Le  Duc  de  Sauoye  furprend  leQ^arquifat  de  Sa% 

Uijfes. 

III .  Le  Pape  fait  arbitre  touchant  ledit  Marquifat. 

IV.  D eptiteZj à  Rome, chacun defquels propofe fes  raifonsl 

V.  Le  Duc  de  Sauoye  vient  en  Vrance. 

V I .  Son  arrime  a  Fontainebleau. 

VIL  Le  Roy  luy  fait  voir  les fmiulariteZide fa  Cour  ^  &  de  cette 

Maifon. 
VWl'Accordfait  entre  le  Roy,  ^fon  oAltefe. 

IX.  Le  T>uc  manque  àfaparole. 

X.  Le  Roy  prend  la  Sauoye,  ^  CQmrâintleDHC  à  luy  donner 

cQntentemem. 


u 


TABLE    DES    CHAPITRES. 


T^ 


A  CONFERENCE  MEMORABLE 
tenue  à  Fontainebleau  enprefcnce  de  Henry  le  Grand,  en- 
tre le  Cardinal  du  Perron  pour  lors  Eucfque  d'Eureux,ôc 
îe  fieur  du  Pleffis  Mornay. 

CHAPITRE    XIV.         pag.254. 

^Raitdé  la  Tromdencede  Dm  peur  la  defenfe  de  fin 
EgUfe. 
î I.     Le  Cardinal  dti  Perron ,  atétre  Hercfôle  qui  dopte  l'Hcrefe: 

III.  Le  mQtïfde  la  Conférence . 

IV.  Zèle  de  Henry  le  Crandpour  la  caufe  de  Dieu. 

V.  L ordre  de  la  Conférence ,  &  les  Commiffaires. 

VI.  Premyance  da  Cardinal  du  Perron. 

VII.  Le  fleur  au  Tle(^is  tafche  d'empe/cherla  Conférence]  ' 

VIII.  Les perfonnes  de  marque  qui [etrouuerent  à  cette  Qonferem^^ 

ce. 
ÏX,     Vanité  du  fieur  du  Pie  fis. 

X.  Dix-  neufpaffages  cottez,  à  faux ,  &  monjèreZi  tels  en  la 

prefenceduRoy. 

XI.  he  Roy  témoigne  vne  grande  ioye  par  la  defiouuertâ  d^s 

manquemens  du  du  Plefsk. 

XII.  Plufieurs  Religionaires  conuertisenfuitte  de  atîe  Qonferen^ 

ce. 


NAISSANCE     A      FONT AINEBLE AV    DE 

Louys  XIII.  du  nom,  Roy  de  France, 

ôc  de  Nauarre. 

CHAPITRE    XV.  pag.265. 

ï.      '  I  ^Emoignage  de  la  hienueiHance  de  Dieu  entiers  fa 

l       France. 
II.    lour  de  cette  natjfance. 
ÎII.  L^  Roy  en  témoigne  vne  extrême  ioye. 
î  V.  Ltf  Pape  enuoye  vn  Nonce  exprés  pour  s  en  coniouyr^ 


TABLE    DES    CHAPITRES. 

y.  La  Grande Duchejfe deVlorence 3  &  les  Frimes  oAlIleZi 

la  Yrance  députent  a  mefmefin. 
•VI.  (grande  réjouyffance par  toute  la  Vrance. 


LE    MARESCHAL    DE     BIRON     ARRESTE' 

.prifonniei  à  Fontainebleau ,  où  fa  conCpiration 

cft  de'couuerte. 

CHAPITRE    XVL  pag.269: 

î .     T    'Autheur  rend  raifonpourquoj  il  fait  ce  Chapitre. 

II.  Â^  Lefieur  la  Vin  vient  icy ,  ou  il  décot4ure  la  confpiration 

ai^H^y. 

III.  Le  Marefchalde  Biron,  après  plufteurs  femomes  &re fuites ^ 

vient  icy  trouuer  fa  Maie  fié. 

IV.  T>ifcours  notable  du  Roy  au  Marefchal,  voyant  la  fiaîtièdâ 

fa  M  aie  fié,  ^  la  réponfe  brufque  qutl  luyfit. 

V.  ^y^utres paroles  remarquables. 

VI.  Le  oJM^arefchalefiicyarreflé. 


NAISSANCE  A  FONTAINEBLEAV  DE 
Madame  Elizabcth  Rcyne  d'Efpagne ,  &  de  MclTeigneurs 
les  Ducs  d'Orléans  ôc  d'Aniou,  enfansde  Henry  le  Grandi 
&dc  laReyne  Marie  de  Medicis. 

CHAPITRE      XVn.  pag.274. 

I .  M  ;  Liz^abeth  née  le  vingt-  deuxième  de  T^ouembrt. 

II.  mZjLc  Duc à^ Orléans  nélefeizâémed'AuriL 

III.  Signes  ve^enuiron  le  temps  de  cette  Naijanceir 
IV.çyifCort:  du  Duc  d'Orléans. 

V.  he  Duc  d'Anioum  le  vingt-cinquième  d'Aùrilyà  pareil  ioUr 

que  S.'Louys. 

VI.  Tiltre  ^  nom  d'Aniou  fort  illujtre-. 


TABLE    DES    CHAPITRES. 

L'ORDRE,  ET  LES  CEREMONIES 
faites  à  Fontainebleau  au  Baptcfmc  de  Mbnfeigneur  le 
Dauphin,regnantauiourd'huy  fous  le  nom  deLouys  XIII. 
Koj  de  France,  &  de  N auarr€,Ôc  de  Mefdames  fes  Sœurs; 

CHAPITRE     XVIIÏ.  pag.277. 

ï.       ir?  Nfans  de  France  andoyeZi  dés  leur  natffance,  mm  Us 

JLli      cérémonies  différées. 
IL     Eloge  de  Louys  XIII. 
11 L   L'appareil  ^  magnificence  de  ce  Baptefme. 

IV,  L'ordre  qui  fe  tint  marchant  pour  aller  au  lieu ,  où  fefi  k 

Baptefme. 

V.  Les  Seigneurs ,  ^  Dames  qmfêruoient  à  la  cérémonie  de 

la  première  fiHe.  ^ 

V  L  Les  autres  qmfêruoient  à  la  féconde fitte. 
y  II.  'Les  Princes^  TrinceJJes  qm  fermient  au  Baptefifte  dô 

çj^onfeigneur  le  Dauphin. 
VI ItParrain ,  &*  Maraine de  Monfeigneurle  Dauphin. 

IX.  V n  magnifique  feflin  fait  de  fmtte. 

X.  '^eu  d'artifices ,  &  autres  refioujffances. 


DE    LA    PREMIERE    ACTION     ROYALE 
faite  par  le  Rôy ,  cftant  cncor  Dauphin 
à  Fontainebleau, 

CHAPITRE     XIX.       pag.284.   ' 

1.      f^  Eremonies  de  la  Cène.  ' 

I L    V^  Monfeigneur  le  Dauphin  feruy  par  les  Officiers  du 

IIL  L  exhortation  de  la  Cène  faite  par  l'ArcheuelquedAmhrun» 
IV.  Monfeigneur  le  Dauphin  laue  les  pieds  aux  Pauures. 
y.  Les  Pauures  fer uis  par  des  f  rinces,  ^  par  quelques  Sei- 
gneurs. 
y  L  Treiz»e  elcta  dor  donner  à  chaque  Pauure  delà  Cène. 


TABLE    DES  CHAPITRES. 


âRHïVE'E    DTN    CHAOVX  .DE    LA  PART 

éc  l'Empereur  des  Turcs  vers  Henry  le  Grand 

à  FontaineblcaUo 

CHAPITRE    XX.      pag.  287. 

1       X    ^Eflimeqtiefatfoit  t Empereur  des  Turcs  de  Henry 

i_j       k  (jrandi 
ÎL      '/  Ures  &  Eloges  doneZi  aux  ^is  de  France  par  les  Turcs. 
î  IL    Cff  ChÀûux  a  atédimce  du  Roy,  ^  ï ordre  qui  fut  obfertié. 
IV.     La  Reyne  'vott  aùe  recepîtoHo 
y.     Le  Roy  amiê  defm  recen  vne  pareille  oArnhaffade, 


AMBASSADE  DE  DOM  PEDRO  DE 
Tolède,  de  la  part  de  Philippe  IILdunomRo/d'Efpagrîe 
vers  Henry  le  Grand,  &  la  réception  qui  luy  fut  faite  à 
Fontainebleau. 

CHAPITRE     XXL         pag,29o. 

L       T\  *^^  Veàro  alBéde  U  Reyne  Marie  de  Medicis, 

ÏL      jLJ  Le  Roy  ertaoye  au  deuant  le  recemir, 

IIL     L  ordre  ^  cérémonie  de  ta  ndience. 

ï  V.    Sommaire  du  dtf cours  de  'Dom  Pedrù  en  (on  Audlense, 

V«      //  "Va  iduer  la.  Reyne. 

VL    HfatîlefemyUbleeuHers  Monfeigneurle  Dauphin. 

VIL  En  <vain  il  tanche  de  dtjfuader  k  Roy  de  la  proteâion  des 

Eftats. 
VIÎI.  Ce  que  dit  Dom  Pedro 'voyant  ce  Chajieau^ 
ÎX,  LarefiluùondetiJfuèdeceftêÂmlfaffade.^ 


u  ilj 


TABLE     DES    CHAPITRES: 


MARIAGE     DE     CESAR    DE    BOVRBON 
Duc  de  Vandofmc,  auec  Françoifede  Lorraine 
DuchcfTe  de  Mercœur ,  à  Fontainebleau. 

CHAPITRE    XXIL         pag.295. 

L    'W'^Erniere  aâ'ton  mémorable  faite  kjfopu  le  règne  àt 

\  3     Henry  IV. 
IL  Le  Roy  agrée  fonce  mariage. 

IIÎ.  Le  Roy  ,  la  Reyne,  ^  toute  la  Cour  tres-rkhement  ve- 
ftus. 

IV.  (e  mariage  célébré  en  la  Chamelle  haute, 

V.  Feftin  où  le  Roy ,  ^  la  Reyne  aftfierent, 
VL  Bal  fait  en  [uite. 


ACTE  NOTABLE  FAIT  A  FONTAINEBLEAV, 
en  la  prefencc  du  Roy ,  par  le  R.  P.  Arnoux  Prédicateur, 
ôcConfcircurdcfaMajefté,  oppugnant  la  Confeflîondc 
Foy  de  la  Religion  prétendue  reformée  5  ôc  les  glorieux 
effets  qui  s'en  font  enfuiuis  à  la  gloire  de  Dieu,  ôc  à  Tad- 
uantage  de  la  France. 

CHAPITRE      XXIIL  pag.298. 

ï.      "11  A"  Otifde  cette  aStion  notable. 

II.    J^jLLe  Reuerend  Père  Arnoux  comtoinc  de  faux  U  Re^ 

ligion  prétendue  reformée. 
lïï.  Les  Reltgionaires  écriuent  contre  te  Père  Arnoîsx. 

IV.  //  leur  fait  re/j?onfe ,  ^  plufieurs  autres  doâes  ^erfonna^ 

ges. 

V.  Q^onfeigneur  le  Cardinal  de  Richelieu  excella  entre  tous 

en  fa  réponfe. 
VL  Les  fruits aniueZi  de  cetaâe  mémorable. 


TABLE    DES  CHAPITRES. 


ARRIVEE     A     FO  NTAINEBLEAV     DE 

Monleigncur  le  Cardinal  Barberm,  Légat 

de  fa  Sainctecé  en  Fiance. 

•     CHAPITRE    XXIV,  pag.'304. 

ï.     T     £  Pspe  Vrhain  V IIÏ.  enuoyefon  Neuen  Lcgat  en 

i.  j     France. 
ÏI .   Aiotîfdu  voyage  de  <:rS^onfeîgneur  le  Légat  en  France. 

III.  Monietgneurle  Légat  célèbre  fapremiere  Mejje  k  Fontaine' 

bleau, 

IV.  Le%oytraitte  Monfeignetw  le  Légat  en  'vn  magnifique  fe-^ 

jimàdifner. 
y.  Les  ReynesfQntUfemblahle, 

CEREMONIES   FAITES    A    FONTAINEBLEAV. 

pour  le  ferment  de  la  Paix  entre  la  France , 

ôc  l'Angleterre. 

CHAPITRE    XXV.       pag.so^ 

ï.    "\  T  A'ms  efforts  des  Anghis  contre  la  France. 

IL     V   éAmbaffadeurs deputez^de part ^ d'autre, 

ÏÏL  Vayp.'ired  dt/posé  pour  iurer  cette  Paix^  en  l'Egh[e  du  Boîtrg 

de  Fontainebleau. 
ÏV.  Lg  Roy  trait  te  en  vn  fejlin  exquk  t  Ambaffadeur  i  Ângtci 

terre. 
Y.  Trinces  &  Seigneurs  quiafiflerent  à  cette  Cérémonie, 
y  L  he  Roy  ime  la  Paix. 


TABLE     DES    CHAPITRES: 


RECIT     D'VN     FOVRBE      CALABROIS, 
fe  difant  Prince  Géorgien ,  exécuté  à  mort 
à  FontaineblcaUc 

CHAPITRE     XXVI.         fag.513: 

ï.       T    E  motif  qm  a  imùtél' Aiithet4ràfaire  ce  récit. 

II.  1.  j  Teinte  de  se  Vourbe  Cdabroîs ,  qui  caufi  'vns  grande 

allarme. 

III.  Laquelle  efldefcoumrte. 

ÏV.    Commijpiires  qui  informent  de  ce  fait  0 

V.  Enquejies  ^'informations. 

VI.  Il aduou'é  fa  fourberie. 


PROMOTION    DE    QJ  ARA  N  TE-NE  VF, 

Chcualiers  de  l'Ordre  du  S-  Efprit,  auecla  ccremonic 
faite  à  Fontainebleau. 


CHAPITRE    XXVIL      pag.318. 


L 


'Ordre  des  Cheualiers  du  Sainà  Efprit ,  dessins  cele*^ 
bres  qui  furent  iamais. 
IL      Plufieurs  motifs  ont^ortéle  %gy  Henry  IlL  a  l'inffiitution 

de  cet  Ordre. 
IIL    La  Saille  de  la  belle  Cheminée  dïJposéeenCha^elk, 
ïV.     Ordre  des  cérémonies. 

V.  (Zontinuation des  cérémonies. 

VI.  Feflin  drefsé  en  la  Salle  du  BaL 
W\,!J\Çomsdes  (heualkrs. 


TABLE    DES    CHAPITRES. 

LIVRE    QVATRIESME, 

TRAITTANT 

DF   BOVRG,  ET  DE   LA  FOREST   DE 

Fontainebleau ,  auec  leurs  appartenances  &  dépendances. 


DV    BOVRG    DE    FONTAINEBLEAV. 

C  HAP  ITRE    I.  ,         pag.5ij. 

I.       TT     'Vtilité  qu  apporte  à  cette  Maifon  Royale  fin 

f    j     Bourg:,  wfa  Forefi. 
IL     Quand  ce  Bourg  a  commencé  de  saccroïftre. 
III.    A  ombre  d'Hofiels  baHis  en  ce  Bourg. 
i  V .    Ce  Bourg  beaucoup  augmente  fim  Henry  IV,  ^  Louyi 
XllL 

V.  Dejcrïption  de  la  grande  Sglifè  de  ce  Bourg 

VI.  Premier  Chapelain  efiably  en  cette  Eglife. 

yil.  Preuofiê  'B^ojale  de  ce  Bourg ,  &  Us  lieux  qui  enrejfor^ 

tijjent. 
yill.  Acqmfitïon faite  par  Henry  le  Grand ,  départie  de  ce 

Bourg  y&de  la  Seigneurie  de  Monceau, 


DES    PRIVILEGES,   ET   IMMVNITEZ 

données  aux  Habitans ,  &  ParroifTe  de 
Fontainebleau. 

Chapitre  IL        pag.331. 


•  »'«  < 


I.    "1^  4[  0/i/}-  ciui  ont  inuité  plufieurs  de  nos  %oys  a  fa- 

XVA     uonfer  ce  Bourg  de  Priuileges. 
IL  Tlufieurs  Chartes  touchant  ce Bourg&TarroiJfe, 
WLLe  Roy  Louys  XI IL  a  particulièrement  fauorisé  ce 
Bourgs  f0fes  Habitans, 

aa 


TABLE  DES   CHAPITRES. 
IV.  Deux  Foires  franches  par  an ,  o^rojées  a  ce  Bourf. 
y.   Primlege  -particulier  durant  lefeiour  de  la  Cour. 


t)E     SAINCT     PIERRE     D'A  VON, 

ParroifTe  de  Fontainebleau. 

Chapitre   III.        pag.  3)6. 

I.      A    Von  T^ar^oijfe  de  ce  Bourg, 
H.  j[^^Uejiendu€  de  cette  Parrotfe. 

III.  Les  Cœurs  du  Roy  Philippes  le  Bel  i&  de  laRejneJafem^ 

me,  inhumeZo  en  l'EgliJe  de  cette  Parroijfe. 

IV.  Vne  Verrerie  Royale  icj  efiahlie. 


DE     LA     FOREST     DE     BIERE, 

autrement  dite  de  Fontainebleau. 

Chapitre    IV.  pag.  539. 

L       T  A'0«  cette  P oreïi prend fon nom, 

II.      i  J  Cette  Forejt  contient  ^ingt-  cinq  mille  arpents, 

îll.    ^iuerjes  %outes  en  cette  Forefi. 

IV.  Plufieur s  Plaines, 

V.  Elle  contient  plufieurs  petites  Montagnes. 

VI.  Çrand  nombre  de  Croix. 

VII.  Elle  abonde  en  beftes  Fauues  &  Ivoires, 
Y\ll. Quantité  de  Tuits  en  cette  Forefi. 

IX.  Plufieurs  Communautez^O' !^eigneurs y  ontleurChauf- 

fage. 

X.  Le  Capitaine  &  Concierge  de  ce  Chafieau  de  Fontai- 

nebleau y  a  trente  Cordes  pourfi)n  Chauffage. 

XI.  Hommages  rendus  au  Roy  dans  cette  Forefi ,  par  au^ 

cuns  VCa^ers. 


TABLE   DES   CHAPITRES. 


DES  OFFICIERS  DES  EAVX  ET  FOREST^ 

èc  des  ChafTes  de  Fontainebleau. 

Chapitre    V^         pag.346. 

I.  /^  Ardas  des  Forefls  Royales  fort  anciens. 

II.  Vj"^^  Grand  Forefiter  de  cette  Fore  fi  j  eftablj  far 

François  I. 

III.  Maifirife  particulière  de  cette  Forefïr. 

I V.  Sous  cette  Maiftri/e  tly  a  deux  Sièges, 

V.  Officiers  des  Chajfes. 

y  I.  Prmileges  des  Officiers  des  Eaux  &  Forefis  ',  &  des 
Chajfes. 


DE  QVELQVES  PRIEVREZ,  ET  CHAPELLES 
ficuées  en  la  Forefl  de  Fontainebleau. 

Chapitre    VL      pag.349. 

î.     TT     A  Chapelle  de  Sainéi  Loujs  ,  autrefois  dite  dé 
1     j      Sainci  'Vincent. 

I I.  JVlotifde  la  fondation  de  la  Chapelle  de  S.  Louys, 

III.  Elle  eft  a  la  collation  du  Roy. 

W.Le  Prieuré  dit  Noftre  Dame  de  Franchard, 

V.  Le  Trieuré  de  S.  Nicolas  des  Baffe  s- Loge  s  * 

VI.  LHermitage  de  la  Adagdelene, 


TABLE    DES   CHAPITRES: 

DES    VILLAGES    ET     HAMEAVX' 

yfagers  dek  Foreft  de  Fontainebleau. 

Chapitre   VII.  pag.  3;i. 

I.  ^^"TOwj  des  Villages  &  Hameaux  'vfagers, 

I I.  J[  ^^  Prmïkges  défaits  Vfagers, 

III.  Obltgezj  en  cas  d'accident  de  feu  en  la  'Foreft  delà  fe^ 

courir, 

IV.  Ils  doiuent  au  Roy  le  droit  d'Auenage. 

y.  Ils  font  exempts  de  la  Taille ,  &ne  payent  que  le  T-aillon^ 


LE 


L  E 


TRESOR 

DES   MERVEILLES 

DE  LA  MAISON  ROYALE 

DE  FONTAINEBLEAV. 

LIVRE    PREMIER. 


DE    L'ANTIQVITE'    ET   FONDATION 

du  Chafteau  Royal  de  Fontainebleau ,  où  il  eft 
fait  mention  des  Roys  qui  s'y  font  pleus , 
&C  qui  l'ont  amplifié. 

CHAPITRE    I. 

/.    L'honneur  rendu  a  l'An 
tiqmté. 


IL  LeB.ojLoMysVIL  Fon- 
dateur du  Chafleau  de  Fon- 
tainebleau. 

III.  Le  %oy  Philippe  Augufle 
fewurne  a  Fontainebleau , 

retournant  de  la  Guerre 
SainBe. 

IV.  Sainâ:  Loujs  fe  plaifolt 
fort  a  Fontainebleau,    m 

V.  Philippe  le  Bel ,  &  autres 
Rojs  anciens  ne  s j  font  pas 


moins  pleus. 

VL  LeRoj  François  Premier 
l'a  beaucoup  amplifié, 

VIL  Henrj  II.  François  Se- 
cond, &  Charles  IX^  l'ont 
fort  embeUj. 

VI IL  Henry  III.  laimoit 
comme  le  lieu  de  fa  naiffancé. 

IX.  HenrjleCrandl'aaug- 
menté,f0y  njenoit  volontiers. 

X.  Loujs  le  lufle  a  donné  le 
comble  deperfeâtion  a  cette 
MaifonKojale, 

A 


Le  Trésor  des   merveilles 


L'honneur 
rendu  à 
i'Antiquitc 


Philoftrate 
lin.  ^.  de  la 
vie  d"  A" 
follontHs. 


II. 

Le  Roy 
Louys  VII. 
Fondateur 
duCha- 
fteau  Roy- 
al de  Fon- 
tainebleau 


'A  N T I QV ï T e'  des  chofes  a  tou- 
jours efté  en  fî  grande  confidera- 
tionparmy  toute  force  de  nations, 
qu'auec  grande  raifon  elles  luy  ont 
donné  le  titre  de  Vénérable ,  com- 
me voulans  dire  que  la  longue 
fuitte  d'années  qu  elles  fubfîllent, 
leur  auoit  acquis  ie  ne  fçay  quelle 
obligation  de  refpeâ:  &  d'hon- 
neur. Ce  qui  auoit  autrefois  inuité  les  Gades  à  luy  ba- 
ftir  vn  temple  dans  leur  ville ,  pour  monftrer  qu  ayant 
en  foy  quelque  chofe  qui  tenoit  de  la  diuinité ,  auffi  luy 
eftoit-il  deu  vne  grande  reuerence.  Et  quoy  qu'à  dire 
vray ,  cecy  foit  notament  à  l'égard  des  chofes  animées, 
fî  eft-ce  en  quelque  façon  que  cela  fe  doit  eftendre  au 
refpe6l;  mefme  des  inanimées ,  ôc  fur  tout  des  baftimens 
anciens  qui  ont  pour  leurs  Autheurs  des  perfonnes  illu- 
ftres  en  dignité  &:  en  mérites.  C'eft  de  laque  Rome  fe 
vante  d'auoir  vn  Remus  &  vn  Romulus  pour  fonda- 
teurs :  que  Carthage  tire  la  gloire  de  fon  origine  de  la 
Reyne  Didon  :  &:  que  tant  d'autres  empruntent  des 
auantages  pour  fe  rendre  recommandables  à  la  pofte-^ 
rite.  Vérité  quieft  fi  cognue  de  tout  le  monde, qu'ay- 
ant à  décrire  icy  les  merueilles  qui  publient  haute- 
ment par  tout  l'Vniuers  la  gloire  Si  la  renommée  de  la 
Maifon  Royale  de  Fontainebleau  ,  i'ay  creu  que  ie  ne. 
le  pouuois  mieux  qu'en  commençant  par  fon  antiqui- 
té, qui  eft  de  cinq  cens  ans,ÔC  la  perfonne  qui  première 
en  ietta  les  fondemens. 

Et  combien  qu'à  parler  fmcerement  l'on  ne  puiffe 
pas  alfeurer  quel  de  nos  Roys  en  eft  le  fondateur,  par 
ce  qu'il  ne  s'en  trouue  rien  d'écrit  ,ny  aucune  marque 
qui  puilTe  obliger  d'en  faire  vn  iugement  certain. 

Si  eft-ce  à  tout  le  moins  qu'il  eft  vray  femblable, 
que  l'honneur  de  fa  fondation  eft  deu  à  Louys  Septiè- 
me ,  furnommé  le  leune  ,  à  la  diftindion  de  fon  père 


DE    FONTAINEÈLEAV.      LiVRE    î.  j 

iauec  lequel  il  régna.   La  preuue  paroift  affez  euidante 
en  ce  qu'il  ne  fe  parle  point  de  Maifon  Royale  à  Fon- 
tainebleau auparauant  luy  ,  &C  qu'il  ell  confiant  par 
quelques  Lettres  ôc  Titres  en  datte  de  l'an  de  (alut  mil 
cent  foixante  neuf ,  lefquels  nous  auons  au  trefor  de   Ï169* 
nos  Chartes  ,  que  ce  fut  ce  Roy  qui  y  fit  édifier  vne 
Eglife  en  l'honneur  de  la  Vierge  ,  &:  de  Sain6l  Satur- 
nin, y  eftablit  &C  dotta  vn  Chapelain  à  perpétuité,  où 
pour  fon  entretien  (  après  plufieurs  autres  dons)  la  Char- 
te porte  en  termes  exprés,  ^ue  quand  le  Roy , ou  la  Rey- 
ne  3  ou  fin  fils  Jeiourneront  a  Fontainebleau  3  ce  Chapelain 
aura  fa  liurée  entière  de  quatre  pams  Par  lour ,  dcmtfeptier 
de  mn  ,  deux  deniers  four  fa  eu  fine ,  c^  ijne  toife  de  chan- 
delle ^  qui  efloit  alors  vn  don  affez  conlîderable* 

Et  il  y  a  apparence  que  la  pieté  de  ce  Prince  auoit 
fait  baftir  cette  Eglife  en  fon  Chafteau  ,  afin  que  fa 
Maiefté  6c  toute  fa  Cour  y  peuffent  faire  leurs  déno- 
tions :  car  pour  lors  il  n'y  auoit  point  d'Eglife  ny  de 
Chapelle  plus  proche  que  celle  de  la  parroifTe  de  Sainét 
Pierre  d'Auon ,  éloignée  d'vn  demy  quart  de  lieue. 

Où  pour  marque  immortelle  ,  combien  cet  Illuflre 
Monarque  auoit  aymé  le  Seiour  de  Fontainebleau,  il 
voulut  en  laiffer  des  témoignages  après  fa  mort  ^  ayant 
choili  le  lieu  de  fa  fepulture  en  l'Eglife  de  Noftre  Da- 
me de  Barbeau  àvne  bonne  lieue  de  ce  Chafteau  Roy  al, 
laquelle  il  auoit  fait  baftir  au  bord  de  la  riuiere  de  Sei- 
ne, *où  Alix  j  ou  Adelle  fa  femme  luy  fit  éleuer  vn  tom-  *  ^'"•'(«^ 

1  ■     \  \y  i>  o      1        1  •  i-  •  tnLudoutco 

beau  enrichy  d  or ,  cl  argent ,  oC  de  diuerles  pierres  pre-  Scftimo. 
cieufes.    Vn  Autheur  moderne  a  remarqué  qu'en  l'an  Beiiefonfi 
mil  cinq  cens  foixante  &  fîx  3  le  Roy  Charles  IX.  eftant  ^l'"'V^^* 
en  ce  heu  de  rontamebleau  on  ouurit  ce  tombeau  par  Anndesdi 
fon  commandement,  où  le  corps  de  noftre  Louys  Se-  ^^'^""' 
ptiéme  fut  treuué  encore  entier ,  auec  fes  veftemens 
Royaux,  quelques  anneaux  aux  doigts  ,  &  vne  Croix 

d'or  qui  luy  pendoit  au  coL 

Philippe  Augufte  fon  fils ,  autant  héritier  de  î&s    1 1 1. 
vertus  comme  il  le  fut  iuftement  de  fon  Sceptre  ôc  de  phui^jp* 

"^  A    ij 


4  Le   Trésor   des  merveilles 

Àugufte     f^  Couronne  ,  fucceda  aux  mefmes  inclinations  de  fon 

pallearon-  ^,.  --^  t->  1it-  -îI 

tainehleau  pcre,  a  clierir  cette  Demeure  Koyale  de  Fontaniebieau™ 

ïJbrùie'r"  ^^  ^^  treuue  plufieurs  Lettres  données  en  ce  lieu  ,  qui 

re  Sainde.  portent  témoignage  apparament  qu'il  y  pafToit  vne 

bonne  partie  de  l'année ,  où  il  prenoit  vn  grand  diuer- 

tiilement  a  la  chafTe. 

Et  pour  vne  preuue  fans  reproche  que  cette  Mai- 
Rigordut    fji-i  eftoit  dés  lors  en  Gon(iderâtion  ,  c'eil;  que  Rigord 
phiii/fi     Autheur,  lequel  a  curieufement  décrit  les  geftes  de  ce 
^ugufti.    -p^Qy  ^  g^  q^j  viuoit  de  fon  temps ,  fait  foy  que  ce  Prin- 
1 1 9 1.  ce  l'an  mil  cent  nouante  deux ,  retournant  de  la  Guerre 
Sainde  contre  les  infidels  de  la  Paleftine  ,  vint  pafTer 
les  felles  de  Noël  à  Fontainebleau  ,  &;  après  quelque 
ieiour  prit  fon  chemin  à  SaindDenys  en  France,  pour 
rendre  grâces  à  Dieu,  &:  à  ce  Saind:  Martyr  de  fon  heu- 
reux retour ,  félon  la  pratique  de  nos  Roys  qui  n'entre- 
prenoient  guère  de  longs  voyages,  qu'à  leur  départ,  ôC 
à  leur  retour  ,  ils  ne  vinfTent  taire  hommage ,  èc  fe  re- 
commander àcet  Apoftre  ÔC  Proteéleur  de  la  France. 
"Tv!  M  A I S  fi  faut-il  aduoUer  que  11  ce  Seiour  Royal  tire  la 

s.  Louys    p.[oii-e  de  fa  fondation  de  Louys  V 1 1.  il  n'eft  pas  moins 

le  plailou     &     ,        ,    V    ,  •  1      f-    •      r\   T  i 

fort  à  Fon-  obUgc  a  la  memonx  de  iamct  Louys,  tant  pour  lepro- 
«inebieau.  /^  ^^  ç^^  baftimcus ,  quc  pour  le  haut  éclat  de  fa  per- 
fonne  &;  de  fes  vertus  incomparables ,  qui  l'honnoroit 
fouuent  de  faprefence,  en  forte  que  non  feukment  les 
plaifirs  innocens  qu'il  y  prenoit  à  courre  le  Cerf ,  ÔC 
aux  autres  chalfes  ,  le  luy  faifoient  auoir  en  lînguliere 
afïe6lion  ,  plus  que  pas  vn  de  £cs  autres  Palais  :  mais 
encore  fur  tout  les  exercices  de  pieté  qu'il  y  pratiquoit, 
fe  retirant  là  fouuent  pour  à  l'écart  du  grand  tracas  du 
monde  s'adonner  plus  particulièrement  à  la  médita- 
tion des  chofes  celeftes  ,  &:  en  recréant  fon  efprit  en 
la  chaffe  des  beftes ,  éleuer  fa  penfée  en  la  pourfuite  6c 
en  l'acquifition  des  vertus  :  ce  qui  par  vn  double  auan- 
tage  luy  reuenoit  au  profit  du  corps  &;  de  l'ame  j  &; 
d'où  poffible  il  auroit  pris  fuiet  d'appeller  ce  lieu  Çts 
Deferts  ,  (  car  c'eft  ainfi  que  portent  plufieurs  de  Ces. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE   I.  y 

Lettres ,  Donné  en  nos  dejèrts  de  Fontamehleau,)  non  feu-  propre "  que 
lement  pour  reprefenter  la  vafte  eftenduë  &:  la  ren-  b'ert7'^:>°ic 
contre  dVn  grand  nombre  de  roches  afpres  &;  fteriles  chIp*î>eV^ 
oui  font  es  enuirons  de  ce  lieu:  mais  encore  comme  iî  ^J^einf^ 
par  là  il  eut  voulu  dire  qu'à  Timitation  de  ces  anciens  ZsZ'&l^^ 


Anachorètes ,  c'eftoit  le  defert  èc  le  heu  de  fa  retraite,  J',"^'^'  ll^_ 
pour  (  fe  dérobant  quelquefois  des  foins  &  affaires  do-  f^'"  ^^^^^ 
meftiques  6c  de  fon  eftat  )  fe  donner  entièrement  aux  f,"'^"^,^. 
penfées  de  l'éternité  &:  aux  exercices  ferieux  de  l'amour  J^J^p^J';!* 

Ae  Dif^n  celcbr.rfe- 

aC  LJICU.  Jonficou- 

A  ce  propos  ie  ferois  tort  à  fa  pieté  &:  à  la  recom-  '^"^j^"^^'*^' 
mandation  de  ce  Lieu  Royal ,  iî  ie  pallois  fous  filence  l^jjj^'l^^' 
les  ades  de  deuotion  qu'il  y  pratiquoit  en  noftre  Con-  ^^^-^ij^^^, 
uent ,  lequel  il  auoit  fait  ballir  fous  le  titre  de  la  très-  y  7°''lf^^- 

■^  i  _  pe  au  McUc, 

Sainde  Trinité  :  car  là  fouuent  il  tenoit  a  honneur ,  &  °^  =°'"«'.c 

l'on   diloïc 

temoip-noit  vn  extrême  contentement  d'alïifter  quel- ''''"»#^)^. 
quefoisen  chappe  aux  proceflions  auec  nos  Relieieux,  couricr  qui 
èC  le  treuuer  au  ieruice  dium  bc  canonial ,  ou  la  il  ie  uciieauRoy. 
plaçoit  au  chœur  auec  eux  ,  pfalmodiant  ÔC  y  prati-  r  lUcs'dTdV 
quant  d'autres  œuures  de  deuotion  6c  de  Religion.  *  viiîedc^Mc- 
Pour  témoignage  dequoy,  nous  gardons  encore  à  pre-  tombées  pYr 


fenc  en  ce  lieu  vne  petite  chappe  de  foye  à  fleurons ,  mcVme  &  à 


lun  cftoient 
tombées  pai 
terre  de  lo/ 
m 

auec  vn  chaperon  duquel  il  fe  feruoit  alors  ,  qui  eft  de  & 

la  mefme  forme  que  ceux  que  nous  portons  ,  dc  tout  rc'uicïc"" 

parfemé  de  rofes  ÔC  d'autres  fleurs.  Tolnurd 

Philippe  Quatrième  furnoliimé  le  Bel  petit  fils  '"f"  ^"  - 
de  ce  faind  Roy  ,  a  pareillement  honoré  ce  Chafteau,  Meim. 

non  feulement  par  fa  naiffance  ,  mais  encore  par  vnc  

alfez  longue  demeure  qu'il  y  a  fait ,  s'y  exerçant  fort  ph,iipne  le 
au  plailir  de  la  chalTe  ',  où  après  vnreo-ne  de  vinet-neuf  Bel,  &  au- 
ans ,  la  meime  ou  il  eitoit  ne  au  monde  ,  par  vne  glo-  anciens  ne 
rieufe  renaiffance  il  naquit  pour  l'éternité  dans  le  Ciel,  ^fj^^"^^^ 
Fan  de  grâce  mil  trois  cens  quatorze.  pieus. 

Plufieurs  autres  de  nos  Roys,comme  leail,  Charles  V. 
&  V I L  n'ont  pas  moins  chery  cette  Maifon  de  plai- 
fance  ,  que  leurs  deuanciers  ,  defquels  ie  ferois  volon- 
tiers vne  lifte  èc  vn  bien  ample  récit ,  fi  par  vne  trop 

A    iij 


6  Le   Trésor   des  merveilles 

longue  fuite  de  difcours ,  où  le  fujet  me  pourroir  obli- 
ger,  ie  ne  craignois  tenir  ce  Chapitre  en  longueur  bc  le 
rendre  ennuyeux  :  ie  me  contenteray  doncques  d'en 
'  rapporter  quelques-vns  des  derniers  Siècles  5  pour  faire 
vou"  que  fî  Fontainebleau  en  fon  commencement  a  ell:é 
en  eftime ,  il  ne  l'a  pas  efté  moins  depuis ,  ôc  Tell  encore 
autant ,  &  plus  qu'il  le  fut  iamais. 

Comme  la  chafTe  eft  vn  des  plus  honorables  exer- 
•    cices  &:  gracieux  diuertifTemens  des  Princes  parmy  le 
poids  de  leurs  affaires  ferieufes ,  où  ils  fe  déchargent  de 
plulîeurs  ennuis  ,  qui  pour  l'ordinaire  accompagnent 
leurs  Sceptres  >  voila  pourquoy  Fontainebleau  eftant  le 
41     plus  agréable  ôc  le  plus  commode  qui  fe  voye  point 
pour  tel  contentement,  ce  fut  le  motif  qui  inuita  Fran- 
çois I.  d'en  faire  vne  grande  eltime  bc  vn  choix  tout 
particuher  ,  fuiuant  les  traces  des  Roys  fes  deuanciers, 
&  à  ne  laiffer  périr  la  gloire  de  cette  Maifon  vrayemenc 
Royale  :  bc  fi  nous  ne  luy  donnons  le  titre  de  Rellau- 
"^      rateur  ,  au  moins  faut-il  auouer  qu'elle  luy  a  de  gran* 
Le  Roy     Jes  obligations  des  foins  tous  particuliers  qu'il  a  pris 
rr'beau-    pour  l'amplifier  de  plufieurs  beaux  édifices  ,  ôC  repa- 
coup  am,   j^ej-  ce  qui  rcftoit  de  l'Antiquité  ,  n'ayant  rien  épargné 
pour  ce  fujet  i  iufques  à  faire  vne  recherche  curieufe 
dans  les  pays  eftrangers  des  plus  excellens  ouuriers,pour 
les  attirer  en  France,  6c  les  employer  particulièrement 
en  ce  lieu. 

Auffi  quand  il  parloit  de  cette  Maifon, c'eftoit  auec 
des  termes  de  tant  d'affeétion  ,  que  combien  qu'il  eut 
plufieurs  autres  Palais  ,  il  luy  fembloit  n'auoir  de  pro- 
pre que  celuy-cy  5  bc  lors  qu'il  y  venoit ,  il  difoit ,  quil 
allott  chezj  foy.  Que  fi  l'on  luy  faifoit  prefent ,  ou  qu'il 
pût  recouurer  quelque  chofe  rare  ,  c'eftoit  pour  fon 

Fontainebleau. 

Henry  II.  Henry  IL  fonfilsayaiit  recueilly  la  Couronne  de 
&^ch°adel  ^^  ^°^^  pere,fuccedaà  fes  inclinations  pour  orner  ce  Lieu 
1 X.  l'ont   de  plaifance ,  lequel  il  a  embelly  de  plufieurs  rares  pein- 

foicembel  •     * 

\y,  tures  qui  s  y  voyent. 


DE     FONTAINEBLEAV»      LIVRE    I.  7 

François  1 1.  &  Charles  I  X.  Ces  enfaiis  ayaiis  fuc- 
cefTiuement  porté  le  Sceptre  &  la  Couronne  de  cette 
Monarchie ,  ont  femblablement  fort  contribué  à  i'em- 
belliffement  de  cette  Maifon:plufîeursbaftimens,&:  en^ 
tr'autres  diuerfes  6^  riches  ftatuës  de  marbre  ôc  de  bron- 
ze ,  d>C  quelques  tableaux  de  haut  prix  qu'ils  y  ont  fait 
apporter  d'Italie  ,  font  des  témoignages  qui  publient 
hautement  combien  ils  ont  aimé  cette  Demeure  Roya- 
le j  &:  le  tout  par  les  foins  &  fous  la  régence  de  Cathe- 
rine de  Medicis  leur  Mère, 

Henry  III.  n'a  pas  moins  rendu  ce  Lieu  recom-  "  viii.~ 
mandable  par  fa  naiffance  ,  &c  l'aimoit  fort ,  comme  le  ^^"^y  ni* 
remarque  vn  fameux  Poète  de  fon  temps,quand  il  le  fait  comme  le 
parler  de  cette  forte  de  Fontainebleau.  naifr^nce^* 

Lieux  de  moy  tant  aimez^  jjï  doux  a  ma  naiffance ,  dp 

Rochers  qm  des  faifins  dédaignez^  l'inconjlancei 
Francs  de  tout  changement. 

Effroyables  deferts,  &  'vous  bois  fiUtaires  ^ 

Pour  la  dernière  fois  foyeza  les  Secrétaires 
De  mon  demi  ^véhément. 

ISlymvhes  de  ces  Forefts ,  mesfidelles  nourrices^ 

T^oîit  ainfl  qu'en  naiffanfvous  mefutesùropices^ 
Ne  m'abandonnes  pas^ 

Quand  ïacheue  le  cours  de  ma  trifte  auanture. 

Vousfifies  mon  berceau ,  faite  s  mafèfulture. 
Et  pleurez^  mon  trefpas. 

Henry  le  Grand ,  dont  la  mémoire  ne  mourra  ia^     i  x. 
mais  en  lapenféede  tous  les  gens  de  bien,  encheriffant  Gr3i'a 
fur  tous  les  autres  Roys  fes  deuanciers ,  a  pris  plailîr  ^'gn^enté* 
d'amplifier  ce  Chafteau  Royal  de  plufieurs  riches  bafti-  voionciersj 
mens,  de  peintures,  de  fontaines  ,  de  canaux  ,  y  ayant 
employé  endix-huiâ:  années,  depuis  mil  cinq  cens  qua- 
tre vingts  treize, iufques  àmilfixcensdix,lafommede 
deux  milhons  quatre  cens  quarante  mil  hui6l  cens  cin- 
quante liures.  , 

Mais  après  tous  ces  illuftres  Monarques  j  fi  faut-il  ^^^'^  j^ 
rendre  ce  témoignage  à  la  gloire  de  noftre  grand  Roy  lufteadgi»» 


8  Le  Trésor  des  merveilles 

né  le  corn-  Louys  le  luftc  ,  auiourd'liuy  heureufement  régnant  _, 
feafon^r  qu'il  a  comme  donné  le  comble  de  perfedion  à  cette 
cette  Mai-  Maïfon  Royale  par  les  enrichiffemens  qu'il  y  a  faits ,  ^ 
le."    °^^'  dans  le  deffein  qu'il  projette  de  la  rendre  l'abrégé  de 
toutes  les  merueilles  qui  fe  voyent  en  tout  l'Vniuers  j 
comme  elle  eft  defia  fans  contredit ,  la  plus  grande  ,  la 
plus  commode ,  la  plus  belle ,  èc  la  plus  riche  de  tout  le 
monde.    Et  de  tant  de  fîngulieres  raretez  ie  me  refer- 
ue  à  décrire  amplement  cy-apres  en  détail  chacune  fé- 
lon fon  antiquité  ,  félon  fon  ordre ,  ÔC  la  diipofîtion  du 
lieu. 


ORIGINE     DV     NOM 

de  Fontainebleau. 

CHAPITRE    IL 


/.  F^ne  recherche  diligen- 
te fait  quelquefoù  trouuer 
deschojès  mcogneu'és  à  f  lu- 
fleurs  Siècles, 

IL  Le  nom  de  Fontainebleau 
dîuerfement  écrit  par  les 
Jiutheurs  anciens  &  mo- 
dernes. 

111.  Plu/leurs  de  nos  Roy  s  ont 


fait  leur  fe  jour  ordinaire  à 
J\delun. 

IV.  Fontainebleau  tire  fon 
nom  d'vn  chien  de  chaffe 
nommé  Bleau. 

V,  ^luelc^ue s  Autheur s  mo- 
dernes Je  méprennent  tou^ 
chant  l'origine  du  nom  de 
Fontainebleau, 


cicero  de    ^^^^^S  ^  AncicH  confîdcrant  les  difficultez  qui 
vmHerfo.    ^\^y|^y^^  furuicnneut  en  la  recherche  de  la  vérité 

des  chofes,qu'vne  longue  fuitte  de  fîecles 
tient  cachées  fous  le  voile  de  fes  obfcuri- 
tez  ,  a  dit  hardiment ,  que  c'eftoit  tenter 
rimpoffible  d'en  vouloir  trouuer  la  fource  bc  le  princi- 
pe. Mais  n'en  déplaife  à  cet  Ancien  ,  li  ie  dis  que  c'eft 
eftre  trop  feuere  en  ce  poinétj&que  comme  ceux  qui 
trauaillent  aux  mines  d'or  ne  rencontrent  pas  fouuent 
la  veine  qui  produit  ce  métail  précieux  ,  qu'après  vn 

grand 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE  I.  9 

gvand  trauail  qui  leur  fait  en  fin  inoiffonner  les  fruits 
de  leur  peine  :  ainfi  bien  qu'il  foit  difficile  de  donner 
atteinte  &  d'entrer  en  la  cçgnoifTance  des  chofes  éloi-  _   ^ 


Vne   re- 


in- 
cognuës  à 
plufieurs 


gnées  des  temps  èc  de  la  mémoire  des  hommes  j  fi  eft-  cherche ai- 
ce  que  la  pratique  &c  l'expérience  nous  font  voir  qu'y-  ''^e^u/r"" 
ne  recherche  curieufe  fait  rencontrer  aucune  fois  des  fois  cou- 
chofes,  dont  les  commencemensauoient  eflié  incognus  "hofc  ^ 
à  plufieurs  fiecles  pafiez.    Il  me  feroit  facile  d'en  pro-  «^^s 
duire  plufieurs  exemples ,  fi  celuy-cy  touchant  l'origi-  ikcies. 
ne  &C  le  nom  de  Fontainebleau  n'eftoit  afiez  fuffifant. 

Où  il  eft  vray  de  dire ,  que  le  temps  èc  le  peu  de  foin 
de  nos  Hifiioriens  en  alaiiféainfi  lacognoiflance  obfcu- 
re  y  mais  il  eft  vray  auffi ,  que  par  des  conie6tures  afiez 
probables ,  l'on  en  peut  donner  quelque  iugement. 

Et  ce  qui  caufe  en  partie  cette  obfcure  cognoifian-      n- 
ce ,  eft  la  diuerlité  de  ce  nom  de  Fontainebleau  ,  que  Fonrame- 
quelques  Autheurs  anciens ,  &C  modernes  écriuent  dif-  ^'^^"  '^*- 
feremment  :  les  vus  l'appellans  bonite  m- Eblaudt ,  Fon-  écrit. 
taine-Eblau;  comme  fait  Rigord  Autheur  de  cinq  cens  ^Jl°'''^'  '"■ 

rr    /^    r      \  1  1-'  -11-  Phihpfio 

ans  ,  &:  aufli  Calaubon  :  les  autres  Fontamebliaut  &;  AHgufto. 
Fontaineblaudi  j  ainfi  le  nomme  loinuille  qui  écriuoit  JaZ"j'jy^, 
il  y  a  prés  de  quatre  cens  ans.    Dans  le  Teftament  de  ^^oujs. 
faind  Louys ,  fait  en  Latin ,  il  eft  appelle  Fons  Bliaudt^  ul^",  "^ni^ 
FontainebUau.    Noftre  Gaeuin  qui  viuoit  il  y  a  fept '«j^f''^^/^'« 
vingts  ans,  1  écrit  Fontem-Bieaudi^  Fontainebleau.  Pon-  caf.  10. 
tus  Heuterus  le  nomme  Fontenehlaum  ,  Fontainebleau,  rit'''!"' 
Le  Cardinal  du  Bellay  qui  viuoit  fous  François  L   ^nb-p.cap.y 
Henry  I L  l'appelle  Fontem-Bleaufum ,  en  ces  termes  :     pli  '"^' 


ranc. 


Jsfympha  qîi£  Fonti  faciles  Bleaujo  ^""^"^ 


Suggérées  lympha  Jaltente  curjus  rmim  sei- 

Emicas 'v'mo  Juferemmenîe  ^udvnded- 

Hercule  fàxos,  w^. 

Papyrius  Mafib  luy  donne  le  nom  de  Fons Blaudi ,  de  ^j^Ip.' 
Fontaine  de  Blau,  en  ladefcription  qu'il  faitdelaFran-  Du  BeUay 
ce,  là  où  il  cite  quelques  Lettres  d'Innocent  III.  dattées  mes  Latws, 
de  l'an  mil  cent  nouante  èc  vn  à  Fontainebleau ,  ou  au 
Chafteau  de  Blau.  ^pt^d  Fontem Blaudi fme  de Blaudiaco^ 

B 


lo  Le  Trésor  des  merveilles 

ce  font  Tes  propres  fermes  :  &  toutes  les  Chartes  an- 
ciennes,  èc  Titres  que  i'ay  veu,  portent  le  nom  de  Blaié- 
dij  ou  Bltaudt,  &;  quelquefois  Bltanàï  :  car  elles  font  tou- 
tes en  Latin  ,  félon  la  pratique  de  ce  temps-là. 

Mais  quelques  Efcriuains  modernes  n'ayans  pas  la 
cognoiffance  de  l'ancienne  origine  de  ce  nom ,  ô^:  de  ce 
Lieu  Royal,  l'appellent  Fontaine-belleau,  Fomem  hell& 
aqua  i  FontemheUaqueum  i  Fontembelldum.  C'eft  ainfî  que 
le  nomment  Germanus  Brixius  ,Mercator,  Merula, 
cermanus   Belleforeft,  Rodolphus,  Botereius,  Golnitz ,  Remmius  ; 
flëZTtd"  comme  fait  pareillement  le  Prefîdent  de  Thou,  qui  l'ap- 
Menator  pellc  cucote  de  cc  mot  Grec  Callirhoe, 
*MendTin      T^^Ua  Calltrhoe  fpeétacuU  fr^butt  oUm. 
cofmogra-  Qù  àlavcrité  il  faut  auouerqueces  derniers  Efcriuains 
Beiiefereflr  out  cu  taifon  eu  quelquc  façon ,  puifque  c'eft  pour  ren- 
France'^'e'  *^^^  P^^^  recommaudablc  cette  illuftre  Maifon  par  la 
en  fa  Cof  bouté  ,  ôc  pat  la  beauté  de  fes  eaux  ;  fi  ce  n'eft  qu^ils 
"cStin  ayent  crû  polTible  ,  que  c'eftoit  vn  manque  en  l'ortho- 
itinerario   graphe  dc  ce  nom ,  par  ce  peu  de  différence  qu'il  y  a  en- 
Bdgic'o.     tre  ces  deux  manières  de  l'écrire  ,  Fontainebleau ,  ou 
De  Thon    Fontainebelleau. 
^pitra-        Et  quoy  que  ce  nom  de  Belleau  foit  bien  donne  en  ce 
fens  à  cette  Demeure  Royale ,  d'autant  qu'il  ne  fe  void 
guère  de  plus  belle  eau  j  fî  eft-ce  que  fî  l'on  s'arrefte  à  la 
commune  tradition  ,  il  faut  croire  que  fon  nom  origi- 
naire &  ancien  n'eft  pas  Fon  famé  belleau  ,  veu  que  tous 
les  Autheurs  anciens  ne  l'ont  point  appelle  de  cenomj 

, mais  bien  Fontainebleau  ,  ou  bltau. 

in.  P  o  V  R  doncques  en  venir  à  ce  qu'en  raconte  la  tra- 

àe  nos  dition  du  pays ,  1  on  en  tire  1  origme  d  vn  Chien  nomme 
Sr/ kT  -S^^^^^  ou  Bltau  :  &c  de  fait ,  c'eft  vn  nom  qui  a  efté  don- 
fejoiir  or-  né  auttcfois  affez  vulgairement  aux  Chiens  de  chaffe. 
Mehn.  *  Auec  cc  quc  l'on  peut  coniedurer  que  cela  eft  bien 
vray-femblable, puifque  tous  les  anciens  n'vfent  point 
d'autre  nom  pour  faire  cognoiftre  ce  Lieu. 

Où  pour  donner  plus  de  iour  à  cette  vérité  ,  il  eft  à 
remarquer  que  plufieurs  denosRoys  de  lacroifiéme  li^ 


ria 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE  I.  it 

gnée  ont  fait  fouuent  leur  feiour,  obtenu  leur  Cour  en 
la  Ville,  ôcChafleaude  Melun  5  entre  autres, les  Rcys  cuhir,  é- 
Robert ,  lequel  mefine  y  mourut  l'an  mil  trente  deux  )  rZIIô.  "* 
Louys  VI.  dit  le  Gros  fonfîls;  LouysVII.  &:  quelques 
autres  encore  auparauant  j  foit  pour  raifon  de  Taffiette 
de  ce  Chafleau,  qui  eftoit  alors  vneplace  forte,à  la  poin- 
te dVne  Ifle  au  milieu  de  la  riuiere  de  Seine  j  foit  auiU  à 
caufedeladifpolition  du  lieu,  qui  a  de  belles  &  grandes 
plaines  pour  lachafTe,  tant  vers  la  Brie,  que  ducoftéde 
rVrepois ,  èc  du  Gaftinois  j  &  particulièrement  à  caufe 
de  la  foreft  de  Bierre  ,  dite  maintenant  de  Fontaine- 
bleau, laquelle  a  Ton  abord  prefque  ioignant  cette  Vil- 
le, ôc  ce  Chafteau  de  Melun.  .. 

O  R  la  tradition  eft  telle  :  qu  vn  denosRoyschafTant  ^    ^'^'• 
vn  lour  en  cette  rorelt ,  il  arriua  qu  vn  Chien  appelle  bieau  tue 
Bleati,  ou  -8//4«,s'eftant  égaré  de  lachafTe,  comme  l'on  J^/chucn 
le  cherchoit ,  parce  que  c'eftoit  vn  Chien  que  le  Roy  nommé 
aimoit  fort ,  il  fut  trouué  auprès  dVne  fontaine  au  mi<^    *'*** 
lieu  de  cette  foreft,  où  il  fe  rafraichiffoit  ,lairé  du  trauail 
de  la  chafTe  j  Ôcparce  que  cette  fontaine  n  eftoit  pas  alors 
cognue,  ôc  que  ce  Chien  fembloit  en  auoir  donné  la  co- 
gnoifranGe,elle  fut  depuis  appelléela  Fontaine  de  BUau. 
Et  comme  quelques-vns  de  ces  grands  Princes  com- 
mencèrent à  le  plaire  en  ce  lieu,ils  bâtirent  certaines  pe- 
tites maifons  &;  retraittes  es  enuirons  de  cette  fontaine, 
d'où  de  lieu  a  pris  ô^;  porté  depuis  le  nom  de  Fontaine- 
bleau ,  comme  qui  diroit  Fontaine  de  Bleau  :  &:  qui  queU 
que  temps  après  a  efté  royalement  bâty,  ôcpar  fucce(^ 
(ion  de  temps  changé  &:  augmenté. 

D'alTeurer  cecy  pour  indubitable,  c'eft  ce  que  ie  ne 
puis  i  non  plus  que  de  vouloir  porter  vn  iugement  cer- 
tain quel,  ôc  comme  fe  nommoit  ce  Roy,  &  lî  cefutRo-  'dulitZcdc 
bert ,  ou  Louys  le  Gros ,  ou  Louys  VII.  defquels  il  a  efté  "^i^*^^ 
parlé  cy-deftus  j  fondé  fur  la  dodrine  d'vn  des  plus  fça- >m^'-«  de 
uans  Pères  de  rEglife,qui  m'apprend,  Qj^tl  'vaur  mieux  '^''Juguft,- 
ne  rien  déterminer  des  chofes  cachées  ,  que  d'affirmer  des  ''^-  ^^  «'*"' 
chojes  incertaines  ^  douteufes.   Touterois  pour  preuue  „y.Tn^ 

B    ii 


A'îonet. 
édition.^, 
verbo  Fons. 


*'  Gonlnitz. 
vbi  fitprà. 

V. 
Quelques 
Aiuheurs 
modernes 
fc  mépien- 
nen:  tou- 
chant l'ori- 
gine   du 
nom    de 
Foniaine- 
bleau. 


ri  Le   Trésor   des  merveilles 

ïipparament  vraye  fembkble. 

Il  eft  à  remarquer,  qu'auparauant  que  Henry  le  Grand 
fift  acommoder  cette  fontaine ,  qui  porte  le  nom  de 
Fontainebleau,  en  la  façon  qu'elle  fevoid  auiourdliuy, 
il  y  auoit  au  defTusvne  petite  voûte  en  forme  de  grotte, 
où  cette  hiftoire  eftoit  dépeinte  à  frais. 

C'eft  l'origine  6c  l'etymologie  que  femble  auoir  vou- 
lu marquer  Monet ,  en  fon  Parallèle  de  la  langue  Latme 
&:Francoife,  quand  il  appelle  ce  Chafteau  Royal  Fon- 
tem  Bellautmm,Bellauttj  fontis  ha/ilicam jVont^inchlcçiny 
ou  Fontaine  deBellaut  j  comme  faifant  deriuer  ce  nom 
de  quelque  chofe  qui  fe  nommoit  Bleau  ,  ou  BeUeauty 
&:  non  pas  de  ce  que  ce  lieu  a  de  belle  eau:  Car,  dit  cet 
Autheur,  iadis  cette  Maifon  Royale  a  efté  appellée  Fon- 
tainebellaut. 

Et  quant  à  cette  hiftoire  touchant  ce  Chien,  elle  a 
bien  efté  remarquée  par  vn  *  Efcriuain  moderne  6C 
eftranger  j  mais  qui  pour  en  auoir  efté  mal  informé  ,  la 
raconte  autrement  que  ie  n'ay  fait  icy  j  difa-nr.  Que  le 
Roy  François  I.  eftant  à  la  chafTe  en  ce  lieu  ,  vnde  (es 
chiens  rencontra  vne  fontaine ,  en  la  prefence  de  Clau- 
de fille  de  ce  Roy,  dont  cette  Princefî'e  trouua  les  eaux 
fi  belles  &  fi  agréables ,  qu  elle  pria  fon  père  d'y  bâtir 
quelque  maifon  de  plaifance:  ce  qu*il  fit,  &  y  édifia  ce 
Chafteau  qui  s'y  void ,  où  à  l'occafion  de  ces  belles  eaux, 
l'appellaFontainebelleau.  En  quoy  cet  Autheui^man- 
que  trop  clairement,  attendu  qu'il  a  efté  remarqué  cy- 
deffus  comme  cette  Maifon  Royale  eftoit  fondée  plus 
de  quatre  cens  ans  auparauant  François  I.  6c  que  defià 
■elle  eftoit  nommée  Fontainebleau  j  Ô^  mefiiic  que  ce 
Roy  dans  tous  les  Titres  que  nous  en  auons ,  ne  l'appelle 
point  autrement  que  Fontainebleau,&nonpasFontai- 
nebelleau.  Outre  encore  qu'il  fe  méprend, quand  il  dit 
que  cette  fille  de  François  I.  fe  nommoit  Claude  3  car 
de  quatre  filles  que  ce  Roy  a  eues,  pas  vne  n'a  porté  le 
nom  de  Claude  ,  ou  il  a  pris  poilible  la  mère  pour 
la  fille  ,  laquelle  s'appelloit  ainfi  ,  &;  eftoit  fille  de 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE    I.  15 

Louys  XII.  Il  eft  bien  vray  qu'il  époufa  en  fécondes 
nopces  Eleonor ,  fœur  aifhée  de  TÈmpereur  Charles 
Quint  :  mais  il  n'eut  point  d'enfans  de  cette  féconde 
fe  mme. 

Vn autre  Autheur  (c'eft  André  Fauin)  rapporte  bien  ^,;^,./f^a 
pareillement  l'origine  du  nom  de  ce  lieu  à  vn  Lévrier '''"f'-/^'"*, 
nomme  Bleau  ,c^i  trouua  cette  rontanie  :  mais  il  man-  Naua-Te 
que  en  ce  qu'il  dit ,  que  ce  fut  du  temps  de  S.  Louys ,  &;  ^"*'"  ^' 
que  ce  Chien  luy  appartenoit  j  veu  qu'il  eft  certain  que 
cent  ans  au  moins  auparauant  S.  Louys  ,  cette  Maiion 
portoit  deiîa  le  nom  de  Fontainebleau. 


DV   BON  AIR  ET  TEMPERAMENT  DE 

Fontainebleau:  Auec  fa  defenfe  contre  ceux  qui 
l'accufent  d'excez  de  chaleur  en  l'Efté. 

CHAPITRE     IIL 

/.    Rien  de  comparable  au       m  faueur  de  Fontaine- 


trefor  de  la  Jante. 

II.  Comparaifon  de  la  Zone 
dite  T^ornde  j  c^  de  Fon- 
tainebleau. 

III.  Témoignage  autentique 


bleau, 

IV^.  Plujieurs  cho/es qui  four- 
nijfent  du  frais  au  fort  de 
l'Ffié  a  Fontainebleau. 


sPhi 


O  M  M  E  il  n'y  a  rien  de  fî  précieux  que  la  rkiU 
fanté  ,  témoiiî  cet  ancien  Philofophe,  qui  ^"fipj'"^ .. 
difoit  hardiment ,  qu'il  n'y  auoit  perfonne  Sl/;/i. 
d'heureux  en  ce  monde ,  que  celuy  qui  pof-  '^^'  '" 
fedoit  ce  riche  trefor  :  auffi  il  n'y  a  point      l 
de  doute,  que  tout  ce  qui  contribue  à  fa  conferuation ,  Rien  de 
ne  peut  qu'il  ne  foit  en  finguUere  jeftime.  Or  fi  nous  b?eTu"'e» 
croyons  au  commiin  fentiment  des  Médecins ,  le  tem-?"^  ?^  ^* 

,,  /lu-  n  1  •  lantc. 

perament  oC  la  honte  de  1  air  en  eft  vne  des  pièces  prin- 
cipales ,  àc  des  plus  requifes.  Confideration  qui  n'eft 
pas  petite  pour  releuer  la  gloire  de  Fontainebleau  >  ôs 
le  rendre  d'autant  plus  recommandable  ,  qu'il  fe  peuE 

B    iij 


II. 


14         Le  Trésor  des  merveilles 

vanter  d  auoir  vn  air  bien  tempéré ,  èc  auffi  bon  qu'il 
en  foit. 

Où  tout  d'abord  il  me  fembie  entendre  quelqu  vn 
qui  veuille  s'oppofer  à  cette  vérité,  fondé  fur  ce  que  les 
lieux  enuironnez  de  foreft  (tel  qu'eft  Fontainebleau) 
font  d'ordinaire  vn  théâtre  où  les  bruines,  ôc  les  autres 
iniures  du  Ciel  font  ioiier  toute  leur  malice.  Auecque 
ce  que  Ces  roches  èc  fes  fables  font  que  plulîeurs  Fac^. 
cufent  d'excez  de  chaleur  en  l'Efté  j  ce  qui  tout  enfem- 
ble  le  pourroit  ainfi  faire  croire  intemperé. 

A  quoy  pour  répondre  &c  conuaincre  de  faux  cette 
Comparai-  obiediou ,  ic  mc  feruiray  de  ce  que  les  Géographes  mo- 
j>n  de  la    Jemes  remarquent ,  touchant  ce  que  les  anciens  Philo- 

Zonc  Tor-  /jirz  -r  J  Uai/ 

ride  &  de  lophcs  out  cctit  de  la  Zone  Tornde  ou  brulee  j  région 
IZ'r"  qu'ils  ont  crû  n  eftre  point  habitée  ,  à  caufe  du  Soleil 
qui  y  darde  (es  rayons  perpendiculairemeilt ,  &C  qui 
pour  cela  ne  permet  pas  à  leur  dire,  qu'aucune  créature 
y  puilTe  viure  longuement  pour  raifon  de  fes  chaleurs 
exceffiues  :  mais  l'expérience  &C  le  rapport  de  ceux  qui 
depuis  quelques  fieeles  ont  fréquenté  ce  pays-là ,  alTeu- 
rent  le  contraire ,  &  racontent  qu'il  n'y  a  guère  de  Ré- 
gion plus  tempérée  ,  àc  plus  fertile.  Nc^n  qu'à  la  vérité 
fon  climat ,  &  l'éleuation  du  Soleil  qui  y  bat  à  plomb, 
n'obligeaffent  à  tel  iugement,  premier  que  l'expérien- 
ce euft  fait  paroiftre  ce  qui  en  cftoit ,  &;  que  l'on  y  euft 
remarqué  des  caufes  qui  corrigent  l'excez^e  ces  cha-^ 
leurs ,  rendant  ces  contrées  d'vn  tempérament  fain,gra* 
cieux ,  &  fertile  ,par  le  moyen  de  certaines  vapeurs  que 
le  Soleil  efleue  en  abondance  ,  lefquelles  parent  contre 
l'effort  de  (es  rayons ,  ôCpuis  fe  refoluenc  en  rôfées  èc  en 
pluyes. 

Le  mefme  fe  peut  dire  de  Fontainebleau  :  il  eft  vérita- 
ble que  fi  l'on  s'arrefle  feulement  à  confiderer  que  ce 
lieu  efl  enuironné  de  bois ,  lefquels  fourniffent  d'ordi- 
naire de  matière  à  des  bruines  ,  àc  à  des  brouillards,  | 
ioint  qu'il  eft  dansvne  valée  j  ces  chofes  femblent  ainfi 
accufer  fon  air  d'eflre  intemperé, groffier,  &c mal  fain. 


t)E    FONTAINEBLEAV.      LiVRE    L  x^ 

Mais  il  eft  vray  aufli ,  que  fî  Ton  remarque  que  fon 
terroir  n'eft  point  marefcageux  ,  mais  fec  &  chaud ,  dc 
que  fesboisfournifTentde  fraicheur.  Ton  auraoccafîon 
d'mferer  delà  alors ,  qu'il  eft  d Vu  tempérament  fain  &C 
gracieux,  puifque  ce  font  ces  deux  qualitezqui  contri- 
buent au  maintien  de  la  vie. 

le  laifTe  d'autres  raifons  pour  m'arrefter  à  ce  que  l'on 
en  peut  apprendre  de  l'expérience,  maiftrefle  des  cho- 
Tes  ,  qui  fait  voir  que  ce  Lieu  Royal  n'eft  point  ftijet  à 
aucune  maladie  particulière  ,  comme  beaucoup  d'au- 
tres endroits  de  France  5  èc  que  pour  les  maladies  ordi- 
naires ,  elles  femblent  n'y  auoir  cours ,  fî  i'ofe  ainfî  dire, 
que  parce  que  Dieu  s'en  fert  quelquefois  pour  faire  co- 
gnoiftre  aux  créatures  raifonnables  ,  qu'elles  font  pai- 
rtries  d'vne  matière  qui  les  doit  obliger  àpenfer  à  leur 
fin  dernière  ;  ce  qui  en  cette  façon  fe  peut ,  ÔC  fe  doit 
prendre  pluftoft  pour  des  faueurs  ,  que  pour  des  dif- 
graces. 

Et  fans  m'arrefter  à  de  plus  longues  preuues,  en  voicy 
vne  digne  de  remarque ,  tirée  d'vn  ancien  Regiftre  de  la 
Chambre  des  Comptes ,  commencé  à  Bourges  mil  qua- 
tre cens  vingt  deux ,  bc  finiffant  mil  quatre  cens  trente 
trois  ,  fueillet  cent  vingt  cinq  ,  dans  lequel  il  y  a  vne 
Lettre  du  Roy  Charles  VIL  de  l'an  mil  quatre  cens  tren- 
te ôcvn,  par  laquelle  il  raconte ,  Sa  tres-chere  Dame  &  s.Yoniiu.i: 
Mère  auoir  employé  les  deniers  du  Domaine  des  aydes  de  ^ticie^ij"' 
Alelun  entre  autres  haftimens  ^ala  reedification  d'vn  très-  ^"  Ordon- 
bel  &  notable  Hofiely  afU  en  laforefide  Bierre ,  au  lieu  dit  "zanx  & 
Fontainebleau,  auquel  fe  s  fredecejfeurs  Roy  s  de  France  auoient  ^'""'^'• 
couflume  euxfouuent  ébatre  au  déduit  de  la  chajfe,  çf  lequel     mT* 
fadite  Dame  &  Mère  auoit  proposé  faire  reedifier  tout  de  Témoigna» 

/•  lin-  1  rr       1  »  r>  i  ge  autena- 

neuf  i  tant  pour  le  bafltment  dejjm  dit  »  qu  en  confideration  que  «i  fa= 
de  ce  rapporté  luj  auoir  efié  les  feu  Roy  lean ,  Charles  fon  Fontaine- 
<tdyeuly  &Jes Oncles  d' Anjou yde  Berïy,&deBourgongne,  ^^^'^u- 
y  auoir  efté  prefèrueZj  de  la  grande  mortalité .  auï  au  temps  cette 

J     /  ^  rr  •        n^  1  T>    ■*  y'       Iitéamu 

de  leur  îeunejje  auoit  ejte grande  par  tout  ce  Royaume  ,  jors  laa  ijjo 
audit  Fontainebleau,  Ce  qui  n'eft  pas  vne  petite  preuue 


ariiua  en 


i^  Le  Trésor  des   merveilles 

pour  iuftifier  ce  qui  a  efté  dit  cy-defTus  de  la  bonté  &C  pu- 
reté de  l'air,  &:  du  tempérament  de  Fontainebleau  :  qui 
eft  confirmé  par  le  témoignage  de  quelques  Autheurs, 
lefquels  afTeurent  que  ce  lieu  eft  fort  fain  &:  tempéré. 
Et  quant  à  ceux  qui  Taccufent  d'excez  de  chaleur  en 
l'Efté  :  le  leur  diray  qu'ils  fe  .fondent  bien  fouuent  plus 
dans  les  apparences ,  que  dans  la  vérité  j  iugeans  que  de 
fes  roches &: de  fes  fables, il  ne fepeut qu'il  n'enrelilTif- 
fe  de  grandes  chaleurs.  Mais  ils  n'ont  pas  pris  gar- 
de aufli ,  que  la  foreft  qui  l'enuironne  tempère  ces  ar- 
deurs. 

Non  que  quelquefois  il  ne  s'y  reflente  quelques  cha- 
leurs extraordinaires,  mais  c'eft  fi  peu  de  temps,  que  ce- 
la ne  doit  pas  eftre  confiderable  j  auec  ce  qu'elles  ne  font 
pas  tellement  ordinaires ,  que  l'on  n'y  ay t  veu  plufîeurs 
Eftez  autant  &c  plus  tempérez  qu'en  aucun  lieu  qui  foit 
point:  ÔC  il  n'y  a  perfonne  qui  ait  fréquenté  cette  De- 
meure illuftre  6c  Royale  ,  qui  ne  foit  obligé  d'auoiier 
franchement ,  que  pour  ce  peu  de  chaud  qui  s'y  peut 
reffentir  quelquefois  ,  la  nature  ne  l'ait  recompenfée 
dVne  Automne  la  plus  agréable  ,  &;  la  plus  delicieufe 
qui  foit  point  ailleurs.  Sans  mettre  en  ligne  de  compte 
fon Printemps,  dont  les  charmes  font  fî  puiffans ,  que 
pour  en  parler  fîncerement,il  faut  que  tout  le  refte  du 
monde  luy  cède  en  ce  poinét. 

Et  puis  s'il  y  a  quelques  chaleurs ,  il  y  a  auffi  tant  dC 
tant  de  diuers  &;  amples  logemens,  tant  de  chambres, 
—  de  falles  ôcdegalleries  ,  tant  de  iardins  èc  d'allées  cou- 
piufieurs    uertes  ,  tant  de  fontaines  &c  canaux  qui  fourniffent  du 
chofes  qui  frais ,  QU  il  cft  vrav  dc  dire ,  QUC  s'il  y  a  du  chaud,  à  peine 

fourniflenc  '^  .       /  ^  ~1  ^  ,        , 

du  fiais  au  le  peut-il  ieiitit ,  OU  pour  le  moins  1  on  a  moyen  de  s  en 

^""/foIi-'  pouuoir  facilement  garantir. 

tainebieau.  Auffi  lifoiis  uous  quc  plufîeui's  dc  iios  Roys  ont  pris 
plailir  d'y  demeurer  en  toutes  les  faifons  de  l'année. 
Ainfî  nous  auons  remarqué ,  &;  il  fe  trouue  des  Lettres 
&:  des  Ordonnances  deS.  Louys,&  de  Philippe  le  Bel, 
dattées  à  Fontainebleau  es  mois  de  luillet  &C  d'Aouft, 

qui 


IV. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE   I.  vy 

qui  eft  le  temps  où  les  chaleurs  exercent  leurs  rigueurs: 
ainfi  pareillement  il  y  en  a  de  François  I.  d'Henry  II.de 
François  IL  de  Charles  IX.  d'Henry  III.  d'Henry  le 
Grand  ,  &;  de  fa  Maiefté  régnante  ,  qui  font  autant  de 
témoignages  que  telles  chaleurs  prétendues  excefllues 
ne  font  pas  telles  que  quelques-vns  fe  perfuadent,puif- 
que  tant  de  grands  Princes  n'ont  pas  laifTé  de  fréquen- 
ter ce  Lieu  au  fort  de  TEfté  ;  &  comme  il  fe  remarque 
encore  par  plulîeurs  adions  célèbres  qu'ils  y  ont  faites, 
defquelles  ie  parle ray  cy- après  au  Liure  troiliéme. 


DV  PLAN  ET  ASSIETE  DE  LA  MAISON 

Royale  de  Fontainebleau  5  auec  les  Eloges  que 

luy  donnent  quelques  Autheurs ,  tant 

Eftrangers  que  François. 

CHAPITRE      IV. 


/.  La  Matfon  Royale  de 
Fontainebleau  enmronnée 
d''vne  forefi ,  &  de  rochers 
engmje  d'^vne  Couronne. 

II.  Comparaijbn  de  Fontai- 
nebleau &  du  Mont  de 
Parnajfe. 


IIL  Fontainebleau  agréable 
en  toutes  les  faifons  de  l'an- 
née. 

IV.  Le  circuit  du  Chafieau 
de  Fontainebleau. 

V.  témoignages  &  Eloges 
enfaueurde  Fontainebleau. 


'Est  vne confîderation  bien  remarqua- 
ble ,  quand  ce  qui  femble  ternir  la  gloire 
de  quelque  chofe  ,fert  au  contraire  à  re- 
leuer  dauantage  l'honneur  de  fa  grandeur. 
Ainfî  peut-on  dire  du  Soleil ,  que  d'autant 
plus  que  l'on  le  void  ofïufqué  de  brouillards  qui  pa- 
roiffent  luy  vouloir  rauir  l'éclat  de  fa  lumière ,  &  plus 
cela  contribue  par  après  à  rehaulTer  fon  luilre  &:  fa 
fplendeur.  Ce  qui  auroit  donné  fuiet  à  vn  des  plus 
fignalez  Capitaines  de  noftre  fiecle,  ôc  qui  a  honoré  la 


t8  Le   Trésor   des  merveilles 

France  de  Tes  illuftres  exploits,  de  prendre  ce  bel  Aftre 
pour  deuife ,  enuironné  d'vn  nombre  de  nuages  ,  auec 
ces  mots  Latuis,  Aàuerfa  coronant  :  ipouï  dire  que  les  dif- 
fîcultezquil  auoit  cprouuéesparmyles  armes  àrepouf- 
fer  les  ennemis  de  cet  Eftat,  auoient  couronné  ics  tra* 
uauxpar  l'honneur  immortel  qu'il  en  auoit  acquis  à  dé- 
fendre fon  Roy  bc  fa  Patrie. 

Ceft  cette  confideration  qui  releue  grandement 
l'honneur  de  Fontainebleau  ,  quand  l'on  vient  à  pren- 
dre garde  que  ce  qui  pourroit  raualer  le  luftre  èc  la  ma- 
iefté  de  cette  Maifon  Royale, eft  ce  qui  luy  donne  de- 
quoy  l'admirer  dauantage  j  i'entens  le  lieu  de  fon  afTiet- 
te  &;  de  fa  fituation  ,  qui  eft  en  vn  terroir  fabloneux  ÔC 
defert,  auec  vn  grand  nombre  de  roches  ôcde  bois  qui 
i'enuironnent. 

Chofe  dis-ie  ,  autant  plus  remarquable  que  c'efl 
vne  merueille  de  voir  fortir  la  lumière  des  ténèbres , 
èc  l'abondance  de  la  fterilitc  :  ie  veux  dire  qu'en  vn 
lieu  11  fohtaire  au  fort  d'vne  foreft  ,  l'on  ait  dequoy 
admirer  vn  Palais  ,  où  l'art  &c  la  nature  ont  fourny  à 
i'enuy  l'vn  de  l'autre ,  pour  baftir  vn  chef-d'œuure  le 
plus  parfait  qui  foit  en  Europe  ,  qui  pour  cela  rem- 
porte fans  contredit  l'honneur  d'eftre  le  plus  accom- 
plyde  toutes  les  belles  maifons  qui  fe  voyent  au  refte 

du  monde. 

1.  Son  plan  ôC  fon  afliette  eft  doncques  au  miheu  dV- 

Royaie'  de  ^^  torcft  ,où  l'oniie  lepeut  aborder  qu'en  paffant  deux 
Fontaine-  Heuës  de  bois  ,  prefque  de  tous  coftez  ,  &c  là  vne  va- 
ronnéedv  léc  de  trois  lieues  ou  enuiron  de  circonférence  ,  s'eft 
deroch^'^^  trouuée  tout  à  propos  pour  l'afTiette  de  cette  Maifon 
en  guife     Royale. 

ronnc.  °"'  ^^  ^^^^  ^'cu  faut  quc  CCS  bois&:cés  roches  qui  l'en- 
tourent de  toutes  parts  jpuiffent  raualer  fa  gloire,  que 
tout  au  contraire  l'en  tire  Vn  argument ,  &C  le  fuiet  de 
dire,  qu'en  guife  d'vne  Couronne ,  il  femble  que  la  na- 
ture ait  voulu  faire  paroiftre  par  là  qu  elle  auoit  deftinc 
tout  à  deffein  ce  lieu  ,  p<xtr^ftr«  vn  k>ur  la  Demeure 


DE   FONTAINEBLEAV.     LiVRÈ  L  i^ 

Royale  6c  delicieufe  des  plus  grands  Monarques  de  la 
terre  :  pouuant  doncques  bien  dire  à  ce  propos ,  que  ^d- 
uerfa  coronant  :  que  ces  chofes  qui  pouuoienc  fembler 
rabatre  de  fa  grandeur  ôc  de  fa  beauté ,  concourent  au 
contraire  à  la  rendre  plus  recommandable. 

Outre  qu'il  eft  vray  de  dire  ,  que  ces  bois  &:  ces  ro- 
ches feruent ,  &  lesvns&les  autres,  à  la  retraitte  dVn 
nombre prefque  infiny  debeftes  faUues  6c  noires,  Ô<:de 
toute  forte  de  gibier  ,  qui  rendent  ce  lieu  vtil ,  &;  plai- 
fantà  toute  manière  de  chalfe.  - 

Si  bienqu'auec  autant  &:plus  de  raifonque  ces  An-      i'- 

j.  >    n.  n  rr  ■  Comparai- 

ciens ,  pouuons  nous  dn*e  que  c  elt  vn  autre  Farnalle,  qui  fon  dePon- 
entre  les  fontaines ,  enavne  qui  ne  cède  en  rien  à  celle  ^jJ^"JJ' 
d'Helicon j  où  les  Mufes  &C  toutes  les  Grâces  que  TAnti-  àc  Parnaf- 
quité  Payenne  a  reuerées  fous  les  noms  de  Diuinicez 
boccageres  J  font  leur  feiour  ordinaire  :  les  Naiades  dans 
le  sazouUisde  Ces  belles  eaux, &: de  Ces  rares  tontaines: 
èc  lesDriades  &:Amadriades,parmy  fes  bois  dc  Ces  bo- 
cages ,  où  en  toutes  les  faifons  l'on  y  entend  toute  for- 
te d'oifeaux  ,  qui  animent  ces  deferts  délicieux  par  le 

charme  de  leurs  ramages.  ' 

Adioutons  à  cecy  ,  que  fon  terroir  fabloneux  rend     ni. 
ce  lieu  autant  &;pluscon{îderable, que  laplus  riche  af-  bkau'grï- 
iiette  d'aucune  autre  maifon  de  plaifance  qui  foit  point  '^''^"^  ^," 

X  X  JL  toutes    les 

en  quelque  terroir  fertile  &:  abondant  que  l'onvoye:  faifons  de 
veuquefi  la  nature  a  donné  la  fertilité  à  ceux-là  en  par-  ^^""^^• 
tage  ,  ils  ont  cela  auifi  de  défaut ,  qu'ils  n'ont  qu'vne 
partie  de  l'année  qui  les  rend  gracieux  j  l'Automne  àc 
î'Hyuer  eftans  fî  peu  plaifans  ,  qu'à  peine  les  peut-on 
aborder  5  Ôcque  mefme  la  moindre  pluye  ne  permet  pas 
l'entrée  de  leurs  iardins  &  de  leus  promenades.  Où  Fon- 
tainebleau en  quelque  faifon  de  l'année  que  ce  foit ,  a 
cela  de  particulier ,  qu'il  eft  fort  agréable  ,  fon  terroir 
ferme  6c  fans  marefcages  ,  qui  fait  que  la  chafTe  ôc  fon 
feiour  y  font  à  fouhait  en  toutes  les  faifons. 

Or  quant  au  plan  de  cette  Maifon  Royale,  il  eft  irre- 
gulier,  prefque  triangulaire,  n'ayant  point  defymetrig 

C    ij 


10  Le   Trésor   des  merveilles 

exactement  gardée  en  la  fuite  de  fes  bâtimens ,  parce  que 
ce  fontplufîeurs  édifices  conltruits  en  diuers  temps,  6c 
par  pluiieurs  Roys  ;  mais  le  tout  neantmoins  a  vne  11  am- 
ple &;  fi  belle  entrefi-iite  de  Tes  baftimens  &  de  Tes  iardins, 
que  l'on  peut  afieurer  qu'il  n'y  a  lieu  de  plailance  au 

monde ,  lequel  ait  vne  fi  grande  quantité  d'édifices ,  de 

I V.  galleries ,  de  chambres ,  de  cours ,  de  iardins ,  de  fontai- 
du  cha!*  nés, 6^  de  canaux  ,  outre  la  quantité  merueilleufe  de  fes 
fteau  de    j-ares  peintures  ;  le  circuit  de  tout  le  Chafteau  ayant 

Fontaine-  ^  ^  r        \  o  11 

bieau.  mil  quatre  cens  toiles  de  tour  :  oC  toutes  ces  merueilles 
faifans  aduolier  franchement  à  ceux  qui  les  ont  exade- 
ment  confiderées,  qu'il  n'y  a  aucune  maifondepiaifan- 
cequi  égale  celle-cy. 

C'efh  aulTi  la  gloire  que  luy  donnent  tous  les  Au- 
theurs  anciens  &:  modernes ,  tant  eitrangers  que  Fran- 
*  Abraham  çoïs.  Aiiifi  en  parle  *  Abraham  Golnitz,  en  ces  termes: 
ainitz.  in  fous  BcHaquetu  adtficium  eft  tîa  hodie  ad  fajliç-mm  dedu- 
Beigico-  Uum»  'Vt  fulcberrimum  ,  am^lijstmum ,  &  magmjicenttjsi'^ 
GMco .  ^piyyj,  omnï'Am  in  G  alita  ^  Germama^  Belgio ,  Anglta ,  <^  Ipa- 
lia  ejfe  dixerim» 

Fontainebleau  ,  dit  cet  Autheur  ,  eft  tellement  ac- 

comply  ,  qu'il  eft  vray  de  dire  qu'auiourd'huy  c'eft  la 

V-       maifon  la  plus  belle,  la  plus  ample ,  &;  la  plus  magnifique 

témoigna     ,  ^    ,,  ■>    ^  ^     .  ^  ^        Ali 

&  Elo-  de  toutes  celles  qui  le  voyent  point  en  rrance,en  Aile- 
".^'^'  magne  ,  en  Flandre  bL  es  Pays-bas  ,  en  Angleterre,  6^ 


ges 

gcs   e 

ueur    de  t      !• 

Fontaine      Cil  Italie. 

bieau.  Girard  Mercator  ,  &:  Mcrula  ,  luy  donnent  l'Eloge 

in  Geogra-  fuiuaut.  Fons  BclU  aquA  Jecejjîis  ejl  "^R^gum  Galîu  amœ- 
^Jtiamemi-^^p^^  i  (|^/f/"/  apïfimus  ^  'VCTC  ^datium  ,  domicilium  olim 
"'"''•  fanBi  Ludouici ,  i^op  Phthppi ,  po/lremo  Francifci  Valefij: 
cofmogra-  multa  îbï fingulana.  Fontainebleau ,  difent-ils ,  eft  vn  fe- 
/tlCTii  ^^^^'  tres-agreable  des  Roys  de  France,  très-propre  pour 
le  repos  ,  vrayement  vn  Palais ,  iadis  la  demeure  de 
S.Louys  ,par  après  de  Philippe,  6^  en  fin  du  Roy  Fran- 
çois de  Valois  j  là  font  plulîeurs  chofes  rares  ôc  fingu- 
lieres. 

Le  Cardinal  Bentiuoglio  dans  le  recueil  de  fes  Let- 


J.   C  !!■ 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRÈ  I.  ii 

très  en  parle  en  cette  forte  :  tlA  Fontainebleo  fin  digiafla-  ai  cma- 

/^       \      I-  •       V    ^  >       .,— .  /■      ■  ,\  lier  Aïa- 

to  'vna  voUa  e  dtmam  "vt  tornero.  (^ran  caja  m  'vero ,  !?„•„,•. 
degna  d^'vn  tanto  Re  ^  benche  fono  pià  cafi  infieme  aggmnte 
'vna  aT  altra  m  njarij  tempi ,  fenz,a  ordtne  alcmw  j  onde  di 
tutîe  tienne  à  formarfi  vna  vajta  mole  rndigefia  e  confufa^ 
ma  quefia  medefima  confufwne  e  mena  di  grandeZjZ^a  è  di 
maejra.  Non  vl  mancan  giardinï  bellipmï  j  è  oltre  prima 
fontana  che  diede  il  nomme  alla  cafa  ,  ve  nefino  molto  al- 
treche  l'abbellifcono  grandement}. 

Le  mefme  en  François.  Tay  defîa  efté  vne  fois  à 
Fontainebleau ,  &;  demain  \y  retourne  j  c'eft  vne  grande 
maifon  en  vérité  ,  bc  digne  dVn  tel  Roy  ,  bien  que  ce 
foient  plufieursmaifons  iointes  l'vneà  l'autre  endiuers 
temps  fans  aucun  ordre  i  d'où  de  toutes ,  vient  à  fe  for- 
mer vn  amas  &;  affemblage  vafte  ,  indigefle  &:  confus  j 
mais  il  eft  vray  aue  cette  mefine  confulîon  eft  pleine  de 
grandeur  ôc  de  maiefté.  Làne  manquent  point  de  très- 
beaux  iardins,  &  outre  vne  première  fontaine  qui  don- 
ne le  nom  à  la  Maifon ,  il  y  en  a  encore  plulieurs  autres 
qui  l'embelliffent  grandement. 

Apres  les  témoignages  de  ces  Autheurs  eftrangers , 
voicy  ce  qu'en  rapportent  quelques-vns  des  noftres. 

Où  ie  commenceraypar  yndenosHiftoriens&cCof- 
mographes^c'eft  Belleforeft,  qui  en  parle  ainfî. 
uiu  CafimoM  ejt  la  Maifin  magnifique, fàperbe  Chafleaut^  J  facif 
Palaù  R  oyalde  Fonraînebelleau,  lefieo-c  &  déduit  des  Roys  de  mograph. 

r  II)  11  /^  •  n  /  •  1    vmuerfell.e 

trance ,  lequel  s  en  allant  prej que  en  ruine ^  a  ejte  remis  Jus  de  du  monde. 
no^re  temps  par  ce  grand  Roy  François  Premier  du  nom  i  qui 
ayant  recouuert  les  Aiafires  Architectes  les  plfis  excellens 
de  l'Europe  ,  a  fait  aufii  faire  ce  Chef-d'oeuure  autant  rare 
qui  fi  voje  guère  en  toute  la  Gaule,  Aufii  le  lieu  eft  en  fi 
belle  afiiette  pour  le  platfir ,  les  bois  y  epans  foifionnans ,  la 
proje  afouhait,  les  ruiffeaux&  eftangs  Je  gibier  &  le  poifi 
fin  ,  f0  l'air  j  eftantfain  &  libre  ,  qu'on  nejçauroit  trouuer 
lieu  en  France  plus  propre  pour  la  retraitte  des  Princes  ^  & 
far  tout  en  temps  d'Efté  ;  ayant  outre  ces  commoditez^  vne 
grande  quantité  de  villes  aux  enuirons  pour  loger  la  fiuit€ 
de  la  Cour»  C    iij 


21  Le   Trésor  des   merveilles 

Voicy  ce  qu'en  dit  le  doâ:e  &:  curieux  Papyrius  Maf- 
fon. 

Papynui       /„  fyiua  a(rn  Va(iinenfls ,  ad  limpïài^ïmum  fontem  Blaa- 

Majfon  in  JJ  -^ r         L  U  ■         r  '    r     ■  1 

Defcriptio-  dmm,  Regta jitaest ^nulla  totms  turoM  mjerior:  deeaemm 

hi finit''  ^i^^or  pcj^e  dicere  quod  Poéta  eximïus  ait  defolis  Regia: 

Deiphinu  JS/Latcnam  fr^crahat  optis. 

F/ic  njero  locus  e^ ,  'vbi  olim  Philippus  Pulcher  Francorum 
l^ex  ïmmortalï  giorta  dignij^imus^  annalium  memoria  natus 
tradïtur, 

Eiivne  foreft  duGaftinois ,  à  la  tres-claire  ombelle  fon- 
taine de  5/<«^ ,  eft  fîtuée  vneMaifon  Royale  qui  ne  cède 
en  rien  à  toutes  celles  de  l'Europe  j  car  il  eft  iufte  de  di- 
re d'elle ,  ce  que  l'excellent  Poëte  a  dit  autrefois  du 
Palais  du  Soleil,  écriuant  en  cette  forte, 

L' œuHre  furpaffoit  la  matière. 
Or  eft  ce  lieu  où  iadis  Philippe  le  Bel  Roy  de  France , 
bc  très -digne  d'vne  immortelle  gloire  ,  eft  néi  comme 
racontent  nos  Annales. 

Vn  autre  Autheur  célèbre  par  fes  curieufes  recher- 
ches du  monde ,  en  dit  ce  qui  s'enfuit. 

Daidty  es       i^a  Maifbn  Royale  de  Fontainebleau  eft  en  njne  région 

Empires  &it}.r^r/^-^  '  i  / 

Eftats  du  belle  &  spacîeuje  ajerame  &  tempérée ,  rare  en  beauté ^gr a- 
monde,  edi-  ^^^^/^  ^^^  fèwur .  f0  abondante  en  toute  forte  de  délices  :  Ce  fi 

tion  tn  fc^  J  J  '  J 

lio  i6t^.&  là  que  Je  trouuent  les  pompes^  les  magnificences  F rançoïfe  s  ^ 
^Authelr  &  ^'^fi  ^^  que  fe  'void  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus  beau  en  la 
des  Anti-  Cour  du  plus  grand  Roy  du  monde. 

viihs  &  Quelques-vns  de  nos  Poètes  ne  fe  font  pas  aufïi  ou- 
^editfjn"^'  t)li^^  ^^^  la  louange  de  cet  Oeuure  Royal,  car  voicy  ce 

qu'en  dit  vn  des  plus  dodes  ôc  illuftres. 
Le  jîeur  de      Bcaux  &  grands  bafttmens  d'éternelle  ftruBure , 
Superbes  de  matière ,  &  d'ouurages  diuers. 
Ou  le  plus  digne  Roy  qui  f oit  en  l'VniuerSi 
Aux  miracles  de  l'art  fait  céder  la  nature. 
Beau  parc  t0  beaux  tardms  ,  qui  dans  "vofire  clofiure 
eAueZi  toufiours  desfieurs ,  &  des  ombrages  vers , 
Tslonfans  quelque  démon  qui  défend  aux  Hjuers, 
^'en  effacer  iamais  l'agréable  peinture. 


^3 


Le  P.  le 

Aioyne 
Elégie  I. 
fur    les 
Triomphes 
de   Lbuys 
XUI. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE   I. 
Lieux  qui  donnez^  aux  cœurs  tant  d'aimables  de/lrs. 
Bois  ^fontaines ^  canaux, fi parmj  vosplaifirs 
JVlon  humeur  eli  chagrine  3  ç^  mon  ^ifaee  tnfte. 
Ce  nefi  fas  quen  effet  'vous  n  ayez,  des  avvas, 
ècc. 
Vn  autre  en  parle  ainfî  : 

Dans  ces  heureux  fahlons  y  où  loin  du  bruit  des  armes  ^ 
La  paix  &  les  plaifirs  ont  étalé  leurs  charmes^ 
Efi  baHyfar  les  mains  de  la  félicité, 

Q.4u  repos  de  nos  Roy  s 'vn  Palais  enchanté. 
La  Deejje  des  eaux  ,  d''vne  éternelle  fource , 
Fait  dans  ce  beau  feiour  &fi)n  lit  &fa  courfe, 
Germanus  Brixius  Poète  célèbre  fous  le  reene  de  ^^f"'.'''"'^ 
François  I.  n'a  pas  oublié  les  loiianges  &:  les  excellen-  Ainfiodo- 
ces  de  ce  Palais  Royal,  l'introduifant  qui  parle  ainlî  par  J^^J  ^X 
vne  belle  &  riche  Profopopée. 

Fons  ego  Aqum,  bella^lua  circundatus  alta» 
lampridem  ceruis  tantummodo  cultpu  &  apris 
Vicma  impuro  rorabam  prata  liquore 
^urhidns  y  &  nuUos  jperabam  obfcurus  honores» 
^t  me  nunc  magni  heroes,  magnique  reliais 
Vrbibus  inuifunt  proceres ,  gaudéntque  Itquorem 
£t  guflare  meum ,  c^  ripas  habit  are  wentes, 
Qujinetiam  f0  cuit  a  per  prata  hortofi^ue  Napea 
Difi:urfant  »  ^iolafque  &  candida  lilia  carpunt. 
Auratos  pajfn  per  eburnea  coUa  capillos 
ISlecnon  &  Charités  adjunt,  ^fioribus  aureos 
Exornant  ^ariis  crines  3  mifcéntque  amarantho 
Çramina  ]Slarcifii,&  Narcijfo gramina  tymbra 
Candida  purpureo  'variantes  colla  Hyacintho, 
Jpfk  etiam  Dryades  properant,  iterantque  choreas, 
LAtitta  mgenti  capts,  é0  dulcedine  nofiri 
Néréides  fontis  /ponti  'vadafalfa  relinquunt. 
Et  noftra  adcurrunt  antris  ad  rura  reliéiis. 
Adde  quod  &  Sylua  arridet  ^quod  blandior  aér 
Exhalât,  Zephyris  molles  quodflantibus  aura 
Funduntur gratis ,  volucres  quod  cantibus  aurai 


matibm. 
jifud,  Ra' 
fiKtium 
Ghero  in  li- 
bro ,  cMt  no- 
men  Dcli- 
tiae  Poëta- 
rumGalld- 
rum. 


Regia  ton- 
tis-hellei 
delibatio 
excerpta  ex 
Rodolphi 
Boterei  in 
magno  Fra- 
cis  Conjilio 
^duocatl  , 
in  Foëmate, 
cui  titulns , 
Luteria. 
*'  Dium 
Ludouictu 
eo   loci    ad 
priuatas 
cum  De 
collocutio- 
n-es  fecede- 
bat. 


AbrahAm 
RemmiHS 
Poématum 
feleFlioruin. 
lib.  1. 


5.4  Le   Trésor  des   merveilles 

Vfo\ue  revient ,  te^ttu,  nemorum  'Viridantihus  <vmhris. 
Hoc  ego  Francifco  eut  paret  Callia  Regt 
'Deho,  qm  pmûmque  loci  vafiamque  rmnam 
(  Nam  me  fi  nejcis  jyiuus  Lodoicus  &  tpje 
Rex  oUm  colmt)  mïferatus ,  qualia  cerms 
Cœlo  ereBafihi  matrïc^ue  palatiafecit. 
SyluA  ^mhra  necnon  ceruorum  indagine  captif 
bïana  Himulante  nec  indignante  Gradiuo. 
Voicy  les  louanges  que  luy  donne  encore  vn  de 

nos  Poètes  Latins  Rodolphus  Botereius. 

Occupet  extremum  formo/lor  omnihus  ijna 
Regia,  de  Bello  qn£  fonte  vocata  yfitl^bres 
Clauja  interjyluas  t  <^  inhofjjita  thefqua  ferar  im 
Hornda  tremus  erat ^ /urgent ibus  ajperafaxis 3 
Quo  'velut  m  nemus  Elyfium  ,fiiperumque  recejfus 
*  'Kex  pius,  effïtja  dtuuifus  ahtbat  ah  aula^ 
Non  JSluma  faljùs  y  ^t^geria  cum'virginehahereP 
<tAjfatus  facros ,  fpedrum  pietatis  inane 
lUdderet  ^fitmmo  'Vota  vt  concepta  Tonantl, 
Crede^nec  horrendafiatio  aptior  altéra  eremo, 
Decliuts  locus  efi,  quem  dejuper  afpera  cingunî 
S  axa  y  'vel  Alpimsjunt  qualia  montihm ,  alta 
Quercuhus  annofis  JjIua  ,  confinia  opacis 
'Tegmtmhi^s  'velant  yfitientefiat  aquor  arena 
Ni  quod  ah  irriguis  madefaéiumfontihus  illud, 
Decltm  depnffa  loco  ftat  Regia^  tollit 
Jlla  tamen  fi^blime  caput 3  quo  njel  iuga  'vincit 
fiArdua  ,  &  annofiit  frondofa  cacumma  Jjlua , 
Omnis  liligeris  te£iii  concluditur  hofpes 
fiAula  3  Themis  'vel  quos ,  ^uel  Mars  hahet  enfe  micantes. 
Flurimus  ohliquojlexu  fons  irrigat  hortos  , 
lUimémque  lacum,  multo  quiptfce  natatur 
Efficity  &:c. 
Abraham  Renimius  ne  chante  pas  moins  les  mer- 

ueilles  de  ce  Lieu. 

Pandit e  Bellaqueum  Mufit  mihi  pandite  fontem  > 
Et  tôt  diuitias  ^ueHro  referate  FoètA, 

Bic 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE  I.  15 

H  te  domus  ajfurgit  3  Begum  fulcherrimafedes, 
jim^la  3  augufia ,  ingens  >  placidù  quam  fUmmuf  'vndis 
Fons  ngat  >  O'  iancio  longumfacît  amne  canalem: 
Delttu  Henrici  3  dum  res  &  fata  finehant , 
(lAureaque  A,ternam  jj>ondshant  fecla  quiet em. 
Hîc  flatu£,  immanes  jjdlidoque  ex  Are  colofi 
Ordme  fuHentant  muros:  hk  Aula  Ju^crha  eH, 
Intm  opes  "uaru,  remmque  inclufa  fupeRex 
Omnigenai  hic  'vndans  qukfefe  m  fydera  fnmus 
Euomtty  &  calidis  erampit  fiamma  camink , 
JVLarmoream  Henrici  e^giem  ifcuhtumque  'uïdehis 
G^i^adr^pedem 3  &  toto  proflrata^  aquore  turmas: 
Quant  us  erat  ^  cùm  Famjlas  intraret  in  arces 
Vtdor ,  &  attoniti  fremerent Jî4h  nomine  Iberi. 
Tarte  aliâ  tnfignem  'violis  ^  Jlonhi4s  hortum 
Ajpicis 3  hic  longA  ambages,  <variique  receffus 3 
Auiaqtie ,  jlexûjque3& fiagno  aptifima  teUus: 
C loris  vbt  Nymphaqne  habitant  »  diim  gemmea  mufc^ 
F  ronde  t  humus  3  teneroque 'Virent  frb  gramme  rit  a, 
Elkjpirant  aurA  tenues ,  &  moUu  odoro 
'    F  lamine  per  Jjluamfiirgens  fouet  aéra  'ventus, 
Hos  Rex  Ludotcus  vernantt  tempore  faltus 
Jncolit ,  &fuaues  auium  fonttfque  fropinqui 
Attenta  bibit  aurefonos:  his  vere  fereno , 
tienricus  gemtor  'vitam  ducehat  in  oris. 
Claudtte  BeUaqueum  M.ufA  mihi  claudite  Fonîem. 
En  fuite  de  q.ç.s  vers  Latins  vn  autre  de  nos  Poètes  égayé  ^«  /«'' 
ainfî  fa  Mufe  en  l'honneur  de  cette  Maifon  Royale.  "  '^"' 

Sacré  F  ère  duiour3  beau  Soleil , for  s  de  l'onde  y 
Et  'Viens  'Voir  auec  moy  le  plus  beau  lieu  du  monde-, 
C'efl  du  plus  grand  des  Rojs  le  Juperbe  Jeiour  3 
Fontainebleau  nommé,  les  délices  d'amours 
Cefijcy  que  la  gloire  établit  (on  empire , 
Que  tout  y  luit  d'honneur  3  ou  que  tout  en  refpirei 
Et  quiconque  a  pu  'voir  ce  Falaisjl  charmant 3 
2sle  'veut  plus  auoir  d'yeux  que  pour  luy  feulement 0 
T^arterres  enrichis  d'éternelle  peinture  ^ 

D 


16         Le  Trésor  des  merveilles 

O^  les  grâces  de  l'art  ont  fardé  la  nature: 
Que  'vofire  abord  me  flatît  /  que  'vos  dtuerfitez^ 
M.e  montrent  al' enuy  de  natjjantes  beautez^? 
Ce  fi  auecme  tlaifir  que  le  Ciel  'vous  éclaire , 
Il  femble  que  l'Hjuer  ait  peur  de  vous  déplaire , 
VEfté  nofe  ternir  ^uofire  aimable  'verdeur. 
Et  fa  flamme  pour  "vous  na  que  de  la  splendeur. 

Vieux  chefheSy  &  ^ous  pins  dont  les  pointes  chenues 
S'cjloignent  de  la  terre  &  s'approchent  des  nues» 
Bois  où  l'aHre  du  tour  confondant  fe s  rayons 
Fait  naifire  cent  Soleils  pour  'vn  que  nous  soyons  j 
Beaux  lieux  dont  la  tranquille ,  &  plafante  demeure 
JSle  reçoit  point  d'ennuj  quaufi.  toH  il  ny  meure  i 
Vous  'Voir y  'VOUS  pojfeder  e^  'un  bien  le  plus  doux, 
JSf'efi'Ce  pas  'viure  heureux  que  deviure  chez^  ^ousf 

^pres  auoir  paf^é  dans  *vne  grande  allée 
D'aulnes  &  dy préaux  artijtement 'voilée , 
>^Le  fauorable  Dieu  qui  prefide  en  ces  lieux 
Tait  'Voir  d'vn  grand  canal  ïobtet  tout  gracieux , 
Ou  le  chant  des  oi féaux ,  f0  le  bruit  des  fontaines. 
Font  'vn  concert  plus  doux  que  celuyde  Syremes: 
Veft  'vn  plaifîr  de  'voir  la  JSlymphe  de  ces  eaux 
Couurirja  nudité  d'^vn  crefpe  de  roz^eaux , 
FriZjcr  l'azjur flottant  de  fes  trejfes  humides  , 
Se  couronner  le  front  de  fes  perles  liquides, 
Ternir  defon  éclat  les  Nymphes  d'alentour. 
Et  paroifre  'vne  Reyne  au  milieu  de  fa  Cour, 

Ceft  'vn  plaifir  de  'voir  l'ombre  de  fes  feuillages 
Emailler  ce  crifal  de  leurs  'vertes  images. 
Errer  au  gré  du  'vent ,  au  fi  bien  que  fes  foîs  » 
Et  tous  ces  mouuemens  nous  donner  du  repos. 
Sur  quelque  'vérité  que  la  fable  fe  fonde , 
Venus  ne  prit  iamais  fa  naiffance  de  l'onde ,  . 

Car  'Voyant  'vn  lit  d'or  fous  ce  flot  de  criflal 
Tofe  bien  ajfeurerque  ceft  f on  lieu  natal: 
Il  femble  que  ces  bords  gardent  encore  fes  traces, 
Slue  le  tem  de  ces  fleurs  fbit  celuy  de  fès  grâces. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE    I.  17 

Qjie  ce  Dédale  fombre ,  ^fès  confus  détours 
Seruent  d'amufement  a  ces  petits  oAmours  » 
Et  que  l'air  de  ce  lieu  qui  termine  leur  cour  je  3 
Infptre  des  douceurs ,  dont  Us  furent  lafeurce. 


DES  BASTIMENS  EN  GROS  ET  EN 
gênerai  du  Chafteau  de  Fontainebleau  :  De  fes  ad- 
uenuës  àc  entrées  ,  ÔC  de  fes  Cours ,  qui  font  voir 
la  face  ,  l'ordonnance  ,  àc  la  difpofition  de  ce  Lieu 
Royal. 

CHAPITRE    V. 


/.  Rai/ons  qui  ont  meu  l' Au- 
theur  à  drejfer  ce  Chapitre. 

II.  Cinq  aduenué s  principa- 
les de  ce  Chafleau. 

III.  La  plus  belle  fà  confide- 


rable  efi  celle  de  la  Chauf- 
fée. 
IV^»  Le  plan  de  ce  Chafteau 
eft  drefé  fur  l'aduenué  de 
la  Cour  du  Cheual  blanc. 


YaNT  remarqué  cy-deuant  le  plan&l'af-     f 
fîette  de  cette  Maiibn  Royale ,  Tordre  re-  quî  °ont 
quiert  de  parler  maintenant  de  (es  bafti-  [J^eu/à  "^ 
mens ,  ÔC  de  tout  lerefte  de  l'accompagne-  ^^^^^^^  ce 
ment ,  &:  de  l'embellilTement  de  cet  Oeu-     ^^""^^^ 
ure  Royal.  Mais  parce  qu  vn  fî  grand  ô£  fî  parfait  ou- 
urage  fe  void  premier  d'abord  en  gros  ôc  en  gênerai, 
qu'en  détail  &;  en  particulier  j   d'ailleurs  que  de  tous 
ces  ouurages,  lesvns  font  anciens,  &  les  autres  moder- 
nes &:  nouueaux ,  la  plufpart  entremeflez  dans  la  fuite  de 
tout  ce  corps  d'édifices  j  &;  l'ordre  6c  mon  deffein  eftant 
de  traitter  des  vns  &;  des  autres ,  autant  qu'il  fe  pourra, 
félon  leur  ancienneté ,  &  le  temps  qu'ils  ont  eil:é  faits  : 
c'eft  pourquoy  i'ay  iugé  à  propos  d'en  parler  première- 
ment en  gênerai ,  &:  commencer  par  (es  entrées  &:  ad- 
uenuës ,  ôcpar  fes  Cours ,  qui  font  voir  la  face ,  l'ordon- 
nance ôc  la  difpofition  de  ce  Lieu3me  referuant  par  après 
à  décrire  le  tout  en  détail. 

Dij 


iL8  Le  Trésor  des   merveilles 

n7~"       Cette  Maifon  a  quatre  aduenuës  principales  ,  ou 
Sues '^    cinq ,  fi  l'on  compte  celle  de  la  Conciergerie  qui  regarde 

principales  j.'Orient. 

ftca'iu  ^^'^       La  première ,  qui  a  Ton  afped  au  Midy ,  Sc  eft  en  vne 

grande  plaine  où  font  plantez  quantité  de  pins  ,  &;  fe 

termine  par  les  bois  de  la  foreft  &:  par  quelques  roches  j 

où  à  fon  abord  l'on  découure  tous  les  édifices  de  ce 

Chafteau  ,  qui  font  ôc  paroiffent  en  fi  grand  nombre, 

qu'ils  femblentpluftoft  compoferyne  grande  ville  qu  v- 

ne  maifon  particulière. 

"Tl         L'O  N  y  entre  par  vne  Chauirée,à  l'abord  de  laquelle  eft 

k  &  cont  vn  pauillon ,  èc  eft  cette  Chauffée  entre  l'Eftang  &c  le 

deiabie  eft  grand  lardiu  du  Roy  ,  laquelle  a  fîx  rangées  d'arbres 

chaufTce/  qui  fout  vnc  grande  allée  Royale  ,  &;a  de  long  cent 

foixante  èc  quatre  toifes,  ô^  dix  de  larges  elle  aboutie  à 

la  Cour  du  Donjon. 

La  féconde  aduenuë* ,  6^  comme  la  porte  principale 
du  Chafteau ,  eft  du  cofté  du  Bourg  qui  regarde  le  So- 
leil couchant ,  par  laquelle  l'on  entre  dans  la  Cour  du 
Cheual  blanc. 

La  troifiéme  eft  celle  qui  vient  du  Bourg  pareille- 
ment ,  laquelle  eft  au  Septentrion ,  èc  qui  donne  entrée 
au  milieu  de  ladite  Cour. 

Et  la  quatrième  eft  Taduenue  du  cofté  encore  du 
Bourg  j  le  long  de  la  rue  appellée  la  rue  Baffe,  laquelle 
eft  aulU  au  Septentrion  &  à  l'aduenuë  de  Paris  :  au  dé- 
liant eft  vne  belle  place  fort  fpacieufe,par  laquelle  Ton 
aborde  en  cette  Maifon  vrayement  Royale,  où  eft  vn 
grand  &  magnifique  portail  qui  y  donne  entrée  par  la 
Cour  des  Offices, 
m.  ^        Mais  parce  que  la  Cour  du  Cheual  blanc  eft  IVne 
cecLïeau  ^^^  principales  ,  Se  que  fur  fon  aduenue  eft  dreffé  le 
r^  v^f'^    plan, l'affiette,  Se l'éleuation  de  ce  Chafteau ,  telle  qu'el- 
nue  de  la  Ic  fc  void  icy  ;  outre  que  de  cette  Cour  l'on  paffe  faci- 
cheuaf  "^    lemcut  par  tout  le  refte  des  édifices  de  ce  Chafteau  :  ce- 
blanc,       la  femble  obliger  à  commencer  par  icelle. 


PORT^MT   DBLkHMSOVi  ^oyKLLEVE   FOKTAIME    BELLE/W 


A   La  fontoirif    de   Yast 

B     La  fmUmc    le  la  Diane 

C     \  a  fonU^nt  LTibre 

D    E  FG    les  auatrc  {onïames  luGranl   Jarlm 
H     I   Islcu-^UamslclaB^sseCcuriL 

cil  mol    Blanc 
KlaUa.m   le  la  Court  L   Ojfucr 


"fh 


'f 


rancmi 


c..ejc 


30 


Le  Trésor  des  merveilles 


DE   LA  COVR    DV  CHEVAL   BLANC, 
dite  ancietthemenc  la  BafTe  Cour  ,  ou 
.     la  Grande  Cour. 


CHAPITRE      VL 


/.   François  L  a  haftj  U  Com 

du  Cheual  blanc. 
IL  'Jj'oti  cette  Cour  ^or te  le 

nom. 
IiJ.  Cinq  patiillons  en  cette 

Cour. 
IV.  il j  a  'vnfort  bel Efca- 


lier  en  cette  Cour, 

V,  En  cette  Cour  font  les  de- 
fartemens  de  M  (peurs  les 
Secrétaires  d'Efiat. 

VI.  La  font  deux  fontaines» 
&  deux  figures  de  marore. 


I. 

François  I. 
a  b;ilty  la 
Cour    du 
Cheual 
bUnC' 


E  T  T  E  Cour  doit  Thonneur  de  fa  fonda- 
tion au  Roy  François  L  qui  la  fit  édifier 
l'an  IJ19.  telle  qu'elle  eft  en  fes  baftimens 
auiourd'huy ,  comme  il  fe  void  par  vn  Ti- 
tre que  nous  en  auons ,  duquel  nous  par- 
lerons cy-apres. 

Elle  a  80.  toifes  de  long,  &  jS.  de  large ,  laquelle  eft 
diuifée  en  quatre  compartimens  par  le  moyen  de  fon 
paué  ,  qui  (ont  comme  quatre  parterres  de  gazons  ou 
prez  ,  dVne  petite  herbe  qui  donne  ie  ne  fçay  quoy 
de  gracieux  àTafpeâ:  de  cette  Cour. 

C^and  ce  Roy  l'eut  édifiée  ,  il  ne  luy  donna  point 
d'autre  nom  que  de  Baffe  Cour ,  ou  la  Grande  Cour,  par- 
ce qu'elle  eft  la  plus  grande  de  toutes  celles  de  ce  Cha- 
fteau  ,  &  qui  fe  voyent  point  ailleurs  j  nom  qu'elle  a 
porté  mfques  à  Charles  IX.  que  Catherine  de  Medicis 
fa  Mère  eftant  Régente  de  ce  Royaume  durant  la  mi- 
norité de  ce  Prince  ,  y  fit  mettre  la  figure  d'vn  grand 
Cheual  blanc,  où  eftoit  vn  dôme  au  dclfusfouftenude 
quatre  piUiers  :  lequel  Cheual  eftoit  moulé  fur  celuy 
de  Marc  Aurele  ,  l'yne  des  rares  pièces  qui  foient  re- 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE  L  31 


II. 

D'où  cette 


{lées  derAntiquité,laquelleeftàRomedeuantlapor  ^^^,  ^^^^^ 
te  du  Capitule  ,  &C  du  depuis  cette  Cour  a  touiiourscoirpocte 
porté  le  nom  de  ce  Cheual  blanc  ,  qui  en  fut  ollé  l'an  '^  -"^• 
i6i6.  parce  que  n'eftant  que  déplâtre  il  auoit  elle  rom- 
pit de  nuid  en  partie  par  la  malice  de  quelques  foldats, 
comme  l'on  a  conieduré  fur  ce  que  plufieurs  d'entre 
eux  ont  dit  ,  que  ce  Cheual  eftant  au  milieu  de  cette 
Cour  il  les  incommodoit  y  entrans  en  garde  quand  fa 
Maiefté  eft  en  ce  lieu.  le  le  reprefente  encore  en  cette 
ficrure  afin  que  l'on  voye  comme  il  eftoit  autretois ,  èC 
combien  qu'il  n'y  foit  plus  ,  cette  Cour  ne  lailTe  pas 
toutefois  d'en  porter  encore  auiourd'huy  le  nom. 

Elle  eft  de  moillon  ôcde  brique  en  la  plufpart  de  fon 
baftiment,oupour  le  moinsenfonenrichiffement&en 
fes  amortiffemens  ,  laquelle  eft  compofée  de  trois  pa- 
uillons  du  cofté  de  fon  entrée  principale  au  Soleil  cou- 
chant ,  èC  d'vn  quatrième  qui  eft  fur  la  féconde  porte 

au  Septentrion.  ,  — 

Av  bout  de  cette  Cour  qui  regarde  l  entrée  lont  ^^^^  p^. 
cinq  hauts  &  grands  pamf  ons  tous  de  pierre  de  grés ,  uUions^.. 
qui  font  feparez  de  cette  Cour  par  vn  fofle  que  Ion 
palfe  fur  vn  pont  de  pierre. 

Le  premier  eft  appelle  lePauillon  des  Armes,  parce 
que  là  François  L  y  aUoit  drefle  deux  grandes  cham- 
bres àC  cabinets ,  où  il  auoit  ramaffé  tout  ce  qu'il  auoic 
pu  trouuer  d'armes  dont  vfoient  les  Anciens  tant  a 
pied  qu'à  cheual ,  auec  d'autres  curiofitez  qu'il  y  auoit 
mifes ,  dont  il  s'en  void  encore  quelque  marque. 

Auprès  de  ce  Pauillon  font  deux  Tripots ,  l'vn  cou» 
uert  des  plus  beaux  6c  des  plus  grands  qui  fe  voyent 
point ,  lequel  a  efté  bafty  par  Henry  le  Grand ,  èc  l'autre 

qui  n'eft  pas  couuert.  ^     ,     r  ■      1 

Le  fécond  Pauillon  eft  à  huid  toifes  de  fuite  de  ce 

premier,  , 

Le  troifiéme  tient  le  milieu  ,  à  pareille  diftance  du 
fécond  3  vulgairement  l'on  l'appelle  la  Chambre  &:Ca* 
binet  des  Peintures  ;  dont  nous  parlerons  amplement 
cy-apres. 


31  Le   Trésor   des  merveilles 

Le  quatrième  fuit  les  autres  èc  de  mefme  ordre ,  àc  à 
femblable  diftance  que  le  premier  &  le  fécond. 

Et  le  cinquième  eft  tout  de  mefme  que  l'on  nomme 
lePauillondesPoëfles,  tous  lefquels  fe  communiquent 
par  le  moyen  d Vne  grande  terralfe  bien  voûtée  &:gar-^ 

nie  de  balluftrades. 

IV  E  N  T  R  E  ces  Pauillons  &  au  milieu  eft  vn  grand  Ef- 

fjt  "beÏEf  ^^^^^^  ^^  pierre  ôc  hors  d'œuure  :  il  eft  à  deux  rampans 
cahcr  en  à  viffc ,  cnricHy  de  balluftres ,  chacun  rampant  de  tren- 
our.  ^^  çQJfg^  jg  long,  &:  deux&demy  de  large  ;  il  eft  dVne 
très-belle  ordonnance  &C  architedure  ,  par  lequel  l'on 
entre  dans  la  petite  Gallerie,&:  de  là  au  département  du 
Roy, &  autres  HeuxdeceChafteau.  SaMaiefté  l'a  fait 
édifier  1634.  en  la  place  dVn  autre  qui  eftoit  plus  petit 
que  celuy-cy  ,  quoy  que  d'vne  fort  belle  ordonnance, 
lequel  les  iniures  du  temps  auoient  ruiné  :  celuy-cy  eft 
autant  commode  que  l'autre  eftoit  délicat ,  parce  que 
les  carofTes  palTent  facilement  fous  celuy-cy  entre  les 
deux'  rampans  pour  entrer  ou  fortir  de  la  Cour  de  la 
Fontaine  ,  &;  de  là  au  refte  du  Chafteau  5  ce  qui  eftoit 
empefché  par  celuy  quieftoit  auparauant.  De  plus  que 
par  le  moyen  de  celuy-cy  il  y  a  vne  grande  aduenuë 
pour  entrer  en  l'Eglife  de  la  Sainde  Trinité ,  qui  eft  la 
principale  de  cette  Maifon  j  fomme  que  la  ftrudure  de 
cet  EfcaHer  renient  à  cent  mille  francs. 

Il  yauoit  autrefois  dans  cette  Cour  vn  grand  portic 
de  pierre ,  auec  de  belles  colomnes  Tofcanes  ruftiques, 
&  vn  pont  de  bois  fur  lequel  Ton  paffoit  à  la  Cour  de  la 
Fontaine,  &  eftoit  vis  avis  de  la  grande  porte  par  où  l'on 
y  entre  maintenant  j  le  feu  Roy  le  fit  ofter  auec  ce  pont, 

parce  que  cela  n'auoit  pas  de  fymetrie  auec  le  refte. 

V.  Au  cofté  droit  de  cette  Cour  eft  la  grande  Gallerie, 

Courront  ^^^^  l^s  ^^^^^  peintures  &:''fingularitez  requièrent  plu- 
ies départe,  fieurs  Chapitres  cy-apres. 

mens  de  T-'irV-rit  i  ,- 

Meirieurs  il  N  la  mclme  Cour  lont  les  departemens  de  Mef- 
mtfs'TÊ-  ^^^^^^  ^^^  Secrétaires  d'Eftat  ,  S>C  de  plufieurs  èc  princi- 
ftat.         paux  Officiers  de  faMaiefté. 

Là 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE    I.  35 

Là  eft  aulïi  eftably  leBureaudelaPofte  durant  le  fe- 
iour  du  Roy. 

L'on  y  marque  encore  le  logement  de  plufieurs  Che~ 
ualiers  &  autres  Seigneurs  ,  tant  cette  Cour  contient 
quantité  de  baftimens,'&:  de  logemens» 

Et  pour  plus  grand  témoignage  de  la  beauté  &c  de 
l'étendue  de  cette  Cour  j  ie  diray  que  c'eft  le  lieu  où  fe 
font  les  magnificences  des  Tournois  ,  où  l'on  court  la 
Bague  ,  où  l'on  rompt  à  la  Lance  ôc  au  Faquin  ,  vne 
grande  lice  &C  barrière  y  eftant  drefTée  exprez  le  long 
de  la  o-rande  Gallerie. 

Entre  autres  embellifTemens  de  cette  Cour ,  font     vi. 
deux  grandes  Fontaines  aux  deux  bouts  fur  le  bord  du  deux°fon-. 
foffé ,  que  Henry  le  Grand  y  a  fait  mettre  :  elles  verfent  "^""  >  ^ 
l'eau  par  deux  mafques  de  bronze  j  de  fur  chacune  de  figures  de 
ces  Fontaines  eft  vne  Statue  antique  de  marbre  blanc  '""'''^*^' 
grande  comme  le  naturel ,  pofée  fur  vn  piedeftal. 

La  première  figure  représente  Bacchus  fous  le  vifage   ccr  »m 
d'vne  femme,  auec  vn  Léopard  à  fon  cofté,  &:vn  pan-  c"ns'",ft""^ 
nier  de  raifins.  4  Tg^!TiTc. 

L'autre  Statue  qui  eft  fur  la  féconde  Fontaine  eft  la  ?.«  VK 
figure  d'vn  Cha(reur,que  l'on  prend  pour  Cephale  aucc  î^ud'ulV 
fon  chien  Lelape.  Zl^^^ti 

Quand  le  Roy  eft  icy,  il  y  a  en  cette  Cour  deux  Com-  "J'i^!  "  « 
pagnies  de  Suiftes  du  Régiment,  qui  font  aux  deux  por-  g°flej«vns 
tes  auec  leur  Corps  de  Garde.  Et  voila  pour  ce  qui  eft  lageiV,  &**' 
de  la  première  Cour  de  cette  Maifon  Royale,  meîe,L*eoI 

Où  premier  que  finir  ce  Chapitre  ,  il  ne  fera  point  \"tcif£k' 
hors  de  propos  de  remarquer , que  cette  Cour, &  tous  t'ibaurâs* 
les  autres  édifices  qui  fe  voyent  icy  de  François  L  font  [°^"*  **" 
du  deffein  de  Sebaftien  Cerlio  ArehiteiSte  fort  célèbre  -^'«^c»»». 
de  Ion  temps.  çaf.iy 


È 


34         Le  Trésor  des  merveilles 


DE  LA  COVR    DE  LA    FONTAINE. 
Chapitre    VIL 


/.    Cette  Cour  efi  baftie  par 

François  L 
IL  Uoù  elle  forte  le  nom. 

III.  Plu/leurs  Statues  de  mar- 
bre &  de  bronzée  en  cette 
Cour, 

I V.  La  ^errajfe  de  cette  Cour 


bafiie  par  Henry  le  Grand, 

V.  Diuers  Bufies  de  marbre 
■(0  de  bronzée  dans  cette 
Cour, 

VI.  Là  efi  'une  belle  Fon^ 
tame. 


I. 


O  VR  pader  dignement  de  cette  Cour,  il 
faut  dire  que  tout  ce  qui  peut  rendre  re- 
commandable  vn  édifice  ,  foit  en  fon  ar- 
chitecture &;  fon  ordonnance ,  foit  en  fon 
a{pe6t,foit  en  îç,s  diuers ornemens , fe ren- 
contre en  cet  Ouurage  Royal ,  dont  nous  en  verrons 
en  détail  les  fingularitez  ,  après  auoir  montré  quand 
elle  fut  bâtie, par  qui,  OC  pourquoy  elle  eft  appellée  la 
Cour  de  la  Fontaine. 

C  E  fut  doncques  François  I.  qui  la  fît  édifier  Tan 
CetteCour  j^iil  cinq  cens  vingt  huid  ,  comme  il  fe  void  par  quel- 
Françiisi.  qucs  Mcmoircs  de  ce  temps-là  \  non  pas  en  l'eftat  qu'el- 
le fe  void  auiourd'huy  auec  {zs>  enrichilTemens  ,  mais 
feulement  en  l'ordonnance  du  plan  &  de  ^q,s  bâtimens, 
qui  n'eftoient  alors  que  de  moilon  ,  lefquels  Charles 
IX.  fit  reueftir  de  belles  pierres  de  taille,  comme  ils 
font  auiourd'huy. 

CetteCour  eft  ioignant  celle  du  Cheual  blanc  ,  & 
par  laquelle  l'on  y  entre  paflant  le  pont  du  foffé  &:  le 
grand  Efcalier  j  dont  la  face  d'vn  des  coftez  de  ^ç,s  bâ- 
çimens,  appelle  le  Pauillon  des  Poèlles,  regarde  partie 
fur  IVne ,  partie  fur  l'autre  Cour. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE   L  35 


Elle  porte  le  nom  de  Cour  de  la  Fontaine  dés  fon      ii- 
commencement,  parce  qu  elle  a  touiiours  eu  vne  belle  pone  ce 
fontaine  au  dedans.  "°'"' 

Sa  longueur  eft  de  trente  toifes ,  &:  fa  laro-eui'  de 
vingt-hui6b. 

L'on  peut  dire  auec  vérité  ,  que  fon  aiped  eft  IVn 
des  plus  gracieux  qui  foit  point  j  car  comme  cette  Cour 
n'a  des  baftimens  que  de  trois  coftez  ,  elle  a  veuë  vers 
TEftang  ,  &:  fon  latdin  ,  qui  eft  vn  beau  parterre  \  la- 
quelle eft  fort  agréable,  Ôc  fe  termine  partie  par  la  bel- 
le &:  grande  allée  &;aduenuë  de  la  Chauifée  au  Leuant, 
partie  par  celle  du  Chenil  auMidy ,  ô^  partie  par  l'allée 
Royale  au  Soleil  couchant. 

Là  du  cofté  de  la  Salle  &;  de  la  belle  Cheminée,  eft 
vn  grand  Efcaliejf  tout  de  pierre  &  hors  d'œuure  ,  le- 
quel a  deux  rampans  ,  l'vn  qui  va  à  la  Salle  des  Gardes 
du  Corps  ,  &;  de  là  au  département  du  Roy,  &  à  la  Salle 
du  Bal  j  l'autre  qui  conduit  à  la  Salle  de  la  belle  Chemi- 
née, dite  anciennement  la  Grande  Salle.  Ces  deux  ram- 
pans font  entre  deux  Pauillons  auec  vne  grande  face  de 
baftiment  d'vne  belle  Architeéture ,  comme  tout  le  re- 
ft:e  de  cette  Cour.  Sa  Maiefté  les  a  fait  refaire  tout  à 
neuf,  les  autres  eftans  en  ruine  par  la  malice  du  temps: 
lefquels  oiit  chacun  neuf  toifes  &;  demy  de  long  ,  ôc 
deux  de  large. 

Entre  ces  deux  rampans  d'Efcalier  ,  eft  vne  porte  qui 
donne  entrée  fur  la  Chauffée,  &;  dans  la  Cour  du  Don- 
ion. 

De  ce  cofté  là  font  quelques  figures  de  relief  pofées 
fur  les  amortiftemens  de  part  6c  d'autre  de  ces  deux  Pa- 
uillons ,  6c  deux  autres  dans  le  frontifpice ,  qui  font  du 

fîeur  Pilon*  ...^ . 

Mais  ftir  tout  ce  qu  il  y  a  de  remarquable  ,  ce  font  piufieui-s 
deux  grandes  Statues  de  bronze  dans  deux  niches  au  Stamés 
eofté  de  cette  porte  j  l'vne  qui  reprefente  vn  Apollon,  çom, 
5c  l'autre  vn  Gommodus, 

È  ij 


5(5  Le  Trésor  des   merveilles 

Et  quant  à  cette  figure  d'Apollon  ,  c'cft  vne  des  plus 
rares  pièces  que  Ton  fçauroit  voir  ,  6c  qui  donne  iuiet 
d'admiration  à  tous  les  plus  fçauans  qui  ont  excellé  en 
l'art  de  Sculpture.  Il  eft  grand  comme  le  naturel ,  ayant 
vn  carquois  fur  le  dos  &;  vnarc  en  main. 

Et  pour  ce  qui  eft  de  l'autre  Statue  ,  elle  eft  de 
pareille  grandeur  que  la  précédente  ,  reueftue  d'vne 
grande  peau  de  lyon  en  guife  d'vn  Hercule ,  auec  vn 
enfant  ftirvnbras  j  qui  eft  la  manière  dont  l'Empereur 
Commodus  fe  faifoit  volontiers  dépeindre  àc  repre- 
fenter. 

Au  delTus  de  la  porte  entre  ces  deux  figures  eft  vn  bu- 
fte  de  marbre  blanc  ,  que  l'on  dit  eftre  le  portrait  du 
Philofophe  Socrate. 

Deux  grandes  Statues  de  bronze  fi,guràns  deux  Là- 
mies  ou  Sphinx  ,  font  pofées  chacune  ftir  vn  pied  d'é- 
tail  au  bas  &;  entrée  des  rampans  de  cétEfcaHer. 

Et  de  rnefme  cofté  font  deux  autres  figures  encore 
de  bronze  dans  des  niches  ,  l'vne  qui  reprefcnte  Mer- 
cure ,  èc  l'autre  la  Venus  de  Praxitèle  ,  ce  fameux  Ou- 
urier  de  l'Antiquité , ce  font  pièces  fort  eftiaiées.  Tou- 
tes lefquelles  figures  èc  enrichiffsmens  font  des  témoi- 
gnages 3  qui  font  voir  les  foins  que  Charles  IX.  èc  Ca- 
therine de  Medicis  fa  mère  ,  ont  eu  d'embellir  cette 
Maifon  Royale. 

LaT^'  ir       Vne  belle  TerraïTe  de  trente  toifes  de  long  &  qua- 

de  cette     totzc  picds  dc  large  auec  fes  baluftrades ,  èc  laquelle  eft 

ftie^'^a^^"   bien  voûtée  &:toutepauée  de  pierres ,  ayant  fept  arca- 

Hemy  le    dcs ,  douue  VU  richc  ornement  à  cette  Cour.  Henry  le 

Grand  l'a  fait  édifier  ,  comme  il  paroift  par  fes  chiffres 

èc  par  fes  deuifes  qui  fe  voyent  entre  les  tremeaux  de 

ces  arcades  j  là  où  auffi  entre  de  grands  pilaftres  font  des 

niches ,  &c  quelques  Statues  de  marbre  blanc.  Aupara- 

uant  cette  Terraffe  François  L  y  auoit  fait  dreffer  vn 

grand  pont  de  bois  ;  mais  parce  qu'il  n'enrichiffoit  pas 

affez  ce  Lieu  ,  le  feu  Roy  le  fit  ofler  ,  &:  y  baftir  ladite 


taine. 


DE  FONTAINEBLEAV.    LiVRE  I.  37 

TerralTe ,  qui  fut  l'an  mil  cinq  cens  quatre  vingts  qua- 
torze ,  &C  eft  des  premiers  ouurages  qui  foient  icy  de 
luyj  comme  il  fe  iuftifîe  par  Teftat  que  i'en  ay  veu  ren- 
du à  la  Chambre  des  Comptes. 

Av  defTus  de  cette  TerralTe  entre  les  feneflres  de      v. 
la  petite  GalleriCjfont  fept  buftes  antiques  de  marbre  itesdlma"^ 
blanc  ,  qui  marquent  les  portraits  de  quelques  Empe-  ^J^  "^^  "^ 
reurs  Romains ,  èc  de  leurs  femmes.  dans  cette 

Il  y  en  a  encore  quelques-vns  en  diuers  endroits  de  ^°"'^' 
cette  Cour ,  entre  autres  celuy  de  l'Empereur  Marc  Au- 
rele ,  qui  eft  de  bronze ,  &  pofé  au  delTus  de  laporte  qui 
va  à  la  Cour  du  Cheual  blanc. 

Et  après  tous  ces  beaux  ouurages  il  nous  refte  à  , .  X,^' 

O  La  cit  vnc 

parler  de  la  Fontaine  de  cette  Cour  ,  laquelle  en  fa  belle  Foa 
beauté  publie  encore  la  magnificence  d'Henry  le 
Grand  qui  l'a  fait  drelTer  ,  auec  les  baluftrades  qui 
font  tout  le  long  ioignant  cette  Fontaine  ,  &c  qui  par 
vn  petit  canal  tout  reueflu  de  pierre  de  grés  bien 
taillée  ,  fepare  l'vn  &;  l'autre  d'auec  le  ïardni  de  l'E- 
ftang. 

Cette  Fontaine  eft  à  l'vn  des  bouts ,  ôc  a  vn  beau 
baffm  quatre  de  dix  fept  pieds  de  diamètre  ,  d'où  aux 
quatre  coins  fortent  quatre  Dauphins  de  bronze  qui 
iettent  l'eau  par  la  bouche. 

Au  milieu  de  ce  balfm  eft  vn  rocher  ruftique  ,6caux 
quatre  coins  font  autant  de  iets  d'eau. 

Il  y  a  au  deffus  de  ce  rocher  vne  Statue  antique 
grande  comme  nature ,  qui  eft  de  marbre  blanc  ,  d>C  re- 
prefente  Perfée  le  cafque  en  tefte  ,  &  aux  pieds  les  ta- 
lonieres  des  Mufes ,  le  coutelas  en  main ,  &  le  bouclier 
de  Minerue  auec  vn  dragon  au  deffus  ,  qui  eft  la  façon 
que  les  Anciens  reprefentoient  ce  Héros. 

Où  premier  que  finir  ce  Chapitre  ,  ie  n'oublieray 
pas  à  dire,  que  le  Grand  Roy  François  baftiffant  cette 
Cour  y  auoit  fait  édifier  vne  autre  belle  Fontaine  ,  la- 
quelle auoit  aux  quatre  coins  quatre  grands  termes 

£    iij 


38    Le  Trésor  des  merv.  de  Font.  Livre  L^ 

tout  de  grés  ,  qui  portoient  comme  vn  berceau  de 
mefme  matière.  Henry  le  Grand  la  fit  ofter,  parce  que 
eftant  au  milieu  de  cette  Cour  elle  incommodoit  au 
pafTage ,  ÔC  y  fit  conflruire  celle  dont  nous  venons  de 
parler. 


U  ■  de  ji-Mictnt  ■  Jn 


C  c  f  y  C"!  ta  J-pnlame  Au  Lcr.'cc  «wi  eA  c.ani  lAi\u^son  i^pyaile  diftnliine  rtle 
ioMuellc   ce  Ycii  au  heu  liarcjue.,^'  au  Perirail  de  fonïamebtleai 


leau 


J  Luasivi  S'ct^Xh 


40 


Le   Trésor   é»es  merveilles 


DE    LA    COVR    DV    DONION, 

autrement  dite  de  l'Ouale. 


Chapitre    VIIL 


/.  Effet  de  la  Dignité ,  & 
J\daiejf^  Royale, 

II.  Cette  Cour  efi  le  lien  ou 
ont  ejté  faites  les  cérémo- 
nies de  quelques  enfans  de 
France, 

II L  L'antiquité  de  cette  Cour  y 
qui  efi  la  première  de  tou- 
tes celles  de  ce  Chafieau. 


IV.  D'où  elle  porte  le  nom  de 
Domon,  &  de  l'Ouale. 

V.  Loujs  VIL  Fondateur 
de  cette  Cour. 

VL  Ouurages  de  cette  Cour^ 
partie  faits  fous  François  I. 
partie  fous  Henry  IV»  & 
partie  fous  Loujs  XI il. 


I. 

Effet  de  la 
Dignité  & 
Maiefté 
Royale. 


A  Dignité  de  Roy  reiïferme  tant  de  ti- 
tres d'honneur  ,  de  reiped ,  &  de  ma- 
lellé ,  qu'il  n'eft  pas  iufques  aux  chofes 
inanimées  ,  tels  que  font  les  Palais  &  les 
Maifons  Royales ,  qui  ne  fe  refTentent  de 
l'éclat  de  ce  Soleil  rayonnant  j  qui  fait  que  comme  les 
perfonnes  des  Roys  font  facrées  &:  auguftes ,  leurs  Pa- 
lais auffi  empruntent  iuftement  par  quelque  participa- 
tion, &  par  refped  de  leurs  Maieftez  ,  des  titres  illu- 
ftres  6c  glorieux. 

Quahd  ce  Seiour  Royal  de  Fontainebleau  n'auroit 
pas  vn  recueil  des  merueilles  &;des  plus  belles  {îngula- 
ritez  qui  fe  falTent  admirer  en  tout  le  refte  de  l'Vni- 
uers  jperfonne  ne  peut  douter  que  ce  ne  fuil  affezpour 
publier  la  renommée  de  fa  grandeur  ,  de  dire  que  c'eft 
la  Demeure  plus  delicieufe  &  coniiderable  de  tous  les 
plus  grands  Roys  de  la  Terre. 

Or  il  en  ce  facré  Palais  il  y  a  lieu  aucun  que  Tondoi- 
ue  particulièrement  reuereï  ,  (  après  ceux  qui  font  de- 
jftinez  pour  le  culte  ô<:  le  feruice  de  Dieu  )  c'eft  nom- 
mément 


DE    FONTAINEBLÉAV.    LiVRE  L  41 

mément  la  Cour  dont  nous  traiccons  en  ce  Chapitre , 
qui  porte  le  nom  de  Cour  du  Donion  ,  ou  de  l'Ouale  5 
veu  que  c  eft  làqueparoift  quelque  refte  des  baftimens 
de  Saind  Louys ,  le  patron  &c  le  modèle  de  perfedion 
de  tous  les  Roys  du  monde  ,  6c  l'honneur  du  Sceptre 
François  j  ôcque  làmefme  font  les  departemensduRoy 
&  de  la  Reyne  :  où  pendant  le  feiour  de  leurs  Maieftez 
l'onvoid  dequoyadmirer  tous  les  iours  l'éclat  des  Prin- 
ces ,  6c  des  Seigneurs ,  &;  vn  grand  concours  d'Officiers 
èc  de  peuple  ,  qui  font  attendans  l'ordre  ,  èc  les  eom- 
mandemens  de  leurs  Maieftez. 

Dauantage  ,  c'eft  en  cette  Cour  que  le  Roy  tient  le 
Thrône  de  la  luftice  en  fon  Confeil  d'Eftat ,  dans  vne 
Salle  qui  eft  ioignant  la  Chapelle  balïè. 

A  quoy  l'on  peut  adioufter,que  c'eft  en  ce  lieu  que  n. 
qu^elques-vns  de  nos  Roys ,  &C  autres  Enfans  de  France,  eft^  fe  iieu*^ 
ont  eu  le  bien  de  receuoir  les  Grâces  du  Ciel  en  leur  Ba-  °"  ont  efté 
ptefme:ainlî  qu*il  fe  verra  cy-apres  auLiure  croiftéme.  Ceremo- 

M  A I S  pour  venir  à  la  defcription  de  cette  Cour ,  il  eft  "'",  "^^ 

^1  r  '  quelques 

a  remarquer  qu'elle  eft  la  plus  ancienne  de  toutes ,  &;le  Enfans  de 
propre  lieu  où  a  efté  commencé  ce  Chafteau  :  comme  il 
fe  mftifie  par  des  anciens  Mémoires  j  àc  ainfî  qu'il  eft  "7i  r.  ~ 
aifé  de  iuger ,  en  ce  que  là  eft  vn  Pauillon  qui  porte  en-  ^^""quite 
core  le  nom  de  Sainâ:  Louys.  Cour,qui 

Sa  longueur  eft  de  quarante  toifes ,  &  vingt  de  large,  ^e^e^jç' 
El  L  E  eft  appellée  la  Cour  du  Donion  ,  nom  qu  elle  fo^^tes  cel- 
porte  de  toute  ancienneté  ,  pour  montrer  que  c'a  toû-  chaftea" 
jours  efté  le  lieu  fort  &:particulier  deftmé  pour  les  per-  ~~[^ — 
fonnesduRoy  ôcdelaReyne,  Aulfi  ie  trouue  qu'aupa-  d'où  elle 
rauant  que  François  L  y  fift  trauailler,  elle  eftoit  enui-  noî^de 
ronnée  de  foffez.  Donion,& 

L'on  l'appelle  encore  la  Cour  de  l'Ouale  ,  parce  uaie.       ° 
que  autrefois  elle  tenoit  beaucoup  de  cette  forme  j 
&  en  a  encore  quelque  chofe  du  cofté  du  Pauillon  de 
Saind  Louys.  ^ 

L'honnevR  de  fa  fondation  eft  deu  à  Louys  VI  i.      v. 
fi  (  comme  il  eft  aifez  vray-femblable  )  c'a  efté  luy  qui  foniate«r 

F 


Cou 


4^  Le   Trésor  des   merveilles 

de  cette  a  commeiicé  à  baftir  cette  Maifon  Royale  ,  non  à  la 
vérité  en  la  façon  qu'elle  eft  auiourd'huy ,  puis  qu'il 
y  a  encore  quelque  marque  de  iain(Sl:  Louys  ,  com- 
me nous  venons  de  dire ,  que  François  I.  l'a  prefque 
toute  changée ,  èc  que  Henry  le  Grand  l'a  aufTi  am- 
plifiée ,  èc  aggrandie  de  beaucoup  :  de  forte  que  l'on 
peut  dire  d'elle ,  comme  du  Nauire  d'Argo  ,  qui  a  du- 
ré des  fiecles  ,  &C  feruy  à  mille  exploits  héroïques, 
que  pour  cela  les  Poètes. anciens  ont  placé  au  nom- 
bre des  Aftres  j  pour  en  conferuer  la  mémoire  autant 
que  le  Ciel  durera  :  quoy  que  ce  Nauire  eut  efté  tant 
de  fois  changé  &;  radubé  >  qu'il  ne  reftoit  plus  rien  de 
fon  antiquité. 

Le  mefme ,  dif-ie ,  fe  peut  alTeurer  de  cette  Cour  an- 
cienne ,  laquelle  a  receu  tant  de  changement  en  Ces 
baftimens  &c  en  fon  ordonnance ,  qu'il  n'y  refte  plus  de 
fon  antiquité ,  que  le  plan ,  TalTiete ,  ôc  le  nomj 

Deux  grandes  Portes  donnent  l'entrée  en  cette 
Gour. 

La  première  Sc  principale  ,  eft  celle  qui  vient  de  la 
Ghauflée  ,  ôc  de  la  Cour  de  la  Fontaine  ,  que  l'on  ap- 
pelle la  Porte  dorée, parce  que  fous  fon  entrée  eft  vne 
voûte  où  font  diuerfes  peintures ,  dorures ,  &:  tableaux 
faits  à  frefque  ,  du  deffein  du  fîeur  de  Sainét  Martin  : 
auec  deux  Anges  qui  portent  vne  Salamandre  ^  accom- 
pagnée de  ces  mots  Latins  ,  Nutrifio  &  extïnguo ,  qui 
eftoit  la  Deuife  du  grand  Roy  François. 

Et  pourparticularifer  dauantage  cette  entrée, il  faut 
remarquer  qu'elle  eft  compofée  d Vn  fort  haut  Pauillon 
à  fept  eftages ,  dans  le  milieu  duquel  font  trois  voû- 
tes ô^  arcades , l'vne  fur  l'autre,  fouftenuës  chacune  de 
quatre  colomnes ,  auec  leurs  bafes  Ôi  leurs  chapiteaux  j 
le  tout  d'vn  ordre  compofé. 

L'autre  entrée  eft  du  cofté  de  la  Cour  des  Ojfïîces, 
fur  laquelle  il  y  a  vn  fort  beau  ôi  grand  dôme  percé  à 
iour  ,  auec  quelques  figures  qui  portent  les  Armes  de 
France,  ôc  autres  enrichiffemens  qui  sy  voyent. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE  I.  4J 

Là  font  deux  buftes  de  bronze  fort  antiques  du  co^ 
fté  de  la  Cour  j  6c  de  l'autre  cofté  qui  regarde  la  Cour 
des  Offices  ,  eft  vn  grand  Portail  fouftenu  de  quatre 
grolTes  colomnes  Tofcanes  ruftiques  ,  auec  d'autres 
ornemens,&  deux  grandes  telles  oumafques  antiques 
de  marbre  blanc.  L'honneur  de  tout  cet  ouurage  eft 
deu  à  Henry  le  Grand. 

L'on  appelle  cette  entrée  la  Porte  des  Dauphins,  par- 
ce qu'elle  eft  ornée  de  plulîeurs  Dauphins  de  bronze, 
auec  les  Chiffres  de  ce  Prince  incomparable  qui  l'a  fait 
conftruire  :  autrement  l'on  la  nomme  la  Porte  du  Don- 
ion. 

Et  pour  enrichir,  6c  donner  plus  de  grâce  à  cette  en- 
trée ,  le  Roy  auiourd'huy  heureufement  régnant ,  y  a 
fait  drefter  vne  petite  Chauffée  qui  pafle  dans  le  foffé, 
où  il  yavneauant  porte  à  ramages  &;baluftradesde  fer 
bien  peints  &: dorez,  6c  deux  Termes  de  grelferie ,  qui 
ont  chacun  dix-huid  pieds  de  haut  5  le  tout  qui  em* 
bellit  merueilleufement  cette  entrée.  ^ 

av  AN  T  à  fes  édifices  y  nous  auons  defîa  dit  qu'ils  ^  ^^• 
_^  111  Ouurages 

font  de  François  L  &;  de  Henry  le  Grand.  De  François  de  cecce 
tous  les  departemens  du  Roy  èc  de  la  Reyne  ,  auec  le  tic° S"" 
grand  Efcalier  àrepos  &:à  deux  rampans ,  fouftenu  de  <ous  Gran- 
de grands  pilaftres  &C  de  colomnes.  La  Salle  du  Bal  eft  ne  fous 
aufîi  de  luy  ;  comme  il  apparoiftpar  Ces  Chiffres  dC  par  ^^"^jj' 
fes  Deuifes  qui  font  en  diuers  endroits  de  cette  Cour  3  fous  Louys 
&:  particulièrement  fur  l'entrée  de  la  montée  à  viffe,  qui     ' 
conduit  en  ladite  Salle  ;  où  au  deffus  de  la  porte ,  ce  Roy 
eft  en  figure  de  relief  à  demy-corps  ,  accompagné  de 
quelque  Architedure ,  bc  de  deux  autres  figures  entiè- 
res i  l'vne  reprefentantPallas,ôcrautreIunon:lefquel- 
les  figures  font  fouftenuëspar  de  petits  enfans  de  relief. 
Le  refte  de  fes  édifices  font  du  feu  Roy  ,  qui  a  fait 
aggrandir  cette  Cour  depuis  la  Chapelle  baffe  d'vn 
cofté  ,  &C  de  l'autre  depuis  ledit  Efcalier  par  où  l'on  va 
au  département  de  la  Reyne  :  cet  ouurage  conlîftanc 
en  vne  continuation  de  bâtimens  demefme  ordonnan- 

F.j 


44  Le  Trésor  des  merveilles 

ce,  lefquels  fe  terminent  par  deux  grands  Pauillons  de 
part  &:d  autre  i  l'vn  qui  finit  le  département  de  laRey- 
ne,  ordinairement  afFedé  à  quelque  Prince  du  Tang. 

Et  l'autre  appelle  le  Pauillon  de  Monfeigneur  le  Dau- 
phin ,  qui  tient  à  la  Chapelle  haute  èC  balTe  ,  compofé 
de  diuers  eftages  :  lequel  eft  ainfi  appelle  à  caufe  que 
c'eft  le  département  deftiné  pour  le  Dauphin  ,  &c  pre- 
mier enfant  de  France.  Henry  le  Grand  l'ayant  à  ce 
deffein  fait  orner  de  figures  de  Dauphins  en  bofle ,  au 
dehors  de  fon  Architedure  en  fuite  de  la  Salle  du  Bal. 

Et  pour  plus  grande  commodité,  afin  que  l'on  puif- 
fe  communiquer  à  tous  ces  departemens  fans  defcen- 
dre  en  la  Cour ,  il  y  a  vn  Parapet  de  pierre,  auec  des  bar- 
rières de  fer  peintes  6c  dorées  j  letoutfouftenu  de  qua- 
rante cinq  colomnes  de  grefferie  ,  auec  leurs  bafes  6C 
leurs  chapiteaux  :  ce  qui  donne  vn  bel  ornement  à  cet- 
te Cour. 


DE  LA   COVR  DES  OFFICES. 
Chapitre    IX. 


/.  Fruits  de  la  paix ,  &  de 
la  guerre  bien  dtjferens, 

II.  'Premiers  baftimens  de 
Henry  le  Grand  faits  à 
Fontainebleau. 

III.  La  Cour  des  Offices  ba- 
fiie  milflx  cens  neuf. 


IV.  Vne  belle  Fontaine  fè 
'void  en  cette  Cour. 

V.  Cette  Cour  a  'unfort  beau 
Portail. 

VI.  Dernier  ouurage  de  Hen-* 
rj  IV.en  ce  lieu* 


T.      ^^^^^Sf  O  M  M  E  les  fruits  de  la  Guerre  font  aigres 

guel"e'&*  f^S^ëm  ^  ^"^^^^  ^^  polfible  3  aulTi  font  gracieux 

de  la  paix  S  ^m^^^^  ^  doux  ccux  dc  la  Concorde  :  &  comme 

cens.  '      &fc^^^^B  c^^x-là  femblent  ne  confpirer  qu'au  rcn- 

^Sm^mi-vi^é^  uerfement  des  Eftats  j  de  mefme  ceux-cy 

ne  tendent  qu'à  leur  reftabliffement ,  &C  accroiffement. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LïVRE   î.  45 

La  France  ayant  goulté  de  ces  premiers  par  les  guerres 
Ciuiles ,  fe  veid  alors  fi  malade  qu'elle  elloit  en  danger 
eminenc ,  fi  Dieu  prenant  pitié  de  cette  première  Mo* 
narchie  du  monde  ,  &:  tres-Chreftienne  ,  n'euft  fufcité 
Henry  le  Grand  pour  luy  apporter  le  remède  requis ,  èl 
pour  fa  fanté  ,  &c  pour  fon  reftabliiTement. 

Ce  fut  cette  vérité  qui  parut  bien  dés  le  commen- 
cement de  fon  règne:  &c  fans  m'arrefter  aux  belles  Or- 
donnances qu'il  fit  alors,  lefquelles  ne  font  à  mon  pro-^ 

pos  j  ie  me  contenteray  de  faire  paroilkx  le  foin  qu'il 

prit  (  comme  vn  bon  Père,  &  Rellaurateur  de  la  Patrie)      1 1 


Premiers 


de  reftablir  Ces  Maifons  Royales ,  où  Fontaine bleau  fut  baftimens 
des  premières  qu'il confidera, ayant  commencé  à  lere-  f^  "^"7 

,  /     1,  -j      .  .  le  Grand 

parer  des  1  an  mil  cinq  cens  quatre  vmgts  treize  ^aupa-  (ms  àFon- 
rauant  mefme  qu'il  fuft  entier  &:  paifible  pofleflfeur  de.;j;"^^^""- 
cet  Eftat  ,  comme  nous  auons  défia  remarqué  cy-def-  j.    , .    . 
fus*  Lieu  qu'il  prit  en  telle  afFeâ:ion  ,  qu'il  ne  s'eft  pas  HeJlcl  '" 
contenté  de  le  reftablir  &  releuer  de  fes  cheUtes,  mais^^" 
encore  l'a  augmenté  de  beaucoup.  , 

Cette  Cour ,  de  laquelle  nous  parlons ,  en  effc  vne     iii- 
preuue  afieurée  ,  laquelle  il  fit  entièrement  édifier  mil  des  offi. 
îix  cens  neuf,  tant  pour  l'embellilTement  de  ce  Seiour  "^  °^^'^ 
Royal ,  que  pour  l'vtilité  &:  neceflité  de  Ces  Officiets, 
qui  eftans  en  grand  nombre ,  y  ont  quelques-vns  &c 
leurs  logemensôc  leurs  Offices  j  d'où  depuis  elle  a  pris  le 
nom  de  Cour  des  Offices  :  où  auparauant  il  y  auoit  en 
la  place  de  cette  Cour  quelques  maifons  appartenantes 
à  des  particuliers ,  àc  vne  vieille  cour  auec  ie  logement 
d'vn  Concierge. 

Quant  à  la  longueur  de  cette  Cour  elle  a  quarante 
cinq  toifes  j  &  quarante  de  large. 

Pour  ce  qui  eft  de  Ces  Edifices,  elle  eftcompofée  de 
dixfept  Pauillons ,  diuers  en  hauteur ,  mais  pareils  en  or-» 
donnance  j  qui  en  leur  diuerfité  rendent  vn  afpe^  très- 
gracieux. 

Là  au  deuant  d'vn  beau  Pauillon,  qui  répond  au  Por-      i  v. 
tail ,  eft  vn  grand  baffin  rond  enrichy  d'vne  Fontaine,  JoncaSc 

F    iij 


4é         Le   Trésor   des  merveilles 

voidcncet- qui  ruilTclle  par  trois  grands  mafques  de  bronze. 

Deux  belles  Portes  &C  fpatieufes  donnent  entrées  a 
cette  Cour. 

La  première  qui  vient  de  la  Cour  du  Donion.  Et  la 
,  féconde  &c  principale  ,  eft  celle  par  où  l'on  y  entre  du 

Bourg,  laquelle  a  vne  belle  &:  grande  place  au  deuant: 

CetteCour  où  à  cct  abord  il  fait  beau  voir  vn  grand  Portail  ,  qui 
a  vn  fort   enj-^chit  iTierueilleufement  la  face  de  cette  entrée ,  à  la- 

beau  l'oi'-  _  . 

taii.  quelle  y  a  vn  Corps  des  Gardes  François  du  Régiment, 

quand  faMaiefté  eft  en  ce  lieu. 

Et  pour  mémoire  éternelle  de  la  magnificence  de  ce 
grand  Prince  enuers  cette  Maifon  ,  il  y  a  vne  table  de 
marbre  au  delTus  du  grand  Portail ,  où  font  ces  paroles 
écrites  en  lettres  d'or ,  qui  parlent  en  gênerai  du  refta- 
.bliffement ,  &  augmentation  de  ce  Chafteau. 

HenncHf  QuartHs ,  Franc'u  &  Nauarra  Rex  Chri- 
Hiamfimm,  Bellator  forttftmus  j  Vtéior  clementi^imw ,  n- 
hm  ad  Jidaieftatisj  &  ^ublicA  Jalutis  jirmaimentum  comfofi- 
tis  ,  hanc  Regiam  aujpicato  reflaurauït ,  immenjum  auxit, 
magmjicentïus  exomamt,    Ànno  M.  DC.  IX. 
En  voicy  la  tradudion. 
Henry  Quatrième ,  "B^y  tres-Chreflien  de  France  &d€ 
JSfauarreyGuerrier  tres-forr,  VtBorieux  très- clément  y  ayant 
compoje&mù  en  bon  ejtat  les  cho/èsqui  regardent  l'efiablif- 
fement  de  la  Maiefié  Royale  ,  &  dufalut  public  ,  à  la  bon- 
ne heure  a  reflably  cette  Maifin  Royale  ,  l'a  augmentée  de 
beaucoup  ,  &  l*a  ornée  plus  magmjiquement  quelle  nauoit 
efié.    L'an  mil  fix  cens  neuf. 
vlT        Cette  Cour  eft  le  dernier  ouurage  qu'il  a  fait  en 
Dernier     ^^  Y\ç.\x ,  Qui  doït  à  lauiais  deplotcr  auec  toute  la  Fran- 

ouurage  de  '    i  A        _  .  ,    . 

Henry  IV.  ce ,  la  mort  d'vn  n  grand  Roy,  qui  auoit  proiette  de  ren- 
ence  Lieu.  ^^^  cette  Dcmcure  la  plus  accomplie  du  refte  du  Mon- 
de j  comme  tout  ce  Royaume  le  faire  aufti  fleurifTantô.: 
heureux ,  qu'il  porte  dignement  le  titre  de  tres-Chre- 
ftien. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LlViRE    I.  "47 


DE  LA  CONCIERGERIE  DV  CHASTEAVî 
De  l'Hoftel  d'Albrec  ;  De  celuy  du  Chenil  :  De  la 
Capitainerie  :  Des  Pauillons  du  lardin  du  Roy  :  De 
celuy  du  Sur-Intendant  des  Finances  :  Et  de  la  vieille 
Conciergerie. 

Chapitre    X. 


/.   Dejcriftion  de  la  Con- 
ciergerie. 
IL  De  l'Ho/hl  d' JlbreP, 
lil.  Le  Famllon ,  ou  Hofiel  du 


Sur-Intendant  des  Finances. 

IV.  Le  Chenil. 

V,  La  Capitainerie, 
VL  Dîners  Famllons. 


O  VR  acheuer  de  traittcr  en  grc>s  des  ba- 
ftimens  de  ce  Challeau  ,  il  refte  à  dire 
quelque  chofe  des  Hoftels  fuiuans ,  parce 
qu'ils  font  partie  de  cette  Maifon  Royale. 


La  Conciergerie  eft  vn  ouuraee  mo-      ^• 

•   o  '^  Dcfcri- 

derne  en  Teftat  qu'il  eft  auiôurd^huy  ,  que  Henry  le  pnon  de  la 
Grand  a  fait  édifier  pour  le  logement  du  Capitaine  ôc  Concierge 
Concierge  de  ce  Chafteau.   Elle  tient  d'vne  part  à  lâ^* 
Galerie  de  la  Reyne  j  de  l'autre  à  la  Cour  du  Donion,  & 
à  celle  des  Offices  :  &  Ton  principal  baftiment  regarde 
fur  le  fofTé  vers  le  Bourg  ,  lequel  confifte  en  vne  belle 
&:  grande  Salle  ,  en  plulieurs  Chambres ,  Cabinets ,  ôC 
en  àcs  Offices  par  bas  ,  où  il  y  a  quelques  Fontaines 
pour  la  commodité  de  ces  lieux. 

Ce  qu'il  y  a  entre  autres  de  remarquable  en  cet  édi- 
fice ,  eft  le  département  du  Roy  qui  confifte  en  vne 
Chambre  ,  Garderobe,  Antichanvbre  &  Cabinet ,  en- 
tichis  d'vn  lambris  peint  &:  doré ,  àc  de  plufieurs  grands 
tableaux  de  payfage  ,  auec  vn  lugement  de  Paris  fur  la 
Cheminée  ,qui  eftdufieurduBois, 

Le  feu  Roy  logeoit  volontiers  en  ce  département^ 
quand  il  venoit  enceLieupour  ï^cs  petites ChalTes auec 


48         Le   Trésor   des  merveilles 

peu  de  monde.  Sa  Maiefté  auiourd'huy  régnante  ,  y  a 
pris  aufTi  fon  département  quelquefois  qu'elle  eft  ve- 
nue icy  pour  peu  de  temps ,  principalement  l'Hyuer. 

Au  haut  de  ce  baftiment  eft  le  département  pour  le 
Garde  des  meubles  du  Chafteau. 

La  Cour  de  cette  Conciergerie  a  fon  lardin  en  par- 
terre, lequel  n'eft  feparé  de  cette  Cour  que  par  des  ba- 
luftres  de  fer ,  fouftenus  de  quelques  pilaftres  de  pierre, 

auec  autant  de  vafes  au  deflus. 

,11-  L'HOSTEL  d'Albret  eft  encore  vne  dépendance  du 

d'Albret.  Chafteau  ,  lequel  conftfte  en  vn  grand  corps  de  bafti- 
ment ,  accompagné  de  deux  Pauillons  auec  vn  beau  lar- 
din ,  dans  lequel  font  deux  Fontaines  ialliffantes.  La 
porte  de  cétHoftel,ô^laCour  regardent  la  Concierge- 
rie &c  la  grande  place  ,  qui  eft  au  deuant  du  Chafteau 
du  cofté  de  la  Cour  des  Offices. 

Cet  Hoftel  porte  le  nom  d'Albret ,  parce  que  de 
long-temps  il  y  auoit  vn  vieil  baftiment  appartenant  à 
ceux  de  cette  Maifon  ,  que  Monfieur  Zamet  (  fous  le 
feu  Roy  )  fit  raccommoder  pour  la  décharge  de  la  Con- 
ciergerie j  &c  fut  vn  temps  que  cet  Hoftel  portoit  le 
nom  de  Zamet ,  iufques  à  ce  que  Henry  le  Grand  l'au- 
gmenta des  deux  Pauillons  qui  s'y  voyent ,  OC  en  fit  vn 
,  des  departemens  du  Chafteau. 

Le  piuii       Entre  cet  Hoftel ôclaCour  des  Oifices,eftvn  grand 

Ion  ou  Ho-  Pauillon  regardant  fur  le  lardin  du  Roy ,  auec  des  Oifi- 

int'etdan:  ^^^  '  ^  ^^^  Cour  ,  quc  le  Roy  y  a  fait  édifier  depuis 
desFinan-  quclqucs  aunécs ,  pour  le  département ,  &c  le  logement 
du  Sur-Intendant  des  Finances» 
IV.  I E  mets  en  fuite  l'Hoftel  du  Chenil ,  non  qu'il  ne  foit 
plus  ancien  que  les  trois  precedens ,  puifque  c'eft  de 
François  L  mais  afin  de  fie  point  rompre  l'ordre  Ôc  la 
fuite  du  Chafteau, 

Cet  Hoftel  eft  à  l'aduenue  principale  de  cette  Mai- 
fon Royale ,  qui  regarde  la  foreft  au  Midy ,  èc  eft  le  dé- 
partement du  Grand  Veneur ,  dc  des  Officiers  de  la  Vé- 
nerie ,  comme  auffi  de  la  petite  Efcurie  de  fa  Maiefté. 

Il 


LeChenil. 


DE   FONTAINEBLEAV.     LiVRE  I.  49 

îl  eft  fort  bien  placé, parce  que  de  là  l'on  va  immédia- 
tement à  la  foreft  ,  àc  conlîlîe  en  quatre  grands  corps 
de  baftimens ,  qui  régnent  autour  d Vne  Cour  de  vingt 
toifes  de  long  ,  &  autant  de  large  ,  auec  quatre  Gale- 
ries par  bas, Sautant  en  haut, pour  communiquer  aux 
Chambres ,  &C  aux  Offices  des  vnes  aux  autres.  Là  elt 
vne  Chapelle  haute ,  au  delTus  de  la  grande  porte. 

Ce  lieu  porte  le  nom  de  Chenil ,  parce  que  là  autre- 
fois eftoit  le  logement  pour  les  Chiens  de  chafTe  j  qui 
ayant  efté  abbatu  a  efté  tranfporté  au  bout  dVn  grand 
Pré  qui  regarde  cet  Hoftel,  lequel  a  efté  pareillement 
édifié  par  François  I.  Et  auparauant  ce  lieu  s'appelloit 
le  Breau  ,  &C  ce  qui  eftoit  aux  enuirons.  . 

La  Capitainerie  eft  deTaudre  cofté  duCheniljàl'ex-      v. 
tremité  duIardinduRoy,  qui  a  efté  baftie  fous  Henry  tamerk." 
le  Grand ,  eftant  auparauant  où  eft  auiourd'huy  la  Cour 
desOfiices. 

AVX  angles  du  lardin  du  Roy  font  quatre  Pauillons,  ""^^ 
qui  portent  les  noms  indifféremment  des  Princes  >  &  Diuers  Fa- 
des Seigneurs,  à  qui  il  plaift  au  Roy  d'en  gratifier  pour  "^  *"*' 
leur  département ,  ou  pour  leur  fuite.  L Vn  porte  au- 
iourd'huy le  nom  de  Monfeigneur  le  Prince  ,  de  fait  vn 
angle  de  ce  lardin  au  Soleil  leuanti  où  toutioignant  eft 
vn  Hoftel,  autrefois  dit  de Rofny , appartenant  de  pre- 
fent  àmondit  Seigneur  le  Prince.  L'autre  eft  appelle  le 
Pauillon  de  Monfeigneur  de  Cheureufe ,  vis  à  vis  la  Por- 
te du  Parc.  Le  troifiéme  eft  à  l'entrée  de  la  Chauffée. 
Et  le  quatrième  ,  celuy  de  la  Porte  dorée.  Le  tout  de 
François  L 

loignant  la  Fontaine ,  qui  donne  le  nom  à  cette  De- 
meure Royale  ,  eft  vn  ancien  baftiment  ,  lequel  l'on 
nommoit  autrefois  la  vieille  Conciergerie  j&:  eft  main- 
tenant le  département  du  premier  Efeuyer  de  la  Rcyne^ 
de  fes  Pages ,  ôc  Officiers  des  Efcuries  de  fa  Maiefté. 

F  I  N    D  V    L    L  I  V  R  E. 


Le   Trésor  des^  merveilles 


TRÉSOR 

DES    MERVEILLES 

DE  LA  MAISON  ROYALE 

DE  FONTAINEBLEAV. 

LIVRE     SECOND. 

OV    IL  EST    TRAITTE' 

DES  BASriMENS  EN  PJRTîCVLIER 

du  ChafleaH  de  Fontainebleau, 

ET  PREMIEREMENT  DE  L'EGLISE 

de  la  Vierge  ,  bc  de  Saint  Saturnin  ,  dite 
la  Chapelle  BafTe. 

Chapitre     I. 


/.    Poids  &  mejurè  tarticu-  ' 

hère  ,  ordonnée  pour  les 

cho/es  faintes. 
IL  La  Chapelle  Haute  haftie 

parLouys  VIL  &rebafiie 

par  François  L 
II L  Cette  Chapelle  dédiée  par 

Saint  T^homas  de  Cantor- 

bery. 


IV.  Le  Roy  a  fait  fort  em- 
bellir &  orner  cette  Cha- 
pelle là'^p. 

V.  Contre  d'horloge  fort 
curieufe, 

VL  Fondation   du  premier 
Chapelain  de  ce  Chafteau. 
VIL  Ancienne  fondation  con-* 
firmée  &  augmentée. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE  II. 


SI 


O  N  fans  raifon  Dieu  auoic  ordon- 
né autrefois  vue  meiure  particu- 
lière ,  &C  vn  poids  plus  pelant  que 
l'ordinaire  pour  les  chofes  fain- 
tes ,  bc  qui  effcoient  deftinées  pour 
fon  Sanctuaire  j  puifque  c'elloit 
pour  nous  apprendre  myftique- 
ment  l'honneur  (ingulier  que  Ton 
doit  déférer  à  ce  qui  le  regarde  , 
èC  en  faire  vne  eftime  préférable  à  toute  autre  chofe. 
Ayant  à  décrire.icy  en  détail  des  édifices  ,  èc  depar- 
temens  anciens  6c  modernes  du  Chafteau  de  Fontaine- 
bleau ,  cette  fainte  inûrudion  m'eft  venue  auffi  toft  en 
la  penfée ,  qui  me  faifant  prendre  la  mefure  dc  le  poids 
du  Sanctuaire  ;  ie  veux  dire  confiderer  le  prix  incom- 
parable des  chofes  faintes  ,  à  l'égard  de  celles  qui  ne 
font  faites  que  pour  l'vfage  des  hommes  :  cela  m'a  donc- 
ques  obligé  à  donner  la  préférence  ,  bc  à  commencer 
par  les  édifices  deftinez  au  cuite  de  Dieu ,  qui  font  les 
Temples  &  Eglifes. 

O  R  il  y  en  a  trois  dans  ce  Chafteau ,  dont  il  s'agit 
maintenant  de  traitter.  La  première  ,  c'eft  celle  de  la 
Vierge,  &:  de  Saint  Saturnin,  laquelle  combien  qu'elle 
paroilTe  ,  èc  foit  vn  ouurage  en  effet  moderne  ,  elle  eft 
neantmoins  la  plus  ancienne  de  toutes  en  fon  origine , 
ayant  efté  baftie  par  Louys  VII.  l'an  mil  cent  foixan- 
te  èc  neuf,  comme  il  a  efté  remarqué  cy-deffus. 

Il  eft  vray  que  il  l'on  la  confidere  en  l'eftat ,  &  dans 
les  ordres  d'Architedure  qu'elle  fe  void  auiourd'huy  , 
elle  eft  moderne,  fon  édifice  eftant  de  François  I.  com- 
me fait  foy  la  Salamandre  j  6c  les  Chiffres  qui  font  au 
dehors  de  ce  baftiment.  Mais  cela  n'empefche  pas  auffi 
qu'il  ne  ioit  vray  de  dire  ,  que  c'eft  celle  qu'auoit  fait 
édifier  Louys  VII.  laquelle  François  I.  auroit  fait  re- 
edifier  de  nouueau  ,  au  mefme  lieu  ,  ou  tout  proche. 
Et  de  fait  qu'elle  porte  encore  le  nom  de  Saint  Satur- 

G  ij 


Exodi  joT 
Cr  Leaitici 

5-  Cr  27- 

î. 

Poids   & 
meiure  par- 
ticulière 
ordonnée 
pour  ies 
chofes 
(ainccs. 


II. 

La  Chapel- 
le haute  ba. 
ftie  par 
Louys  VII. 
&  rebaftie 
par  Fran- 
çois I. 


5^  Le   Trésor   des  merveilles 

nin  j  &;  que  mefme  par  vne  tradition  du  pays  eontinuéé 
iufques  à  ce  iourd'huy  ,  plufîeurs  perfonnes  (iir  cette 
créance  y  viennent  faire  leurs  dénotions  ,  &  implorer 
raififtance  de  ce  bien-heureux  Martyr. 

Saint  Louys  en  la  Charte  &:  donation  qu'il  fit  à  nos 
Religieux  de  cette  Chapelle  ,  dattée  à  Fontainebleau 
au  mois  de  luillet ,  Tan  mil  deux  cens  cinquante  neuf, 
remarque  que  famt  Thomas  Archeuefque  de  Cantor^ 
bery  l'a  dédiée  ô^  confacrée  à  Dieu  fous  l'inuocation 

de  la  Vierge,  6c  de  faint  Saturnin. 

îiï-         Et  de  fait  enuiron  le  temps  que  Louys  VIL  la  fit 

Cette  Cha  i        i  ^ 

peliededicc  baftit ,  ce  bicu-heureux  Archeuefque  s'eftoit  réfugie 
Thoma"d  ^^^  France,fuyant  la  perfecution  de  Henry  ILRoy  d' An- 
Cantorbe-  gletetrc  j  ôc  nollrcLouys  faifoit  traitter  royalement  ce 
^^'  faint  Prélat  en  l'Abbaye  de  Sainte  Colombe  lez  Sens, 

comme  remarque  lean  de  Sarizbery ,  Autheur  de  ce 
temps-là  ,  es  Lpiftres  cent  nouante  cinq,  &;  deux  cens 
trois  :  où  ce  bien-heureux  Martyr  ayant  demeuré  quel- 
que temps,  &;  n'eftant  éloigné  de  ce  lieu  que  d'vne  pe- 
tite iournée  ,  il  y  vint  dédier  cette  Eglife  à  la  prière  du- 
dit  Roy  ,  qui  l'honoroit  extrêmement  pour  Çqs  méri- 
tes, bc  fainteté  de  vie. 

Cette  Chapelle  eft  au  milieu  du  Chafteau  ,  &:  dans 
la  Cour  principale  -■,  fçauoir  eft  dans  la  Cour  du  Don-^ 
ion. 

Et  c'eft  en  ce  lieu  où  nous  célèbrent  maintenant  tous 
les  iours  le  Seruice  Diuin  &  Canonial ,  depuis  qu'en 
l'an  mil  fix  cens  huit  nous  quittafmes  noftre  ancienne 
Eglife  de  la  fainte  Trinité ,  pour  donner  place  aux  Pein- 
tres, Sculpteurs,  &:  autres  Ouuriers. 

Elle  eft  extrêmement  commode  pour  les  deuotions 
de  la  Cour  ,  quand  le  Roy  bc  la  Reync  font  en  cette 
Maifon,  à  caufe  qu'elle  eft  proche  des  departemens  de 
leurs  M  aieftez,  des  Princes,  &:  Seigneurs  5  6l  que  là  dés 
le  grand  matin,  iufques  bien  tard,  l'on  y  célèbre  con- 

• tinuellement  le  faint  Sacrifice  de  la  Melle. 

Le  Roy  a       E  L  L  E  a  cfté  long-tcmps  fans  aucun  enrichiftement, 


DE    FONTAINEBLËAV.      LîVRE   II.  jj 

iufques  en  l'an  mil  fix  cens  trente  neuf ,  que  le  Roy,  fm  fore 
par  les  foins  de  Monfeigneur  de  Noyers ,  l'a  fait  orner  ^^^J^  '^^^ 
en  l'eftat  qu  elle  eil  auiourd'huy.  chapelle 

Sa  voûte  èc  Ces  parois  font  richement  peints  6c  do- 
rez, auec  diuers  ornemens  de  quelques  telles  de  Ché- 
rubins ,  de  fleurons  d'or  ,  des  Chiffres  de  leurs  Ma- 
ieftez  ,  èc  fur  tout  des  noms  fàcrez  de  lESVS  ,  &:  de 
Marie. 

Où  pour  mémoire  imrnortelîe  de  Fheureufe  nâif- 
fance  de  Monfeigneur  le  Dauphin  ,  l'on  y  a  exprez  en- 
tremeflé  pluiieurs  figures  de  Dauphins  en  or ,  qui  ne 
donnent  pas  peu  d'ornement  à  celieu  ,  èc  que  l'on  n'y 
fçauroit  voir  ,  fans  fe  remettre  auffi  toft  en  la  penfée 
cette  heureufe  naiffance ,  tant  6c  tant  dcfirée  de  la  Fran- 
ce j  &:  qui  au  mefme  temps  oblige  vn  chacun  d'en  ren- 
dre mille  6c  mille  adions  de  grâces  à  Dieu,  pour  eftre 
vn  don  fi  précieux  de  fa  Bonté  éternelle. 

Son  lambry  peint  ôC  doré,kquel  règne  tout  autour 
de  cette  Chapelle ,  eft  bien  vn  des  mieux  trauaillez  qui 
fe  falTent  point. 

Aux  deux  codez  de  cette  Chapelle  ,  font  huit  arca- 
des ,  deftinées  à  de  petites  Oratoires ,  &c  Autels ,  auec 
leurs  tableaux,dans  la  mefme  ordonnance  de  ce  lambry. 
Et  quant  au  grand  &c  principal  Autel ,  il  eft  doré  &C 
enrichy  comme  le  refte  ,  auec  vn  tableau  de  la  Vifita- 
tion  de  la  Vierge.  En  cet  Autel  eft  la  Deuife  èc  le  Chif- 
fre de  Henry  II.  par  où  il  apert  que  c'a  efté  de  fon  temps 
qu'il  a  efté  fait. 

Sur  l'entrée  de  la  Porte  font  les  Armes  du  Roy,  aued 
d'autres  enrichiffemens  de  Dauphins  ,  èc  de  fleurons 
d'or. 

Au  dehors  de  cette  Chapelle  à  l'entrée  de  fon  Portic  _^^_ 
du  cofté  de  la  Cour  du  Donion  ,  font  deux  Tours  ron-       v. 


Mont 


des ,  qui  ne  paroifTent  que  par  le  haut  de  cette  Chapel-  dhodoge 
le ,  dans  lefquelles  François  I.  auoit  fait  conftruire  vne  fortcurkuj 
Montre  d'Horloge ,  des  plus  belles  ,  ôc  des  plus  indu- 
ftrieufes  qui  fut  point. 

G   iij 


j4         Le   Trésor  des  merveilles 

Dans  IVne  ,  tout  au  haut  fe  voyoient  les  fept  iours 
de  la  Stmaine  ,  reprefentez  par  figures  d'hommes  plus 
grands  que  le  naturel ,  qui  par  refforts  ingénieux  fai- 
ibient  paroiftre  particulièrement  la  figure  du  iour  qu'il 
eftoit  en  la  Semaine  ,  chaque  iour  ayant  fon  fymbole , 
èc  fa  marque. 

En  l'autre  Tour  il  y  auoit  la  Statué'  du  Soleil ,  qui 
tenoit  vn  Sceptre  ,  duquel  il  montroit  les  heures  qui 
fonnoient  par  le  moyen  de  certaines  grandes  Statues , 
reprefentans  des  Cyclopesôd  Forgerons ,  qui  frapoient 
fiir  vne  enclume  autant  de  coups  qu'il  eftoit  d'heures. 
Là  font  encore  quelques-vnes  de  ces  figures  ,  6c  les 
montres ,  qui  font  iuger  delà  beauté,  &  rareté  de  cette 
Horloge. 

Or  c'eft  en  cette  Chapelle  que  Louys  VII.  fonda,  Se 
dota  à  perpétuité  vn  Chapelain  pour  la  defferuir,  dont 
le  premier  fut  vn  nommé  Bartelemy  ,  duquel  il  a  elle 
parlé  au  commencement.  Et  pour  plus  ample  témoi- 
gnage de  cette  vérité  ,  i'ay  iugé  à  propos  de  tranfcrirc 
icy  la  Charte  ,  telle  que  nous  l'auons  en  fon  original. 

IN  NOMINE  SANCTiE  ET  INDIVIDViE 

Trinitatis.       Amen. 


E 


Go  LVDOVICVS  Dei gratiaFrancorum'Rex.Notum 
^facimui  omnïhm  futuris  fient  &  pr^fintibii<f  ,  qmd  in 

. honore  Dei ,  &  Beat  a  Virginis  JMariA  ,  &  gloriofi  Marty- 

Fondation  ^^  Satumim ,  a^uàFontcm  Bleaudi  conftruximti^  Ecdefiam, 
du  picmier  qu^m  dotauimm  hoc  modo.  Domino  BartholomAO  amm  pri^ 

Chapelain    J  ,  ,  /r     •/         r  •  •    /  •        /i    i.        ri 

de  ceCha-  mum  dotauimiis  ,  ft)  juccejjoribus  juis  qm  mpofr  Bartholo- 
t^^^'/j-  ^^^^f^  defermermt  3  apgnauimus  très  modios  frumenti  aà 
Bouy<r  ^p.  menfiiram  de  Cafimois  tnfejlo  Beati  Remigij  annuatim  re- 
{'dhîaReZ  c^f^^^^os,  in  Grangta  noHra  apud  Cafellam  *  ,  &  fix  mo- 
ne ,  efloigné  dtos  'vim  tu  nojtro  claufo  de  Hericy  ad  menfuram  de  Samois, 
iLueT/oti  fi^tltter  annuatim  recimendos.  Qmd  fi  vmea  altqua  occa- 
enuiron ,  de  Hq^ç  ^^  perficicndos  Cex  modios  defecerit.de  cenfu  vmi  noitri 

Fontaine-    "^  ,     ^  ■  r  r  i  i  l  ■ 

ùieau.        de  ùamois  perpciantur.  Et  apm  Adoretum  quatuor  Ubras  m 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE   II.  jj 

âenarïù  de  cenfu  terr&  arahilù  ,  (^uam  afcenjuimus  Gil~ 
berto  de  Braia ,  &  micumque  pofi  wjum  terram  tllam  ha- 
huer  t ,  Sacerdoti  qui  thi  deferuierit  quatuor  Ithras  annua- 
tim  perfoluet  m  prafatofeHo.  Si  auiem  fojfcjfhr  terra  Capel- 
lanodteflatutonon  per/oiuerit  cenfum  iUmn^nobis emetidabit. 
Capellanus  njero  in  lumlnarihus  Ecclefu  promdebit.  Quid- 
qmd  autem  à  Capellano  ^zdificatum  fuerit  apud  FontemBieau- 
ât^fme  tn  domihus^fme  tn  arbonbus ,/lue  m  njiua.no  &  pra- 
to  i  excepta  mohïli  ^  m  perpetuum  EcclefiApermaneat  ^fÈ)  tHi 
qm  tccUfu  deferutent.  Infuper  Capellanus  "vfuarium  juum 
m  nemore  habehit  ad  ardendum.  Et  quotiens  nos ,Jlue  ^Regi- 
na ,  Jlae films  nofier  ibt  ajfi4ermt ,  Capellanus  habehit  libratw- 
ne?n  juam  integram  ^  jcilictt  quatuor  panes ,  &  dimidium 
fextanum  'uim  ^  f0  pro  quoqmna  duos  di^narios  ^  &  tejam 
candella.  Çlmd  njt  ratum  inpoïlcrum  habeatur^figtUt  nofri 
imprcj^wne  y  ç^  nommis  noHri  caractère  muniri  &  conjî- 
gnan  prdcept?nus.  Acium  publiée  apud  Fomem  Bleaudt  an- 
no  ab  Incarnatione  ^JJommt  miUefimo  centejïmo  fexagefimo 
nono:  aftantibus  m  Palatto  noflro,  quorum  nomma  ft)  figna 
fiibficriptafunt.  Signum  Comttts  T'eobaudï  çArmiferi  no- 
fin.  Stgnum  Guidonis  Bt^ticulartj.  Stgnum  JMathAi  Ca- 
merarij.  Stgnum  Radulphi  ConBabulartj  Data  ter  ma- 
num  Hugonis  Cancellarij,       LVDOVICVS. 

Le  mefine  en  François. 

V 

LO  V  Y  s  par  la  grâce  de  Dieu  Roy  de  France.  Fai- 
fons  fçauoir  à  tous,  tant  prefens  qu'à  venir  3  Que 
nous  auons  conftruit  vne  Fglife  à  Fontainebleau  en 
l'honneur  de  Dieu  ,  ôc  de  la  Vierge  Marie  ,  &  du  glo- 
rieux Martyr  faint  Saturnin  :  laquelle  nous  auons  doté 
en  cette  forte  au  (leur  Bartelemy  ,  lequel  nous  auons 
eftably  ,  &  doté  le  premier  ,  &;  à  Tes  fucceffeurs  ,  qui 
après  ledit  Bartelemy  defTeruiront  cette  Eglife  ,  nous 
auons  afligné  trois  muids  de  froment ,  mefure  du  Gafti- 
nois  ,  à  prendre  &C  receuoir  tous  les  ans  à  la  Felte  de 
faint  Remy  en  noftre  Ferme  &  Grange  de  la  Chapelle  > 


j6  Le  Trésor  des  Merveilles 

{  c'eft  le  Bourg  appelle  la  Chapelle  la  Reyne  ,  éloigné 
de  deux  lieues  6c  demie ,  ou  enuiron ,  de  ce  lieu  de  Fon- 
tainebleau )  &  lix  muids  de  vin  ,  meiure  de  Samois  ,  à 
prendre  pareillement  chacun  an  en  noitre  clos  d'Heri- 
cy.  Que  li  noftre  vigne  par  quelque  occalion ,  ou  au- 
trem.ent ,  manque  de  pouuoir  parfaire  les  lix  muids , 
nous  voulons  qu'ils  foient  ]f>ris  de  noilre  vin  de  Samois. 
Et  à  Moret ,  quatre  liures  en  deniers  de  cens  de  terre  la- 
bourable ,  que  nous  auons  affermé  à  Gilbert  de  Braia  : 
&C  quiconque  après  luy  aura  cette  Ferme  ,  payera  an- 
nuellement à  ladite  Fefte  ,  quatre  liures  au  Preftre  ôc 
Chapelain  qui  la  defleruira.  Que  fi  le  pofTefTeur  de  la 
terre  manque  au  iour  afTigné  à  payer  au  Chapelain  la- 
dite cenime,il  fera  mis  à  l'amande.  Le  Chapelain  four- 
nira le  luminaire  de  l'Eglife.  Or  tout  ce  qui  aura  efté 
bafly  à  Fontainebleau  par  le  Chapelain  ,  foit  en  mai- 
fons  ,  foit  en  arbres  ,  foit  en  viuier  ,  de  pré  ,  (  excepté 
le  meuble)  demeurera  à  perpétuité  à  l'Eglife  ,&  àceluy 
qui  la  deiïeruira.  De  plus  ,  le  Chapelain  aura  en  la  fo- 
reft  Ion  vfage  de  bois  à  brûler.  Et  toutes  &;  quantefois 
que  nous,ouiaReyne,ounoflre  fils,  ferons  en  ce  Lieu, 
le  Chapelain  aura  fa  liurée  entière  j  à  fçauoir  qua-> 
tre  pains ,  demy  feptier  de  vin  ,  deux  deniers  pour  fa 
dépenfe  de  cuifine  ,  OC  vne  toife  de  chandelle.  Et  afin 
que  cet  ade  demeure  fiable  ôc  permanent  à  Taduenir, 
nous  auons  commandé  qu'il  foit  fcellé  ,  ôc  muny  de 
noftre  Sceau  ,  &  feing  manuel.  Fait  par  acfte  public  à 
Fontainebleau, l'an  de  l'Incarnation  de nofire  Seigneur 
mil  cent  foixante  neuf:  prefens  en  nollre  Palais ,  ceux 
defquels  font  icy  les  noms,  &:  les  feings  foufcrits.  Seing 
du  Comte  Tibaud ,  nofire  Porte  Armes.  Seing  de  Guy, 
nofire  Boutillier.  Seing  de  Matthieu^  nofire  Chambel- 
lan. Seing  de  Raoul,  nofire Conneflable.  Donné  par 
les  mains  de  Hugues  nofire  Chancelier.     L  O  V  Y  S. 

Ayant  fait  voir  la  fondation  de  cette  Eglife&  Cha- 
pelle par  Louys  VII.  refient  quelques  particularitez 
touchant  icelle  ,qui  ne  feront  pas  hors  de  propos  de  re- 
marquer icy.  L'vne 


VII. 
nciennc 


DE   FONTAÏNEBLEAV.     LiVRE   II.  57 

L Vne  ,  que  cette  fondation  6c  dotation  a  eilé  am- 
plement ratifiée  ,  6c  confirmée  par  Philippe  Augufte 
fils  dudit  Louys  VII.  ainfi  qu'il  appert  par  Tes  Lettres  6c  • 
Chartes ,  données  à  Fontainebleau  Tan  mil  deux  cens  a 
fept,  le  vingt  neufiéme  de  fon  règne  :  defquelles  nous  fondation 
auons  l'original  en  noftre  trefor,  6c  que  ie  n'ay  pas  in-  ôcaugmeal 
feré  icy  ,  parce  que  c'efl:  prefque  la  mefine  chofe  que  ^""^ 
la  précédente. 

Il  appert  en  fécond  lieu,  que  ledit  Roy  Philippe  a  non 
feulement  confirmé  ladite  dotation,  ôcfondation, mais 
encore  l'a  amplifiée  ,  donnant  audit  Bartelemy  &c  à  fes 
fucceffeurs ,  Chapelains  en  ladite  Chapelle, la dixme de 
vin  qui  luy  appartenoit  au  Village  de  Reclofes.La  Char- 
*te  eft  donnée  à  Fontainebleau  en  fon  Palais,  l'an  de  la- 
lut  mil  cent  quatre  vingts  quatre ,  le  cinquième  de  fon 
règne  j  &c  en  auons  encore  l'original. 

De  plus ,  par  vne  autre  Charte  ledit  Philippe  au- 
gmente cette  fondation  de  vingt  fols  parifis  par  cha- 
cun an  pour  le  luminaire  de  ladite  Chapelle.  La  Char- 
te cfl  donnée  à  Fontainebleau,  en  datte  de  l'an  mil  cent 
quatre  vingts  neuf,  le  onzième  de  fon  règne  :  nous  ert 
auons  femblablement  l'original. 


H 


58 


Le   Trésor  des  merveilles 


DE   LA    CHAPELLE    HAVTE,DITE 

autrement  la  Chapelle  du  Roy. 

Chapitre    IL 


I.  La  Chamelle  haute  bafiie 
fotis  François  I. 

II,  Sa  longueur 3  largeur i& 
ordonnance. 

m.  Ses  enrichijfemens. 
IV'  Son  Balcon  fait  fom 


Henrj  IL 

V,  La  efl  ^vne  heUe  Image  du 
dejfem  de  M.ichel  fténge. 

VI.  Henry  le  Grand  a  fort 
emhelly  cette  Chapelle, 


î. 

Là  Chapel- 
le haute  ba- 
ftie  fous 
François  I. 


ii. 

Sa  lon- 
gueur, lar- 
geur, hau 


E  Roy  François  L  qu'à  bon  droit  plu- 
fîeurs  qualifient  du  titre  deGrand,puifque 
en  toutes  ks  adions  ôc  entreprifes  ,  il  n'a 
rien  fait  paroiftre  que  de  grand  bc  de  ma- 
gnifique ,  principalement  en  la  ftrudure 
dVne  infinité  de  baftimens  qui  fe  voyent  de  luy  en  ce 
Royaume  3  ne  fe  contentant  pas  dauoir  reedifié  ôccon- 
ftruit  de  nouueau  la  Chapelle  bafTe  ,  dont  nous  venons 
de  parler,  y  fit  encore  édifier  au  deflus  la  Chapelle  hau- 
te ,  dont  nous  traittons  en  ce  Chapitre,  afin  qu'à  cou- 
uert,  &;d'vn  plainpied  de  fon  département  il  pût  auec 
commodité  y  aller  faire  fes  deuotions  :  laquelle  aulfi  du 
depuis  a  toufiours  porté  le  titre  de  Chapelle  du  Roy. 

Il  y  a  vn  petit  Portic  audeuant  ,  par  lequel  l'on  y  en- 
tre de  deux  coftez,  l'vn  par  la  Salle  du  Bal,  qui  aboutit 
au  département  du  Roy  5  &;  l'autre  par  vne  Salle  qui 
tient  à  vn  grand  Pauillon,  lequel  efl  au  bout  de  la  Cour 
du  Donion.  Il  y  a  encore  vne  autre  Porte ,  qui  vient  di- 
redement  d'vn  bout  à  ladite  Salle  du  Bal ,  par  laquelle 
l'on  entre  en  cette  Chapelle. 

E  LLE  a  neuf  toifes  de  long  ,  quatre  de  large,  6c  fix 
de  hauteur. 

Sa  forme  eft  belle  6^  gracieufe  ,  &  femble  vne  gon- 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE  ÎI.  59 

dole  5  parce  qu'elle  eft  en  ouale  par  les  deux  bouts.        teur,&or- 

^^  11  oi>  •  1  donrunce. 

Quatre  arcades  de  part  oC  a  autre  ,  qui  ont  chacune 
neuf  pieds  de  long  ,  quatre  de  profondeur  ,  ôC  huit  &C 
demy  de  haut ,  y  font  très-bien  ordonnées  pour  des 
Oratoires ,  ou  pour  y  dreifer  des  Autels. 

Son  Architedure  eft  de  deux  ordres  ,  Dorique  àc 
Compofé  ,  lefquels  y  font  parfaitement  bien  entendus 
èc  ordonnez. 

D  ouze  pilaftres  de  dix  pieds  6c  demy  de  hauteur,auec 
leurs  bafes  &;  chapiteaux  dVne  ordonnance  Dorique, 
fouftiennent  douze   colomnes  compotites   de  quinze 
pieds  de  haut  auec  leurs  chapiteaux,  architraueSjfrifes,  _____ 
&  corniches  j  le  tout  qui  porte  les  principaux  cintres     ^'^•^. 
de  la  voûte  de  cette  Chapelle  artiftement  trauaillée  j  chifTcmcns. 
laquelle  a  fa  voûte  en  berceau  ,  compofée  d'vn  grand 
nombre  de  petits  quadres  auec  leurs  moulures ,  èc  car- 
drons  :  qui  eft  vn  œuure  aulTi  délicat  ôc  hardy  en  l'Ar- 
chitedure  qu'il  s'en  voye  point ,  &C  qui  donne  dequoy 
admirer  aux  plus  entendus  en  cet  Art. 

Et  entre  autres ,  fon  dôme ,  qui  eft  au  milieu  de  cette 
Chapelle,  lequel  a  douze  pieds  de  diamètre,  fait  à  huit 
pans ,  percé  de  huit  feneftres  au  premier  ordre  &;  efta- 
ge  ,  &;  de  huit  autres  au  fécond ,  ÔC  au  plus  haut  de  fa 
coupe ,  le  tout  de  pierre  de  grés ,  fans  autre  comble  que 
ladite  voûte,  qui  eft  fouftenuë  par  le  dehors  de  certains 
pilaftres  &  colomnes  de  mefme  ordre  bc  architecture 
que  le  dedans. 

O  R  parmy  plufîeurs  diuers  ornemens  de  cette  Cha-    "77 
pelle,  il  y  a  fur  l'entrée  de  la  Porte  vn  Balcon  ouPulpi-^°"^^'^°" 
te, bien  peint  àc  doré  ,  porté  de  deux  riches  colomnes  HemyiL 
Ioniques  de  marbre  gris  tacheté  ,  auec  leurs  bafes  &; 
chapiteaux ,  chacune  de  dix  pieds  èc  demy  de  haujt. 
Henry  II.  a  fait  fane  ce  Balcon  ,  comme  ilparoift  par 
fes  Chiffres ,  ^par  diuers  croifTans  qui  s'y  voyent,  &C  où 
font  CCS  mots  Latins ,  écrits  en  lettres  d'or  ,  Henricus 
Secunàm  Dct gratta  Francorum  Rex  Chnfttamjitmui.  Sa 
Maiefté  auiourd'huy  régnante  l'a  fait  redorer  &  enri- 

H  ij 


6o  Le  Trésor   des   merveilles 

x:hir ,  ainli  qu'il  eft ,  auec  quelques  peintures  àc  tableaux 
de  plufieurs  Anges ,  qui  compofent  vn  concert  de  mu- 
lique. 

Ce  Balcon  èc  Pulpite,  eft  le  lieu  où  fe  mettent  les  Mu- 

ficiens  ôc  Chantres  de  la  Chapelle  du  Roy,  quand  la  Ma- 

iefté  y  entend  la  MeiTe ,  &c  diuin  feruice. 

V.  Dans  vne  arcade  à  main  droite  de  l'Autel,  il  yavne 

K  V^  "^"^  grande  Image  de  Noftre  Dame  de  Pitié,  qui  eft  moulée 

faitJ  pai^^  iur  celle  de  Michel  Ange,  laquelle  eft  à  Saint  Pierre  de 

Michel      Rome  en  la  Chapelle  ,  àc  au  deffus  de  l'Autel ,  où  les 

Chanoines  de  cette  Eglife  célèbrent  l'Oflice  Diuin. 

VI.  Et  pour  ce  qui  eft  des  enrichiftemens  de  cette  Cha- 

GrTnd  a  pcHe  Royalc  ,  elle  a  demeuré  fans  aucun  autre  que 
fortembei-  ^e  fon  Arcliitcdure  ôc  de  fon  Pulpite  ,  iufques  en  l'an 
Chapelle,  mil  fîx  ccus  huit ,  que  Henry  le  Grand  faifant  paroiftre 
fa  pieté ,  fit  peindre  &;  dorer  les  parois  ,&  orner  la  voû- 
te de  quantité  de  teftes  de  Chérubins  ,  auec  les  chif- 
fres de  fon  nom  dans  les  quadres  qui  y  font,  &  de  ro- 
faces  auec  diuers  fleurons, morefques,&  autres embelr 
liftemens  ,  où  lor  ,  àc  tout  ce  que  la  peinture  y  peuc 
contribuer  de  beau,  n'y  eft  point  épargné. 

Là  font  fix  grands  tableaux  de  onze  pieds  de  haut 
chacun  ,  èc  huit  de  large  ,  trois  de  chaque  cofté  j  IVn 
reprefentant  laNatiuité  de  noftre  Seigneur  3  l'autre,  vn 
Crucifix  j le  troifiéme,laRefurre6lion  triomphante  du 
■  Fils  de  Dieu  j  le  quatrième  ,  eft  vne  defcente  du  Saint 
Elprit  fur  le  Cénacle  6c  facré  Collège  des  Apoftres  j  le 
cinquième  ,  eft  l'Affomption  de  la  Vierge  i  &c  le  fixié- 
me  ,  vne  reprefentation  de  l'Eghfe  militante  &C  triom- 
phante ,  figurée  par  les  quatre  principaux  Doéteurs  de 
i'Eglife  ,  &  autres  faints  Pères  qui  adorent  bc  reuerenc 
le  iaint  Sacrement  de.  l'Autel  j  &c  pour  lequel  eftans  en 
pofture  d'Efcriuains  facrez ,  ils  témoignent  employer 
leurs  plumes  &  leurs  écrits.  Les  tableaux  de  la  Refiiri- 
reâiion  &  de  la  Pentecofte  ,  ont  efté  faits  du  temps  de 
Henry  le  Grand  par  le  feu  fieur  du  Bois ,  Peintre  excel- 
lent éc  renommé.  L'Affomption  ,  &c  celuy  qui  repre- 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE  II.  6i 

fente  TEglife  ,  font  du  fîeur  Dehoey  Peintre  du  Roy  ; 
&  la  Natiuité  6c  le  Crucifix ,  du  lîeur  du  Bois  fils.  Il  y  a 
encore  le  tableau  du  grand  Autel,  qui  eft  vne  copie  de 
la  Noftre  Dame  de  Raphaël ,  dont  l'original  eft  en  ce 
lieu  au  Cabniet  &  Chambre  particulière  des  Peintures, 
&;  Tableaux  du  Roy. 

Et  afin  que  lamemoiredeHenryle  Grand,  quiapris 
tant  de  foin  àrembellifTement  decelieufacré,ydemeu- 
raft  à  iamais  pour  vn  témoignage  de  la  pieté ,  ces  trois 
vers  Latins  font  écrits  en  lettres  d'or  au  defTus  de  la 
Porte  de  cette  Chapelle. 

Im^erio ,  natifque  fotenSi  &  coniuge  fœlix , 
^Ita  face  ^Jacram  décorât  Rex  mclyfus  adem, 
j^ternum  ^utpetas  augufia  refplendeat  aula. 
Lefquels  vers  i'ay  ainfi  traduits. 

Aiche  en  biens  ^  en  enfans,  en'Royaumei^  en  femme ^ 
Au  mdieu  de  la  paix  ce  JHonarque  indompte 
Décore  ce  lieu/aint,  dans  l'ardeur  qui  l'enflamme , 
Tour  faire  dans  fa  Cour  régner  la  pieté. 


H 


6x 


Le  Trésor  des  merveilles 


DE   UEGLISEDE  LA  SAINTE  TRINITE: 

ôc  de  its  Peintures ,  &:  autres  fingularitez 

qui  s'y  voyent. 

Chapitre     III. 


/.  Cette  Eglife  efi  ancienne^  \ 
çy  moderne  en  quelque fa-^ 
çon, 

IL  Deuife  de  la  Duchejfe  de 
Vaientmoif. 

III.  Henry  le  Grand^t^  Louys 
XIII.  ont  fait  orner  cette 
Eghfe. 

IV.  Les  principaux  Mjfieres 
de  la  Religion  Chrefiien- 


ne,  peints  en  cette  Egltfe. 
V,  Les  actions  principales  de 

la  ^ie  de  IeSVS-ChRIST 

fent  tcy  dépeintes. 
V  L  Le  grand  Autel  de  cette 

cheSit^  des  plus  beaux  qui 
Je  'voyent. 
VIL  Le  paué  j  eFl  tres-ex- 
quis. 


JfaU  c.  8. 


A  N  S  la  fuite  &:  la  defcription  de  cette 
Maifon  Royale  ,  ayant  à  traitter  mainte- 
nant de  la  troifîéme  Eglife  &:  Chapelle  de 
ce  Chafteau  5  i'y  trouue  vn  facré  Ternaire, 
'  qui  femble  m'obliger  au  mefme  deuoir  que 
les  Séraphins  d'Ifaye  :  ie  veux  dire,  à  chanter  leur  diuin 
Trifagion  en  commençant  ce  Chapitre ,  pour  y  décrire 
les  merueilles  bc  fîngulieres  raretez  de  cette  Eglife,  la- 
quelle eft  dédiée  particulièrement  à  la  tres-lainte  ,  ÔC 
tres-augufte  Trinité.  Apres  auoir  doncques  humble- 
ment fatisfait  ace  deuoir,  &:  à  la  fcmoncede  ces  elprits 
celeftes ,  ie  viens  à  ce  qui  eft  de  fon  ancienneté ,  de  fon 

fondateur  ,&;  de  fes  ouurages  ,  &:  enrichiftemens. 

CetteEdi-  O  V  à  vray  dire  ,  elle  ell  en  quelque  façon  ancien- 
fe  cft  an-  ne  ^  g^  modcmc  tout  enfemble  ,  fi  l'on  s'arrefte  à  fon 
mode  ne  origiuc  ,  ôc  à  fou  rcftablilTement.  Et  pour  donner 
focor^'^"^  plus  de  iour  à  cette  vérité  ,  il  faut  remarquer  que 
îaint  Louys  eftabliflant  nos  Religieux  en  ce  Chafteau, 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVUE    II.  65 

kur  fît  baftir  vue  Eglife  en  l'honneur  de  la  fainte  Tri- 
nité ,  ainfî  qu'il  appert  par  fa  Charte  (  dont  il  fera  parlé 
au  Chapitre  fuiuant  )  ôc  eftoit  cette  Eglife  édifiée  en 
partie  où  efl  auiourd'huy  l'entrée  de  celle-cy  j  comme 
il  apparoift  encore  par  vne  vieille  arcade  d'vn  ordre 
Gothique ,  qui  fe  void  au  fond  de  la  Nef  en  la  dernière 
Chapelle  à  main  droite  en  entrant,  qu'il  femble  que 
l'on  y  ait  laiflé  à  deffein  pour  montrer  le  lieu  où  auoit 
efté  baftie  cette  ancienne  Eglife  ,  &  pour  y  faire  voir 
encore  quelques  marques  de  fon  antiquité  en  mémoi- 
re de  faint  Louys  fon  fondateur. 

L'autre  partie  de  cette  Eglife  eftoit  à  l'endroit  où  fe 
void  auiourd'huy  le  grand  Efcalier  en  la  Cour  du  Che- 
ual  blanc.  Et  défait  quand  l'on  en  ietta  les  fondemens 
i'eftois  preTent ,  lors  qu'il  s'y  trouua  plufîeurs  offemens 
de  trépaffez,  auec  des  petits  pots  de  terre  oùfemettoit 
de  l'encens  que  l'on  ybruloit^fèlon  la  pratique  ancien- 
ne ,  &;  que  l'on  iettoit  dans  les  foffes  ôc  fepultures  des 
défunts. 

Or  le  grand  Roy  François  defîrant  amplifier  ce  Cha- 
fteau  fit  abbatre  cette  Eglife  ancienne  delà  fainte  Tri- 
nité ,  èc  y  baftir  fous  le  mefme  nom  celle  qui  y  eft  ,  de 
laquelle  ie  traitte  àprefent  :  de  forte  qu'il  eft  vray  dédi- 
re ,  que  celle-cy  eft  ancienne  &  moderne  tout  enfem- 
ble ,  fi  l'on  a  égard  à  fon  origine ,  qui  eft  de  quatre  cens 
ans,  &  à  fon  reftabHffement ,  ou  pluftoft  nouuelle  fon- 
dation ,  l'an  mil  cinq  cens  vingt  neuf. 

Quant  à  fa  fituation ,  elle  eft  entre  la  Cour  du  Che- 
ual  blanc  ,  6c  le  lardin  de  la  Reyne  ,  ayant  fon  entrée 
principale  au  Midy,  ioignant  ledit  Efcalier. 

Sa  longueur  eft  de  vingt  toifes  ,  quatre  de  large ,  Sc 
huit  de  haut. 

Elle  eft  compofée  de  feize  Chapelles  voûtées  ,  huit 
de  chaque  cofté,  fans  y  comprendre  le  grandes  princi- 
pal Autel. 

Diane  de  Valentinois  eftant  en  faueur  fous  le  Roy' 
Henry  1 1.  fit  orner  vne  de  ces  Chapelles ,  qui  eft  la  qua- 


64  Le   Trésor  des  merveilles 

triéme  à  main  gauche  entrant  dans  cette  Eglife  ;  &  là 
y  fit  dreffer  vne  table  d'Autel  d'argent,  ÔCvn  beau  ôc  ri- 
che lambry ,  auec  vne  grande  cloifon  à  baluftres  qui  la 
fermoir  j  où  fe  voyoient  plufieurs  chiffres  de  cette  Da- 
me ,  &;  des  flèches  j  vne  entre  autres  qui  eftoit  fa  Deui- 

fe ,  enuironnée  d'vn  écriteau  ,  contenant  ces  mots  La- 

II.  uns  :  Confequitur  quodcumque  fetit.  C'efl  ainfi  que  i'ay 
bDichefl'e  veu  ccttc  Chapelle  il  n'y  a  pas  encore  longtemps ,  au- 
deVaienci-  patauaut  que  le  Roy  y  fit  trauailler.  L'on  a  ofté  main- 
tenant  cette  cioilon  pour  y  en  remettre  vne  autre  de 
mefme  ordre  que  celles  qui  font  de  nouueau  aux  au« 
très  Chapelles.  Et  pour  ce  qui  eft  de  l'Autel ,  c'efl  le 
mefme  ,  &:  aulfi  le  lambry  ,  horfmis  que  l'vn  &  l'autre 
font  peints ,  ô^  dorez  depuis  peu. 

C'eft  en  cette  Eglife  ,  où  en  fuite  de  là  première 
&  ancienne  nous  auons  toufiours  célébré  le  diuin 
feruice  ,  iufques  en  l'an  mil  fîx  cens  huit ,  quand  Ton 
commença  d'y  trauailler  pour  l'orner  ainfî  qu'elle  eft  à 

prefent. 

177  L' H  O  N  N  E  V  R  de  fon  embelliflement ,  &  des  mer- 

Gra"nd  &    ^^ï^l^^  ^^  peintutcs ,  ôc  d'autrcs  ouurages  fînguliers  qui 

Louysxiii.  s'y  voyent,  en  eft  deu  à  Henry  le  Grand,  ôc  au  Roy  fon 

ner  ««r  ^^^  >  auiourd'huy  heureufement  régnant  ;  dont  IVn  a 

%''^«-       fait  commencer  ^ts  peintures  &  fculptures ,  bc  l'autre 

les  a  continuées.  Mais  pour  parler  comme  il  faut  de  ces 

ouurages ,  il  eft  à  propos  de  dire  vn  mot  de  chacun  en 

particulier  ,  félon  l'ordre  ,  &:  le  temps  qu'ils  ont  eftc 

faits. 

La  voûte  eft  le  premier  ouurage  où  Ton  a  commen- 
cé 5  laquelle  eft  vn  cintre  en  berceau  compofé  d'vn 
grand  compartiment,  qui  règne  depuis  vn  bout  iufques 
à  l'autre  de  cette  Eglife,  auec  fon  arrachement  ou  gran-» 
de  corniche,  qui  foufticnt  la  voûte. 

Ce  compartiment  eft  diftingué  particulièrement  en 
trois  grands  quadres ,  ou  bordures  de  tableaux,  qui  font 
au  milieu  de  cette  voûte  ,  bc  de  deux  autres  bordures 
en  forme  de  cartouches  ou  de  cuirs ,  qui  font  aux  deux 

cxtre- 


DE   FONTAINEBLEAV.     LiVRE  II.  6j 

extremitez  de  cette  voûte  ,  auec  deux  Ang-es  de  relief 
plus  grands  que  le  naturel  ,qui  fouftiennent  les  Armes 
de  France,  &:  deNauarre. 

Vingt  deux  grandes  autres  bordures  ouales ,  &c  feize 
quadres  ,  embelliifent  merueilleufement  ce  comparti- 
ment ,  qui  eft  de  {lue  dVn  pied  ou  enuiron  de  relief, 
enrichy  de  moulures,  cardrons ,  oues,  aùec  diuerfcs  mo- 
refques  6c  fleurons  d'or  ,  lequel  n'y  eft  point  épargné 
non  plus  qu'en  tout  le  refte  de  la  voûte  &  de  fon  com- 
partiment, qui  eft  tout  remply,auec  lefdits  quadres &; 
bordures ,  d'autant  de  riches  tableaux. 

Le  lambry  de  cette  Chapelle  bien  peint  &  doré,  eft 
vn  des  plus  beaux  qui  fe  voyent  point,  lequel  a  dixfept 
pieds  6c  demy  de  haut ,  d'vn  ordre  de  Corinthe ,  &c  eft 
compofé  de  vingt  pilaftres  auec  leurs  bafes,  chapiteaux, 
corniches  ,  frifes  ,  6c  de  diuers  autres  enrichiifemens  j 
comme  des  noms  facrez  de  lESVS  6c  de  MARIE  ,  de 
teftes  de  Chérubins ,  de  feftons ,  de  fleurs  de  Lys ,  ôc  des 
Chiffres  du  Roy  ô^  de  la  Reyne  j  le  tout  en  baffe  taille. 
Outre  les  cloftures  en  baluftres  defdites  Chapelles ,  de 
mefme  ordonnance  que  le  refte. 

Sur  la  grande  corniche  de  ce  lambry  au  bas  des  tre- 
meaux  des  feneftres  ,  font  pofez  vingt  huit  Anges  de 
reUef ,  qui  tiennent  d'vne  main  vn  Sceptre  ,  èc  de  l'au- 
tre les  Chiffres  de  leurs  Maieftez. 

Et  entre  les  tremeaux  au  deffus  de  ces  Anges  ,  font 
quatorze,  ouales ,  fept  de  chaque  cofté ,  toutes  remplies 
de  tableaux  ,  auec  feize  teftes  de  Chérubins  au  delfus, 
accompagnez  de  feftons. 

Au  bas  de  la  Nef  au  deffus  de  la  porte  eft  vn  grand 
Balcon ,  fouftenu  de  dix  groffes  colomnes  Corinthes  ca- 
iiclées, chacune  de  quinze  pieds  de  haut,  de  pareil  or- 
dre 6c  enrichiffement  de  dorure  que  le  lambry. 

le  viens  maintenant  à  la  defcription  de  fes  Tableaux 
qui  rempliffent  tout  ce  compartiment ,  pour  parler  en 
fuite  du  grand  Autel,  ôcdupaué  rare  ÔC exquis  de  cette 
Eglife. 

I 


66  Le   Trésor   des  merveilles 

Henry  le  Grand  ayant  appris  les  mérites  du  fieur 
Freminet  Peintre  célèbre  ,  en  fit  choix  pour  trauailler 
aux  Tableaux  qui  enrichllfent  cette  Eg-life.  Luy  donc- 
ques  après  auoir  ordonné  èc  defliné  tout  le  comparti- 
ment delà  voûte  de  cette  Eglife ,  lequel  eft  bien  vn  des 
mieux  entendus,  &C  des  plus  beaux  qui  fe  rencontrent 
ailleurs ,  deiireux  de  contenter  fa  Maiefté ,  chercha  vn 
fuiet  releué  &  myfterieux  qui  fût  conuenable  au  lieu 
où  il  auoit  à  trauailler  3  dc  fur  ce  conliderant  que  rien 
n'y  pouuoit  eilre  mieux  approprié  que  Les  principaux 
myfteres  de  la  ReUgion  Chreftienne  ,  cela  l'obhgea  à 
exécuter  ce  delTein  en  la  forte  qui  fuit ,  où  bien  fou- 
uent  la  difpolition  du  lieu  a  contraint  ôc  oblige  l'Art 
ôC  la  Peinture. 
IV.  Le  premier  Tableau  commençant  la  teftedelavou- 

paux'^My-  te  ,  qui  eft  au  deffus  de  la  porte  de  l'Eglife  ,  reprefente 
fteres  de  la  Dieu,  Qui  voulaut  puuit  î'iniquité  des  hommes , félon 

Religion        •  11  •  o     r  1       1  i 

chrcftien-  tcxccz  de  kurs  cruTies ,  ôC  lauuer  les  bons ,  commanda 
1»  ^!>?"    au  iufte  Noé  de  dreffer  vne  Arche  pour  flotter  fur  les 

vil      vCtLv  ^ 

Eglise-  eaux  ,  S>C  qu'il  prît  auec  luy  fa  femme, fes  trois enfans, 
Sem  ,  Cham  ,  6c  laphet ,  èc  vne  couple  d'animaux  de 
chacune  efpece  j  ce  que  l'Art  àc  le  pinceau  ont  ex- 
cellamment  exprimé  en  ce  Tableau  ,  &c  riche  pein- 
ture. 

Or  comme  par  ce  premier  Tableau  l'on  recognoift 
le  courroux  &c  la  iufticc  de  Dieu  fur  la  terre  ,  par  le 
fécond  ell:  aufli  reprefente  vn  autre  çhaftiment  dans 
le  Ciel  contre  Lucifer  &C  fcs  complices  ,  iulTiement 
précipitez  dans  les  abyfiTies  de  l'Enfer  par  l'Archan- 
ge Michel  ,  affilié  des  Anges  Raphaël ,  &;  Vriel ,  fé- 
lon le  commandement  qu'ils  en  auoient  receu  de 
Dieu. 

Au  troifîéme  Tableau  pofé  dans  le  milieu  de  la  voûte, 
fe  void  l'Image  de  Dieu  enuironné  des  Puiffances  cele- 
ftes  ,  qui  félon  les  degrez  de  la  Hiérarchie  viennent  fe 
prefenter  auec  des  geitesdiuers,témoignans  leur  obeyf- 
fance  3  accompagnées  de  la  Iufl:ice,&;  de  laMifericorde, 


DE    FONTAINEBLEAVJ      LiVRE   II.  "Gj 

x][ui  femblent  intercéder  pour  la  conferuation  du  Gen- 
re Humain  3  ôc  ces  deux  fe  trouuent  plus  bas  dedans 
vn  Temple  ouuert,  lequel  eft  fuperbemenc  enrichyde 
colomnes ,  portics ,  architraues ,  frifes  ,  corniches ,  ôc 
les  entrecolomnes  remplis  de  plufîeurs  figures  peintes 
en  couleur  de  bronze,  qui  reprefentent  des  Vertus.  Et 
parce  que  les  effets  de  tout  ce  qui  arriue  au  monde  font 
arreftez  par  laProuidence  diuine,  qui  eft  Tordre  qu'el- 
le a  prefcrit  par  vne  loy  éternelle  aux  chofes  humai- 
nes, lefquelles  après  font  produites  ôc  découuertespar 
le  Temps  félon  la  volonté  diuine  j  la  figure  du  Deftin 
eft  reprefentée  dans  ce  Temple,  auec  celle  du  Temps, 
&;  le  bon  &  mauuais  Génie  qui  l'accompagnent. 

Làaufti  eft  donnée  place  aux  Heures,qui  font  les  filles 
du  Temps ,  ôc  les  Portières  du  Ciel ,  dans  lequel  eft  ce 
Temple  :  &;  toutes  ces  figures  font  fi  bien  colorées,qu'el- 
les  expriment  parfaitement  le  fuiet  qu'elles  marquent. 
Le  quatrième  Tableau ,  eft  comme  l'Ange  Gabriel 
s'incline  deuancDieupour  receuoir  le  commandement 
de  l'ambaffade  pour  la  réparation  du  Genre  Humain  j  ce 
qui  eft  reprefenté  par  vn  rayon  ,  qui  partant  des  yeux 
de  faDiumité ,  reluit  fur  la  face  de  ce  celefte  Ambaffa- 
deur,  lequel  eft  accompagné  d'vn  nombre  infiny  d'An- 
ges qui  paroifTent  defireux  de  leferuir,  femblans  s'offrir 
à  luy ,  6<:  s'enquérir  de  ce  Myftere  :  il  part  du  Ciel  empi- 
ré &:  trauerfe  le  Firmament,  pour  de  là  venir  en  Terre. 

Au  cinquième  Tableau  ,  qui  regarde  en  face  la  pre- 
mière tefte  de  la  voûte  ,  &  eft  au  dèlfus  du  grand  Au- 
tel, fe  void  comme  les  Anciens  Pères  retenus  au  Lim> 
be,reçoiuent  auec  d'extrêmes. allegreffes  les  nouuelles 
du  Myftere  de  l'Incarnation  du  Fils  de  Dieu,  d'où  leurs 
ténèbres  femblent  fe  changer  en  des  clartez  ôC  des  lu- 
mières j  Ô<:  eft  ce  Tableau  le  dernier  qui  lie&enchaine 
l'ornement  de  ladite  voûte. 

Le  refte  de  ce  delfein  fe  termine  par  vn  Tableau  de 
l'Annonciation  de  la  Vierge  ,  qui  eft  en  la  paroy  der- 
rière le  grand  Autel. 


68  Le  Trésor  des  Merveilles 

Gr  parce  que  dans  le  fond  de  la  voûte  il  refte  quatre 
grandes  Ouales  feparées  >  àc  trois  petites ,  pour  conue- 
nablement  receuoir  les  Tableaux  qui  font  de  la  fuite  de 
ce  deffeni  j  là  font  reprefentez  les  quatre  Elemens  qui 
peuuent  bien  eftre  du  corps  de  ce  fuiet,puifquecefont 
les  premières  &  principales  parties  dont  le  monde  efl 
compofé  ,  {impies  comme  la  Diuinité  ,  par  qui  toutes 
chofes  commencent ,  &C  en  qui  elles  fe  refoluent. 

En  la  première  Ouale  ell  reprefenté  l'Elément 
du  Feu  j  qu'à  bon  droit  l'on  préfère  à  tous  les  autres 
pour  fon  adiuité  viue ,  continuelle  ,  6c  tendante  toû- 
iours  en  haut  j  il  eft  deligné  fous  le  fymboled'vne  fem- 
me ,  qui  porte  fur  fa  telle  vn  Phénix  fe  confumant  fur 
vn  bûcher  ,  ôc  d'vne  main  elle  tient  vrte  foudre  flam- 
boyante. 

La  féconde  Ouale  porte  la  figure  de  l'Air  ,  exprimé 
encore  parvne  femme,  laquelle  eft  enuironnée  de  l'Are 
en  Ciel  j  6c  a  fur  fa  tefte  vne  Calandre  les  ailles  eften- 
dues  &C  le  bec  ouuert ,  &;  fous  les  pieds  de  cette  fem- 
me eft  vn  Caméléon  j  par  qui  cet  Elément  eft  naïfue» 
ment  bien  déclaré  fous  le  fymbole  de  ces  animaux  qui 
ne  viuent  que  d'air. 

A  la  troiliéme  Ouale ,  eft  reprefentée  l'Eau  par  vne 
femme  qui  tient  vn  Nauire  ,  &C  eft  affife  fur  vn  Dau- 
phin. 

La  Terre  remplit  la  quatrième  Ouale ,  ôc  eft  pareille- 
ment exprimée  par  vne  femme ,  qui  porte  vn  Chafteau 
fur  fa  tefte,  Retient  en  main  diuerfes  fortes  déplantes, 
de  fleurs  ,  &C  de  fruits. 

Les  autres  figures  ôc  Tableaux  de  cette  voûte  ,  font 
fuiets  détachez  qui  ne  dépendent  pas  exprelTément  de 
ce  delTein,  &:  qui  neantmoins  l'ornent  àc  l'embellilfent 
fort  :  ce  font  quelques  Roys  d'Ifraël  &  de  luda  ,  com- 
me Saul ,  Dauid ,  Salomon , Roboam ,  Abia ,  Afar ,  lofà- 
phat  j  èc  loram  ,  &•  ces  huit  Roys  occupent  les  huit' 
places  qui  portent  fur  les  tremeaux  de  cofté  ôc  d'autre, 
&C  donnent  nailfance  aux  quatre  cintres  qui  font  le 
compartiment  de  cette  voûte. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE  IL  69 

Ces  huit  Roys  regardent  fous  eux  de  chaque  cofté 
dix  Patriarches  ,  &;  dix  Prophètes  ,  èc  ce  font  les  Ta- 
bleaux qui  portent  tous  furleiour  des  feneftres,&;  font 
ces  derniers  monocoomes  &:  camaieux,  tous  les  autres 
eftans  bien  colorez  ,  &  le  tout  à  huile  ,  &  peint  fur  le 
fond  de  ladite  voûte. 

Là  font  encore  dix  Ouales ,  dont  il  y  en  a  quatre  qui 
font  les  angles  de  la  voûte  ,  où  efl;  reprefentée  la  Reli- 
gion ,  la  Foy ,  l'Efperance  ,  &  la  Charité  ,  qui  font  les 
Vertus  qui  femblent  appartenir  fîmplement  à  l'ame. 
hes  autres,  comme  la  Preuoyance  ,1a  Patience,  la  Dili- 
gence ,  la  Clémence  ,  àc  la  Paix  ,  qui  regardent  la  vie 
humame,  &  nous  conduifent  à  l'immortalité  :  lefquel- 
les  ainh  reprefentées  rempliffent  les  dix  Ouales  qui  font 
de  la  fuite. 

Il  y  a  encore  huit  petites  places  au  defTus  des  Roys, 
(&  entre  celles  des  Elemens  ,  où  font  des  embelhlfe- 
mens  de  fantailîe ,  &:  des  ornemens  de  caprice  ô^  d'ima- 
gination ,  conformes  à  la  matière  de  ce  fuiet.  Et  voila 
pour  ce  qui  eft  de  la  voûte  &;  du  lambry. 

le  viens  maint:enant  à  la  defcription  du  reftedesTa- 
.  bleaux  de  cette  Eglife  ,  de  fon  grand  Autel ,  &  de  fon 
parterre  èc  paué. 

Il  y  a  quatorze  Tableaux  outre  les  precedens  ,  fepc 
de  part  &:  d'autre,  entre  l'arrachement  &C  grande  cor- 
niche de  la  voûte  ôc  du  lambry  ,  tous  en  Ouale ,  ornez 
de  leurs  bordures  de  ftuc  bien  dorées  :  dans  lefquels 
Tableaux  Ouales  font  reprefentez  les  merueilles  dC 
prmcipaux  Myfteres  de  la  Vie  de  noftre  Seigneur  lE- 
S  V  S-C  H  R  I  S  T  5  œuure  coniîderable  ,  où  ledit  fîeur 
Fremineta  fait  paroifkre,  comme  en  tout  le  relie  de  Ces 
ouurages  ,  combien  il  excelloic  en  fon  Art  ,  6c  qu'il 
y  eftoit  aufTi  fçauant  que  iudicieux. 

Quant  à  l'ordre  &;  à  la  fuite  de  ces  Tableaux,  le  pre- 
mier commence  proche  du  grand  Autel  au  premier 
tremeau  du  cofté  du  lardin  de  la  Reyne  ,  où  eil  repre- 
fente  la  SybilleCumée,  auec  l'Empereur  Augufte  Ce- 

I  iij 


70  Le  Trésor  des   merveilles 

^ far  ,  auquel  elle  fait  voir  ,  &  montre  dans  le  Ciel  vue 

^-  vierge  tenant  vn  enfant  entre  fes  bras  ,  qu'elle  prédit 
principales  deuoir  vn  iour  naiftre  pour  le  falut  du  monde  j  par  où 
I E^!  v\-^  ^^  reprefenté  la  naifTance  temporelle  du  Fils  de  Dieu. 
Christ,  Les  autres  vont  de  fuite ,  dont 

P^eîmeJ.  ^"  Le  fecond,  eft  comme  l'Ange  s'apparoift  à  faint  lo- 
fephjluy  annonçant  que  la  Vierge  fa  femme  eftoit  en- 
ceinte par  l'opération  du  faint  Efprit. 

Le  trôifiçme  ,  eft  la  Prefentation  que  fait  la  Vierge 
de  fon  Fils  dans  le  Temple. 

Le  quatrième  ,  comme  IeSVS-ChrisT  eft  entre 
les  Doàeurs  au  Temple. 

Le  cinquième  fait  voir  fon  Baptefme  au  fleuue  du 
lourdain. 
Le  fixiéme  reprefenté  les  nopces  de  Cana  en  Galilée. 
Le  feptiéme  ,  comme  IESVS-ChRIST  fut  tenté  au 
Defert  par  le  diable. 

Le  huitième  ,  qui  commence  prés  du  Balcon  du  co- 
ftédelaCourduCheual  blanc,  figure  l'entretien  qu'eut 
le  Fils  de  Dieu  auec  la  Samaritaine ,  èc  la  conuerfion  de 
cette  femme. 

Le  neufiéme ,  comme  il  écrit  en  terre ,  &:  pardonne 
à  la  femme  trouuée  en  adultère. 
Le  dixième,  eft  la  Transfiguration. 
Le  onzième  ,  la  guarifon  du  Paralytique. 
Le  douzième  ,  comme  il  chaiTe  du  Temple  les  ven- 
deurs ,  èc  les  acheteurs. 

Le  treizième  ,  eft  le  c'ommandement  que  fait  I  E- 
S  V  S-C  H  R I S  T  de  payer  le  tribut  à  Cefar. 

Et  le  quatorzième &: dernier,  reprefenté  le  banquet 
que  luy  fit  Simon  le  Lépreux  ,  où  la  Magdelene  luy 
laua  les  pieds  de  fes  larmes ,  &c  luy  efTuya  de  Ces  cheueux. 
Mais  après  toutes  ces  merueilles  ,  il  faut  encore 
pnnci  ^ai    mettre  au  rang  des  plus  belles  &L  rares  pièces  qui  fe 
de  cène    voyeut  poiut ,  le  grand  &C  principal  Autel ,  &;  le  pa- 
vfn  de's^   ué  de  cette  EgUfe.  Tout  cet  Autel  eft  entièrement  de 
piiiî  ri-     niarbre  blanc ,  de  cinq  toifes  de  haut ,  èc  quatre  àc  de- 


DE     FONTAINEBLEAV.      LiVRE    II.  71 

my  de  iar^e  ,  dont  l'ouuraee  &  fabrique  ell  du  fieur  ^'^"  ^ 

y        •  i  1  1  -1  beaux  qu: 

Bourdoni.  Il  y  a  quatre  grandes  colomnes  Corinthes  revoyem. 
dVn  marbre  tauelé  fort  rare  &:  exquis  ,  auec  leurs  ba- 
fes  de  chapiteaux  de  bronze  dorée  à  feu  3  elles  ont  cha- 
cune leur  piedeftal  enrichy  des  Chiffres  du  Roy ,  6c  de 
palmes  de  bronze  dorée  5  comme  aulîl  aux  frifes  de  la 
corniche  qui  eft  fouftenuë  de  petites  confoles^  font  des 
palmes  &C  des  chiffres,  le  tout  de  bronze,  ôc  doré  à  feu 
comme  le  relie  :  ce  qui  rend  cet  ouurage  d Vnmerueil- 
leux  Ôc  gracieux  afpedt. 

Entre  ces  colomnes ,  au  miheu  de  T Autel,  eflvn Ta- 
bleau de  treize  pieds  de  haut ,  &;  fept  de  large  ,  repre- 
fentant  la  tres-fainte  Trinité  ',  la  bordure  efl  richement 
embellie  de  diuers  petits  compartimens  de  marbre , 
fort  rares  &C  précieux.  Auec  ce  que  la  table  d'Autel  eft 
dVne  grande  pierre  de  marbre  blanc  ,  dont  le  deuant 
eft  orné  dVn  grand  Soleil ,  au  milieu  duquel  eft  vn  nom 
de  IesvS  ,  le  tout  de  bronze  dorée  à  feu  ,  &  pofé  fur 
vn  marbre  gris ,  ayant  à  chaque  cofté  deux  autres  peti- 
tes tables  de  mefme  marbre  toutes  parfemées  de  fleurs 
de  Lys  de  bronze ,  &C  dorées  comme  le  refte. 

Il  y  a  de  plus  ,  de  part  èc  d'autre  ,  deux  grandes  ni- 
ches ,  où  en  Tvne  eft  l'Image  de  faint  Charles-Magne, 
6c  en  l'autre  celle  de  faint  Louys  j  elles  font  de  marbre 
blanc ,  àc  chacune  d'enuiron  fept  pieds  de  haut. 

Il  fait  fort  beau  voir  au  deffus  de  ces  colomnes  qua- 
tre Anges  de  bronze,  chacun  de  fîx  pieds  de  hauteur. 
Le  premier  tient  vne  efpée  d'vne main, &  vue  balance 
de  l'autre.  Le  deuxième ,  &c  troifîéme  ,  tiennent  cha- 
cun vn  encenfoir.  Et  le  quatrième  porte  de  la  main 
droite  vne  couronne  d'efpine  ,  &  de  la  gauche  vne 
palme. 

Au  deffus  de  ces  Anges  dans  l'amortiffement  de  l'Au- 
tel font  quatre  grands  vafes  d'où  fortent  des  flammes, 
qui  embelliffent  fort  cet  ouurage  ,  parce  qu'ils  font  de 
bronze  dorée  j  comme  font  aufli  les  Armes  duRoypo- 
fées  au  deffus  du  Tableau,  ôc  accompagnées  de  feftons. 


71  Le    Trésor   dés  merveilles 

Et  plus  haut  Vn  autre  grand  fefton  de  mefme  ma- 
tière ,  auec  vne  table  de  marbre  noir  ,  ou  font  écrites 
en  lettres  d'or  les  paroles  fuiuantes  ,  qui  font  foy  de 
l'année  que  le  Roy  a  fait  drelfer  cet  Autel. 

In  honorem  fanBifimA  t0  indimdu^,  Trinitatisj 
Luàomcm  luftus  X 1 1 L  Francomm ,  t0  Na- 
uarrA  Rex  Chnflianifimm  ,  âeàïcaun.  Anno 
Bomïm    M.  D  C.    XXXIII. 

VII."  I L  refte  à  parler  maintenant  du  parterre  &:  du  paué  de 
Le  paué  eft  cette  Eglifc  ,  où  plufîeurs  Chapitres  ne  fuifiroient  pas 
pour  en  décrire  dignement  la  beauté  oC  la  richelle ,  que 
toutefois  ie  deduiray  fommairement.  Il  effc  tout  de 
marbre  blanc  ,  fur  lequel  font  plufîeurs  grands  &;  di- 
ucrs  conipartimens ,  compofez  d'vne  infinité  de  diuer- 
ïç,s  pièces  de  marbres  differens  ,  des  plus  rares  &  des 
plus  beaux  qui  fe  voyent  point  :  dont  l'afped  ell  fi  gra- 
cieux ,  &:  en  la  diuerfité  de  fes  ouurages ,  &:  en  fa  ma- 
tière ,  qu'il  faut  aduoUer  que  c'eft  bien  le  plus  confide- 
rable  qui  foit ,  non  feulement  en  ce  Royaume  ,  mais 
encore  en  quelque  part  que  ce  foit  ailleurs  5  &  qui  eft 
de  l'ouurage  Ôc  du  deffein  dudit  fieur  Bourdoni. 


"ù^ 


DE    FONTAÏNEBLEAV.      LIVRE   II. 


73 


DV    CONVENT    DE    L'ORDRE    DE    LA 

fainte  Trinité  ,  &C  Rédemption  des  Captifs , 

fondé  en  ce  Chafteau  de  Fontainebleau 

par  faint  Louys. 

Chapitre    IV. 


/.  L'Ordre  de  l a  fainte  Tri- 
ntté  fort  obligé  à  la  mé- 
moire de  faint  Louys. 

IL  Le  ternes  de  la  fondation 
dudit  Contient. 

lîL  Dons  faits  par  fkint 

LOHJS. 

IK.  Nombre  des  Religieux 
de  fondation. 

V.  Bulle  touchant  la  Dédi- 
cace de  l'Eglîfe  delà  fain- 


te Trinité, 
VI.  Confirmations  &  oéiroys 

far  flufieurs  Rojs  ,   & 

nommément  far  Henry  le 

Grand. 
VIL  La  Cure  d^Auon  & 

Fontainebleau  annexe  du^ 

dit  Conuent. 
VI II.  Les  faintes   Reliques 

qui  font  en  ce  Conuent. 


N  T  R  E  les  Ordres  de  Religieux  quVn 
nombre  de  bien-faits  remarquables  ren- 
dent infiniment  obligez  à  la  mémoire  de 
faint  Louys ,  celuy  de  la  fainte  Trinité  & 
Rédemption  des  Captifs  n'eft  pas  des  der- 
niers. Car  fans  mettre  icy  en  ligne  de  compte  beaucoup 
de  grandes  charitez  que  ce  faint  Roy  a  faites  à  pluiieurs 
Conuents  de  cet  Ordrejcomme  à  celuy  de  Verberi^  prés 
de  Compiegne  j  de  Montagne  au  Perche }  &:  de  Paris^dit 
les  Mathurins  :  ce  Conuent  de  Fontainebleau  qu  il  a 
fondé  &;  doté  ,  ell  vn  témoignage  tout  affeuré  de  cet- 
te bonté  libérale  en  fon  endroit. 

Plufieurs  motifs  peuuent  auoir  inuité  ce  deuot  ÔC 
illuftre  Prince  à  cette  fondation  ,  comme  feroit  TafFe- 
dion  qu'il  portoit  à  l'eftat  Religieux  ,  &  autres  pa- 
reilles confiderations  :  mais  il  n'en  faut  point  cher- 
cher d'autre  que  celuy  de  la  Rédemption  des  Chre- 

K 


I. 

L'Ordre 

de  la  Sainte 
Triniré 
fort  obligé 
à  la  mémoi- 
re de  fiint 
Louys. 


74  Le  Trésor  des  merveilles 

ftiens  Captifs  ,  où  il  auoit  plufîeurs  fois  recogneu 
les  foins  que  les  Religieux  de  cet  Ordre  prenoient  &C 
auoient  pris  en  cet  œuure  de  Charité  ,  dans  les  ar- 
mées d'outremer  contre  les  Infidèles  ;  ce  qui  inuita 
depuis  ce  faint  Roy  à  fauorifer  particulièrement  cet 
Ordre.  Et  de  fait  que  loinuille,  Autheur  de  ce  temps- 
là,  remarque,  comme  témoin  oculaire,  les  grands  fer- 
mées &:  l'alTiftance  que  nos  Religieux  rendoient  alors 
aux  armées  de  ce  Prince  ;  &C  que  mefme  quand  il  fut 
HiFtoirede  arrefté  Captif  par  ces  Barbares ,  le  Reuerendiffime  Pe- 
BMe  Nicolas  Sixième  General  de  noilre  Ordre  eftoit 

Ljiiire  0. 

chaf.  4..    auec  luy  :  comme  i'ay  remarqué  plus  amplement  en 

"^"^ l'Hiftoire  de  Barbarie. 

II.  Or  la  Charte  de  fondation  de  ce  Conuent  de  Fon- 

dî^V^fonî  tainebleau  eft  en  datte  du  mois  de  luillet ,  mille  deux 
dation  du-  ^ens  cinquante  neuf:  par  laquelle  il  appert  que  faine 
uenr.  '^°'  Louys  a  foudé  ,  non  feulement  vne  Eglife  &:  Conuent 
en  ce  Chafteau  aux  Religieux  dudit  Ordre  ,  auec  le 
confentement  du  Diocefain  Guillaume  de  BrofTe  Ar- 
cheuefque  de  Sens ,  &  du  Curé  d'Auon,  qui  eftoit,  & 
•  en  eft  encore  la  Parroilfe  3  mais  auffi  qu'à  la  prière  ôC 
refignation  dVn  nommé  Nicolas ,  alors  Chapelain  de 
ce  Chafteau  ,  il  donna  à  perpétuité  audit  Conuent  ôC 
Religieux  ,  la  Chapelle  de  la  Vierge  6c  de  faint  Satur- 
nin de  cette  Maifon  Royale  ,  auec  le  pourpris  ,  loge- 
ment, rentes,  droits,  priuileges ,  Ôcreuenus  appartenans 
à  ladite  Chapelle  \  lefquels  tous  il  fpecifie  en  ^ç,s  Lettres 
de  donation ,  ôc^dit  auoir  efté  donnez  par  fon  Bifayeui 
Louys  VII.  &:  Philippe  Augufte  fon  Ayeul ,  dont  les 
Chartes  ont  efté  rapportées  cy-delfus  :  par  lefquelles 
l'on  peut  voir  en  détail  les  reuenus  &  droits  apparte- 
nans alors  à  ladite  Chapelle  &:  Chapellenie. 

Et  quant  à  la  fondation  de  ce  Conuent  Royal , 
en  voicy  les  conditions  ô£  obligations  :  Qu'il  y  aura 
fept  Religieux  Clercs ,  dont  cinq  au  moins  doiuenc 
eftre  Preftres  ,  du  nombre  defquels  vn  ou  deux  cé- 
lébreront tous  les  iours  durant  fon  viuant  audit  Con- 


DE    FONTAINEBLEAV.      LîVRE   II.  yj 

uent  ,  ou  en  ladite  Chapelle  de  la  Vierge  ,  &C  de  faint 
Saturnin  deux  MelTes ,  vne  au  moins  du  faint  Eiprit  ou 
de  la  Vierge  ;  &C  après  Ton  deceds  vne  tous  les  iours 
pour  lesTrépaflez,  exceptez  certains  ioursque  l'Eglife 
ne  célèbre  point  pour  les  morts.  Comme  aufli  vn  Anni- 
uerfaire  pour  le  feu  Roy  Louys  fon  père  ,  la  Reyne 
Blanche  fa  mère  y  Robert  Comte  d'Artois  fon  frère; 
pour  la  Reyne  Marguerite  fa  femme;  6c  pour  luy  après 
fon  trépas.  C'eft  le  fommaire  des  Lettres  ôi  Chartes 
de  ladite  fondation  par  faint  Louys. 

Et  pour  cet  effet  conlîderant  par  après  que  le  reue- 
nu  n'eftoit  pas  fuffifant  pour  les  charges  portées  en  fa 
fondation  ,  il  confirme ,  ôc  donne  aufdits  Religieux  ÔC 
Conuentla  fomme  de  foixante  fols  parifis  à  prendre  fur 
fa  Preuofté  de  Moret ,  dont  ledit  Nicolas  Chapelain 
iouylToit  par  chacun  an  pour  luyauoir  vne  robe.  ■ 

De  plus  ,  il  donne  annuellement  douze  muids  de      ^^^-  . 
bled  froment  mefure  de  Sens  ,  &C  huit  muids  d'auoine  par  faint 
fur  fon  Domaine  dudit  Sens ,  &  quarante  liures  parilîs  ^°"y^' 
de  reuenu  annuel  fur  ladite  Preuofté  de  Moret. 

Auec  cette  claufe  remarquable  :  Que  fi  les  Fermiers 
ÔC  Receueurs  de  ces  Domaines  manquent  à  payer  aux 
iours  deusjfçauoir  moitié  àlaFeftede  la Toulfaints ,  &C 
l'autre  à  l' Afcenfion  de  noftre  Seigneur ,  en  partie  ou  en 
total;  les  Receueurs  èc  Fermiers  feront  tenus  de  payer 
par  amande  audit  Conuent  ÔC  Religieux  cinq  fols  pari- 
lîs ,  autant  de  iours  qu'ils  auront  tardé  à  fatisfaire  auf- 
dits droits  ôc  reuenus. 

Dauantage ,  il  fait  don  à  ce  Conuent  de  fon  Preflbir 
de  Reclofes ,  auec  tous  les  droits  à  luy  appartenans. 

Outre  plus ,  il  donne  aufdits  Religieux  leur  vfage  de 
bois  pour  baftir  ôc chauffer,  à  prendre  dans  fa  foreftde 
Bierre. 

Item  ,  le  droit  &:  pouuoir  par  chacun  an  de  mettre 
cent  porcs  en  la  glantée  &:paiffon  en  fadite  foreft. 

Il  déclare  de  furplus ,  que  quand  il  fera  en  ce  Cha- 
fteaude  Fontainebleau^  ou  la  Reyne  fa  femme  ,  ou  fes 

K  ij 


-jG  Le   Trésor  des  merveilles 

eiifans ,  ledit  Conuent  ôc  Religieux  auront  les  obla- 
tions  de  la  Chapelle  de  la  Vierge  &  faint  Saturnin  \ 
comme  aufli  la  liurée  ôc  ordinaire  de  pain  ,  de  vin  ôC 
de  cuifine,  mentionnée  cy-defTus  en  la  Charte  de  Louys 
VII.  fon  bifayeul. 

Et  d'autant  que  ces  reuenus  fembloient  ne  pas  bien 
eftre  encore  fuflifans  pour  cette  fondation  &:  charges} 
par  vne  autre  Charte,  donnée  àMelun  au  mois  de  Dé- 
cembre ,  mil  deux  cens  foixante  ,  il  augmente  le  fufdit 
reuenu  de  ce  Conuent  de  foixante  arpans  de  terre 
fîtuez  à  Fontainebleau  ,  &;  de  cent  quatorze  fciz  à  Sa- 
mois,&;  Corbiffon:  de  huit  cens  feptante  fept,au  ter- 
roir deBoi{leroy,Sermefe&Brofles  :  vnarpant  auFay: 
&:  àBarbifon  ,  à  faint  M  ar  tin  ,&;  à  Mâcher  in,  deux  cens 
cinquante  quatre  arpans  :  à  Erbonne  vingt-cinq  ar- 
pans :  à  Franchart  dix  arpans  :  à  Meun,  Achere  ôcBu- 
ry ,  cent  foixante  arpans  :  àReclofes  Ô.:Cumieres,cent 
quatorze  arpans  :  àBourron&Gormeuial,  dix-fept  ar- 
pans :  à  Montfalcon,  huit  arpans  :  &de  plus  toutes  les 
terres  à  luy  appartenantes  fcizes  au  lieu  dit  Mont-Cha- 
ton ,  pour  eftre  ejGfartées ,  cultiuées ,  ôcmifes  en  labour, 
iufques  au  nombre  de  deux  cens  cinquante  arpans. 

Se  referuant ^^2i{^s>  fucceffeurs Roys, la luftice hau- 
te ÔC  balfe  fur  lefdits  héritages. 

Auec  cette  permiffion  hc  priuilege  toutefois  ,  que 
lefdits  Religieux  &:  Conuent  pourront  gager  des  luges 
particuliers  pour  leur  faire  rendre  luftice,  touchant  les 
cens  ,  ventes ,  &:  reuenus  qui  ne  leur  auront  pas  efté 
payez. 
"IV.  De  plus , il  {pecifïe  en  cette  mefme Charte , que  ou- 

des'adt  *^^^  ^^^  f^P^  Religieux  de  fondation ,  il  a  permis ,  &;  vou- 
lu eftre  receu  en  ce  Conuent  deux  Religieux  de  cet  Or- 
dre jfçauoir  Frère  Pierre,  ôc  Frère  lean  ,  lefquels  il  dé- 
clare auoir  auprès  de  luy  en  fà  Cour  :  après  le  deceds 
defquels  ledit  Conuent  ne  feroit  obligé  d'auoir  que 
fept  Religieux ,  li  ce  n'eft  que  le  reuenu  en  augmente. 
Voicy  les  mefmes  termes  de  la  Charte ,  laquelle  eft  en 


gieux   de 
fondation. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE   II.  77 

Latin  félon  la  pratique  èc  couftume  de  ce  temps-là- 
Prêter  numeram  amemfe^tem  Fratrtimfu^erius  annotatum^ 
de  nojira  ^oluntate  ganter  &  ajfenfu ,  receMifitnt  in  eadem 
domo  duoFratres  eiufdem  Ordrnii  j  Petrm  fciltcet ,  &  loan- 
nés,  cire  a  nos  commorantes ,  &:c. 

De  cette  fondation  Royale  l'on  peut  inférer ,  que  ce 
Conuent  ainli  édifié  dans  ceChafteau,  deuoit  eftre  vn 
baftiment  qui  témoignât  la  grandeur  ôc  magnificence 
de.  faint  Louys  fon  fondateur* 

Et  pour  preuue  encore  combien  il  Tauoit  en  affe- 
ction, &  du  foin  qu'il  prit  pour  en  faire  dédier  &  bénir 
l'Eglife  nouuelle  qu'il  auoit  fait  baftirj  la  Bulle  du  Pape 
Alexandre  I V.  en  efl  vn  témoignage  euident  :  où  ce 
Souuerain  Pontife  déclare  par  cette  Bulle  ,  donnée  le 
iîxiéme  des  Ides  d'Odobre  jl'an  fixiéme  de  fon  Ponti- 
ficat j  comme  à  la  prière  de  ce  grand  Roy  il  o6troyoit 
au  iour  qu'elle  deuoit  eftre  dédiée  &:  confacrée,&  du- 
rant trois  mois  immédiatement  fuiuans  ,  à  tous  vrais 
penitens  bc  confeffez  qui  vifiteroient  ladite  Eglife, 
trois  années,  &:  autant  de  quarantaine  ,  de  Pardons  & 
d'Indulgences.  Comme  auffi  à  ceux  qui  en  TAnniuer- 
faire  de  cette  Dédicace ,  hc  huit  iours  après  vifiteroient 
ladite  Eglife  ,  vn  an  &:  quarante  iours  d'Indulgences. 
Voicy  les  termes  de  ladite  Bulle  que  i'ay  iugé  à  propos 
de  rapporter  icy  ,  parce  qu'elle  eft  fort  briefue  :  m'e- 
ftant  contenté  cy-delTus  de  faire  feulement  vn  extrai6t 
des  Lettres  &;  Chartes  de  faint  Louys  touchant  ladite 
fondation  ,  parce  qu'elles  font  extrêmement  longues  j 
de  plus  qu'eftans  en  Latin  elles  pourroient  ennuyer  le 
Leàeur. 

Alexander Epfco^Hs feruus fertiorum Dei,carifimo  ""IT. 
in  Chrifto  Filio  Régi  F  ranci  a  iUufiri  ^piliitem&  Afoftolicam  fhilVL'^'"' 
benedi^ionem.  LtceP  is  yde  cuitis  mttnere  'uenit  'vtfthiafide-  Dédicace 
Itbus fnis^digne  ac  lauàMiter feruiatur ,  de  abundantia  pie-  aek  li'ncc 
tafis/ua  qua  mérita fiippltcum  excedit  t&vota  bene  feruien-  Trinité. 
tibus  multo  maiora  rétribuât  quam  valeantfromereri:  nihi- 
lominus  tamen  defiderantes  reddere  JDomino  populum  accf' 

K    iij 


ji  Le  Trésor  des  Merveilles 

ftahilem  j fidèles  Chrifli  ad  com^lacendum  &  quajî  quihuf- 
dam  ille^tmismunenbiiSjlndulgentiis  fciiïcet  &temtfitonïhus 
inuîtantur,  vt  exïnde  reddantur  diuma  gratU  aptiores.  Cum 
igitur  ificut  ex  farte  tua  fuit  prof  o fit um  coram  nohis  ^tu  Ec- 
cleflam  domus  de  Fonte  Bltaudï  OrdinU  fanàA'Trïnïtatts 
&  Captiuorum ,  de  nouo  fundaueris ,  &  dotaris  j  intendafque 
ipfam  in  proximo  facere  dedtcari  :  Nos  cupientes  vt  Eccle- 
fia  ipfa  congrue  honoribus  frequentetur  y  omnibus  'vere  pœni- 
tentibus  &  confie  fis  iUuc  die  Dedicationù  tpfims ,  &  per  très 
menfes  immédiate  fie  qumte s  accedentibus  ^tres  annos&  toti- 
dem  quadragenoâ  :  illis  autem  qui  m  emfidem  Dedtcationis 
Annmerfiano  ,  &  infira  oào  dtes  pofi  idem  Anniuerfiarium 
immédiate  fiequentes  ad  Ecclefiam  ipfam  accefierint  annua- 
tim  s  annum  <vnum  &  quadraginta  dies ,  de  omnipotent/s  Del 
mifiertcordia  y  &  beatorum  Pétri  &Pauli  Apoftolorum  eius 
authontate  confifi ,  de  inianHa  pœnitentta  mifiericorditer  re^ 
laxamus.  Datis  uinagniafièxto  Idus  Oéfobris,  Tontificatus 
nofiri  annofiexto. 

Et  quant  à  la  confirmation  de  cette  fondation  &  do- 
nation faites  par  Louys  VII.  par  Philippe  Augufte ,  & 
par  faint  Louys ,  plufîeurs  Roys  leurs  iuccefleurs  les 
ont  ratifiées.  Entre  autres  Philippe  le  Bel ,  par  (qs  Let- 
tres &;  Chartes  données  à  Paris  j  IVne  au  mois  de  Mars 
VI.     mil  trois  cens  j  &:  l'autre  au  mois  de  lanuier  mil  trois 
Confirma-  ^^j^^  quatre  :  &  depuis  par  François  I.  Henry  1 1.  Char- 
o6iro'y  par  ks  IX.  Henry  III.  bc  Henry  IV.  en  datte  du  mois 
Roys^'!'^&   d'Odobre  mil  fix  cens  quatre  j  où  il  confirme  non  feu- 
nommé-     lement  ce  que  les  Roys  fes  predecefTeurs  ont  donné  au- 
Henry^'L    dit  Couuent  &  Rcligicux,  mais  encore  luy  fait  don  de 
Grand,      yiugt  atpaus  de  terre  fciz  derrière  THoftel  du  grand 
Ferrare,  auec  les  droits  de  lots  &  ventes  j  portans  tou- 
tes droit  d'amortiflement. 

Ce  Conuent  iouyt  de  plufieUrs  beaux  priuileges, 
comme  eftant  de  fondation  Royale  :  &  entr^  autres 
par  vne  Bulle  particulière  du  Pape  Clément  V.  donnée 
à  la  requefte  ôc  prière  de  Philippe  le  Bel ,  outre  les  in- 
duits 6c  priuileges  de  noftrc  Ordre ,  odroyez  par  plu- 


DE  F'ONTAiNEBLEAV.  LiVRE  ÎI.  79 
fieùrs  Souuerains  Pontifes  ,  fur  la  décharge  èc  exem- 
ption de  lavifîte  desEuefques  Diocefains  j  celuy-cyen 
cft  particulièrement  exempt  :  ainfî  qu'il  fe  verra  plus 
amplement  cy-aprcsauLiure  troilîéme  Chapitre  3. 

Les  droits  Seigneuriaux  de  lots  &  ventes  de  ce  lieu 
de  Fontainebleau  appartiennent  audit  Conuent ,  qui 
luy  ont  efté  donnez  par  faint  Louys  ,  èc  confirmez  par 
les  Roys  fes  fuccefleurs ,  dont  il  a  toufiours  iouy ,  d>C 
&C  iouyt  encore  à  prefent. 


La  Cure  &;  droits  de  laParroiffed'Auonj&dece  lieu     vu. 


La  Cure 
d'Auon  & 


de  Fontainebleau,  eft  encore  de  ce  Conuent,  par  anne- 
xe &vnion  qui  en  a  efté  faite  il  y  a  cent  ans  &;plusî  ôc  Fontainc- 
quiconque  en  eftMiniftre  &c  Supérieur,  fe  met  enmef-  nex?  audit 
me  temps  en  polTefTion  de  ladite  Cure.  Conucm. 

Plufieurs  faintes  Reliques  rendent  encore  ce  Con- 
uent recommandable.  Entre  autres  il  y  a  vne  Croix 
d'argent  doré  d'vn  pied  &:  demy  de  haut ,  dans  laquelle 
font  les  Reliques  fuiuantes  :  fçauoir,  au  milieu  vn  mor- 
ceau de  lavraye  Croix, &  aux  autres  endroits  vne  épi- 
ne de  la  Couronne  de  noftre  Seigneur,  vn  morceau  du 
faint  Suaire ,  àc  linceul ,  duquel  le  Fils  de  Dieu  fut  enfe- 
uely.  — 

P  VIS  eft  vn  autre  ReHquaire  d'argent  doré  dVn  pied  Leifaintcs 
de  haut ,  reprefentant  l'Image  de  laint  Bonauenture,  Reliques 
laquelle  tient  entre  fes  mains  vn  criftal,  où  eft  enchaf-  œ'con-*" 
fée  la  mandibule  auec  les  dents  de  ce  faint  ôc  célèbre  "^"'^• 
Doâ:eur  de  l'Eghfe. 

Là  eft  encore  vn  Reliquaire  d'argent  doré  d'vn  pied 
de  haut  ,  où  font  trois  olfemens  -,  IVn  de  faint  Lucian, 
l'autre  de  faint  luUen,  Ôcle  troifîéme  de  faint  Maximin, 
tous  trois  Martyrs. 

De  plusj  il  y  avn manteau,  ou  chappe  de  S.  Louys. 

Outre  ces  faintes  Reliques  il  y  a  vn  coffre ,  lequel  eft 
tout  d'iuoire ,  dc  où  font  taillées  diuerfes  hiftoires  de  la 
Vie  6c  PaiTion  de  noftre  Seigneur  ;  il  eft  auffi  orné  &C 
fort  enrichy  d'argent  doré  au  lieu  de  ferremens.  Et 
dans  ce  coffre  font  les  Reliques ,  dont  voicy  les  noms. 


8o  Le   Trésor   des  merveilles 

Des  Cheueux  de  Noftre  Dame  :  des  Reliques  de  faiiue 
Anne:  de  la  Robe  de  la  Vierge  ,&  de  fonCouure-chef: 
du  Tombeau  èc  Sépulcre  de  noftre  Seigneur  :  de  faint 
lacques  ;  vue  tefte  de  l'vn  des  faints  Innocens  :  de  faint 
Paul:  de  S.  Clément  :  de  S.  Benoift  :  des  faintes  Marte 
&C  Magdelene  :  de  faint  Sebaftien  :  de  faint  Didier  :  de 
faint  Maurice  :  de  fainte  Sapience  :  de  la  haire  de  faint 
Yues:  de  l'habit  de  faint  Bernardin:  de  fainte  Geraline, 
Reyne  de  Sicile  :  de  fainte  Emerentianne  :  de  fainte 
Chriftine  :  de  faint  Gilles  Abbé  :  de  faint  Théodore, 
Roy  :  de  faint  Amand  ,  Duc  6c  Martyr  :  &;  de  quelques 
autres  Saints ,  dont  ie  ne  fçay  les  noms. 

Ce  coifre  &c  Reliques  ont  elle  apportez  d'Angleter- 
xcf^  furent  icy  prefentez  au  Roy  Henry  IL  par  vn  Euef- 
que,  fuyant  la  perfecution  des  Hérétiques  dudit  Roy- 
aume :  le  Roy  alors  en  fit  prefent  èc  don  à  noftre  Egli- 
fe.  Et  pour  preuue  que  ce  Reliquaire  vient  d'Angle- 
terre, c'eft  que  les  noms  6c  écriteaux  defdites  Reliques 
font  écrits  en  langue  Angloife. 

Or  quant  audit  Conuent ,  il  n'eft  plus  en  Feftat  que 
faint  Louys  Tauoit  édifié,  le  Roy  François  L  l'ayant  fait 
démolir  pour  y  baftir  la  Cour  du  Cheual  blanc  ,  telle 
qu'elle  fe  void  auiourd'huy  ,  auec  deffein  de  nous  en 
faire  conftruire  vn  autre  plus  magnifique  tout  proche. 
Et  de  fait,  il  commença écacheua  bien vne  autre  Egli- 
fe ,  qui  eft  celle  de  la  fainte  Trinité  de  ce  Chafteau  j  mais 
les  grandes  guerres  qu'il  eut  à  fiipporter  ,  &  la  mort 
qui  preuint  les  faintes  intentions,  le  détournèrent,  dc 
empêchèrent  ce  bon  deffein.  Où  par  fes  Lettres  paten- 
tes ,  données  en  ce  lieu  de  Fontainebleau  au  mois  de 
Décembre, l'an  mille  cinq  cens  vingt  neuf, il  apparoift 
que  ledit  Conuent  eftoit  d'vn  grand  pourpris  ëceften- 
duë  :  car  voicy  comme  il  en  parle  ef dites  Lettres, 
Qu^at tendu  qutlfe  vlatfoit  en  ce  Lteu  pour  le  déduit  de  la 
Chajfe,  ^  c^ue  four  cela  il  efioit  délibéré  d'y  faire  la  plu/part 
du  temps  Ja  demeure  s  fê  que  fiant  en  volonté  d'amplifier  & 
augmenter  ce  Chafieau  ^  pourtant  il  luj  aurait  conuenu pren- 
dre. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE   II.  8i 

dre  &  recouHrer  des  Mintfire  &  Religieux  de  l'Ordre  de  la 
faïnte  Termite  de  ce  Lieu  de  Fontainebleau  y  leur  Logis,  leur 
Jardin  ,  leur  grand  Clos  Je ur  Pré ,  leur  Bftang  &  Viuters, 
auec  la  maijon  du  Châtelain  i  donnant  tour  recompenfe  def- 
dites  héritages  deux  cens  Hures  de  rente  annuelle  &  perpé- 
tuelle, À  prendre  &  receuoirfur.fon  Domaine  &  Seigneurie 
deMoret.  Et  depuis  noftre  demeure  ôcConuentacoû- 
iours  efté  en  vn  grand  logis  où  nous  fommes  encore , 
ioignanc  dVn  colté  le  fofTé  du  ChafteaUj&  de  l'autre  te- 
nant à  la  Cour  duCheual  blanc, par  laquelle  eft  noftre 
entrée  auChafteau,  eftant  noftre  logis  vne  dépendan- 
ce de  cette  Maifon  Royale,  &:  fous  Ton  entretien  ordi- 


naire. 


DV    PAVILLON    DE    SAINT    LOVYS, 

contenant  fa  Chambre  ,  6^  le  Cabinet 
des  Curiofitez. 

Chapitre    V. 

L    Ce  Tauillon  contient  o^ua-  IV.  Hidre  ou  ferpent  à  fepî 


tre  eltages. 

IL  L'Iliade  d'Homère  dépein- 
te en  la  Chambre  de  Jamt 
Loujs. 

IIL  Du  Cabinet  des  Curio- 
fitez^. 


teftes. 

V.  'Portrait  d! 'une  fille  qui  a 
efté  dixhuit  mois  fans  boi- 
re ny  manger, 

VL  image  de  la  Vierge  que 
port  oit  Loujs  X  L 


Près  auoir  traitté  en  gios  cy-defTus 
au  Liure  premier  des  édifices  de  cette 
Maifon  Royale,  i'ay  en  fuitte  commencé 
ce  fécond  par  vne  defcription  en  détail  de 
ces  mefmes  lieux,  donnant  place  premiè- 
rement aux  baftimens  deftinez  pour  le  culte  ôc  feruice 
de  Dieu  5  après  quoy  l'ordre  de  l'antiquité  m'oblige 
maintenant  à  parler  de  celuy-cy. 

Ce  Pauillon  porte  le  nom  de  faint  Louys, parce  que 

L 


Ce  Pauil 
Ion  con- 


8i  Le   Trésor   des  merveilles 

c'a  efté  cet  illuftre  Monarque  qui  l'a  bafty.  Il  eft  bien 
vray  que  fi  l'on  le  conlidere  en  l'eftat  qu'il  eft  auiour- 
d'huy,  il  n'a  plus  rien  de  Ton  antiquité  que  le  nom ,  ayant 
efté  refait  6c  rebafty  par  le  grand  Roy  François  fur  les 
fondemens  de  ce  premier,  à  raifon  dequoyil  en  a  toû- 
iours  porté  ,  &C  porte  encore  auiourd'huy  le  nom.  Et 
pour  plus  grand  témoignage  de  cette  vérité ,  c'eft  quâ 
ledit  Roy  François  reftablillant  ce  Pauillon  y  a  fait  met- 
tre ,  bu  laifTer  exprés  le  Chiffre  de  S.  Louys ,  fçauôir  eft 
vue  grande  L.  qui  paroift  encore  par  le  dehors  dans  la 
Cour  de  la  Fontaine  en  vne  cheminée  de  ce  Pauillon. 

ï~       Ce  corps  de  baftiment  confifte  en  quatre  eftages.  Le 

premier  en  bas ,  où  eft  la  Gardcrobc  du  Roy.  Le  fécond 

tient  qua-  au  dcffus ,  qui  cft  vuc  grande  Chambre  qui  porte  le  nom 

^ges-  jg  fain<5t  Louys.  Le  troifiéme  plus  haut,  &:eft  le  loge- 
ment du  premier  Gentilhomme  delà  Chambre  du  Roy 
qui  eft  en  année.  Et  le  quatrième  compofe  vn  Cabinet 
où  font  diuerfes  curiofitez  5  mais  parce  que  cette  Cham- 
bre &  ce  Cabinet  font  les  pièces  plus  remarquables  de  ce 
Pauillon  ,  ie  me  contenteray  de  traitter  icy  particuliè- 
rement de  l'vn  àc  de  l'autre. 

Quant  à  cette  Chambre  de  S. Louys  elle  eft  fort  belle, 
&;bien ordonnée  j ayant  deux feneftres  qui  fe  regardent 
d'vn  bout  àl'autre.  Vn  lambry  doré  ôifon  platfond  ré- 
gnent tout  autour,dont  les  Salamandres  qui  s'y  voyent 
taillées  deffus,  montrent  affezles  foins  que  François  L 
a  pris  d'embellir  ce  lieu. 

Mais  ce  qu'il  y  a  de  plus  conliderable  font  les  peintures, 
qui  confiftent  en  huit  grands  Tableaux  ornez  de  leurs 
bordures, accompagnées  de  grandes  figures  termes  de 
relief  &:  de  ftuc ,  poiées  fur  vn  fond  d'or,  èc  enrichies  de 
dorures ,  auec  des  petits  enfans  de  mefme  matière ,  lef^ 
quels  tiennent  chacun  vne  cartouche ,  où  en  l'vne  font 
écrits  ces  mots  :  Tartara  qmd  cejfanp.  En  l'autre  ceux-cy; 
Agîturfiirs  ténia  mundi,  La  troifiéme  porte  ces  paroles: 
Non  po/es  muiu  Cerem gêner  ejfe.  Et  la  quatriéme,ôc  der- 
nière :  ^Uganda  non  rapendafuït. 


DE   FONTAINEBLEAV.     LiVRE  IL  83 


Q  R  en  ces  huit  Tableaux  font  reprefentées  quelques     }i- 
hiftoires  ,  6c  principales  adions  de  ce  grand  Héros  de  dHomeîe 
l'Antiquité  Vlifle,  que  le  Prince  des  Poètes  Grecs  a  très-  d'^FJ^'^t'^'-n 
bien  décrites  en  Ton  Iliade ,  dont  les  argumens  &:fuiets  biedefaint 
en  font  tirez  j  &C  que  le  fleur  de  faint  Martin  a  icypar-  ^''^"^'' 
faitement  exprimez  dans  ces  ouurages  de  fon  delfein, 
peints  à  frais  par  Meifere  Nicolo. 

Le  premier  reprefente  comme  Paris  aborde  Hélène, 
&C  les  grandes  fubmilllons  qu'il  luy  fait. 

Le  fécond  Tableau ,  eft  le  rauiffement  de  cette  Prin- 
ce ffe  par  ce  ieune  Prince, 

Le  troifîéme  exprime  les  regrets  6^  les  pleurs  de  Me=- 
nelas, ayant  appris  l'enleuement  d'Helene  fa  femme. 

Dans  le  quatrième  fe  void  comme  Vlille  engagé 
dans  les  amours  de  fa  Pénélope  ,  feint  d'auoir  perdu  le 
fens  &  l'efprit ,  labourant  &C  femant  du  fel  au  lieu  de 
bled  ,  pour  n'ellre  obligé  d'aller  au  fîege  deTroye. 

Le  cinquième  eft  vne  affemblée  des  Princes  Grecs , 
qui  ayans  éleu  Agamemnon  pour  Chef  de  leur  armée 
luy  prefentent  vn  Sceptre  ,  témoignans  par  là  qu'ils  le 
reconnoiflent  pour  tel. 

Dans  le  fîxiéme,  qui  eft  à  l'entrée  de  la  porte ,  eft  vn 
Sacrifice  qu' Vlifle,  &C  les  autres  Princes  Grecs , prefen- 
tent aux  Dieux,  pour  les  auoir  propices  en  leur  voyage 
&C  entreprife. 

Sur  la  cheminée  où  eft  le  feptiéme  Tableau, fe  void 
Thetis,qui  par  l'ordre  de  lupiter  commande  àVulcan 
de  forger  des  armes  pour  Achille  fon  fils. 

Le  huitième  &  dernier  Tableau ,  reprefente  com-   Caichas 
me  Achille  caché  par  fa  mère  au  Palais  de  Lycomede  2 


ayant  fre' 


ijue 


auec  les  filles  de  ceRoy,eftdécouuert  par  la  rufe  d'V-  T-'">y\»s 

\-  n-        \  I  -ri  »  yr  1  11  -rC  poUHOtt    ■ 

lifle  deguile  en  Marchand,  le  reconnoiilant  au  moyen  ejire pnfe 
des  armes,  qu'il  préféra  à  tout  le  refte  de  cette  mar-{^'''^/¥" 
chandife.  four^myU 

Ces  Tableaux  fe  reffentent  vn  peu  des  iniures  du  ^-J^ff^ênt 
temps,  où  l'hiftoire  ne  femble  pas  bien  entrefuiuie  :  ce  cherché  par 
qui  peut  auoir  efté  ainfi  ordonné  pour  accommoder  les 

L   ij 


S4         Le  Trésor  des  merveilles 

fuiets  félon  le  lieu  &  les  places  5  parce  que  de  ces  Ta- 
bleaux les  vns  font  plus  grands  que  les  autres, félon  la 
difpofîtion  de  cette  Chambre. 

III. 


D  F     CABINET 

Curïofiuz^, 


DES 


FRANÇOIS  I.  eft  celuy  qui  adreffé  &  commencé 
ce  Cabinet ,  y  ayant  ramafïé  tout  ce  qu'il  auoit  pu 
trouuer  de  petites  pièces  curieufès ,  comme  médailles 
antiques  ,  argenterie  ,  vafes ,  figures  ,  animaux ,  vefte- 
mens ,  &  ouurages  des  Indes  ÔC  Pays  eftrangers ,  6c  vne 
infinité  de  petites  gentilleifes ,  afin  qu'en  cette  Maifbn 
Royale  il  yeuftde  tout  ce  qui  fe  pouuoit  defirer  de  cu- 
rieux :  comme  i'ay  défia  parlé  du  Cabinet  des  Armes^ 
ÔC  que  cy-apres  ie  traitteray  du  Cabinet  ou  Chambre 
des  Peintures  particulières  ,  des  Antiques ,  àc  de  la  Li- 
brairie. 

Or  ce  Cabinet  eft  par  dedans  en  forme  d'vn  dôme 
quarré ,  où  aux  quatre  coins  par  le  haut  font  quatre 
grands  Tableaux  de  payfages ,  qui  embellilTent  fort  ce 
lieu,  &  que  l'on  tient  eftre  du  fieur  de  faint  Martin. 

Tout  autour  eft  vne  forme  d'armoires  garnies  de 
veloux  verd  ,  qui,ne  fe  ferment  par  deuant  qu'auec  de 
grands  rideaux  de  taffetas  de  melme  couleur: où  voyant 
le  déchet  de  ce  lieu  ,  en  comparaifon  de  ce  qu'il  a  efté 
autrefois  ,  il  faut  en  accufer  en  partie  les  guerres  ciui- 
les ,  qui  ayans  apporté  du  defordre  par  tout ,  ont  efté  la 
caufe  que  l'on  a  diffipé  tout  ce  qu'il  y  auoit  de  plus  ra- 
re, &:  de  plus  curieux. 

Il  s'y  void  encore  quelques  vafes ,  &vaiffelles  depor- 
celaineôc  de  criftal  fort  curieufement  trauaillées ,  auec 
vne  infinité  de  petites  gentilleffes ,  dont  l'on  auoit  fait 
prefent  à  ce  Roy,  &  à  Henry  II.  auec  quelques  ouura- 
ges des  Indes  ,  de  la  Chine  ,  &;  de  Turquie  ,  &:  autres 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE  II.  igj 

curiofitez  de  Cabinet, qui  ne  fe  peuuenc  pas  décrire. 


Entre  autres  chofes  de  remarque, il  y  a  vn  Hidre  du  ,^  Y* 
ferpent  a  iept  teftes  que  i  ayveuôc  manie  pluneurs  fois,  feipenc  à 
lequel  a  enuiron  vn  pied  &  demy  de  long  :  c'eft  celuy  ^""^^  ^^^"' 
dont  parle  Gonradus  Lycoftenes  en  Ton  Traitté  des 
Prodiges, rapporté  par  Pierre Boaiftuan dit  Launay,en 
fes  Hiftoires  Prodigieufes  Chapitre  trente  tr-ôiliéme  j 
où  ledit  Lycoftenes  écrit,  que  cet  animal  monftrueux 
fut  apporté  de  Turquie  embaumé  aux  Vénitiens,  &  ap- 
précié à  fix  mille  ducats ,  duquel  pour  fa  rareté  ,  ils  fi- 
rent prefent  au  grand  Roy  François  de  Valois:  mais  le 
malheur  du  temps ,  ou  le  peu  de  curiofîté  que  l'on  en  a 
eu  depuis  ,  eft  caufe^qUe  les  rats  en  oiit  mangé  les  te- 
ftes ,  n'y  reftant  plus  que  le  corps  &:  les  bouts  des  cols 
qui  fe  reconnoiffent  fort  bien  encore  ,  &;  que  i'ay  cu- 
rieufement  conftderé  j  parce  que  plufieurs  croyent  que 
ce  foient  fables  ce  que  les  Anciens  ont  écrit  des  Hi- 
dres ,  à  raifon  de  ce  que  les  Poètes  ont  feint  touchant 
celuy ,  ou  ferpent  à  fept  teftes  ,  qu'ils  difent  auoir  efté 
terraffé  &;  dompté  par  Hercule  ,  dont  il  renaiffoit  vne 
nouuelle  tefte  autant  que  ce  Héros  de  l'antiquité  en 

coupoit. 

E  N  ce  mefme  Cabinet  eft  le  portrait  d'vne  fille  qui      v. 
fut  dix-huit  mois  fans  boire  ny  manger  ,  dont  les  vers  dvne  fiTk 
fuiuans  font  la  defcription.  '  ^"^  ^  «^^ 

Ora ,  manm^  hahitum  c émis  fi  forte  labores^  mois  fans 

Nofie  folum  patrU ,  Spïrica  'ViUa  Rodum.  ^^'^  ^J 


Forte  meumfi  quis  percontabitur  Auum , 
In  curfu  mejfem  ter  quater  ejfe  fcias , 

Vicenos  menfes^  mirumj  necpafla ,  nec  illa 
T empare  deme  duosfota  Uquorefm, 


I'ay  mémoire  qu'il  y  a  enuiron  vingt  ans  que  l'on  m'y    vi. 
montra  vne  petite  Image  de  plomb  reprefentant  laîf^j^rgc 
Vierse  ,  que  l'on  tenoit  eftre  la  mefine  que  Louys  XL  queportoic 

&.     '  ^,.        .  s   r  I  11  11  LouysXI, 

portoit  ordmauement  a  Ion  chapeau,  de  laquelle  pat- 
4e  Philippe  de  Commines  au  Liure  fécond  de  fes  Mé- 
moires Chapitre  8.  ÔC  de  fait  i  ay  ouy  dire  à  plufieUrs 

L  iij 


86  Le  Trésor  des  Merveilles 

Anciens  de  ce  lieu, qu'ils  auoient  appris  que  c'eftoit  la 
mefme  :mais  retournant  voir  ce  Cabinet  depuis  peu  ie 
l'y  ay  cherché  ,  ôc  ne  Tay  pu  trouuer  5  ce  qui  me  fait 
croire  que  comme  elle  eftoit  petite  enuiron  la  lon- 
gueur d'vn  doigt ,  elle  peut  eftre  égarée  :  elle  eftoit 
alors  attachée  au  veloux  de  ces  Armoires.  Il  fe  peut 
faire  aufTi  que  depuis  ceux  qui  ne  fçauoient  ce  que  c'e- 
ftoit, la  voyans  de  plomb  &  de  peu  de  prix  en  fa  matiè- 
re, ne  layent  oftécjnelacroyans  pas  de  coniideration. 


DE    LA    GALLERIE    DE    FRANÇOIS  h 

autrement  dite  la  petite  Gailerie  ,  atiec  la 
defcription  de  (^cs  Tableaux  ,  èc 
Emblèmes. 

Chapitre    VL 


/.  Qmtorz^e  grands  ta- 
bleaux auec  de  riches  bor- 
dures ornent  cette  GaUerie. 

IL  Emblème  >  far  leqml  Je 
'uoid  le  foin  qua  fris  le 
Roy  François  J.  four  les 
Sciences  &  les  Arts. 

lîl.  Autre  Emblème  touchant 


encore  le  grand  Roy  Fran* 
pis. 

IV.  Pieté  mémorable  de  de 6^ 
bis  &  deRiton. 

V.  La 'vie  &  faits  memora' 
blés  de  François  I.  repre" 
fentez^fom  diuerfes  hifoi- 
res  &  fictions. 


O  VT  le  corps  de  cet  édifice  confifte  en 
trois  eftages.  Lepremierpar  bas ,  qui  con- 
tient les  Bains ,  les  Eftuues ,  diuerfes  Sal- 
les ,  &  entre  autres  celle  dite  de  la  Con- 
férence. Le  fécond  eft  cette  GaUerie  de 
laquelle  il  eft  parlé  icy.  Et  le  troifîéme  ,  eft  le  Heu  où 
eftoit  autrefois  la  Librairie  ;  tout  lequel  baftiment  a  efté 
fait  par  le  grandRoy  François.  Il  faut  traitter  premiè- 
rement de  cette  GaUerie,  parce  que  c'eftvne  des  pièces 
plus  remarquables  de  ce  Chafteau ,  pour  dire  quelque- 
chofe  en  fuitte  des  deux  autres  eftages. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE   IL  87 

Cette  Gallerie  porte  le  nom  de  François  L  ou  parce 
qu'il  Ta  fait  édifier  &c  orner,  ou  bien  d'autant  que  là  en 
plufieurs  endroits  paroit  fbn  portrait  en  relief  à  demy 
corps  fur  laportedupetit  Cabinet,  bailleurs;  &:quelà 
encore  par  tout  fe  voyent  fa  Deuife  &:  fon  Chiffre  :  &: 
pour  autres  raifons  que  ie  toucherayà  lafinde  ce  Cha- 
pitre. L'on  l'appelle  auffi  la  petite  Gallerie  à  la  dillin- 
(Stion  de  la  grande  ,  qu'il  fit  bafliir  le  long  de  la  Cour  du 
Cheual  blanc. 

Quant  àcelle-cy,  elle  tient  dVne  part  à  ladite  Cour 
où  eft  fa  principale  entrée  par  le  grand  EfcaHer  5  &  de 
l'autre  bout  elle  fe  termine  au  département  du  Roy,la- 
quelle  a  trente  toifes  de  long,  6c  trois  de  large  j  &;  re- 
garde d'vn  collé  auMidy  fur  la  Cour  de  la  Fontaine  ^  ôc 
de  l'autre  dans  le  lardin  de  la  Reyne  au  Septentrion. 
C'eft  vn  des  premiers  ouurages  de  François  L  princi- 
palement quant  aux  peintures  qui  s'y  voyent,  lefquel- 
les  font  du  fieur  Rouife  Peintre  fort  renommé  de  fon 
temps. 

Les  ornemens  &enrichiffemens  de  cette  Gallerie,con- 
fiftent  en  vn  beau  èc  grand  platfond  dore ,  compofé  de 
plufieurs  compartimens,  dVn  parterre  fait  à  parquets, 
èc  d'vn  lambry  orné  de  cartouches  ,  où  font  les  armes 
de  France  èc  des  Salamandres^  auec  des  trophées  diuers, 
des  ba(fes  tailles ,  &  ces  mots  Latins  :  Franctjcus  Fran- 
corum  Rex. 

L  A  entre  les  tremeaux  des  feUeftres  ,  où  pofent  les       i. 
poutres  ôc  le  platfond,  font  quatorze  Tableaux  de  huit  3^x1- 
pieds  de  haut ,  d>C  dix-huit  de  large  ,  y  comprenant  les  bieauxaueo 
bordures  &:ornemens,  lefquels  reprefentent  diuers  fu-  bordure? 
iets  d'hiiloires  ,  d'emblèmes  ,  dc  de  fixions  poétiques  ;  °'"""  "^* 

r  -T-    1  1  •    1   •      1      1  II  ,     te  Gallerie. 

&  lont  tous  ces  Tableaux  enrichis  de  leurs  bordures  de 
ftuc,auec  diuerfes  figures  de  relief  &  de  baffe  taille,  qui 
ornent  merueilleufement  ce  lieu:&  parce  que  comme 
i'ay  défia  dit,  ce  font  fiiiets  differensqui  n'ont  point  de 
fuite  ,  c'eft  pourquoy  i'ay  creu  eftre  à  propos  de  com- 
mencer la  defcription  de  ces  Tableaux  par  celuyqui  eft 


88  Le  Trésor  des  merveilles 

le  premier  ciucofté  de  la  Cour  de  la  Fontaine  ^  à  rentrée 
aui  vient  du  grand  Efcalier. 
IL  En  celuy-cy  ,  qui  eft  vn  Emblème  ,  font  plufieurs 

pineTuei  hoi^'iiT-^cs  &c  femmes  qui  ont  les  yeux  bandez ,  6c  dont 
levoid  le  quelques-vns  fe  conduifent  auec  vn  ballon  comme  des 
pn"  Fràn-  aueugles ,  &  femblent  aller  vers  vn  Temple  ,  à  Tentrée 
çoisi.poiu  (i^q^<;l  eil;  le  grand  Roy  François,  ayant  vne  couronne 
ces  &  ks    de  laurier  fur  la  tefte ,  vn  liure  fous  vn  bras,  &  vne  épée 
^."^'        en  main  ,  témoignant  vouloir  ouurir  la  porte  de  ce 
Temple  pour  y  conduire  ,  &  faire  entrer  ces  aueugles. 
Où  par  cet  Emblème  l'on  peut  voir  le  foin  qu'a  pris  cet 
illuiîre  Monarque  à  chafler  l'aueuglement  de  l'igno- 
rance qui  eiloit  de  fontemps,&C  donner  entrée  au  Tem- 
ple desivlufes  pour  cultiuer  les  Sciences  èc  les  Arts. 

Et  de  vray  c'ell  luy  qu'à  bon  droit  plufieurs  célèbres 
Efcriuains  appellent  le  Père  &:Rellaurateur  des  Scien- 
ces d>C  des  bonnes  Lettres  ,  ayant  exprés  fait  venir  en 
France  de  tous  les  endroits  du  monde, les  plus  fçauans 
hommes  en  toute  forte  d'Arts  dc  de  Sciences  qu'il  y  eut 
pour  lors ,  aufquels  il  donna  des  gages  dc  de  riches  ap- 
profeffetm  pointemens  :  dont  nous  font  foy  les  Chaires  Royales  &: 
Roymx,     publiqucs ,  qu'il  a  fondées  l'an  15-30.  en  la  célèbre  Vni- 
{'n^-ime^ h  uerfîté  de  Paris ,  pour  la  Philofophie ,  pour  la  Medeci- 
Gncbrar°  ^^^  >  P^^^  Ics  Mathcmatiqucs ,  &:pour  des  Profefleurs  es 
in  chro-   Langues  faintes ,  Hébraïque,  Chaldaïque,  ô^  Arabique, 
no.og.       ^  pour  les  Grecque  &:Latine. 

l'eftois  en  volonté  de  ne  faire  qu'vne  defcription  gé- 
nérale de  toutes  les  bordures  &  enrichilfemens  de  cts 
Tableaux,  mais  i'ay  efté  confeilié  de  traitter  de  celles-cy 
en  particulier,  fur  ce  que  elles  font  toutes  diuerfes,  &; 
accompagnées  de  fort  rares  ,  &  des  plus  beaux  orne- 
mens  qui  fe  puillent  voir  j  le  tout  de  ifuc  &;  de  relief; 
qui  ont  vn  grand  rapport  aux  luiets  contenus  en  ces 
Tableaux.  Et  quant  à  celles  du  premier  Tableau  ,  elle 
ell  compofée  d'vne  Salamandre  d'or  ,  qui  eft  au  haut 
dans  vne  petite  architeélure  j  au  bas  eft  vn  cuir,  où  eft 
vne  balfe  taille  accompagnée  de  feftonsj  &;  aux  coftez 

dé 


i> 


III. 


DE  FONTAINEBLEAV.     LiVRE  IL  89 

de  cette  bordure  font  deux  grandes  figures  de  Satyres 
en  relief  auec  des  petits  enfans  :  le  tout  fur  vn  fond 
d'or,  où  font  quelques  autres  figures  de  femmes,  &C  d'a- 
nimaux. 

Au  fécond  Tableau  eft  encore  reprefente  le  mefme 
Roy  armé  ,  ÔC  tout  de  bout  au  milieu  d'vne  Salle,  te- 
nant vne  grenade  en  main  que  luy  prefente  vn  enfant 
à  genoux  à  fes  pieds  3  ôc  eft  ce  Prince  accompagné  de 
quantité  de  perfonnes,les  vns  vieillards, &  comme  des 
Sénateurs  ,  les  autres  reprefentans  des  Capitaines  d>C 
Soldats*  Ce  qui  eft  pareillement  vn  Emblème  en  fuite  »       ^ 

1  r  Autre  Em- 

du  précèdent ,  par  lequel  l'on  peut  entendre  que  fi  toft  bieme  tou- 
que ce  Roy  fut  éleué  à  la  Couronne,  &  eut  pris  le  ma-  cor^ie"' 
niement  des  affaires  de  cet  Eftat.fon  delfein  ne  fut  pas  P'"^  ^°y 

y-      ,  1         1       Y'       15  1  1      13-  1     François. 

leulement  de  chailer  i  aueuglement  de  1  ignorance  de 
fon  Royaume  ,  mais  encore  y  eftablit  vn  bon  ordre  èC 
police  ,  foit  aux  chofes  ciuiles ,  ou  foit  au  gouuerne- 
ment  de  la  guerre  :  voulant  fignifier  de  plus  par  cette 
grenade  ,  que  tandis  que  tous  fes  fuiets  demeureroienc 
bien  vnis  enfemble ,  &  auec  fa  Maiefté  ,  comme  les 
grains  de  ce  fruit ,  tout  ce  Royaume  iroit  fleuriffant. 

Sa  bordure  eft  comme  la  précédente  ,  &  toutes  les 
autres  qui  fuiuent ,  auec  leurs  ornemens  ,  pofez  fiir  vix 
grand  fond  d'or  j  où  à  fes  deux  coftez  font  deux  gran- 
des ouales  remplies  de  peintures  ,  ôi  ornées  de  figures 
de  relief,  auec  des  teftes  de  Lions  qui  fouftiennent  de 
grands  feftons  ,  &  vne  Salamandre  d'or  qui  eft  tout  au 
deffus  de  la  bordure ,  àc  quelques  autres  petits  enrichif» , 
femens. 

Dans  le  troifiéme  Tableau  qui  fuit  les  precedens>     ly. 
fe  voyentCleobis,  &Biton,deux  frères,  qui  traifnent  morabkîo 
dans  vn  chariot  leur  mère  ,  vieille  à  l'extrémité  ,  allant  9^°.^'^  ^ 
facrifier  au  Temple  de  Iunon,pour  caufe  d'vne  grande 
mortalité  qui  eftoit  au  pays  5  &  en  reconnoiffance  de  la  P^tf^'^q^e 
pieté  de  fes  deux  enfans ,  elle  prie  laDeefte  de  leur  don-  soUn. 
ner  la  meilleure  chofe  &  plus  fouhaittable  qui  foit  au 
monde  j  laquelle  aufti  toft  ieur  enuôya  la  mort. 

M 


9Ô  Le  Trésor  des  merveilles 

La  bordure  de  ce  Tableau  eft  pofée  fiir  vne  grande 
ouale  accompagnée  de  deux  chiens  de  relief,  dans  la- 
quelle eft  vne  balTe  taille  reprefentant  la  pieté  Ro- 
maine ',  autrement  cette  *Dame  qui  allaita  de  Tes  ma- 
melles fon  père  détenu  en  prironj&:  condamné  à  mou- 
rir de  faim.  Aux  deux  collez  de  la  bordure  font  deux 
grands  ronds  ,  &C  des  figures  en  termes  y  le  tout  de  re- 
lief auec  les  Chiffres ,  àc  la  Deuife  du  Roy* 

Le  quatrième  Tableau  figure  Danaé  auec  vne  pluye 
d'or. 

Sa  bordure  eft  vne  grande  ouale ,  où  à  chaque  cofté 
font  trois  femmes  en  terme  de  reUef ,  qui  fouftiennent 
vn  grand  pannier  de  fruits ,  &C  autour  font  des  enfans 
^  peints  fur  vn  fond  d'or ,  qui  tiennent  des  Hures ,  èc  des 
inftrumens  de  Mufique  ,  dont  ils  femblent  compofer 
vn  concert  harmonieux. 

Se  void  au  cinquième  Tableau  Adonis  mourant , 
affifté  des  Grâces  ,  de  petits  Amours ,  &C  de  Venus  qui 
paroit  au  deffus  dans  fon  chariot  tiré  par  deux  colom- 
bes ,  laquelle  femble  defefperée  ,  fe  tirant  les  cheuéUx, 
ôc  fondant  en  larmes  de  regret  de  cette  mort. 

En  la  bordure  de  ce  Tableau  font  deux  quadres  de 
part  de  d'autre  ,  auec  quatre  enfans  de  relief  -,  èc  au 
deffus  font  des  figures  grandes  comme  le  naturel  pein- 
tes fur  vn  fond  d'or  ;  d>C  plus  bas  des  enfans  auec  plu- 
fieurs  chariots  en  baffe  taille  ,  reprcfentans  les  ieux 
Olympiques. 

Pour  ce  qui  eft  du  fixiéme  Tableau,  l'on  le  prend  or- 
dinairement pour  la  Fontaine  de  îuuance,  parce  que  là 
font  peints  diuers  vieillards d'vn  aage  décrépite, hom- 
mes &:  femmes,  fe  conduifans  auec  des  bâtons  ,&:  d'au- 
tres qui  s'eftans  plongez  dans  cette  Fontaine  ,  repren- 
nent nouuelles  forces  ,  &C  femblent  recouurer  la  grâce 
àc  l'embonpoint  de  leur  première  ieuneffe.  Où  par  le 
ferpent  qui  s'eflcue  de  cette  Fontaine  ,  peut  bien  eftre 
reprefenté  Efculape  Dieu  de  la  Médecine ,  que  les  An- 
ciens ont  alfez  fouuent  figuré  par  vn  ferpent. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE   II.  91 

La  bordure  de  ce  Tableau  eft  fouilenuë  de  deux 
chiens ,  auec  deux  grands  ronds  ornez  de  fêlions  &:  de 
mafques  ,  &C  fouftenus  par  deux  enfans  5  le  tout  de  re- 
lief ,&:  diuers  petits  enfans  au  dejGTus  fur  vn  fond  d'or. 

Le  feptiéme  reprefente  le  combat  entre  les  Lapi- 
thés  èc  les  Centaures ,  quand  ceux-cy  épris  de  vin  au 
banquet  èc  nopces  de  Pirythous  auec  Hipodame  ,  ils 
voulurent  rauir  &c  forcer  cette  Dame. 

Les  enrichiffemens  de  la  bordure  de  ce  Tableau  font 
tels  :  il  y  a  deux  enfans  au  defîus ,  qui  tiennent  dans  vn 
linge  vne  Salamandre  d'or  :  au  bas  eil  vne  cartouche 
auec  des  mafques  j&  aux  deux  coftez  font  deux  termes, 
qui  portent  laDeuife  ô^  le  Chiffre  du  Roy  François  :  &; 
font  ces  termes  fouftenus  par  deux  enfans  aillez  ,  auec 
diuers  autres  enrichiffemens. 

Le  huitième  enfuiuant  commence  du  cofté  du  lar- 
dinde  laReyne, c'eft  vne  Venus  chaftiant  l'Amour  d'a- 
uoir  abandonné  Pfiché. 

Sa  bordure  eft  ornée  comme  les  autres  3  au  bas  eftvn 
quadre  d'vnpied  de  diamètre ,  dans  lequel  ceChafteau 
de  Fontainebleau  fe  void  dépeint  en  petit.  Aux  deux 
coftez  de  cette  bordure  font  deux  fort  grandes  figures 
de  boffe,d'homme  ôc  de  femme  affifes,  qui  fouitiennent 
deux  cuirs  où  font  diuers  ornemens,  accompagnez  de 
quatre  enfans  :  &  fous  ces  deux  grandes  figures  font 
deux  cartouches  ,  où  fe  voyent  peints  deux  combats  -, 
IVn  par  terre  ,  èc  l'autre  par  mer  3  &C  tout  au  deffus  eft 
vne  Salamandre  ,  Sc  quelques  petits  mafques  peints  à 
fonds  d'or. 

Le  neufiéme  Tableau  eft  Chiron  le  Centaure  qui  in- 
ftruit  Achille  en  diuers  exercices ,  comme  à  tirer  èc  fai- 
re des  armes,  à  courre  èc  rompre  au  faquin,  &  à  nager. 

Aux  deux  coftez  de  la  bordure  font  peints  deux  fi- 
gures d'hommes  grands  comme  nature  ,  lefquels  font 
attachez  à  deux  arbres.  Là  font  auffi  de  petits  enfans, 
èc  diuerlîté  de  crotefques. 

Le  dixième  reprefente  vn  naufrage  dans  vne  nuit 

^  M    ij 


9z  Le  Trésor  des  Merveilles 

fombre ,  où  font  diuerfes  perfomies  en  adion  de  defef" 
pelées  ;  &:  eft  ce  Tableau  fort  eftimé  entre  les  autres. 

Sa  bordure  eft  enrichie  de  part  &  d'autre  déniches, 
accompagnées  de  quatre  petits  enfans  aidez  de  reUef , 
&C  d'autres  peints  à  fond  d'or  ,  auec  vne  Salamandre 
dans  vne  cartouche  :  en  l'amortifTement  ÔC  tout  au  bas 
eft  vn  Neptune  &C  vneNaiade. 

Au  milieu  de  cette  Gallerie  eft  vn  petit  Cabinet  de 
mefme  cofté  du  lardin,  où  eft  vn  Tableau,  qui  fait  l'on- 
zième ,  dans  lequel  fe  void  la  fable  de  Semelle  brullée 
du  feu  de  lupiter ,  pour  l'auoir  voulu  voir  en  l'éclat  de 
fa  Maiefté  celefte. 

La  bordure  de  ce  Tableau  eft  en  ouale  ,  au  bas  font 
des  figures  de  femmes  couchées,  accompagnées  de  p^ 
tits  enfans  j  ÔC  tout  au  haut  de  cette  bordure  il  y  en  a 
d'autres  tenans  vn  F  couronnée  ,  le  tout  de  relief. 

En  ce  mefme  Cabinet  eft  vne  cheminée  fort  enri- 
chie de  figures  ,  les  vnes  de  relief,  les  autres  en  baffe 
taille ,  auec  diuerfes  morefques  &c  crotefqueSé 

Et  tout  au  deffus  de  l'entrée  de  ce  Cabinet  eft  vn 
grand  bufte  de  relief,  reprefentant  le  portrait  à  dcmy 
corps  du  grand  Roy  François  porté  par  diuerfes  teftes 
de  Chérubins  j  ôc  aux  coftez  il  y  a  deux  Anges  qui  tien- 
nent chacun  laDeuife  de  ce  Prince.  Outre  que  de  part 
&;  d'autre  font  deux  grandes  figures  peintes  fur  vn  fond 
d'or,rvne  reprefentantlaViâ:oire,&:  l'autre  la  Renom- 
mée ,  auec  pareils  embelliffemens. 

Au  douzième  Tableau  fuiuant ,  eft  figuré  la  ruine  &C 
embrafementde  Troye  la  grande,  oùparoitEnée  porr 
tant  fon  pcre  Anchife  fur  fes  épaules  ,  &;  vn  autre  (a 
mère ,  auec  le  petit  Afcagne  qui  emporte  vn  chien, ôc 
d'autres  enfans  chargez  de  petites  bagatelles  puériles, 
qu'ils  tafchent  de  fauuer  de  cet  incendie. 

Aux  deux  coftez  delà  bordure  font  deux  niches  rem- 
plies de  deux  grandes  figures ,  auec  deux  termes  de  part 
6c  d'autre  j  où  au  deffus  de  chacune  niche  font  quatre 
enfans  pofez  fur  des  feftons ,  dont  les  vns  tiennent  vne 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE    IL  95 

cartouche  où  eft  vne  Salamandre  dor  auec  des  FF 
couronnées  j&:  tout  au  defTus  de  la  bordure  eft  vne  au- 
tre cartouche  appuyée  de  deux  grands  mafques  de  re- 
lief, &;  là  eft  dépeint  vne  ruine  de  baftiment. 

Se  void  au  treizième  Tableau  comme  vn  triomphe 
reprefenté  par  V4i  Eléphant  auec  vne  Cicogne  à  fes 
pieds  :  ce  que  plulieurs  eftiment  eftre  vn  Emblème,  re- 
prefentant  quelques  vidoires  de  François  I. 

Les  ornemens  de  la  bordure  de  ce  Tableau  confî- 
ftent  en  deux  grandes  figures  peintes  à  fond  d'or  de 
chaque  cofté  ,  IVne  reprefentant  le  rauiftement  d'Eu- 
rope par  lupiter  fous  la  figure  d'vn  Taureau ,  &c  l'autre 
vn  Neptune  fous  la  forme  d'vn  cheual  marin  qui  enle- 
ue  Amphitrite  j  il  y  a  au  defTus  deux  figures  de  rehef, 
qui  tiennent  d'vne  main  des  feftons  où  font  attachez 
les  Chiffres  du  Roy  :  &;  entre  ces  figures  eft  vne  Sala- 
mandre auec  quelques  autres  embelliffemens. 
Dans  le  quatorzième  &  dernier  Tableau  fe  void  l'ap- 
.  pareil  d'vn  célèbre  Sacrifice  ,  dont  la  bordure  eft  enri- 
chie de  part  &:  d'autre  de  grandes  figures  de  relief  po- 
fées  entre  deux  colomnes,  qui  forment  encore  vne  ma- 
nière de  Sacrifice  ,  l'vn  d Vn  taureau  ,  &c  l'autre  d'vn 
mouton  :  où  au  deffous  font  des  enfans  qui  tiennent 
des  cornets ,  dont  ils  fonnent  vne  danfe  de  Nimphes 
qui  paroiflent  plus  bas  :  èc  tout  au  defTus  eft  vne  Sala- 
mandre dans  vne  cartouche. 

Il  y  a  de  l'apparence  ,  &C  c'eft  l'opinion  de  plufieurs, 
que  le  fîeur  RoufTe  qui  a  deftiné  èc  ordonne  tous  les 
Tableaux  &;  ornemens  de  cette  Gallerie  j  comme  il 
eftoit  non  feulement  fçauant  èc  intelligent  en  l'Art  de 
Peinture  ,  mais  aufil  bien  verfé  es  Sciences  humaines,      v. 
a  voulu  reprefenter  par  les  diuerfes  hiftoires ,  &c  fuiets  ^ttJ  mc-^ 
de  ces  Tableaux  ,  les  a6tions  principales  de  la  vie  du  morabies 
grand  Roy  François,  telle  qu  eftoit  fon  inclination  aux  çoisL^y 
Sciences  ôcaux  Arts ,  fa  pieté ,  fon  courage,  fon  adref-  ^«^=""2 
fe ,  fes  amours ,  fes  victoires  5  notamment  la  bataille  de  fes  hifto:- 
Cerifoles  exprimée  par  le  combat  des  Lapithes,  Com-  ^f  '  ^ 

M  iij 


tjons- 


94  Le   Trésor  des  merveilles 

me  auffi  l'on  croit  eftre  reprefentées  fes  difgraces  par  ce 
Tableau  où  eft  figuré  vn  naufrage  j  &  le  tout  bien  à 
propos  &C  par  modeftie ,  figuré  par  emblèmes  ,  Ôc  fous 
ces  fidions  des  anciens  Poètes, 


DES   ESTVVES  ,  DES    BAINS,  DE    LA 

Salle  de  la  Conférence  ,  &;  de  la  Librairie  :  où  fe 

voyent  plufieurs  Tableaux  ,  contenans 

diuerfes  fidions  Poétiques. 

Chapitre    VIL 

L    Dïuers  &  fmgulïers  ou- 1      uiennent  aux  lieux, 
urages  de  François  1.  ren-Vlll.SaUede  la  Conférence  en^ 


dent  ja  mémoire  immor- 
telle, 
IL  Plufieurs  &  diuers  Ta^ 
bleaux  dont  les  fiiiets  con- 


rkhiefous  Henry  le  Grand, 
IV.  La  Bibliothèque  ^  &  U 
caufè  de  Jon  tranfport  à 
Paru. 


I  les  Maufolces  &  les  Pyramides  baftiès 
en  l'honneur  des  Princes  combattent  en 
leur  faueur  contre  l'oubly  pour  perpétuer 
à  iamais  la  gloire  de  leur  nom  ,  il  faut 
aduoUer  que  celle  de  François  I.  durera 
autant  que  le  monde,  puis  qu'vn  bon  nombre  de  Mau- 
folées  ôc  de  Pyramides  ,  ie  veux  dire  de  marques  glo^ 
t.      rieufes  de  (es  magnificences ,  rendent  fa  loUange  im- 
mortelle*. Nous  en  auons  défia  veucy-deuant  des  preu- 
ues  fignalées ,  6c  ce  Chapitre  nous  en  fournira  encore 
çois7^1cn-  de  mémorables.  Ce  grand  Roy ,  qu  vne  gentilleffe  d'ef- 
deacfame-  pj-.j-  animoit  auffî  bien  aux  chofes  curieufes  ,  comme 

moire  im-     i.  i  •  i 

mortelle,  lon  cœdr  gcnercux  le  portoit  aux  exploits  héroïques, 
recherchant  les  moyens  de  rendre  accomphe  cette  Mai- 
fon  Royale,  n'oublia  rien  de  tout  ce  qui  iapouuoit fai- 
re 6c  plaifante  ,  &:  vtile.  Confîderant  donc  que  des 
Eftuues  ,  des  Bains  ,  ôi  vne  Librairie  ,  n'y  feroient  pas 


Diuets  & 

finguliers 
ouuiagcs 
de  Fraii 


DE    FONTAÎNEBLEAV.      LIVRE  ÎI.  9| 

moins  agréables  que  neceflaires  ,  ce  fut  ce  qui  l'incita 
à  drelTer  magnifiquement  toutes  ces  chofes  en  ce  Lieu 
Royal. 

Et  pour  ce  qui  eft  de  ces  Efluues  &c  de  ces  Bains ,  el- 
les conliflent  en  plufîeurs  Salles  baffes  ,  lefquelles  font 
au  dcllous  de  la  petite  Gallerie ,  dont  la  difpolîtion  eft 
telle.  Il  y  avn  Cabinet  voûté  enrichy  de  plufieurs  baf- 
fes tailles ,  &c  de  peintures  j  &;  fert  ce  Cabinet  d'Eftuues 
chaudes ,  que  l'on  échauffe  au  moyen  d'vn  grand  four- 
neau fort  bien  pratiqué ,  qui  exhale  fa  chaleur  par  cer- 
tains petits  fouipiraux  qui  font  au  paué. 

Tout  ioignant  eft  vne  Salle  voûtée  qui  fert  encore  d'E- 
ftuues  ,&:  là  par  l'inuention  d'vne  grande  cuue  d'airain 
qui  eft  cachée  à  cofté  où  eft  le  fourneau  j  l'on  tire  de 
l'eau  chaude  ou  tiède  ,  telle  qu'il  en  eft  befoin.  Cette 
Salle  eft  fort  enrichie  de  diuerfes  peintures ,  de  moref^ 
ques,  crotefques,  ôc  arabefques,  &de  plufîeurs  baffes 
tailles ,  qui  rendent  ce  lieu  fort  délicieux ,  &  agréable* 
Suit  vne  autre  Salle  où  eft  le  Bain  au  milieu,  qui  eft 
vn  baffn'i  de  trois  pieds  ôc  demy  de  profondeur  ,  qua- 
torze de  longueur  ,  &  dix  de  large  ,  enuironné  d'vne 
baluftrade  ,  où  l'eau  defcend  par  vn  tuyau  de  bronze 
qui  vient  de  ladite  Cuue.  La  Salle  de  ce  Bain  eft  belle  "^ 
&;  bien  peinte  ,  où  fe  voyent  en  fa  voûte  plufîeurs  fi-  Diuers  Ta- 
gures,  reprefentans  diuerfes  fîdionsdes  Anciens.  Au-  dondesfu^ 
tour  de  cette  Salle  font  cinq  erands  Tableaux,  dont  les  ^"^  ^°"- 

^   .  .  I-  •        r  uiennent 

luiets  conuiennent  au  lieu  j  car  au  premier  font  repre-  auxiieux. 
fentez  les  Dieux  des  eaux  ,  Neptune,  Triton  ,  &;  plu- 
fîeurs Nimphes  èc  Diuinitez  ,  que  les  Poètes  feignent 
prcfîder  fur  cet  Elément.  Aux  autres  fe  voyent  les 
amours  de  lupiter  àc  de  Califto  -,  dc  font  ces  peintures 
du  fîeur  duPerat  Peintre  François ,  qui  a  efté  autrefois 
en  eftime» 

Il  y  a  en  après  de  fuite  vne  troifîéme  Salle,  ornée  de 
quatre  grands  Tableaux, qui  figurent  des  ruines  de  ba- 
iîimens  j  où  fur  la  cheminée  eft  vn  autre  Tableau  re- 
prefentanc  Leda  accompagnée  de  lupitcr ,  fous  la  figure  udA^l^ 


^6         Le   Trésor   des  merveilles 

uem  cygno  ^y^  Cyenc.    Puis  fur  vne  des  portes  eft  vn  Tableau 
renttm!     d'Hcrculc ,  doiit  la  bordure  elt  enrichie  de  vafes ,  de  fe- 
^""t'à^   ftoiis,  &:  de  mafques  jle  tout  de  ftuc  &:  de  relief. 
lenaeadiv     Et  lur  iautte  eft  vnMercurele  coutelas  en  vne  main, 
n  em.  <     ^  j^  tz^ç,  d' Atgus  en  l'autre.   Sa  bordure  eft  pareille- 
ment embellie  d'ouales ,  de  feftons  ,  &  de  mafques  de 
mefme  matière  ,  ôc  de  relief  comme  la  précédente  :  ôC 
au  deifus  de  ce  Tableau  font  écrits  ces  mots',  Henricus 
Quartus  GaÏÏiarum  Cajar  Auguftipmus  reftaurauit.  Par 
où.  il  appert  que  c'a  efté  Henry  le  Grand  ,  lequel  a  or- 
né bc  reparé  cette  Salle',  comme  il  apparoit  encore  par 
^cs  ChiftVeôiDeuife  qui  s'yvoyent. 

En  la  quatrième  Salle  fuiuante  eft  vne  cheminée  en- 
richie de  marbre  ,  &  de  quelques  mafques  ,  feftons ,  6^: 
autres  femblables  ornemens,  où  eft  vn  Tableau  qui  re- 
prefente  Cephale  ôC  l'Aurore.  Plus  font  quatre  autres 
Tableaux  de  payfages.  Là  encore  ftir  l'vne  des  portes 
eft  vn  Tableau  de  ludith  ,  dont  la  bordure  eft  accom- 
pagnée de  plufieurs  figures  de  relief  :  &  fur  l'autre  eft 
vn  Portrait  de  S.  lean  Baptifte  au  Defcrt ,  où  eft  vne 
bordure  ornée  pareillement  de  petits  enfans ,  de  car- 

couches,  6c  des  Chiffres  d'Henry  le  Grand. 

1 1 L         Vne  cinquième  Salle  finit  ce  département ,  laquel- 
hïlnfe-  ^^  ^^  plein  pied  fuit  les  précédentes ,  èc  qui  porte  main- 
lence  fort  tenant  le  nom  de  Salle  de  la  Conférence  ,  depuis  celle 
fousHimy  ^^  Y  ^ut  tcnuë  par  l'ordre  du  feu  Roy  ,  entre  Mon- 
k Grand,    lieur  le  Cardinal  du  Perron  ,  pour  lors  Euefque  d'E- 
ureux,  &  le  fieur  du  Pleffis Mornay.  Cette  Salie  aplu- 
■fleurs  pièces  remarquables  ,  entre  autres  vne  Table  de 
porphire  de  fix  pieds  de  long  ,  bc  enuiron  trois  de  lar- 
ge.   Puis  s  Y  void  vn  lambry  qui  règne  tout  autour  de 
cette  Salle  ,  lequel  eft  curieufement  trauaillé  ,  &:  fon 
platfond  jle  tout  par  parquets  de  plufieurs  bois  de  mar- 
queterie ,  les  vns  en  onde ,  les  autres  d'vne  autre  façon, 
ou  font  vne  infinité  de  pièces  rapportées  de  petits  mor- 
ceaux de  bois  artiftement  appliquez  ,  6c  qui  eft  d'vn 
long  trauail  ^  ôc  tres-curieux. 

Outre 


DE   FONTAINEBEEAV.     LlV^E  II.  97 

;  Outre  ces  chafes  il  y  a  encore  douze  Tableaux  qui 
cmbellillenc  fort  cette  Salle.  Le  pxeniier  eilie  rauilîe-^ 
ment  de  Proferpine.  ,.'.•/.     j 

Le  deuxième  reprefente  la  guerre  de's  <jeans  contre 
les  Dieux,  lorsque  ces  téméraires  entreprenans  d'efca- 
lader  le  Ciel  en  amoncelant  montagne  fur  montagne  . 
ils'fe  veirent  foudroyez  par  lupiter.  Où  entre  chacun 
de  ces  Tableaux  &  leurs  bordures  ,  font  de  petits  en- 
fans  de  relief  de  deux  pieds  de  haut,  qui  foulHennent 
des  quadres  &:  des  ouales  j  &;  au  deffus  des  figures  de 
Sphinx  &c  de  Harpies  ,  le  tout  de  Ifuc  3  6c  dont  l'hon- 
neur en  eft  deu  à.  Henry  le  Grand  ,  pour  ce  qui  eft  de 
ces  Tableaux  ,  6c  de  leurs  enrichilTemens  ,  comme. il  le 
reconnoit  là  par  fes  Chiffres  &Deuife. 

Suit  en  après  vn  troiliéme Tableau, où  paroit  Apol- 
lon qui  écorche  le  Satyre  Marlîas  ,  pour  auoir  efte  fi 
prefoiPxptueux  que  de  le  défier  à  qui  iouëroit  mieux 
delafluife. 

Au  quatrième  Tableau  eft  Ixion  attaché  à  vue 
roue  ,  qu'il  tourne  aux  Enfers  pour  vn  fupplice  éter- 
nel de  fon  crime. 

Le  cinquième  reprefente  la  cheute  dePhaëton. 

Se  void  au  fixième  la  fable  de  Tantale,  que  les  Poè- 
tes feignent  eftre  en  perpétuel  tourment  aux  Enfers , 
tantoil  appréhendant  la  cheute  d'vn  rocher  ,  tantoft 
affligé  de  malle  rage  de  faim  6C  de  foif ,  parmy  l'abon- 
dance des  fruits ,  &c  des  eaux. 

Sur  la  cheminée  en  fuite  eft  vn  beau  6c  grand  Ta- 
bleau j  qui  fait  le  feptiéme  ,  dans  lequel  eft  dépeinte 
vne  Charité,  telle  que  l'on  la  reprefente  ordinairement, 
accompagnée  de  plufieurs  petits  enfans.  Cette  chemi- 
née eft  enrichie  de  marbre  ,  6c  ornée  de  figures  de  re- 
lief de  plufieurs  enfans  ,  auec  des  feftons  j  6c  autres  pa- 
reils embellilfemens. 

L'hiftoîre  ou  fable  de  Promethée  compofe  le  huitiè- 
me Tableau. 

Le  neufiéme  reprefente  la  naiflance  6c  la  more  des 

N 


Le  Trésor  des  Merveilles 

enfaiis  de  Niobé  ,  fçauoir  fept  fils  tuez  à  coups  de  flè- 
ches par  Apollon ,  ô^  fept  filles  par  Diane,  en  vengean- 
ce de  ce  que  Niobé  enflée  d'orgueil  &c  de  fiiperbe  defe 
voir  vne  lî  belle  6c  grande  lignée  ,  fe  vantoic  eftre  la 
plus  heureufe ,  àc  mieux  mériter  des  Autels ,  que  Lato- 
ne  mère  d'Apollon  ,  &C  de  Diane. 

Au  dixième  Tableau  eft  dépeint  le  iugement  de  Mi- 
daSj  en  faueur  de  Pan  contre  Apollon. 

Dans  le  onzième  fe  void  Lycaon  metamorphofé  en 
Loup ,  6c  quelques-vns  de  fes  enfans. 

Le  douzième  femble  efl;re  encore  vne  hiflioire  de 
Phaëton* 

Le  treizième  exprime  la  metamorphofé  de  Bacchus 
déguifé  en  Acete,  lors  que  embarqué  fe  voyant  trom- 
pé par  Medon ,  Licabas ,  Libys ,  &;  autres  Mariniers  ,  il 
les  changea  tous  alors  en  Dauphins. 

Et  pour  ne  rien  obmettrede  tous  ces  Tableaux,  il  y 
en  a  encore  vn  fiir  la  porte  qui  va  à  l'efcalier  de  la  petite 
Gallerie,  dC  efl:  le  portrait  de  Gafton  de  Foix. 

Apres  ladefcriptionde  ces  Bains  &:  de  cesEftuucs,ie 
viens  au  dernier  efliage  de  ce  département ,  qui  efl;  la 
Gallerie  où  a  efté  autrefois  la  Librairie  ,  que  le  grand 
Roy  François  auoit  drefle  en  cette  Maifon  Royale,  auee 

^ vn  grand  foin  èc  curiofité  ,  dont  il  en  donna  la  charge 

la  Eibiio-  au  dode  Pierre  Gillius  :  &C  tout  ce  qui  s'en  peut  dire  de 

thcqne,&  prefeut ,  eft  que  le  malheur  de  nos  suerres  ciuilesaefté 

fon  tranf-   la  cautc ,  que  pour  ne  la  voir  diilipee  1  on  en  tranlpor- 

porcaPa-        les  Liures  alors  à  Paris ,  où.  ils  font  encore.    C'elloit 

bien  vne  des  chofes  plus  confiderables  de  ce  Lieu  j  où  ce 

Prince  n'auoit  rien  épargné  pour  recouurer  tous  les 

Liures ,  èc  tous  les  manuicrits  les  plus  rares  èc  les  plus 

curieux  qui  fuflent  point  ailleurs,  ayant  pour  cet  effet 

enuoyé  ledit  Gillius  3  &C  plufieurs  autres  perfonnages, 

en  Afie  ,  en  Grèce  ,  &c  en  diuerfes  parties  du  monde 

pour  en  chercher  j  &;  où  l'on  ne  pouuoit  auoir  les  pro- 

Setieforefl  pj-g^  mauufcrits  ,  il  fit  en  forte  par  fa  faueur  de  les  fai- 

fh.fo).y^y  re  tranicrire.    Il  le  lit  que  quelques  Pruices  &:  Sei- 


DE    FONTAÎNEBLEAV.      LIVRE   IL  99 

gneurs  eftrangers  venans  en  France  ,  ont  infiniment 
plus  defiré  de  venir  icy  vifiter  ce  trefor  deLiures ,  que 
toute  autre  chofe  que  l'on  pût  admirer  ailleurs.  Le  Do- 
(SteGenebrard  en  fa  Chronologie  remarque  que  cefutà 
l'inftance&fufcitationdelanus  Lafcart,  èc  de  Guillau- 
me Budée  ,  deux  des  plus  fçauans  perfonnages  de  leur 
fiecle,  que  ledit  Roy  François  drefTa  cette  Bibliothèque. 


DE  LA   SALLE  DV  BAL,  ET  DE    SES 

rares  Peintures. 

Chapitre    VII  L 


Lafcart  dr 
Bndeo  an- 
thorihus 
FrancifcM 
PriniHs  Bi- 
èliothecam 
ForJtena- 
bUam  in- 
fini xit. 
Genebrar. 
inChtond- 
log. 


/.  Les  Princes  fuïets  aux  en- 
nuis  comme  les  autres  hom- 
mes. 

IL  Peinture  figurant  l'Au- 
tomne, 

II L  Figure  du  Printemps, 

JV,  tmbleme  de  l'Hjuer. 

V.  Vn  autre  re^refentant 
l'Efie. 


VL  Hijioire  mémorable  »  & 
combat  contre  ^n   Loup 
Ceruié. 
VIL  Autre  combat  remar- 
quable. 
VI IL  Tableaux  figurans  les 
geftes    di  Alexandre     U 
Grande 


Es  Monarques  &Souuerains  de  la  Terre 
I  pour  riches  ô^puiffans  qu'ils  foient^ne  font 
!  point  pour  cela  garentis  des  accidens  de  la 
.  condition  des  humains  5  leur  Sceptre  pour 
eftre  d'or  eft  auiTi  bien  tributaire  aux  dif- 
graces  de  la  vie  ,  comme  les  houlettes  des  Bergers  5  ÔC 
leurs  Palais  magnifiques  &fuperbement  enrichis,  n'ont 
pas  bien  fouuent  plus  de  priuileges  contre  les  ennuis, 
que  les  eabannes  de  ceux-là  rc'eftpourquoy  ils  ont  au- 
tant befoin  de  recourir  aux  remèdes  de  leurs  maux, 
comme  eux  j  où  à  proportion  de  quahté  &  de  condi- 
tion ,  il  eft  loifible  aux  vns  &;  aux  autres  de  chercher 
les  hcites  moyens  qui  peuuent  les  foulager  :  hC  comme 
ceux-là  ont  droit  de  bannir  le  chagrin  &:  l'ennuy  païf 

N  ij 


I. 

Les  Prin- 
ces fuiecs 
aux  en- 
nuis com- 
me les  au= 
rres  hom- 
mes. 


^ 


ïoô  Le  Trésor  des  merveilles 

les  charmes  de  leur  mufette  j  aufTi  ceux-cy  n'ont  pas 
moins  de  raifonôc  depriuilege,d'auoir  recours  àmefme 
fin  aux  e{bats,&aux  honneftes  diuercilTemens confor- 
mes à  leur  grandeur  j  tels  que  font  les  Bals  &;  les  Balets, 
quand  ils  ne  tendent  qu'à  mettre  les  elprits  dans  le  cal- 
me ôcdans  le  repos  ,  pour  par  après  les  rendre  plus  ca- 
pables des  allions  héroïques ,  bc  royales.  C'eft  ce  que 
le  Roy  François  I.  ayant  confîderé  ,  cela  l'obligea  d'é- 
difier cette  Salle  ,  de  laquelle  ie  traitte  icy ,  qui  pour 
auoir  efté  deftince  ,  ôc  eftre  fort  commode  ÔC  bien  dif- 
pofée  pour  cette  forte  de  récréation  ,  en  porte  auffi  le 
nom  de  Salle  du  Bal. 

Sa  longueur  eft  de  quinze  toifes  ,  &  fa  largeur  de 
cinq. 

Cinq  grandes  arcades  de  chaque  cofté ,  qui  feruenc 
comme  de  feneftres ,  y  donnent  vn  beau  iour  ,  èc  ren- 
dent ce  lieu  fort  propre  &  commode  pour  y  placer  vu 
grand  nombre  de  peuple  ,  àc  lailfer  fi  l'on  veut  tout  le 
parterre  libre  pour  les  Bals  6c  les  Balets ,  èc  machines. 

Le  corps  de  ce  baftiment  eft  bien  du  grand  Roy  Fran» 
cois  j  mais  toutes  les  peintures  &  enrichiffemens  font 
de  Henry  1 1.  fon  fils ,  comme  il  apparoir  par  fes  Chif- 
fres &c  Deuife. 

Là  eft  vn  riche  platfond  de  menuiferie  compofé  de 
vingt-fept  quadres  octogones ,  embellis  de  leurs  con- 
cauitez ,  d'architraues ,  de  frifes,  &  de  corniches  j  oùfiir 
le  fond  de  ces  quadres  fe  voyent  de  refief  j  aux  vns  les 
Chiffres  d'Henry  II.  aux  autres  des  rofaces  ,  Se  des 
CroifTans  entrelaifez,  auec  deux  grandes  cartouches, 
où  fe  lifent  ces  paroles  en  lettres  d'or ,  Donec  totum  im' 
pleat  orbem ,  qui  eft  l'ame  de  la  Deuife  de  ce  Prince ,  com- 
me le  Croiffant  en  eft  le  corps  j  &  le  tout  bien  doré  bL 
enuironné  d'vne  grande  corniche  au  pourtour  fèruanc 
d'arrachement  qui  termine  ce  platfond ,  vn  des  plus 
grandsjôcdes  mieux  entendus  qui  foient  point  ailleurs. 
Dans  cette  Salle  eft  vne  huit  cheminée  de  deux  or- 
dres Dorique  &:  Ionique  ,  lefquels  font  fupport^z  de 


m 


DE  FONTAINEBLEAV.  LIVRE  IL  loi 
part  &  d'autre  de  deux  Satyres  de  bronze,  chacun  de 
huit  pieds  de  hautjlefquels  ont  fur  leurs  teftesvn  grand 
pannier  de  fruits  au  Heu  de  chapiteaux,  &  font  aufTi  de 
bronze  :  &;  là  fe  voyent  diuers  CroifTans  ,  auee  les  ar- 
mes de  France  bc  des  palmes  èc  des  lauriers  ,  qui  mon- 
trent encore  que  cet  ouurage  eft  du  mefme  Henry  I L 

Vn  beau  lambryorné  des  mefmes  armes  ôc  de  Croil^ 
(ans ,  enuironne  fix  contreforts  ou  tremeaux  ,  lefquels 
Ibuftiennent  lefdites  arcades  Se  platfond ,  &C  qui  règne 
tout  autour  de  cette  Salle  ,  auec  pareil  enrichiffement 
que  deffus. 

Sur  l'entrée  de  cette  Salle  eft  vn  Balcon  ou  Pulpite 
de  menuiferie  à  parquets  dorez  &  enrichis  des  mefmes 
ornemens  que  deifus  ,  èc  fert  pour  mettre  la  MufiquCi 

Pour  ce  qui  eft  des  Peintures,  c'eft  bien  vne  desbeL 
les  chofes  qui  fe  voyent ,  elles  font  du  deffein  du  fleur 
de  faint  Martin  ,  faites  à  frais  par  le  fieur  Nicolo  ,  &c 
compofent  diuers  fuiets  &  fictions  des  Anciens  ,  n'y 
ayant  point  de  fuite  d'hiftoirc.  Entre  autres  Tableaux 
plus  remarquables  j  il  y  en  a  huit  grands  ,  quatre  de 
part  ôc  d'autre. 

Le  premier  à  commencer  du  eofté  de  la  Coui:  du 
Donion  vers  le  Balcon  ,  reprefente  Bacchus  affifté  de 
Faunes  &  de  Satyres  >  auec  laDeefTe  de  leuneffe  Hebé^ 

èc  quelques  Lions  &C  Léopards  ,  qui  tous  enfemble  fi- 

eurent  les  effets  du  vin.  Quelques-vns  prennent  cette  ^  ï^- 

^    •  r^-      •  1      1>  A  1       Peinture 

Peinture  pour  vne  reprelentation  de  1  Automne  ,  la-  figurant 
quelle  eft  fur  le  premier  tremeau  entre  les  deux  pre-  ^  -^"^°"^- 
micres  arcades  de  cette  Salle  ,  6c  fe  lie  auec  les  autres 
par  vne  cartouche,  où  font  les  Chiffres  de  Henry  II.  dc 
de  Diane  de  Valentinois,  que  fouftiennent  deux  enfans 
pofez  parmydes  feftons  j  ôc  au  bas  de  ce  Tableau,  com- 
me à  tous  les  autres  ,  eft  vn  trophée  d'armes  dans  VQ 
quadre  ou  bordure  de  ftuc. 

Le  fécond  Tableau ,  àc  tous  les  fuiuans  y  font  de  mef- 
me ordre  Ôc  de  pareille  grandeur ,  où  fe  void  en  celuy- 
éy  le  Mont  de  Parnaffe  auec  Apollon  ,&:  les  neuf  Mufeso 

N  iij 


ne. 


ïox         Le  Trésor  des  merveilles 

Le  troifîéme  eft  vne  afTemblée  de  Dieux  ôcde  Deef- 
fes'joù  danfent  lunon  jMinerue,  dc  Venus. 

Au  quatrième  paroit  le  Banquet  des  nopces  deThe- 
tis  ôcdePeleus,  où  font  aflemblez  les  Dieux  6c  lesDe- 
elTes ,  &:  le  petit  Momus  boufFon  de  lupiter  qui  y  ré- 
iouyt  la  compagnie  ,  que  laDeefTe  Difcorde  tafche  de 
troubler  par  vne  pomme  d'or  qu'elle  y  apporte,  fâchée 
de  n'auoir  pas  efté  conuiée  à  ce  feftin. 

Le  cinquième ,  qui  commence  vndes  codez  de  cette 
Salle  vers  le  lardin  du  Roy ,  eft  vn  autre  Banquet  de  lu- 
piter &c  de  Mercure déguifeZjôc  traittez  par  Philemon 
&c  Baucis  fa  femme  ,  au  refus  des  habitans  d'vn  Bourg 
de  Phrygie  ,  dont  leur  cabane  &;  chaumière  ,  pour  re- 
compenlè  de  ce  bienfait ,  fut  changée  en  vn  Temple, 
èc  ce  Bourg  èc  (es  habitans  furent  à  l'inflant  fub- 
mergez. 

III.  A  V  fixiéme  eft  reprefenté  le  cours  du  Soleil  en 
Pnmemps.  ^^^"^  zodiaque  ,  alTifté  du  Printemps  &C  des  autres  fai- 

fons ,  auec  les  heures  fous  figures  de  femmes  ;  &c  Phaè- 
ton  au  pied  du  Soleil  qui  le  fupplie  de  luy  donner  la 
conduite  de  fon  Char  ,  afin  de  fe  faire  reconnoiftre 
pour  fon  fils.  Il  y  en  a  qui  croyent  que  ce  Tableau  fi- 
_  guïc  le  Printemps. 

IV.  Se  void  au  leptiéme  Vulcan ,  à  qui  Venus  com^ 
dei'Hyuei.  maiide  de  forger  des  traits  &C  des  armes  pour  fon  fils 

Amour.  Ce  qui  eft  pris  par  quelques-vns  pour  figni- 

.  fierl'Hyuer.       , 

V.  A  V  huitième  &  dernier  eft  Cerés  ,  auec  quelques 

lepiefen-    moilTouneurs  ;  où  par  cette  Peinture  peut  bien  eftre 
tant  1  Elle,  feprefenté  l'Efté  ;  fi  tant  eft  que  par  les  precedens  Ta- 
bleaux foient  figurées  les  autres  faifons  de  l'année. 

Il  y  a  encore  de  fuitte  au  delTus  du  Balcon  vne  gran- 
de Peinture  qui  contient  toute  la  muraille ,  où  fe  void 
vn  concert  de  Mufique  d'inftrumens. 

Dans  les  dix  arcades  de  part  ô^:  d'autre  de  cette  Salle 
font  encore  diuers  Tableaux ,  auec  leurs  bordures  de 
ftuc,  cinq  à  chacune  arcade. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiV.RE   II.  103 

;:  ,  •        PREMIERE    ARCADE. 

Elle  commence  du  cofté  de  la  Cour  du  Donion  ^  donc 
le  premier  Tableau  reprefente  Neptune. 

Au  fécond  ell;  vne  figure  nue  ,  auec  des  enfans  qui 
portent  des  fruits  ,  que  quelques-vns  eftimenc  eftrc  la 
Deeffe  Pomone, 

Le  troifiéme  qui  fait  le  haut  de  la  vouce  &:  arcade, 
eft  vn  enfant  qui  s'cgaye  dans  l'air. 

Au  quatrième  fe  voyentdes  Naiadesparmyles  eaux. 

Et  le  cinquième  eft  la  figure  deThetis. 
DEVXIESME     ARCADE. 

Le  premier  Tableau  reprefente  lupiter  couché  ,  te- 
nant vn  foudre  en  main. 

Au  deffus  èft  le  fécond  Tableau ,  où  fe  void  Charon 
accompagné  dVn  autre  Nautonnier. 

Le  troifiéme  qui  compofe  le  haut  de  l'arcade ,  repre- 
fente Mars. 

Au  quatrième  font  des  vieillards  affis  auec  vn  ieu- 
ne  homme. 

Et  le  cinquième  eft  vne  figure  de  lunon* 
TROISIESME    ARCADE. 

Au  premier  Tableau  fe  void  le  Satyre  PaUi 

Le  fécond  reprefente  Comus  Dieu  desdanfeSj&  des 
feftins  nodurnes  ,  que  les  Anciens  figuroient  auec  vn 
flambeau  en  main. 

Au  troifiéme  dans  le  haut  de  l'arcade,  paroit  la  De- 
effe d'Abondance. 

Se  void  au  quatrième  la  figure  d'Efculape,a,yant  fous 
[es  pieds  vn  ferpent  autour  d'vne  baguette. 

Et  dans  le  cinquième  eft  laDeelfe  Cerés  couronnée 
d'éfpics ,  èc  tenant  en  main  vne  corne  d'abondance. 
QVATRIESME     ARCADE. 

Hercule  couché  ayant  fa  maffuë  auprès  de  luy ,  com- 
pofe le  premier  Tableau. 

Au  fécond  paroit  Charon,  ayant  à  Ces  pieds  Cerbè- 
re fon  chien  à  trois  teftes. 

Geluy  du  haut  de  l'arcade ,  qui  eft  le  troifiéme  Ta- 


î'o4        Le   Trésor   des  merveilles. 

bieau,  reprefente  k  Sommeil  fous  la  figure  dVn  vieil- 
lard dormant. 

Au  quatrième  font  figurez  Saturne  &;  Mercure. 

Et  le  cinquième  reprefente  Deianire  femme  d'Hei^- 
culé  ,  tenant  la  ehemife  empoifonnée  de  cet  Héros  de; 
l'Antiquité. 

C  I  N  Q_y  ï  E  S  M  E     ARCADE. 

Au  premier  Tableau  fe  void  Adonis  couché*-'  ^'  v 

Le  fécond  reprefente  deux  vieillards  qui  fôil^  cou- 
chez. 

Dans  le  troifième  ,  au  haut  de  l'arcade  ,  eft  vn  petit 
enfant. 

Le  quatrième  eft  vne  figure  feule ,  laquelle  a  vn  coq 

a  fes  pieds  ,  que  l'on  prend  pout  la  Vigilance. 

Et  au  cinquième  fe  void  vne  reprefentation  de  Mi- 

nerue, 

SIXIESME     ARCADE. 

Elle  commence  près  la  cheminée  du  cofté  du  grand 
Iardin,dont  le  premier  Tableau  reprefente  Venus  auec 
Cupidon. 

Plus  haut  au  fécond  Tableau ,  paroit  Narcilfe  qui  fe 
mire  dans  vne  Fontaine. 

Au  troifième  5  qui  fait  le  fond  de  l'arcade  ^  eft  ïupiter 
fous  la  forme  d'vn  Aigle  qui  enleue  Ganimede. 

Suit  le  quatrième ,  où  fe  void  la  Deeffe  Bellonne. 

Et  le  cinquième  eft  vne  figure  de  Mars  couch^  ,  &) 

dormant. 

SEPTIESME      ARCADE. 

Au  premier  Tableau  eft  dépeinte  vne  Naiade  parmy 
les  eaux. 

Le  fécond  reprefente  Amphion. 

Dans  le  troifième  eft  vn  vieillard  tenant  vn  rets. 

Au  quatrième  font  deux  autres  figures  ,  l'vne  d'vn 
vieillard,  &  l'autre  d'vn  ieune  homme,  tous  deux  cou- 
chez fur  vn  Lion  ;  que  l'on  peut  prendre  pour  vn  em- 
blème reprefentant  î'Afleurance. 
Et  le  cinquième  eft  Neptune  appuyé  fur  vn  Dauphin, 

H  VI- 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE   II.  ioj 

HVITIE^ME     ARCADE. 

Dans  le  premier  Tableau  eft  reprefencé  Hebé  De- 
e([c  de  la  ieuneffe  ,  laquelle  tient  vne  coupe  en  main, 
ayant  plufieurs  vafes  auprès  d'elle ,  ainfi  figurée  par  les 
Poètes  ,  qui  feignent  que  c'efl  elle  qui  verfe  à  boire 
aux  Dieux  dans  leurs  feftins. 

Au  fécond  font  deux  vieillards  affis. 

Le  troiiiéme  ell  la  figure  de  lanus  tenant  vn  flam- 
beau  en  main. 

Puis  au  quatrième  fe  voyent  quelques  Nymphes  èC 
Naiades. 

Et  le  cinquième  eft  Bacchus ,  auprès  duquel  eft  vn 
grand  pannier  de  raifins  ,  èc  plufieurs  vafes» 
N  E  V  F  tE  S  M  E     ARCADE. 

Le  premier  Tableau  reprefenteCy  belle,  ou  la  Terre* 
fous  la  figure  dVne  femme  qui  porte  vn  Chafteau  fur 
fa  tefte. 

Dans  vn  autre  audeffus  fe  voyent  Mars  ôc  Venus. 

Au  troifîème ,  qui  compofe  le  fond  de  Tarcade  ,  eft 
vne  figure  tenant  vn  flambeau  en  main  ,  reprefentanc 
Hymen  ,  ou  Hymenèe  Dieu  d^s  nopces ,  ôc  des  ma- 
riages. 

Se  void  en  après  vn  quatrième  Tableau  ^  où  font 
deux  Cupidons  couchez  ,  èc  vne  Nymphe  toute  de- 
folèe. 

Le  cinquième  eft  vne  figure  de  Saturne  couche* 
DIXIESME     ARCADE. 

Au  premier  Tableau  eft  reprefentè  la.DeefTe  Flore 
tenant  des  fleurs  en  main  -,  aucuns  eftiment  que  cette 
peinture  lignifie  le  Printemps. 

Le  fécond  eft  la  figure  de  Morphèe  Dieu  des  fon- 
ges  ,  ayant  le  Sommeil  couché  auprès  de  luy  enuiron- 
nè  de  pauots. 

Suit  en  après  au  troifième  Tableau  vne  figure  de  lu- 
piter  alfis  dans  vn  Trône. 

Au  quatrième  font  deux  vieillards  afTis  ayans  auprès 
d'eux  vn  vafe  plein  de  feu  ,  que  quelques-vns  pren- 

O 


VI. 

Hiftoiie 


/io6  Le  Trésor  des  Merveilles 

lient  pour  vne  peinture  qui  reprefente  l'Hyuer. 

Et  le  cinquième  Ô£  dernier  eft  Vukan  couché  au- 
près de  la  fournaife. 

Auant  que  finir  ce  Chapitre, ie  m'arrefteray  vn  peu 
fur  le  narré  de  deux  Tableaux  qui  font  en  haut  au  co- 
dé de  la  cheminée  de  cette  Salle.  Où  en  IVn  à  main 
droite  eft  reprefente  le  combat  d'vn  homme  auec  vn 
mcmotz-  Loup  Cetuié  ,  que  l'on  tient  eftre  vne  hiftoire  verita- 
b«  comre  ^^^  ^'^^^  Gentilhomme ,  lequel  condamné  à  mort  pour 
vn  Loup  crime  ,  fut  receu  en  TofFre  qu'il  fit  de  combattre  cette 
furieufe  belle  qui  couroit  la  campagne  es  enuirons  de 
cette  foreft  ,  6c  auoit  défia  deuoré  plufieurs  perfonnes, 
&C  caulé  de  grands  maux  :  ce  Gentilhomme  ayant  eu 
affeurance  de  fa  grâce  dés  auffi  toft  qu'il  auroit  garen- 
ty  le  pays ,  èc  tué  ce  dangereux  animal ,  exécuta  heu- 
reufement  fon  entreprife.  Or  ce  qui  fait  croire  ce  com- 
bat véritable  ,  outre  le  commun  bruit ,  c'eft  que  cet 
homme  eft  reueftu  ,  non  à  l'antique  ,  èc  d Vne  manière 
qui  relfente  la  fable  ,  mais  en  habit  tel  que  l'onportoit 
il  y  a  enuiron  cent  ou  fix  Vingts  ans ,  auec  vne  efcou-* 
pette  fous  vn  bras  ôc  vne  épée  en  la  main  ,  de  laquelle 
il  tue  cette  monftrueufe  befte. 

Et  ie  ne  fçay  fi  ce  n'eft  point  de  là  quVn  Autheur 
moderne  ait  pris  occafion  de  vouloir  faire  pajfifer  vn 
conte  fabuleux  pour  vne  vérité  ,  qu'il  décrit  en  cette 
'rf/yj"  forte  ,  difant  j  Que  le  grand  Roy  François  ayant  ap- 
^Hitez.  du    pris  qu'il  y  auoit  dans  cetre  foreft  de  Fontainebleau 
aj  tmu.    ^^^  monftrueufe  befte  ,  qui  eftoit  vn  ferpent  de  dix- 
huit  pieds  de  long,  qui  fe  cachoit  dans  les  rochers ,  ôi 
auoit  défait  plufieurs  perfonnes ,  laquelle  ne  paroiffoit 
point  que  quand  elle  n'en  voyoit  qu'vne  feule:  ce  qui 
ayant  efté  rapporté  au  Roy  ,  il  voulut  auoir  le  plaifir 
de  combattre  luyfeul  ce  ferpent  j&:  que  pour  cet  eifet  il 
auoit  exprés  fait  fabriquer  des  armes  complettes  qui  fe 
fermoient  à  reftbrt  fur  les  brairars,taiîetes,cuiftars,&;  ha- 
billement de  tefte  jlefquelles,  dit  cet  Autheur,fe  voyent 
emore  à  prefent  parmy  les  armes  du  Roy  :  mais  qu'vn 


DE   FÔNTAINÈBLEAV.      LiVRE   IL  ik>f 

Gentilhomme  l'en  ayant  accommode  d'autres  toutes 
couuertes  de  rafoirs  en  plulîeurs  endroits  ,  ce  ferpent 
l'eftant  venu  attaquer,  &c  entortiller  de  fa  queue  &:  re- 
plis 5  il  fe  trancha  en  pièces.  Difcours  èc  narré  fabu- 
leux s'il  en  fut  iamais  mis  en  auant,  auec  aufli  peu  d'ap- 
parence de  veritc  ,  que  peu  de  iugement  :  outre  qu'il 
n'eft  pas  vray  ce  qu'il  dit ,  que  ces  armes  font  icy  gar- 
dées pour  marque  de  ce  combat  j  non  plus  ce  qu'il  ad- 
ioute  encore  parlant  de  ce  Lieu ,  que  le  Roy  a  vn  Cabi- 
net dans  cette  forelt  où  font  les  ftatuës  èc  figures  d'A- 
lexandre le  Grand ,  de  Iules  Cefar ,  de  Demollhene ,  &C 
de  Ciceron  ,  toutes  au  naïf,  oC  faites  de  leur  temps. 
Ce  que  i'ay  crû  élire  à  propos  de  rapporter  icy  ,  afin 
que  la  pofterité  ne  s'arrelle  point  en  la  croyance  de  tels 
difcours  fabuleux. 

L'autre  èc  dernier  Tableau  de  cette  Salle  ,  eft  enco-     vTE 
r^  vn  combat  d'vn  homme  contre  vn  fanglier  d'vne  1^"^^°^' 
monflrueufe  &:  furieufe  grandeur,  que  l'on  reconnoift  quablé 
affez  n'ellre  qu'vne  hiftoire  àplaifir  j  veu  que  celuyqui 
attaque  cet  animal  eft  veftu  à  l'antique,  ôcplus  grand 
que  le  naturel ,  6c  qu'il  y  a  apparence  auoir  efté  dépein- 
te en  ce  lieu ,  pour  répondre  6c  accompagner  ce  pre- 
mier 'y  &c  que  ie  crois  figurer  vn  Hercule  qui  terraffe 
d'vn  épieu  le  fanglier  d'Erymanthe. 

Sortant  de  cette  Salle  pour  aller  en  celle  des  Gardes 
du  Corps ,  l'on  trauerfe  vne  Chambre  ,  qui  fert  main- 
tenant de  paffage ,  laquelle  a  efté  autrefois  vne  des  plus 
belles  qu'il  y  eut  point  icy.  Là  font  encore  quelques 
Tableaux  peints  à  frais  par  le  fieur  Nicolo ,  du  delîein 
du  fieur  de  faind  Martin  :  ils  font  tous  ornez  de  bor- 


repiar- 


dures  de  ftuc  ^  auec  plufieurs  figures  de  femmes  grandes    viii. 
comme  le  naturel  j  où  en  ces  Tableaux  font  reprefentées  hgurans L 
quelques  actions  mémorables  d'Alexandre  le  Grand,     g^^"  <i'A- 

En  l'vn  fe  void  comme  il  dompte  fon  cheual  Buce- 
phale  j  en  l'autre  comme  il  fe  dompte  luy  mefme,  don- 
nant en  mariage  au  Peintre  Apelles  Compafpé,vne  de 
(es  Dames  plus  fauories. 

Oij 


luFlinm 
lib.  2. 


in  u4lcxan- 
dro  ,    & 
Qjtintus 
Citrtifu  lib- 
59.  de  rébus 
^lexan- 
dri. 


108         Le  Trésor  des  merveilles 

Puis  en  yn  autre  qui  ell  fur  la  cheminée,  eft  dépein- 
te l'hiftoire  de  Thaleftris  Reync  des  Amazones  ,  qui 
vient  trouuer  Alexandre  fur  le  grand  récit  qu'elle  auoit 
appris  des  faits  tous  héroïques  de  ce  Prince. 

Là  fe  void  encore  l'eftime  qu'il  faifoit  du  Poète  Ho- 
mère ,  lors  que  pour  tout  butin  de  plufîeurs  richelTes 
qu'il  fe  pouuoit  promettre  de  toutes  Çts  conqueftes  ,  il 
fe  contenta  des  œuures  ôc  poèfîes  de  ce  Prince  des  Poè- 
tes Grecs ,  lefquelles  au  mefme  temps  il  renferma  dans 
vn  Cabinet  ou  petit  coffre  trouué  parmy  les  meubles 
de  Darius ,  eftimé  cent  quatre  vingts  mille  talens. 

Relient  encore  en  cette  Chambre  quelques  autres 
Tableaux ,  dont  les  iniures  du  temps  en  oftent  prefque 
entièrement  la  connoilfance  ,  tant  ils  font  gaflez. 


DE  LA  GRANDE   GALERIE  ,   OV  EST 

dépeint  l'Odiffce  ,  ou  Trauaux  d'Vlilfe. 


Chapitre    IX. 


/.  La  longueur  i  largeur  y  & 
enrichîjfemens  de  cette  Ga- 
lerie, 

IL  Elle  a  efié  bafiiefim  Fran- 
çois L 

IIL  Ses  Peintures  faites  fous 
plujïeurs  Rojs. 


IV.  Tableaux  de  cette  Gale- 
rie ,  ouurage  fmgulier  des 
fieurs  defamt  Martin  y  & 
de  Ntcolo. 

V.  Cinquante  huit  Ta^ 
hleaux,  dont  les  Juiets  font 
tirez^  du  Poète  Homère, 


N  continuant  l'ordre  que  i'ay  propofé, 
&:  gardé  iufques  icy ,  de  traitter  des  ou- 
urages  de  cette  Maifon  Royale  félon  leur 
ancienneté  ,  &;  non  pas  feloji  la  fuite 
jj^v.  ^v^\&M  qu'elles  ont  dans  le  total  de  ce  Chafteau: , 
il  eft  queftion  maintenant  de  parler  de  la  grande  Ga- 
lerie ,  laquelle  eft  bien  fans  contredit  vne  des  plus  rares 
pièces  de  l'Europe  ,  tant  pour  la  richeffe  de  fcs  Pein- 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE   II.  109 

tures  ,  aue  des  autres  diuerfes  chofes  qu'elle  contient. 

Et  il  Ton  a  admiré  autrefois  l'art  d>C  l'induftrie  de  cet 
Ancien  ,  qui  fur  lefcorce  èc  l'eftenduë  d'vne  petite 
noix  y  fceut  comprendre  ô^  décrire  l'Iliade  d'Homère  j 
ou  il  l'on  a  fait  aufli  grand  cas  de  cet  autre  ouurier, 
qui  drelTa  vn  nauire  auec  fes  mats ,  fcs  antenes  j  Ces  voi- 
les ,  fes  gumenes ,  &:  le  refte  de  fon  équipage  ,  le  tout  fî 
artiftement  trauaillé  ,qu'vne  mouche  à  miel  le  couuroit 
facilement  de  fes  aifles  :  il  faut  franchement  aduoiier 
que  cette  Galerie  mérite  autant  &:  infiniment  plus 
d'eftre  conlîderée  èc  admirée  que  ces  vains  petits  ou» 
urages  ,  puifque  celuy-cy  eft  autant  vtile  èc  agréable 
dans  fa  vafte  eftenduë  ,  que  ceux-là  fembloient  inutils 
pour  leur  petitcfTe. ^ 

O  R  la  longueur  de  cette  Galerie  eft  de  feptante  lîx   ,   {• 

O  .  i  La  lon- 

toifes ,  èc  la  largeur  de  trois.                                              gueur,  hi- 
Elle  eft  voûtée  en  berceau  ,  d>C  en  fa  voûte  font  plu-  Sfl?ma 
{leurs  6c  diuers  compartimens  de  ftuc ,  enfemble  quan-  de  cette 
tité  de  bordures  dorées ,  &c  autres  enriehifTemens  de  re- 
lief, auec  quelques  figures  3  le  tout  qui  accompagne  di- 
uers Tableaux  j  outre  vne  infinité  de  morefques,  cro- 
tefques  &C  arabefques.               ,                                          ^ — — 
Le  corps  de  ce  baftiment  eft  entièrement  du  Roy  ^J^^'  ^^^ 
François  I.  lequel  il  édifia  l'an  mille  cinq  cens  vingt-  lene  baftie 
huit  5  mais  la  plufpart  des  ornemens  ne  font  pas  de  luy.  ço'isi.^^"" 
Il  paroift  qu'il  a  bien  commencé  l'ordre  des  comparti- 
mens de  la  voûte  iufques  après  de  la  moitié  j  ce  qui  fe 
reconnoiftpar  lesSalamandres,&:par  les  Chiffres  de  fon 
nom  qui  s'y  voyent  :  mais  il  eft  euident  aufti  que  c'a 
efté  Henry  1 1.  fon  fils  qui  a  continué  le  refte ,  ainfî  qu'il 
fe  vérifie  par  les  Croiflans  &C  par  fes  Chiffres  ,  &:  de  la 
Ducheffe  de  Valentinois  fafauorie.  Où  Charles  Neuf- 
iéme  y  a  contribué  auffi  quelque  chofe  ,  comme  il  y  a 
apparence ,  en  ce  que  tout  à  l'extrémité  de  cette  voû- 
te 6c  Galerie  le  Chiffre  de  fon  nom  y  paroift  ,  fçauoir 
vnK.  


Mais  Henry  le  Grand  l'a  merucilleufement  em-s^s  p 

O    iij 


ein* 


no  Le   Trésor   des  merveilles 

turcs  faites  belly  ,  ÔC  s'en  peut  dire  leReftaurateur  ,  puifque  ray- 

foin  plu-  '  /  •*•  n^  .  .       ,  *^        .  •■■ 

fieursRoys.  aiit  u'ouuce  eii  VU  Citât  qui  menaçoit  de  ruine  cette 
œuure  incomparable  ,  que  les  mouuemens  des  trou- 
bles 6c  des  guerres  ciuiles  auoieiit  lailTée  comme  à  l'a- 
bandon ,  il  a  reparé  ces  défauts  ;  &:de  plus  l'a  orné  d'vn 
lambry  peint  auec  plufieurs  Camaieux  ,  ainlî  qu'il  fe 
vérifie  par  les  lettres  fuiuantes  de  fou  nom  H.  IV.  D. 
G.  F.  R.  Il  a  pareillement  fait  orner  cette  Galerie  de 
tous  les  Emblèmes  ou  Deuifes  qui  fe  voyent  à  cha- 
cun cofté  des  feneftres ,  dont  ie  me  referue  à  parler  cy- 
après  en  vn  Chapitre  exprés ,  pour  traitter  maintenant 
de  fes  rares  Tableaux,  plus  admirables  en  l'art  &:  dans 
leur  delTein ,  que  dans  l'apparence  du  colori ,  que  les  in- 
iures  du  temps  ont  de  beaucoup  terni. 
Tv.  E  T  pour  en  fçauoir  le  prix  éc  le  mérite  ,  il  fuflît  de 

de^cettT  ^^^^  4^^  ^'^^  vn  des  plus  beaux  6c  des  plus  excellens 
Galène,  ouutagcs  qui  foiciit  fortis  du  deffein  dufieur  de  faint 
finguS  Martin ,  que  le  fieur  Nicolo  a  parfaitement  bien  peints 
des  fleurs  ^  fj-^j^ .  contenant  cinquante  fept  Tableaux  de  fix  pieds 
Martin  &  &c  dciiiy  de  haut ,  &C  huit  de  large  ,  auec  chacun  leur 
de  Nicoio.  J3ordure  de  lluc,  èc  plufieurs  beaux  ô^diuers  ornemens 
dorez. 

En  ces  Tableaux  eftartiftement  reprefentée  l'hiftoi- 
re  desTrauaux  d'Vliffe  àfon  retour  du  fiege  deTroye, 
dont  le  fuiet  eft  tiré  de  l'Odiffée  d'Homère  :  où  au  iu- 
gement  de  tous  les  plus  intelligens  en  l'art  de  Peintu- 
re, il  n'y  a  Tableau  qui  ne  foit  vne  merueilleô^vnriche 
trefor  ,  qui  fert  aufïi  tous  les  iours  à  pluiîeurs  d'vne 
efcole  trcs-parfaite  ,  pour  rendre  ôcfçauans  &C  bien  in- 
ftruits  non  feulement  en  cet  Art  tous  ceux  qui  y  eftu- 
dient ,  mais  encore  qui  porte  coup  &:  enfeigne  doéle- 
ment  tous  ceux  Icfquels  en  conliderent  l'hiftoire ,  è>C  le 
fens  moral  qui  s'en  peut  tirer. 

Et  11  cette  hiftoire  eft  plus  fabuleufc  que  véritable, 
(  comme  plufîeurs  eftiment  )  à  tout  le  moins  eft-il  affeu- 
ré ,  que  le  Poète  qui  l'a  fi  parfaitement  décrite ,  a  eu  in- 
tention de  reprefenter  par  là  les  mœurs  6c  les  nobles 


DE   FONTAINEBLEAV.     LiVRE  II.  m 

qualitez  d Vn  grand  Prince,  ôc  dVn  Héros  illuftre  ,  tel 
qu'il  fait  voir  VlifTe  ,  pour  feruir  de  patron  ôc  d'inftru- 

âion  à  tous  les  autres.  *  

I.  Le  premier  Tableau  commence  à  l'entrée  de  cet-  cinquante 
te  Galerie  du  cofté  dulardin  des  Pins,  où  paroift  l'em-  huit  Ta- 
brafement  de  la  ville  de  Troye  par  les  Grecs  ,  en  fuite  ies^rme'ts°^ 
«dequoy  ils  remontent  en  leurs  vaiffeaux  tous  vi6lo~  ^?"^  "'" 

.     ^  ,  du  Poète 

rieux  pour  retourner  en  leur  pays.  Homère, 

1 1.  Au  fécond  eft  Vliife  qui  facrifîe  aux  Dieux  ,  tant 
pour  l'hcureufe  iffuë  de  fon  entreprife  ,  que  pour  les 
inuoquer  de  luy  eftre  fauorables  à  fon  retour. 

III.  Le  troiiiéme  reprefente  le  mauuais  traittement 
que  receut  VlifTe  efhant  embarqué  auec  fes  compa- 
gnons ,  où  la  mer  leur  fut  fi  contraire  ,  que  leur  vaif^  ' 
lèaii  agité  des  vents  ôcdes  flots  par  Neptune,  lespenfa 
tous  perdre. 

IV.  VlifTe  defcendu  à  terre  prend  la  ville  des  Cyco- 
niens  qu'il  met  au  pillage ,  où  font  tuez  plufîeurs  de  fes 
compagnons  î  qui  eft  le  fuiet  du  quatrième  Tableau. 
Les  autres  fuiuent  félon  la  defeription ,  l'ordre  &  les 
chiffres  mis  cy-apres. 

V.  L'orage  de  la  mer  ayant  ietté  VlifTe  en  la  cofle  des 
Lotophages ,  il  y  enuoye  quelques-vns  de  Ces  compa- 
gnons ,  que  la  douceur  des  fruits  qu'ils  y  mangent  char- 
me de  telle  forte,  qu'ils  en  oublient  leur  patrie  j  mais 
qu'il  range  fi  bien  à  la  raifon ,  qu'il  les  contraint  de  re- 
tourner en  fes  vaiffeaux. 

VI.  L'Ifle  des  Cyclopes  où  aborde  VlifTe ,  &  où  il 
boit  en  vne  belle  fontaine  ,  tandis  que  Ces  gens  vont  à 
la  chafTe  aux  cheures  fauuages ,  efl  l'argument  du  fixic- 
m£  Tableau. 

VII.  En  celuy-cy  Agamemnon  arriuant  en  fon  pays 
en  baife  la  terre, tout  ioyeuxde  s'y  voir  heureufement 
de  retour. 

VIII.  Vn  banquet  funefte  où  Agamemnon  eft  tué 
par  Egifthe ,  èc  CafTandre  par  Clytemneftre ,  eft  le  fuiet 
du  huitième  Tableau* 


tu         Le   Trésor   des  merveilles 

IX.  VlilTe  auec  quelques-vns  de  Tes  compagnons  pa~ 
roift  au  neufiéme  ,  ayant  pris  terre  en  la  demeure  du 
Géant  Polypheme,  pour  y  apprendre  les  mœurs  ,&;  le 
gouuernement  de  ceux  du  pays. 

X.  Icy  fe  void  comme  VlifTe  crcue  l'œil  à  Polyphe- 
me après  l'auoir  enyuré. 

XI.  VlifTe  auec  Tes  compagnons  trouue  Tinuention 
de  fuir  la  rage  de  Polypheme ,  &;  fe  fauuer  de  fes  mains, 
s'eftans  liezïous  fes  moutons. 

XII.  Polypheme  dépité  de  ce  que  VlifTe,  èc(ès  gens 
s'eftoient  enfuis  ,  les  maudit  ,  &C  iette  vn  rocher  après 
eux. 

XIII.  VlifTe  s'eflant  rafiraichy  en  Eolie  pendant  quel- 
ques iours  remonte  en  fes  vaifTeaux, ayant  receud'Eo- 
lus  Roy  de  cette  contrée  vne  peau  de  bœuf,  oùefloienc 
enfermez  les  vents. 

XIV.  Paroift  en  ce  Tableau  le  vent  Zéphyr e  qui  fouf- 
fle  fauorablement  les  vaifTeaux  d'VlifTe. 

XV.  Icy  les  vents  continuent  leur  faueur  enuers  Vlif^ 
fe ,  èc  fes  compagnons. 

XVI.  Les  gens  d'VHffe  ayans  ouuert  par  indifcretion 
la  peau  où  elloient  enfermez  les  vents,  de  là  s'en  enfuie 
vne  furieufe  tempefle^ 

XVII.  VlifTe  à  fon  grand  regret  void  deux  de  fes  com- 
pagnons mangez  par  le  Roy  des  Loftrigons. 

XVIII.  VlifTe  après  s'eflre  fauué  du  pays  des  Loftri- 
gons ,  arriue  &:  prend  terre  au  pays  des  JEicns,  qui  eftoic- 
la  demeure  de  Circé. 

XIX.  Quoy  que  les  enchantemens  de  Circé  foient 
grands ,  VlifTe  toutefois  fçait  s'en  garentir  par  le  moyen 
de  la  racine  deMoni,dont  il  vfe  par  le  confeil  de  Mer- 
cure 5  qui  eflle  fuiet  du  dix-neufiéme  Tableau. 

XX.  Apres  qu  VlifTe  eut  long-temps  demeuré  chez 
Circé ,  il  prend  congé  d'elle ,  en  ayant  receu  des  boucs 
noirs, pour  en  faire  boire  le  fang  aux  Efprits  &: Mânes 
dans  les  Enfers. 

XXI.  VlifTe  nauige  OC  puis  prend  terre  ,  d'où  par  le 

confeil 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE   IL  113 

confeil  de  Circé  il  defcend  aux  Enfers. 

XXII.  En  ce  Tableau  le  void  comme  VlilTe  fait  tuer 
des  boucs  noirs  pour  les  facrifier  à  Pluton. 

XXIII.  Apres  que  le  Deuin  Tyreiias  a  beu  du  fang 
des  boucs  noirs  ,  il  confeille  Vliiîe  ce  qu'il  doit  faire 
pour  fon  heureux  retour. 

XXIV.  VlilTe  void  Hercules  aux  Enfers,  auec  lequel  il 
s'entretient  quelque  temps  3  6^  là  eft  touché  de  pitié  fur 
les  trilles  obiers  de  plulieurs  chofes  quily  rencontre. 

XXV.  Vliife  à  fon  retour  des  Enfers  vareuoir  Circé, 
&C  luy  difant  adieu ,  brufle  chez  elle  à  fon  départ  le  corps 
d'Elpenor. 

X  XVI.  Vhifepairant  le  deftroit  de  Scylle,ôcdeCha~ 
rybde ,  lix  de  fes  gens  y  font  mis  à  mort  par  de  furieux 
Dragons  j  en  fuitte  dequoy  il  fait  rencontre  des  Syre- 
nes  jdont  il  éuite  les  charmes,  fe  faifant  lier  au  mats  de 
fon  vailfeau. 

XXVI L  Les  compagnons  d'Vliffe  tandis  qu'il  dor- 
moit ,  preffez  de  la  faim  ayans  dérobé  les  boeufs  du  So- 
leil, ils  furent  tous  fubmergez,  luy  feul  excepté. 

XXVlIi*  Ce  Tableau  reprefentecomrne  VlilTe  ayant 
cuite  le  naufrage  où  périrent  fes  compagnons ,  il  fut 
ietté  en  l'iHe  d'Ogigie  ,  où  il  feiourna  huit  ans  chez  la 
Nymphe  Calipfo  charmé  de  fon  amour  i  mais  enfin  a 
l'inftance  de  Minerue  ,/Iupiter  enuoya  Mercure  faire 
commandement  à  cette  Nymphe  de  ne  plus  retenir  da- 
uantage  ce  Prince  Grec  -,  à  quoy  fe  voyant  contrainte 
elle  prend  le  foin  de  luy  faire  drelTer  vn  vailTeau  pour 
fon  départ, 

XXIX.  Apres  quelque  feiour  qu'VlifTe  eut  fait  chez 
le  Roy  Alcinous ,  il  prend  congé  de  luy  ,  puis  s'embar^ 
que  pour  aller  à  Ithaque. 

XXX.  VlilTe  endormy  eft  mis  en  fon  pays  par  les 
Phraciennes. 

X  XX I.  Icy  paroift  Minerue ,  qui  alTeure  VUfTe  qu'il  eft 
arriué  en  fa  Patrie,  en  reconnoilTance  dequoy  il  enbai= 

fe  la  terre, 

P 


îi4         jLe   ITresor   des  merveilles 

XXXIL  Se  void  encore  icy  Minerue,  qui  apparoift 
derechef  à  ce  Prince  Grec,  mais  fous  la  forme  de  fon 
fils  Telemachus. 

XXXI IL  VliiTe  ayant  fceu  laffedion  de  fon  Porcher 
Eumécjfe  domie  enfin  àconnoiftre  à  luyw 

XXXÏV.  Le  fiiiet  du  trente  quatrième  Tableau,  eft 
comme  VlifTe  reueftu  en  gueux  accompagné  d'Euméé 
fon  Porcher,  s'achemine  en  fon  logis  ,  où  il  eft  recon- 
nu par  fon  Chien  Argus* 

XXXV.  Vlifle  eftant  à  la  porte  de  famaifon  y  reçoit 
l'aumofiie  d'vne  feruante. 

XXXVI.  L'on  void  en  ce  trente  fixiéme  Tableau 
comme  VlifTe  eft  traitté  en  gueux  par  ceux  qui  recher- 
choient  fa  femme  Pénélope. 

XXXVII.  Vn  certain  gueux  nommé  Irus  s'eftant  vou- 
lu ioUerà  Vliffe  deuant  fa  maifon,  eft  par  luy  terrafré,ÔC 
chaftié  comme  il  meritoit. 

XXX'viil.  Paroift  en  ce  Tableau  Minerue ,  qui  donne 
confeil  à  VlilTe  de  bander  l'arc  que  fa  femme  Pénélope 
deuoit  prefenter  à  ceux  qui  la  recherchoient. 

XXXIX.  L'adreffe  d'Vlilfe  fe  fait  icy  afîez  connoiftre, 
tirant  auec  vne  grande  iufteffe  au  trauers  de  certaines 
boucles  que  l'on  auoit  exprés  plantées, 

XL.  Ce  Tableau  reprefente  comme  VlifTe  fe  donne 
à  connoiftre  à  ceux  qui  recherchoient  Pénélope  fa  fem- 
me, &:  au  mefine  temps  perce  d'vn  trait  de  fon  arc  An- 
tinous banquetant. 

X  L  I.  Vlifle  après  s'eftre  fait  armer  eftant  accom-^ 
pagné  de  Telemachus ,  Eumée  de  Philexius  ,  fait  vne 
iuftc  vengeance  de  ceux  qui  auoient  recherché  fa 
femme  4 

XLII.  Il  ne  paroift  en  ce  Tableau  qu'vne  iufte  punition^ 
d'vn  cofté  les  pourfuiuans  de  Pénélope  qu'VlifTe  auoit 
tuezj  &:de l'autre  lesferuantes  de  cette  fienne  femme, 
lefquelles  font  toutes  éplorées  attendans  le  chaftiment 
qu'il  en  vouloit  faire  ,  pour  Tauoir  voulu  ruiner  fous 
prétexte  de  la  feruir. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE   II.  iij 

XLIII.  L'on  voici  icy  VlifTe  qui  fe  laue  les  mainSj 
après  auoir  fait  pendre  douze  feruantes  de  fa  femme. 

XLIV.  Le  Peintre  n'a  rien  obmis  de  tout  ce  qui  (e 
deuoit  en  ce  Tableau ,  pour  y  faire  paroiftre  comme  Eu- 
riclée  nourriffe  d'Vlilfe  vient  donner  aduis  à  Pénélope 
du  retour  de  ce  Prince  j  ce  qui  oblige  aulTi  toffc  Ces  do- 
meftiques  à  luy  venir  baifer  les  mains  ,  &C  le  recon- 
noiftre. 

XLV.  Minerue  témoigne  en  ce  Tableau  le  foin  qu'el- 
le prend  d'Vliife,  l'ornant  &  l'cmbellifTant  pour  le  ren- 
dre agréable  à  fa  femme. 

XLV  I.  On  remarque  en  celuy-cy  les  carefTes  ôCem- 
bralfemens  de  Pénélope  enuers  fon  mary. 

X  LVII.  Paroiilent  icy  VlifTe  èc  Pénélope,  que  leurs 
domeftiques  conduifent  allans  coucher. 

XLV l II.  Eilans  couchez ,  VlifTe  raconte  fes  auantu- 
res  à  Pénélope. 

XLIX.  L'on  reconnoift  en  ce  Tableau  les  inquiétu- 
des &C  appreheniions  qu'a  Pénélope  fî  VlifTe  eft  fon 
mary. 

L.  Minerue  vient  releuer  de  doute  Pénélope,  &  Taf^ 
feurer  qu'Vliffe  eft  tel  qu'il  fe  dit. 

LI.  Vne  grande  nuée  ds  la  part  de  Minerue  enuelo- 
pe  VlifTe  allant  vilîter  fon  père  Laërtes  ,  où  ce  Prince 
ne  va  pas  feul ,  mais  eft  accompagné  de  fon  fils  Tele- 
machus,  d'Eumée  &:  Philexius. 

LIL  Tandis  qu'VlifTe  va  trouuer  fonpere  enfonlar- 
din  ,  il  fe  décharge  de  fes  armes  qu'il  donne  à  Eumée, 
de  l'enuoye  deuant  préparer  le  difner. 

LUI.  Se  void  icy  d'vne  part  les  carefTes  que  fait  Vlif^ 
fe  à  fon  père  3  èc  de  l'autre  comme  ils  s'entretiennent 
de  quelques  fruits  particuliers  de  ce  lardin. 

LIV.  Si  toft  que  les  parens  d' VlifTe  apprennent  fon 
retour ,  ils  le  viennent  faluer  au  logis  de  Ion  père. 

LV.  VlifTe  ayant  tué  ceux  qui  recherchoient  Pénélo- 
pe ,  icy  l'on  met  leurs  corps  en  terre^ 

L V  L  A  l'occafion  de  la  mort  des  pourfuiuans  de  Pe- 

p  ij 


u6         Le  Trésor  des  merveilles 

nelope,  ceux  d'Ithaque  fe  foufleuent ,  èc  viennent  les 
armes  en  main  attaquer  VliiTe  en  la  maifon  de  fonpere. 

L  VU.  Les  mutinez  contre  VlifTe  s'appaifent  ,voyans 
le  fecours  èc  Tafliftance  qu'il  a  de  Minerue  &C  de  lupiten 

LVIIL  Enfin  en  ce  dernier  Tableau  ,  après  tant  de 
trauerfes ,  VlifTe  eft  reconnu  Prince  d'Ithaque  ,  &c  Tes 
fuiets  pacifiez  ôC  humiliez  luy  viennent  rendre  hom- 
mage. 

Voila  pour  ce  qui  eft  des  principaux  Tableaux  de 
cette  grande  Galerie.  Les  deux  autres  Chapitres  fui- 
uans  fourniront  le  refte  de  Cqs  ornemens  ,  ôc  enrichif- 
femens» 


DE    QVELQJES    TÀBLEAVX    QJ^  I 

■^  font  à  la  voûte  de  la  grande  Galerie  ,  ôc  particulier 
rement  de  ceux  où  fe  void  la  reddition  des  Villes  du 
Havre  de  Grâce ,  èc  d'Amiens. 

Chapitre    X. 


/,    Quatorz^e  grands  corn-  '  ///.  Les  Anglois  rendent  le 
vartimens    compofent   la       Ha'vre  a  Charles  IX. 
'uoiéte  de  cette  G  alerte, auec\  IV.  l^able  de  marbre  conte^ 
diuers  ornemens, 

IL  Le  banquet  des  Dieux 


i. 

Quatorze 
{rrands  cô 
partimens 
compofcnt 
la  voûte  de 
cette  Ga- 
lerie ,  auec 
diuers  or- 
nemens. 


nant  le  narre  de  lafrife& 
repri/e  dudit  Ha'vre* 

&  des  Deejfes  icy  repre-  \  V*    Henry  le  Grand  reprend 

fente*  I      Amiens. 

A  voûte  de  cette  Galerie  eft  cohipofée 
de  quatorze  grands  compartimens  de 
!  ftuc  j  dans  lefquels ,  comme  il  a  efté  défia 
remarqué  cy-deiTus  ,  font  plufieurs  Ta- 
bleaux auec  leurs  bordures  ^  &:  autres  or- 
nemens :  le  tout  en  {y  grand  nombre  ,  &:  qui  reprefen* 
tent  tant  de  diuers  fuiets  &:  fidions  des  Anciens  ,  qu'il 
feroit  difficile  d'en  faire  la  defcription ,  à  moins  que  d'y 


DE   FONTAINEBLEAV.      LiVRE  II.  117 

employer  vn  long  temps.  C'eft  pourquoy  i'ay  crû  qu'il 
fuftiroit ,  6c  feroit  plus  à  propos  d'en  remarquer  feule- 
ment les  plus  rares ,  &c  principaux. 

Le  premier  entre  autres  confîderable  ,  fe  void  au 
milieu  de  cette  Galerie  au  bas  de  la  voûte  ,  lequel  eft 
du  iîeur  de  iaind  Martin ,  comme  aufïi  les  deux  autres 
fuiuans. 

L  A  eft  reprefenté  le  banquet  des  Dieux  bc  des  Deef-      n. 
(es  y  qui  eft  vn  fort  grand  Tableau  ,  &C  vne  pièce  très-  des  DwIx, 
rare*  &  des  De- 

••  cfics  icv  rc* 

Au  iecond  peint  dans  le  haut  de  la  voûte  ,  eft  vne  prefe'ntc, 
danfe  des  Deefles* 

Et  le  troifîéme  reprefenté  le  mont  de  Parnaffe  auec 
Apollon, &:  les  neuf  Mufes  :  tous  de  pareille  grandeur 
que  le  premier ,  &c  qui  eft  à  l'oppoiite  de  celuy-là. 

Il  y  a  de  plus  à  l'entrée  de  la  porte, &;  de  mefmeco- 
fté  deux  autres  Tableaux  ,  qui  font  Flora  &  Cercs  :  & 
tout  au  bas  de  cette  Galerie  de  part  &  d'autre  delaciie- 
minée,  fe  voyent  encore  Bacchus  &  Saturne,  de  mef- 
me  deffein  que  les  precedens  j&que  quelques-vns  efti- 
ment  reprefenter  les  quatre  Saifons  de  l'année.  — __» 

Mais  ce  qu'il  y  a  outre  ceux-cy  de  remarquable ,  eft     i  ^i- 
le  Tableau  qui  eft  au  fond  fur  l'entrée  de  la  porte  ,  où  gioh  ren- 
ie void  la  reddition  de  la  ville  du  Havre  de  Grâce  par  «^^"^leHa» 

1*1'  T>  /^i        1        T  i\  vrcaChar* 

les  Anglois  au  Roy  Charles  IX.  &  la  paroift  ce  Prince  les  ix. 
en  fon  Thrône,  èc  les  habitans  à  fes  pieds,  qui  auec  de 
grandes  fubmiffions  luy  en  prefentent  les  clefs.  Cet 
ouurage  eft  pareillement  du  îîeur  de  fainâ: Martin.  Au 
bas  il  y  a  vne  table  de  marbre  noir  fouftenuë  de  deux 
grandes  figures  de  relief,  où  en  lettres  d'or  font  gra- 
uées  les  paroles  fuiuantes  ,  qui  rancontent  le  ftiiet  de 
ce  Tableau. 

D.  O.  M.  

Cum  ver  occajïonem  cMiUm  armorum  &où  imtfu-  -r]^'  a 

herem  Princifis  Atatem,  quibm  totafere  Gallta  exar-  marbre  co- 

ferat ,  EUz^abeîha  Anglomm  %egina ,  Tortum  oppi-  i^a"ré  de  k 

p  il, 


piife  ,  & 
reddition" 
dudit  Ha- 
vre. 


ii8         Le   Trésor   des  merveilles 

diîmque  GratU ,  quod  efi  ad  ofiium  Sequanx,  voftum^ 
natura ,  manûque  munmfïmum  ,  tnfignï fraude  occm- 
faffet;  ^firmifimoque  pr^fidio  tcneret\  Au^icïis  Caroli 
Noni  ChnjJ-tanifimi  Régis ,  confdwque  &  prudentia 
■  ijlngulari  CathaririA  MatrisKegiriA^  faucts  diebus  op- 
pugnart,  fumma  vi  cœptum  ,  deditione  receptum  efi. 
Anno    M.    D.    LXIII. 
Voicy  la  traduétion  de  cet  écrit. 
Ellfabeth  Reyne    d'Angleterre  fur   roccafion  des 
guerres  ciuiles  ,  qui  auoient  prefque  tout  embrafé  la 
France ,  &:  à  raifon  du  bas  aage  de  fon  Prince ,  s'ellant 
emparée  par  vne  iniîgne  fraude,  du  Port  &;  de  la  Ville 
du  Havre  de  Grâce  à  l'emboucheure  de  la  riuiere  de 
Seine  ,  laquelle  effc  très-bien  fortifiée  par  la  nature  du 
lieu,  &: par  l'art, où  elle  tenoit  vne  puilfante  garnifonj 
enfin  par  les  heureux  Aufpices  du  Roy  tres-Chreftien 
Charles  IX.  &:  par  le  confeil  &  finguliere  prudence  de 
la  Reyne  Catherine  fa  mère  ,  cette  place  vigoureufe^ 
ment  combatuë  peu  de  iours  après  a  elle  prife ,  ô£  ren- 
due, l'an  mille  cinq  cens  foixante  trois. 

A  l'autre  bout  de  cette  Galerie  eft  encore  vn  Ta- 
bleau de  pareille  grandeur  que  le  précèdent,  qui  eft  du 

mknl  ^    ^^^  ^^^^  ^^  ^°^^  '  ^^^^^  lequel  eft  reprefenté  Henry  le 
Grand  à  cheual ,  6c  le  fiege  &;  la  reddition  de  la  Ville 
d'Amiens  en  fon  obeyffance  j  où  il  fit  paroiftre  que  fi 
l'Elpagnolpar  furprife  s'eftoit  emparé  de  cette  Ville,  il 
l'en  auoit  fceu  chalTer  par  fa  valeur  &  fon  courage,  laif- 
faut  la  honte  à  {zs  ennemis  de  n'auoir  pu  conferuer  cet- 
te Place  ,  &;  acquérant  par  ce  moyen  vn  trophée  im- 
mortel, d'auoir  dompté  &  mis  à  la  raifon  cette  fuperbe 
Nation  :  ce  qui  a  donné  fuiet  à  vn 'excellent  Poète ,  de 
faire  ces  vers  à  la  mémoire  de  cet  illuftre  Monarque. 
Si  ïamaïs  quelque  Prince  habitant  icj  bas 
J\derita  que  fon  peuple  adorafifk  vatUance, 
C'efi  le  Roy  fl fameux  ^  &fl  craint  es  combats , 
§lue  les  deux  ont  donné  pour  Monarque  a  la  France. 
Nul  ne  peut  fans  meruetlle  entendre  auec  quel  heur  y 


V. 
Henry  le 
Grand  re 


Le  peur 
Sertand. 


iDE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE    IL         119 
Defesfiitets  captifs  la  chaïfne  il  a  coupée , 
Et  par  combien  d'effets  de  prudente  ^valeur. 
Ses  mains  ont  obligé fon  Sceptre  a/on  eFpée, 

La  (rloire  des  lauriers  qui  luy  ceignent  le  front 
S'ejleuott  bien  de  fia  iufques  aux  toutes  celefies. 
Et  fembloit  que  du  monde  éclairant  tout  le  rond^ 
%jien  ne  fut  augmenter  le  luflre  defesgefies. 
Adais  plus  clair  que  lamais  il  reluit  auwurd'huj  j 
D'auotr  repris  par  force  3  &  remis  enfranchifcs 
Cette  'Ville  imprenable  à  tout  autre  qua  luy. 
Que  le  fier  Efpagnol  nous  rauit  parfurpnfe. 


DES    EMBLEMES,  OV   DEVISES,    QVI 

font  en  ladite  grande  Galerie. 


Chapitre    XL 


/.  Le  prefent  Chapitre  efi 
<vne  continuation  des  mer- 
ueiUes  de  la  grande  Ga- 
lerie, 

11.  Emblèmes  au  nombre 
de  8S' 

IIL  Marque  de  generofité^ 


que  de  pardonner  a  plus 

foible  q^e  foy, 
IV.  La  vigilance  tutrice  des 

Royaumes. 
V»  Le  péché  traifhe  après  foy 

le  repentir. 
VL  Symbole  de  la  Fidélités 


O  M  ME  les  ileuues  &  les  ruiiTeaux  fortent  ^^^l\tT 
du  fein  de  la  mer ,  ainiî  que  de  leur  fburce  trantinma- 
OC  de  leur  orignie ,  pour  rau'e  paroiitre  les  „on  redm- 
merueilles  de  ce  vafte  Elément  par  la  com-  '^''^'  ^'^\°' 
munication  &:  l'abondance  de  les  eaux  :  de  exeun^  fin- 
mefme  ce  Chapitre,  &;  le  précèdent  Ibrtent  àcs  diuer-  '^tlmn^T-vt 
^zs  raretez  de  cette  grande  Galerie,  comme  dVn  Océan  iterHjimnt. 
bc  profond  ,&:  fertil ,  dont  les  richeffes  àpeinepeuuent  çtx  cap.i. 
eftre  exprimées.  Ou  après  celles  que  i'ay  defîa  fait  voir,  ^^'•"^•^- 
il  faut  maintenant  parler  des  autres  qui  reftent ,  lef-      i 
quelles  font  diuers  Emblèmes  ,  ou  Deuifes  ,  au  nom-  chiper? 


ïio         Le  Trésor   des  merveilles 

cftvnccon-  |^j.g  jg  quatrc-vingts  cinq, que  ie  rapporteray  icycom- 
des  nier-  me  cllcs  foiit  dépciiites ,  &  qu'elles  fe  fuiuent  en  ladite 
k"'^?anïc  Galerie ,  à  commencer  à  l'entrée  de  la  porte  du  cofté  de 
Galerie,     la  Cour  duCheual  blanc. 

I.  Vn  Cupidon  aflis  au  milieu  d'vne  fontaine  enui- 
ronné  de  flammes  ,  auec  ces  mots  :  NoHros  non  deleat 
ignés. 

II.  Vne  femme  en  poflure  de  marcher  ayant  vn  cal- 
que en  tefte  ,  &  portant  à  chaque  bras  vne  colomne , 
auec  cette  infcription  ;  Nujquam  meta  meis> 

III.  Vne  femme  reueftuë  d'vne  belle  robe  ,  eftanc 
droite  ,  ô£  portant  fur  fa  tefte  vn  vafe  tout  percé ,  d'où 
l'eau  découle  j  6^:  là  fe  lifent  ces  paroles  :  Vero finis  non 
"vUus  amori, 

IV.  Vn  petit  Amour  affis  furvn  rocher  ^tenant  delà 
main  droite  des  éponges,  s'efforçant  d'épuifer  vne  fon- 
taine ,  ôc  de  l'autre  main  prefTurant  ces  éponges ,  où 
font  ces  deux  mots  :  Labor  irritas. 


U'       V.  Vne  fille  ayant  vn  voile  de  nauire  attaché  par  vn  bout 
au  nombre  à  fa  tcftc  ,  &  l'autre  à  i^ts  pieds  ,  portant  fous  vn  bras 
de  8j,        yn  fagot  de  branches  d'oliue ,  àc  de  palmes  ,&  autant  à 
Ces  pieds,  auec  cette  Deuife  :  Et pacem  t0  frdiacuro. 

VI.  Vn  Cupidon  mettant  deux  flambeaux  ardens  en 
vne  fontaine,  s'efforçant  de  les  efteindre,mais  ne  peutj 
où  font  écrites  ces  paroles  :  Meus  haud  extinguitur  ignis, 

VII.  Vn  autre  Cupidon  ayant  vnpied  fur  vn  rocher, 
&  de  fa  main  droite  écrafant  vn  Scorpion  fur  fon  ge-  ^ 
noliil  bleffé.   Là  fe  lifent  ces  deux  mots  :  Mors&'vita.  . 

VIII.  Vn  ieune  homme  tout  nud  couché  fur  vn  ro- 
cher au  bord  de  la  mer ,  ayant  vn  Dauphin  à  fon  cofté, 

•        tous  deux  comme  morts ,  auec  telle  Deuife  :  T'aies  in 
amore  heati, 

IX.  Vn  Cupidon  affis  fur  vn  coq  ,  auec  tel  didoil'; 
Nihil  Amore  njtgilantius. 

X.  Deux  flammes  fort  lumineufes  dans  des  nuées  au 

delfus  d'vne  mer.    Au  bas  eft  cette  infcription  :  Splen- 

dent  fœliciter  ambo. 

XL 


DE   Fontainebleau,    Livre   II.      m 

X  I.  Les  trois  teftes  de  Gerioii  ,  fur  lerquelles  eft 
appuyée  la  mafTuë  d'Hercules  ,  où  au  deiîus  font 
trois  eftoilles  ,  auec  ces  paroles  :  Vtrtiite  ^  mmme 
frétas. 

XII.  Vue  Tortue  qui  chemine  y^s  vn  terme, où  fe 
voyent  ces  mots  :  Tandem  fer téeniam, 

XIII.  Vn  Soleil  auec  vn  globe  au  bas ,  enuironrié 
de  lumière  àc  de  nuage ,  dont  telle  eft  llnfcfiption  :  Sic 
lumen  ah  vmbra. 

XIV.  Vn  bras  fortant  dVne  nuée  ,  qui  tient  vn 
ioug  enuironné  de  fleurs  de  Lys  ,  eftant  au  deffus  de 
pluiieurs  montagnes  j  où  fe  lifent  ces  paroles  :  iuga  frh 
iuga  mtttet, 

X  V.  Cupidon  allumaht  vn  flambeau  aux  rayons 
du  Soleil  auec  vn  miroir  ardent  ,  &;  de  ce  brandon  en 
allume  des  branchages  qui  font  Ilir  vn  Autel  ;  auec  ces 
mots  'JVrofrwsJîbi  jujatat  ignés, 

XVI.  Vn  petit  Dieu  d'Amour  pofé  fur  vn  piedeftal, 
tenant  vn  flambeau  de  la  main  gauche ,  OC  de  la  droite 
vne  couronne  de  laurier  j  où  fe  void  ce  dicton  ;  Ftrmo 
mhil  ot^ftat  amon» 

XVII.  Vne  Cypris  aflife  fur  vne  roche ,  tenant  à  fa 
main  droite  vne  branche  de  laurier  ,  de  la  gauche  vne 
branche  de  myrthe  ,  deux  pigeons  à  ^zs  pieds ,  &  vne 
eftoille  au  delTus  de  fa  tefte  j  auec  cet  écrit  :  Virtutem 
atque  ajha/equetur, 

XVIII.  Vn  ieune  homme  qui  fe  brûle  fur  vn  bû- 
cher ,  &  vne  fille  qui  femble  fe  ietter  dans  ce  mefme 
feu  \  dont  telle  eft  Tinfcription  :  Cafius  trahit  ignis  in 
ignés. 

XIX.  Vne  fille  tenant  vne  branche  d'oliuier  de  la 
main  gauche,  &de  la  droite  fouftenant  vn  piilier,auec 
cette  Deuife  ;  Pax  laffa  reponit. 

X  X.  Vne  Vierge  qui  brûle  fur  vn  bûcher  ,  auec 
des  vafes  èc  des  branches  de  rofier  ,  au  delTus  du- 
quel eft  vne  Aigle  qui  fond  fur  ce  bûcher  pour  y 


HZ        Le   Trésor   des  merveilles 
brûler  aulTi  j  où  fe  voyenc  ces  paroles  :  ^mor  morte 
fortior. 

XXL  Vne  Palks  fon  cafque  en  tefte  ,  laquel» 
le  eft  blefTée  au  cœur  dVne  flèche  que  l'Amour 
luy  a  tiré  j  le  diâton  eft  tel  :  Nec  'Virtus  amore  pec- 
cat. 

X  X  I  L  Vn  Capitaine  qui  tient  de  la  main  gauche 
vn  rameau  de  laurier  ,  duquel  il  ombrage  des  foldats 
qui  font  à  Tes  pieds ,  &  a  l'autre  main  eftenduë  i  dont 
l'infcription  porte  ces  mots  :  Q^a  %)iat  'vidos  protegit 
ille  manu. 

X  X 1 1 1.  Vn  Hercule  qui  tient  fa  mafTuë  ,  &:  foule 
aux  pieds  vne  Fortune ,  auprès  de  laquelle  paroift  rom- 
pu fon  voile  ôc  fa  roue  s  6c  pour  diâ:on  porte  ces  paro- 
les :  Sortem  ^îrtutefubegtt. 

XXIV.  L'Amour  enchaifné  par  vn  pied  à  vne  roche, 
ôc  vn  Soleil  qui  rayonne  fur  luy  i  où  font  ces  mots-.TV^^J 
lumïna  me  a  Jola  fat  a, 

XXV.  Vne  femme  qui  tient  de  la  main  droite 
vne  branche  de  laurier ,  &  de  l'autre  vne  branche  de 
cyprès  5  ayant  cette  infcription  :  Vt^tonam  mors  njel 
honejla. 

X  X  V  î.  Vn  Cupidon  qui  tient  vne  monftre 
de  quadran  ,  auee  cet  écrit  :  Solus  iAmor  mea4  metiîut 
horas, 

XXVII.  Vne  plante  appellée  Amaranthe  ,  laquelle 
eft  fleurie  j  6c  au  bas  fe  lifent  ces  paroles  :  Nuriquam 
marcefcere  ^tdebor. 

XX  V 1 1 1.  Vn  rofler  fleury  ,  ôc  ces  mots  :  Crefiit  Jlos, 
gaudta  crefcunt. 

XXIX.  Cupidon  affis  fur  vn  aix  ,  qui  flotte  fur 
la  mer  agitée  de  vents  ,  &;  de  tempefte  :  dont  le 
didon  eft  exprimé  en  ces  termes  :  Ingemo  fernata 
proceliu. 

XXX.  La  fleur  appellée  EUotrope,  qui  d'vncofté  eft 
regardée  du  Soleil ,  Ô<:  de  l'autre  eft  enuironnce  d'vne 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE   II.  113 

nuit  où  paroift  la  Lune  ,  auec  cette  infcription  :  Ohfe- 
qmum  mhil  impedit  vmbra. 

XXXI.  Vn  Palmier ,  au  fommet  duquel  font  des 
carquois ,  où  fe  void  cet  emiftiche  :  Pondéra  'vincit 
Amorïs, 

XXXII.  Vn  Lion  qui  tient  vn  Lièvre  entre  {q.s,  pat-     "  ^■ 
tes  ,  dont  il  femble  fe  ioUer  ,  ôi  ces  paroles  :  Fulchmm  gen2oficét 
iernomffe  mmori.  q^i^  de  par- 

G>         JJ  .       ^  donner  à 

XXXIII.  Vne  grenade  fur  vne  couronne  de  lau-pius  foibic 
rier ,  •&:  tels  mots  :  Vero  quis finis  amori.  °^^  ^°^' 

XXXIV.  Vn  Autel  fur  lequel  font  des  branches  de 
laurier ,  &  plus  bas  cette  infcription  :  JH:£C  hommes  pU- 
cÀtque  Deos^  ^ 

XXXV.  Vn  oifeau  de  Paradis  volant,  où  font  écrites 
ces  paroles  :  Qju  funt  terrena  recufi» 

XXXV I.  Vn  Amour  debout  ,  à  dèmy  caché  dans 
des  lauriers  ,  tenant  vn  arc  en  fa  main  droite  ,  ÔC  vn 
brandon  à  fa  gauche  ,  où  fe  lit  ce  mot  :  Latet  atque'vi- 
detun 

XXXV II.  Vn  Aigle  qui  regarde  fixement  le  Soleil> 
auec  cette  infcription  :  Vltenm  sperare  nefas. 

XXX VI IL  Vn  Amour  qui  tient  vn  cafque  aiflé,  où 
fe  lifent  ces  paroles  :  ^mor  addttfortibm  alas.  ..,.._^_ 

XXXI X.  Vne  couronne  à  fleurs  de  Lys, laquelle eft     iv. 
toute  enuironnée  d'yeux  ,  auec  cette  infcription  :  Ser-  ce^Siîc' 
uat  ^mlantia  rema.  desRoyau^ 

XL.  Vn  globe  du  monde  parfemé  d'étoilles  j  où  fe 
voy ent  les  deux  Pôles ,  Ardique  &:  Autarcique  3  ayant 
au  bas  ces  mots  *.  Subdet  'Vtrumque  polum, 

X  L I.  Vn  Myrthe  entouré  de  Lys ,  6^:  ce  didon  :  F'i- 
ret  tnter  Itlta  mjrthus, 

XL  IL  Vne  Syrene  qu  Vn  Roy  He  par  les  bras  5  &: 
font  écrits  ces  mots  :  Venitjuh  njmcula,  Prothetts, 

X  L 1 1 1.  Vne  colomne  de  trophée  ,  où  au  milieu 
font  attachées  des  armes  ,  bc  au  fommet  vne  trompet- 
te ,  bc  vn  liure  ,  là  où  fe  lit  cette  infcription  t  Hùfama 
htj'ce. 


114         Le   Trésor   des  merveilles 

X^LIV.  Vn  ieune  garçon  aiflé  ,  fur  lequel  l'Amour 
frappe  d Vn  baiton ,  où  eft  cet  écrit  :  Vitauït fulmsn ^non 
'Vitat  Amorem» 

X  LV.  Vne  chemife  eftenduë  fur  vn  Autel  ,  fur  la- 
quelle vn  Cupidon  met  vn  flambeau  d  Vne  main  ,  &: 
verfe  de  l'eau  de  l'autre,  auec  ces  paroles  :  Innocuo  non 
^vntur  tgne. 

XL VI.  Vn  ieune  homme  habillé  en  chalTeur,  qui 
tient  vne  couronne  de  laurier  au  delTus  d'vn  diamant 
pofé  fur  vn  petit  piedeftal ,  ôi  telle  infcription  :  Cafiis 
caHas  amor. 

XL  VU.  Pltriîeurs  vapeurs  qui  s'efleuent  vn  peu  de 
terre  ,  au  delfus  eft  vn  Soleil  ,  &  plus  bas  ces  mots  : 
Fhœbo  radiante  faceffent, 

XL VI IL  Vn  Amour  dans  vn  globe  celefte  ,  tenant 
fon  arc  preft  à  décocher ,  oii  eft  tel  écrit  :  Vrimumque 
tenemus  amorem, 

X  L I X.  Cupidon  qui  épreuue  vne  pièce  de  monnoyc 
{îir  vne  pierre  de  touche  ,  ôc  là  font  ces  mots  :  Exami' 
na  mlla  veretur, 

L.  Vne  femme  qui  tient  vn  rofier  dans  vn  vafe,6c 
cet  écrit  :  Mea  claudttur  h£cjj?es, 

L I.  Vn  Soleil  qui  darde  fes  rayons  dans  vn  Croiffanta 

_^ auec  tels  mots  :  Mox  toto  raâtahitïn  orbe, 

,^\^r  L II.  Vn  Cupidon  qui  foUille  dans  vne  ruche  de  mou- 
traiiiic  ches ,  lefquellcs  viennent  aufti  toft  le  picquer  ,  tel  eft 
rlpemh!^^  le  didon  :  Comitamur  frrta  dolores. 

LUI.  Vn  réchaud  plein  de  charbons  ardents  que 
les  vents  foufilent  ,  auec  cette  infcription  :  Agitattis 
crejco. 

LIV.  L'Amour  dans  vn  battcau  où  il  rame ,  &:  vn 
Soleil  au  delTus  de  luy  ,  où  fe  lit  cet -écrit  :  In  fplendore 
tuo  iahor  &  quies, 

LV.  Vne  vigne  entrelaffée  d'vn  laurier,  dont  tel  eft 
le  mot  :  C<^/W  hsreUt  in  omnes. 

L  V I.  Vn  Cupidon  au  pied  dVn  rocher  enuiron- 
né  d'vn  Serpent  qui  mord  fa  queue ,  ôû  vn  Soleil  au 


VL 


DE  FONTAINEBLEAV.  LiVRE  IL  iij 
deffus  ,  où  eft  cette  infcription  t  Nec  cacus  nec  njagus 
ardor. 

L  V 1 1.  Vne  lame  entrelafTée  d Vne  branche  de  laurier, 
&  deux  couronnes  au  bout ,  &:  ces  paroles  :  Suam  fert 
iJtraqMe  lauâem. 

L  V III.  Vn  Amour  qui  tient  àç,^  rofes ,  au  deffus  du- 
quel eft  vn  vent  qui  foulîle  ,  où  à  cofté  eft  vn  Ca- 
méléon 5  tel  eft  le  mot  :  Hune  "ventus  ,  fed  me  n>es 
fouet* 

L  I  X.  Vn  Cupidon  qui  tient  vn  vafe  plein  de  feu, 
&:  vn  Soleil  au  deffus  ,  auec  cet  écrit  :  Puro  ardet  & 
'vno. 

L  X.  Vn  Amour  qui  crible  des  plumes  .  &  deux  ^    ^  , 

i/-r/  11-  1  -11  \      n  symbole 

iïiams  entrelaflees  en  alliance  dans  ce  crible ,  ou  eft  cet-  de  la  Fide* 
te  infcription  :  Nunquam  labitur  ifiafides.  ^"^° 

LX I.  Vn  arbriffeau  qui  eft  crû  au  trauers  dVne  mu- 
raille ,  auec  tel  écrit  :  Perrumpt  obfiacula  lent}. 

LXII.  Vn  Cupidon  qui  amaffe  vn  cœur  parmy  des 
diamans  &  des  perles ,  où  font  ces  paroles  :  Preaojtus 
illis, 

LXIII.  Vn  Amour  tout  de  bout ,  les  deux  pieds  fur 
vne  tortue,  ô£  tient  vn  flambeau  renuerfé  ,  auec  cette 
infcription  :  ITutum  Je creta filer e. 

LXiv.  Vn  laurier  enuironné  dVn  dragon,  &  telles 
paroles  :  Vïgilantta  régna  tuetur. 

L  X  V.  Vn  corcelet  d'armes  ,  du  haut  duquel  for-^ 
cent  deux  branches  d'oliuier  ,  où  eft  cet  écrit  :  Pax  fo- 
ret ah  armis,. 

L  X  V  I.  Vne  ruche ,  âu  haut  de  laquelle  eft  en  rond 
vn  effcin  de  mouches  à  miel ,  &  leur  Roy  au  milieu ,  àc 
ces  mots  :  Vlebts  amor  Régis  cufiodiai, 

LX  VII.  Vn  laurier  d'où  pend  vne  horloge  ,  &  telle 
infcription  :  Amat  'Vittona  curam. 

LX  v  1 1 1.  Vne  main  qui  fort  d'vne  nuée,  laquelle  tient 
vn  cœur  couronné  ,  ôC  de  l'autre  cofté  vne  main  eften- 
duë,au  bas  de  laquelle,  eft  vne  mer,&  ces  paroles:  C(?r 
.  *i\egii  m  manu  Jjet  eft» 


îi6         Le  Trésor  des  merveilles 

LXIX.  Vn  Amour  qui  portrait ,  ÔC  tel  écrit  :  Peritu- 
mm  nonjcrifjit  amorem. 

LXX.  Vue  Lamie  qui  tient  vn  rameau  en  vne  pat- 
te 5  elle  eft  dépeinte  à  vifagê  de  femme  ,  ô^  derrière  dé 
Lion  j  tel  eft  l'écrit  :  Arcam  cufiodiafida. 

LXXL  Vn  champ  chargé  de  cafques  ôC  de  pic- 
ques  ,  bc  telle  infcription  :  Dabit  Dcus  ïis  quoque  fi^ 
mm. 

LXX  IL  Vn  Aigle  fort  proche  du  Soleil ,  auec  ces 
mots  :  Mens  ardua  tendit  in  aftra. 

L  X  X 1 1 1.  Vne  Salamandre  dans  Vn  feu ,  ÔC  ces  paro^ 
les  :  M.ihi  dulcis  amor. 

LXX IV.  Vne  queue  de  Paon,  au  cofté  de  laquelle 
eft  vn  Caducée  ,  &;  de  Tautre  cofté  deux  fluftes ,  auec 
cet  emiftiche  :  Eloqmmi  tôt  lumina  claudet. 

LXXV.  Vn  Eliotropc  épanoiiy,  ftir  lequel  rayonne 
vn  Soleil ,  auec  ce  mot  :  JVlthi  ontur  Sol. 

L  X  X  V I.  Vne  flèche  qui  tafche  de  pafTer  au  tra- 
uers  dVne  pierre ,  ôc  ces  paroles  :  Nonfrangtint  oh^acU' 
la  'vires, 

LXX  VIL  Vne  flèche  ardente  haute  éleuée  enrair,"* 
&:  telle  infcription  :  NuUa  altius  ardet, 

LXX  VIIL  Vne  fille  affife  fur  vne  pierre,  &  laquelle 
tient  en  la  main  droite  vne  palme  enuironnée  de  lys, 
ÔC  en  la  gauche  vn  cafque  ,  auec  ces  mots  :  Manet  w- 
dona  conjlans. 

LXXïx.  Vn  Amour  qui  tient  deux  cœurs  liez  en- 
femble ,  où  fe  lit  cet  écrit  :  Animas  alligat  aquos. 

LX  X  X.  Vn  homme  armé  parmy  plufieurs  armes , le- 
quel a  vn  coq  au  deffus  de  fa  tefte  ,  &;  tient  de  la  main 
gauche  vne  boule  au  deffus  d'vn  balîin  ,  auec  ces  pa- 
roles :  DecHs  &  tutamen. 

LXX  XL  Deux  Cupidons ,  au  haut  defquels  eft  vn 
Soleil  ,  où  IVn  de  ces  Amours  tenant  'vn  miroir  ar- 
dent brûle  fon  compagnon ,  dont  tel  eft  le  fymbole; 
Innocuos  hinc  eligit  tgnes. 

LXXXlL  Deux  Amours  qui  fe  tiennent  d'vnenxain. 


DE  FONTAINEBLEAV.  LiVRE  II.  Î17 
&  de  l'autre  tiennent  des  lys  j  auec  cette  infcriptionî 
Hocfœdere  Itliafiorent, 

L XX XI II.  Vn  homme  couronné  de  laurier  ,  qui 
tient  vn  flambeau  à  chaque  main  ,  lefquels  font  enui- 
ronnez  de  feuillages  ,  qu'il  allume  en  vn  vafe  plein  de 
feui  &;  là  font  ces  mots  :  Hù Jhnto perennes. 

LXXXIV.  Deux  femmes,  dont  ÎVne  foule  aux  pieds 
vne  corne  d'abondance  ,  &  femble  dédaigner  &:  reiet- 
ter  vn  portrait  que  l'autre luyprefente, où eft cet  écrit: 
JSlec  Amor  necfalltt  imago, 

LXXXV.  Vne  femme  aiflée ,  qui  tient  deux  trom» 
pettes  en  iç,s  mains  ,  &:  laquelle  a  {ç,s  deux  pieds  fur 
vne  Sphère  j  auec  cette  infcription  :  Ortus  occa/lbâjque 


DV    PAVILLON   ET    DEPARTEMENT 

dit  des  Poëfles  ,  oii  font  dépeints  la  vie  ,  ô£ 
les  Trauaux  d'Hercule. 

Chapitre    XI  I. 


/,  Ce  T^auïUon  efi  le  loge- 
ment des  Rejnes  AîereSy 
bajly  fous  François  I. 

11,  Ouurage  fom  Henry  IL 


âejfein  du  fleur  du  BreuiL 
V'  Fortran  excellent  deM^a- 
dame  laDucheJfe  de  Beau- 
fort, 


11  LOrnemens  faits  fous  di-  VL  Ancienne  Salle  du  Con-^ 

uers  Roys.  feil, 

IV,  Vmgt-feft  Tableaux  du  \ 


O  M  BIEN  que  ce  Pauillon  ,  quant  à  fon  î  " 
édifice  ,  foit  des  derniers  ouurages  qui  fe  j^^  ^^"^{^ 
voyent  icy  du  grand  Roy  François .  il  n'en  logement 

rJ  ■         ^     C  •  ■  W  desReynes 

eil  pas  moms  partait, nymoms excellent  j  Mères,  ba- 
&  peut-on  bien  dire  que  c'eft  vn  des  plus  Jy  ^°"*  , 
beaux  ,  bc  accomplis  qu  il  yayt  point  laulli  elt-il  ordi- 
nairement deftiné  pour  le  logement  des  Reynes  Mères* 


ïi8         Le  Trésor   des  merveilles  ^ 

Fay  remarqué  cy-deuant  comme  Charles  I X.  a  fait  re- 
uelHr  de  belle  pierre  de  taille  tout  le  corps  du  bafti- 
ment  qui  tient  à  ce  Pauillon  ,  lequel  n'eltoit  aupara- 
uant  que  de  moillon.  Tout  ce  département  ell  com- 
pofé  de  trois  eftages  ,  qui  font  fort  commodes  èc  lo- 
geables. Celuy  d'en  bas  eft  pour  des  S'eigneurs  fuiuans 
la  Cour.  Celuy  du  milieu  efl  le  propre  logement  des 
Reynes  ,  qui  confifte  en  pluiîeurs  Salles  ,  Chambres, 
Antichambres 5 ôc Cabinets, que  l'on  trauerfe  de  fuite, 
premier  que  d'entrer  en  la  principale.  Et  le  troifiéme 
ÔC  dernier  eftage  fert  pour  les  Dames  d'honneur  6c  d'a- 
tour,  6c  pour  les  filles  d>C  femmes  de  faMaiefté. 

Ce  département  porte  le  nom  des  Poëlles,  parce  que 
François  I.  y  en  auoit  fait  conllruire  à  la  mode  d'Alle- 
magne, pour  échauffer  ce  grand  corps  de  ballmient, 
lelquelles  en  ont  elle  oftées  depuis, 
f^        O  R  la  principale  Chambre  eft  très-belle  &:  gran- 
Ouurage    ({g  ^  laquelle  Henry  1 1.  a  fait  embelhr  d'vn  riche  plat- 
ryiL        fond,  où  fout  Ics  Chiffres  de  ce  Roy  &C  faDeuife,  auec 
ceux  de  Diane  de  Valentinois,  &c  autour  eft  vn  lambry 
tout  de  mefme  ordre. 

La  Cheminée  eft  de  marbre  blanc,  auec  diuerfesbaf^ 
fes  tailles  de  mefme  matière ,  èc  vn  grand  Tableau  aii 
dedans ,  figurant  Mars  àc  Venus.  Ce  Tableau  eft  dufîeur 
du  Breliil. 

A  collé  de  cette  Chambre  il  y  a  vn  Cabinet  orné  tout 
de  mefme,  d'vn  beau  lambry ,  &C  dVnplacfond  doré  5  où 
fur  la  Cheminée  fe  void  le  Palais  duLouure  en  Perfpe- 
étiue. 

En  l'eftage  au  deffus  de  ladite  Chambre ,  il  y  en  a  en- 
core deux  autres  belles  ôC  grandes ,  enrichies  &  ornées 
de  figures  de  reHef  de  ftuc,  lefquelles  font  au  deffous  du 

^.    platirond,  &  entre  lefquelles  fe  voyent  les  Chiffres  ècles 

^"-     Deuifes  de  François  LdeCharlesIX.de  Henry  le  Grand, 

Urnemens  ^5  ■z  ' 

faits  fous    &de]aDuchefredeBeaufort  :  ce  qui  fait  iuger  que  ces 
Roy"       ornemens  ont  efté  commencez  par  les  Roys  François, 
àc  Charles,  S^  continuez  ôc  acheuez  par  le  feu  Roy. 

Quant 


* 


DE  FONTAINEBLEAV.  LiVRE  IL  119 
Quant  au  lambry  de  la  première  Chambre  ,  les  Sa- 
lamandres donnent  à  connoiftrede  qui  il  efl  :  mais  pour 
ee  qui  eft  des  Peintures  &C  Tableaux  ,  ils  font  tous  du 
règne  de  Henry  le  Grand  j  dans  lefquels  font  reprefen- 
tez  en  ces  deux  Chambres,  &:  en  nombre  de  vingt-fept, 
la  vie  &  quelques  faits  héroïques ,  ou  trauaux  d'Her- 
cule, dont  il  y  en  a  vne  partie  au  nombre  de  quatorze 
en  la  Chambre  qui  regarde  fur  la  Cour  de  la  Fontaine, 
^  les  autres  en  la  Chambre  ioignante  ,  qui  a  veuë  fur 
la  Cour  du  Cheual  blanc. 

l'auois  propofé  de  me  contenter  de  cette  générale 
defcription  de  ces  Tableaux  ,  mais  attendu  qu'il  yen  a 
de  difficile  explication,  ôcqui  ne  fepeuuent  bien  con- 
noiftre  que  par  ceux  qui  font  verfez  en  la  Mytholo- 
gie ,  i'ay  efté  confeillé  d'en  faire  vne  narration  particu- 
lière. 

I.  Le  premier  doncques  où  fe  commence  l'hiftoire, 
eft  en  la  Chambre  fur  la  Cour  de  la  FontainjC  ,  ôc  du 
mefme  cofté,oùfe  void  lanaiffance  d'Hercule. 

II.  Au  fécond  de  fuite  eft  reprefenté  comme  fonpe-  .__ 
re  lupiter  luyfait  ietter  tout  ce  qu'il  auoit  de  mortel.        ^V. 

1-v  1  -r  /  -OTT  I  •    %  /     r       Vingt-fcpc 

III.  Dans  le  troilieme  paroift  Hercule  qui  des  Ion  Tableaux 
berceau  eftouffe  les  Serpens  :  les  nombres  fuiuans  de-  j^^g^rïa 
clareront  Tordre ,  &c  l'entrefuite  des  autres  Tableaux.    BrcUii. 

IV.  Se  void  ce  ieune  Héros  que  Ton  dreffe  à  bien  ti- 
rer de  Tare. 

V.  Mercure  prefente  icy  à  Hercule,  &;  luyfait  don  de 
fon  épée  ;  ôC  Minerue  luy  fait  offre  de  fon  bouclier  ÔC 
de  fes  armes. 

VI.  Suit  en  après  comme  il  deliure  Hefione  d'vne 
Baleine  qui  la  vouloir  deuorer. 

V I I.  Le  combat  qu'il  eut  auec  le  Géant  Antée. 

VIII.  Icy  il  fe  iouë  desPygmées,  &:  les  emporte* 

IX.  L'on  void  en  celuy-cy  le  combat  entre  luy  &C 
Archeloys, reprefenté  fous  la  forme  d'^  Serpent. 

X.  Gomme  il  terralfe  encore  le  mefme,  qui  auoit  pris 
la  fiaure  d'vn  Taureau, 

^  R 


130         Le  Trésor   des  merveilles 

Xî.  Icy  eft  (on  mariage  auec  Deiaaiirc  ,  après  auoir 
ainfî  vaincu  Archeloys  fon  riual. 

XH.  Ce  Tableau  reprefente  comme  plufîeurs  vien- 
nent fe  coniouir  auec  luy  de  l'honneur  de  Tes  victoi- 
res. 

XI IL  Se  remarque  icy  comme  puifanc  de  l'eau  hors 
de  fon  vaifTeau  il  fut  arreftc  par  des  Naiades^  àc  Nym- 
phes des  eaux. 

XIV.  Celuy-cyeft  lemefme  fuiet  du  précèdent.  Touj 
lefquels  Tableaux  à  frefque  font  du  delTein  du  fleur  du 
Breiiil  Peintre  fort  fameux,  dont  le  quatrième  eft  peint 

^ de  (à  propre  main. 

V.  O  VTRE  ceux-cy  il  y  en  a  encore  vn  très-beau  àc 

fcxcciieut  excellent  dans  le  manteau  de  la  cheminée  entre  deux 
me  u^Bu  g'^^^^^^s  figures  de  relief,  lequel  eft  du  feu  fieur  du 
cheiTe  de  Bois ,  d>C  reprcfeute  le  portrait  au  najf  de  Madame  Ga- 
Beaufort.  ^^-^^^^  j)^^^^^  Duchcfte  de  Bcaufort ,  fous  la  figure  d V- 
ne  Diane. 

Dans  l'autre  Chambre  ioignante  celle-cy ,  eft  la  fui- 
te de  l'hiftoire  ÔC  trauaux  de  cet  illuftre  Héros  de  TAn- 
tiquité,  compris  en  treize  autres  Tableaux,  de  mefîne 
ordre  que  les  precedens  j  &  font  ces  derniers  du  ficur 
Roger  Peintre  encore  renommé. 

I.  Au  premier  defquels  pofc  fur  la  cheminée  ^  eft  la 
fuite  de  ladite  hiftoire  d'Hercule  ,  où  il  fe  void  auec 
Deianire  fa  femme  comme  ils  banquettent  enfem- 
ble. 

II.  Paroift  en  après  le  mefiiie,  qui  tenant  fon  arc  tira 
fur  le  Centaure  NeiTe. 

I I I.  Icy  le  Centaure  rauiffant  Deianire  eft  blefte  à 
mort  par  Hercule. 

IV.  Ce  Centaure  donne  fa  chemife  à  Deianire  pour 
la  faire  veftir  à  Hercule,  luy  faifant  entendre  que  def- 
lors  qu'il  Tautfoit  mife  iamais  il  n'en  aimeroit  point 
d'autre.  ^ 

V.  Deianire  porte  cette  chemife  empoifonnée  à  Her- 
cule. 


J 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE   II.  131 

VI.  Icy  il  veft  cette  chemife. 

VII.  L'ayant  reueiluë  l'on  void  comme  enuenimé 
èC  empoifonnéjla  voulant  ofter,il  ne  peut  fans  tout  fe 
déchirer  le  corps  ;  ce  qui  le  trauaille  en  defefperé. 

VIII.  Il  paroift  en  ce  Tableau  fur  vn  bûcher  ardent, 
où  d'homme  mortel,  il  eft  fait  par  ce  moyen  immortel. 

IX.  Celuy-cy  reprefente  comme  il  tue  le  Serpent 
qui  gardoit  les  pommes  d'or  des  Hefperides. 

X.  L'on  le  void  en  après  comme  il  tire  Cerbère  des 
Enfers. 

XI.  Puis  comme  il  en  retire  encore  Proferpine. 

XII.  Il  furprend  icy  vn  Satyre  qui  le  croyoit  eftre 
Deianire. 

XIII.  Le  chaftiment  qu'il  fait  de  ce  Satyre  ,  amou- 
reux de  fa  Deianire.  

Où  premier  que  finir  ce  département,  il  ne  faut  pas  vi. 
oublier  de  parler  de  la  Salle  baffe  qui  eft  au  deifous  de  cfenne^dH 
la  terraffe ,  par  laquelle  l'on  entre  en  la  grande  Galerie,  <^onfeiL 
puis  qu'elle  fait  partie  de  ce  Pauillon ,  èc  département. 
Elle  ne  fert  plus  maintenant  que  de  palfage  pour  en- 
trer de  la  Cour  de  la  Fontaine  aulardin  des  Pins.  L'on 
l'appelloit  autrefois  la  Salle  du  Confeil ,  parce  que  c'e- 
ftoit  là  où  la  Cour  eftant  icy  ,  l'on  le  tenoit  pour  les 
parties.  Ce  qui  refte  de  fa  beauté  fait  bien  paroiftré 
qu'elle  a  efté  en  grande  confideration  ,  eftantcompo- 
fée  de  vingt  colomnes  caneléesauec  leurs  ba{\s  &  cha- 
piteaux j  le  tout  qui  porte  les  arcades,  ôC  cintres  de  ladi- 
te terralfe ,  laquelle  eft  par  parquets  :  ouurage  des  mieux 
entendus  qui  fe  voyent  point  pour  de  la  grefferie.  Là 
eft  vn  lambryauec  les  Chiffres  &;  Deuife  de  François  L 
Mais  ce  qui  s'y  voyoit  de  plus  remarquable,  c'elloient 
plufieurs  Tableaux  à  frais ,  les  vns  du  fîeur  Rouffe  ,  ôc 
les  autres  du  fîeur  de  faint  Martin  j  enfemble  leurs  bor- 
dures de  ftuc  ,  &  quelques  figures  de  relief  qui  fer- 
uoient  d'ornemens ,  que  les  iniures  du  temps  ont  pref^ 
que  entièrement  ruinées. 

Tout  ioignant  cette  Salle  il  y  en  a  vne  autre  qui  fert 

R    ij 


131         Le  Trésor   des  merveilles 

de  magazin  ,  où  font  quelques  figures  antiques  de  re= 
lief,  èc  de  bafTe  taille,  les  vnes  de  marbre, &;  les  autres 
de  bronze» 


DV  PAVILLON,  ET    CABINET    DES 
Peintures  ,  &  Tableaux  particuliers  de 
ce  Chafteau. 

Chapitre    XIII. 


/.    Le  mérite  &  l'ejtime  de 

l'Art  de  Femture, 
IL  Deux  Tableaux  anciens, 

t'vn  achepé  quarante  huit 

mtUe  ejctn ,  c^  l'autre  foi- 

xante  mille. 
///.  Ce  Pauillon  bafty  fous 

Charles  IX» 

IV.  Ouurage    de   Michel 
Ange, 

V.  tlufieurs  Tableaux  de 
Rafhaél  d'Vrbin, 

VL  autres    ouutages    de 
Léonard  da  Vinci. 


VÎLdAutres  d'André  del 

Sart. 
VIlLOeuures  desJteHrsRouf 
fi ,  &  de  faint  Martin, 

IX.  Tableaux  de  PetroTe- 
rugino  i  de  frère  Sebafiien 
del  Piombe ,  &:du  Bordo'-^ 
nono. 

X,  Autres  du  Tipan ,  dti 
Pontorno ,  de  Hierome  de 
Brejfe ,  de  Bartelemy  Ve» 
nitien  ,  de  Vignole  ,  de 
Mejfere  Nicolo ,  &  de  la-- 
net. 


E  V  X  qui  pour  releuer  le  mérite  de  la 
Peinture  ont  dit ,  que  c'eftoit  vn  exercice 
autant  illuftre  &:  noble  qu'il  eft  agreabkj 
n'ont  pas  mal  rencontré ,  puifque  cet  Arc 
imitant  Dieu  ôC  la  nature ,  approche  de  fi 
près  la  refTemblance  de  leurs  ouurages ,  que  bien  fou- 
uent  la  veuë  y  eft  trompée  ,  &  a  peine  de  diftinguer 
l'artificiel  du  naturel  j  témoins  Xeuxis  &  Parrafius  ces 
deux  artiftes  Peintres  de  l'Antiquité  j  dont  Tvn  auec 
iç^s  raifins  déceut  fi  dextrement  les  oifeaux  j  &  l'autre 
les  hommes  par  fon  voile  ,  &  fon  rideau.    Mais  bien 


DE  FONTAINEBLEAV.  LiVRE  II.  133 
plus ,  puifque  cet  Art ,  comme  brauant  la  mort  par  fbn  ~T 
pinceau  ôc  fes  couleurs  ,  femble  mefîne  faire  reuiure  ^VdW* 
dans  fes  naïfs  portraits  ,  ceux  que  dVne  main  cruelle  de  1  Art  de 
elle  couche  au  tombeau.  AufTi  cet  Art  a  toulîours  efté 
en  telle  réputation  parmy  les  Anciens,  &;  particulière- 
ment parmy  les  Grecs ,  qu'ils  ne  fouffroient  pas  autre- 
fois qu'aucuns  autres  que  des  nobles,  &;  des  grands  Sei- 
gneurs s'employaiïent  à  cet  exercice  :  foit  pour  en  faire 
paroiftre  d'autant  plus  grand  le  mérite  ,  &c  ne  le  voir 
profané  par  le  vulgaire  j  foit  qu'ils  iugeaffent  (  com- 
il  eft  vray  )  que  tant  de  bonnes  parties  &c  de  fciences 
eftans  requifes  pour  y  atteindre  à  la  perfection  ,  en  y 
gardant  vne  iufte  obferuance  &  dans  le  colori  ,  6c 
dans  les  ombres,  &;  les  dimenfîons  ^proportions,  ce- 
la n'appartenoit  proprement  qu'aux  Princes  èc  aux 
Grands,  qui  pouuoient fournir  aux  frais,  que  le  temp?> 
&  vn  iufte  loilîr  demandent  aucunement  pour  tel  em- 
ploy. 


ETc'eft  de  laque  l'on  aveu  des  Tableaux  monter  à     n- 
vn  fi  haut  prix  ,  que  Iules  Cefar  en  achepta  deux  du  biej^x  * 


an- 


Peintre  Ariftides  quatre-vingts  talens ,  le  talent  reue-  «^'^"^  >  j^^^ 
nant  à iîx  cens  efcus  de  noftre  monnoye ,  6c  ainfi  le  tout  quarante 
montant  à  quarante  huit  mille  efcus.  Et  il  fe  lit  encore  ef"us""& 
que  le  Roy  Atalus  paya  foixante  mille  efcus  d'vn  Ta-  l'^une  foi- 

1  1  j  r         r>    •  •      rL  /         •  xantcmilleè 

bleau  de  ce  melme  remtre  j  ce  qui  elt  vn  témoignage 
fans  reproche  de  i'eftime  que  l'on  a  toujours  fait  de  ^^'"^' 
cet  Art. 

A  l'imitation  de  ces  grands  Princes  de  l'Antiquité, 
plufîeurs  de  nos  Roys ,  entre  autres  François  I.  Hen- 
ry II.  Charles  IX.  Henry  le  Grand  ,  &C  fa  Maiefté  ré- 
gnante ,  fçachans  iuger  des  chofes  par  leur  mérite, 
n'ont  pas  moins  fait  d'eftime  qu'eux  des  rares  Peintu- 
res j  comme  il  fe  void  en  cette Maifon Royale, par  plu- 
fteurs  riches  Tableaux  qu'ils  y  ont  ramaffez  de  Michel 
Ange  ,  de  Raphaël  d'Vrbin  ,  de  TilTian  ,  d'André  del 
Sart  ,  de  Léonard  da  Vincy  ,  de  RoufTe  ,  du  Primati- 
che  ,  dit  de  faint  Martin  ,  &c  d'autres  modernes  fort 

R    iij 


1^4         Le    Trésor   des  merveilles 
excellens  èc  renommez  ,  defquels  il  a  efté  parlé  cy-de- 
uant. 

Quant  à  la  ftrudure  de  ce  Pauillon  ,  il  eft  en  fuite 

du  département  desPoëfles,  &:  regarde  diredement  le 

milieu  de  la  Cour  du  Cheual  blanc  au  defTus  du  grand 

III.      Efcalier.  Charles  I X.  l'a  fait  édifier  l'an  mille  cinq  cens 

Ion  bafty'  foixautc  ciuq  y  comme  il  apparoift  par  vne  grande  table 

fous  Char-  dc  marbre  noir  pofée  dans  vn  amortiffement  d'archite- 

les  IX 

â:ure ,  enuironnée  de  quelques  enfans  de  relief,  tout  au 
haut  de  ce  Pauillon ,  où  font  grauez  ces  mots  : 

D.  O.  M. 

KarolvsIX.   Dei    gratia    Francorvm 

R  ex. 
Ann.     Do  m.    m.     D.     LXV. 

En  l'eftage  du  milieu  de  ce  Pauillon  eft  ledit  Cabi^ 
net  des  Peintures ,  où  il  y  a  vn  grand  nombre  de  diuers 
Tableaux  deplufieurs  fameux  Peintres  j  defquels  ieme 
contenteray  icy  de  rapporter ,  6c  faire  viie  élite  parti- 
culière des  Tableaux  plus  rares,  èc  plus  eftimez. 
IV.         Vn  chacun  fçait  en  quel  crédit  font  les  ouurages 
£"3ci  ^  ^^  Sculpture ,  &c  de  Peinture  de  Michel  Ange  de 
Ange.       bonne  rote  :  or  il  y  a  en  ce  Cabinet  vn  Tableau  de  luy, 
qui  eft  vne  Leda  couchée  j  il  eft  vray  qu'il  faut  dire 
auec  regret ,  que  la  malice  du  temps  l'a  prefque  entiè- 
rement gafté  y  d>C  quoy  qu'il  foit  ainfi  ,  i'ay  crû  néant- 
moins  pour  la  recommandation  de  ce  Cabinet  Royal, 
eftre  obligé  d'en  faire  icy  mention* 

Raphaël  d'Vrbin,  qui  a  efté  fî  fameux  pour  fon  co- 

lori  5  éc  pour  l'intelligence  ,  &:  le  mérite  qu'il  auoit  en 

irajfari  f«  1^  Peinture  (  que  pour  cela  Georges  Vaftari  luy  donne 

fin   Trattte  i         •  i      r^  •     •  ■    i    ■  i 

desPeintres,  hardiment  le  titre  de  Diuin  )  enrichit ,  &  rend  ce  Ca- 
ttenr7i'iiH-  hinct  tres-Goiifiderable  ,  pour  quatre  de  ï^cs  Tableau:^: 
ftrcs.         qui  s'y  voyent. 

V  Le  premier  eft  vne  Noftre  Dame  auec  vn  petit  lESVS, 

Tableaux    àccompagué  de  faint  lofeph  ,  fainte  lElifabeth  ,  faint 


DE  FONTAINEBLEAV.  LIVRE  IL  13; 
lean ,  &  de  deux  Anges  qiù  verfent  des  fleurs  j  pièce  qui  jf  ^^phaëi 
eft  des  plus  rares  de  cet  excellent  Peintre ,  que  le  Roy 
François  L  achepta  vingt  quatre  mille  francs  j  &  de  ce 
Tableau  il  s*en  void  vn  grand  nombre  de  copies ,  que 
l'on  appelle  ordinairement  la  Noftre  Dame  de  Raphaël. 
Il  n'y  a  pas  long  temps  qu'vn  fameux  Peintre  le  conlide- 
rant  exadement  offrit  d'en  faire  donner  vingt  mille 
cfcus  s'il  eftoit  à  vendre. 

Le  fécond  eft  Saind  Michel ,  lequel  fut  fait  exprés 
pour  ledit  Roy  François ,  dont  le  Pape  Clément  V I  h 
luy  fit  prefent. 

Le  troiliéme  eft  Sainde  Marguerite  grande  comme 
le  naturel,  qu'vn  Seigneur  Florentin  donna  à TEglifeôC 
Prieuré  de  Saind  Martin  des  Champs  à  Paris ,  &  donc 
depuis  l'on  fit  prefent  à  Henry  le  Grand. 

Et  le  quatrième  eft  vn  grand  portrait  de  leanne  d'A- 
ragon Reyne  de  Sicile ,  eftimée  la  plus  belle  Princeffe  de 
fon  temps  j  duquel  portrait  le  Cardinal  Hipolyte  de 
Medicis  fit  prefent  au  Roy  François  L  ._  ____ 

le  donneray  icy  le  troifiéme  lieu  aux  Tableaux  &:  ri-     vi. 
ches  Peintures  de  Léonard  da  Vin,  ou  da  Vinci,  hom-  itage?  ac^ 
me  aulTi  fameux  qu'il  y  en  ait  eu  en  cet  Art,  &C  duquel  Léonard 
François  premier  faifoit  tant  d'eftime  ,  que  l'ayant  fait   ^   '"'^^* 
venir  d'Italie  en  France  ,  quelque  temps  après  eftant  ^''f/'"  "* 
tombé  malade  en  ce  lieu  de  Fontainebleau  ,  ce  grand 
Roy  luy  fit  l'honneur  de  le  vifiter  j  &C  l'on  remarque 
mefme  qu'il  mourut  entre  Ces  bras  :  &C  de  cet  excellent 
Peintre  il  y  a  cinq  Tableaux  en  ce  Cabiiaet. 

Le  premier  eft  Noftre  Dame  auec  vn  petit  I  E  S  V  S 
qu'vn  Ange  appuyé ,  le  tout  dans  vn  payfage  fort  gra- 
cieux. 

Le  fécond  eft  Sainâ:  lean  Baptifte  au  Défère. 

Le  troifiéme  eft  vn  CHRIST  à  demy  corps. 

Le  quatrième  vn  portrait  d'vne  Ducheffe  de  Man^ 
touë. 

Mais  le  cinquième  en  nombre,  &  le  premier  en  efti- 
me  ,  comme  vne  merueille  de  la  Peinture  ,  eft  le  por- 


i]6  Le   Trésor  des  merveilles 

trait  dVne  vertueufe  Dame  Italienne  ,  &  non  pas  dV- 
ne  Courtifane  (  comme  quelques-vns  croyent  )  nom- 
mée Mona  Ltffa  ,  vulgairement  appellée  loconde  ,  la- 
quelle eftoit  femme  dVn  Gentilhomme  Ferrarois  ap- 
pelle François  locondo,  amy  intime  du  dit  Léonard,  le- 
quel l'ayant  prié  de  luy  permettre  de  faire  ce  portrait 
de  fa  femme  ,  il  luy  accorda.  Le  grand  Roy  François 
achepta  ce  Tableau  douze  mille  francs. 

VII.  André'  del  Sart  tiendra  icy  le  quatrième  rang.  Ce 
a'AÎi dS     Cabinet  eft  enrichy  de  deux  de  (ts  Tableaux. 

del  Sart.  Le  premier  eft  vne  Charité  ^  lequel  Tableau  il  fît  en 

ce  Chafteau ,  le  Roy  François  L  y  eftant ,  qui  fut  la  cau- 
fe  que  luy  agréant ,  il  luy  augmenta  aufll  fa  penlîon,  bC 
jdem  vnf-  i'inuita  fort  de  ne  pas  quitter  fon  feruice  ,  ce  qu'il  luy 
"Vj^.     '  ^^  iura  fur  laSainéleÉuangile,  comme  remarque  Vaffari. 
L'autre  Tableau  eft  vne  Vierge  ,  auec  Noftre  Sei- 
gneur ,  Sainde  Elifabeth ,  Saind  lean  ,  6c  deux  An- 
ges. 

VIII.  A  V  Chapitre  De  la  petite  Galerie  cy-defTus  ,  içcf 
?s Tieurs  ^^^^^^  4^^  les  Peintures  &  Tableaux  qui  s'y  voyenr> 
FtoufTe,  &  font  de  Rouffe  5  Peintre  fort  en  crédit  de  fon  temps.  Or 
Mardn!     ^n  cc  Cabinet  il  y  en  a  encore  deux  particuliers  de  fa 

main.  Le  premier  vne  ludith  ,&  l'autre  eft  vn  Mars,& 
vne  Venus  en  petit.  Cet  excellent  ouurier  eftoit  icy 
en  grande  eftime  fous  François  L  lequel  il  auoit  fait  ve- 
nir d'Italie ,  &;  dont  il  regretta  fort  la  mort,  tant  pour 
la  perte  d'vnfî  braue  homme,  qu'à  raifondes  ouurages 
qu'il  auoit  commencées ,  auquel  flicceda  le  Primatice, 
dit  Saind  Martin ,  ou  Boulogne,  en  la  charge  bc  inten- 
dance de  toutes  les  Peintures,  &;  ouurages  de  cette  Mai- 
fon  ,  dont  il  s'en  void  icy  vn  très-grand  nombre ,  où  il 
a  fait  paroiftre  qu'il  aefté  vn  des  plus  excellens  qui  fut 
jamais  en  cet  Art  j  auquel  aAiffi  pour  reconnoiffance  de 
fes  mérites ,  outre  les  penfions  &  appointemens  ordi- 
naires qu'il  auoit  duRoy  ,  fa  Maiefté  donna  auffi  l'Ab- 
baye de  Saind:  Martin  deTroye  en  Champagne  ,  d'où 
depuis  il  porta  le  nom  de  Sainét  Martin. 

La 


DE     FONTAINEBLEAV.      LIVRE    II.        \yy 


no. 


La  mefme  font  encore  trois  Tableaux  dePiecroPe-     ix- 

c  -p,    .  Tableaux 

rugino ,  autre  rameux  reincre.  de  Pictro 

L Vn  eft  vn  C  H R I S  T  en  forme  de  Pèlerin ,  qui  appa-  Jf  p^^j"^"' 
roift  à  la  Magdelene  après  la  Refurredion  ^  vulgaire-  Sebaitien 
ment  appelle ,  vn  Nolt  me  tangere.  "^^^  '^""^^ 

Le  fécond  eft  vne  Cleopatre.  Bordono- 

Et  le  troisième  vn  Sain6t  Hierôme  à  genoux  de- 
uant  vn  Crucifix. 

Plufieurs  autres  Tableaux  enrichilfent  encore  ce  ra- 
re Cabinet ,  où  il  y  en  a  trois  excellens  de  Frerc  Se- 
baftien  del  Piombc  ,  homme  en  crédit  parmyceux  de 
cet  Art. 

Le  premier  eft  vne  Vifitation  de  la  Sainde  Vierge^ 
&  de  Saindie  Elifabeth  :  &  croit-on  que  le  vifage  de 
Noftre  EXame  a  elfe  fait  par  Michel  Ange. 

Le  deuxième  eft  vn  portrait  du  Pape  Clément  Vil. 

Et  le  troifiéme  eft  celuy  de  la  Sœur  de  ce  mefme 
Pape ,  peint  fur  vn  grand  fond  d'ardoife  5  duquel  fa 
Sainteté  fit  prefent ,  ô^  qu'elle  enuoya  au  Roy  Hen- 
ry IL 

Icy  pareillement  fe  void  vn  beau  &:  riche  Tableau, 
reprefentant  vn  CHRIST  auec  Pilate  ,  6^  vn  luif  qui 
tient  noftre  Seigneur  lié  5  Ô£  eft  du  Bordonono. 


Le  Tiffian  ,  dont  le  colori  mignard  ,  eracieux  ,  &  .   ^'  , 

-      .  \  0  '  &  ^         Autres  du 

admirable  ne  le  peut  aflez  eftimer ,  orne  &  enrichit  Tiffiin,  da 
aufli  ce  Cabinet  d'vne  Magdelene  àdemycorps.  Pièce  deH^rT-' 
qui  eft  icy  tenue  des  plus  rares.  medeBicf- 

Pontorno,  amy  intime  de  Raphaël ,  &:  fort  habille  teiemy  ve- 
homme  ,  defireux  de  monftrer  l'amitié  réciproque  qui  ^^J^^"  '^^^ 
eftoit  entre  eux  deux  ,  fit  le  portrait  de  celuy-là,  &  le  deMeiiere 
fien  ,  tous  deux  enfemble  ,  lefquels  fe  regardent  s  qui  jJJ°n°j/^ 
eft  pareillement  vn  des  bons  Tableaux  qui  fe  voyent 
dans  ce  Cabinet. 

Hierôme  de  Breife ,  dit  Sauoldy  ,  voulant  faire  pa- 
roiftre  l'excellence  de  la  Peinture  au  deflus  de  la  Scul- 
pture ,  fit  vn  grand  portrait  de  Gafton  deFoix  à  demy 
couché ,  lequel  eft  à  l'oppofite  de  plufieurs  miroirs ,  &: 

S 


138  Le   Trésor   des  merveilles 

•  ainfi  paroift  de  tous  coftez  j  afin  de  monftrer  le  mérité 
de  la  Peinture ,  qui  par  cette  inuention  reprefente  com- 
me la  Sculpture  ,  vne  figure  de  toutes  parts.  Ce  Ta- 
bleau en  fon  original  eft  encore  vne  pièce  confidera- 
ble  de  ce  Cabinet. 

Là  on  fait  pareillement  fort  eftime  dyne Noftre Da- 
me en  façon  d'Annonciade  ,  accompagnée  de  plu- 
fieurs  Sainds  dc  Sainâies  j  le  tout  de  Frère  Bartelemy 
Vénitien. 

Et  pour  ce  qui  eft  de  TArchitedure  èc  de  la  Perfpe- 
diue,  vn  chacun  fçait  combien  Vignole  en  a  parfaite- 
ment bien  écrit.  Or  icy  eft  de  luy  vn  grand  Tabkàu 
de  Perfpediue  ,  où  fe  voyent  dépeints  excellemment 
bien  tous  les  ordres  d'Architedure. 

Là  font  encore  huit  grands  payfages  faits  à  détrem- 
pe par  Meffere  Nicolo  j  àc  font  ces  Tableaux  fort  efti- 
mez. 

Vn  grand  nombre  d'autres  Tableaux  enrichiffent 
pareillement  ce  Cabinet ,  lefquels  quoy  que  forc.beaux, 
pour  n'eftre  pas  toutefois  dans  l'eftime  des  precedens, 
ie  n'en  feray  icy  mention. 

Seulement  me  contenteray-ie  de  dire  ,  que  li  font 
aufli  les  pottraits  de  François  L  &  de  François  IL  qui 
font  dç  lanet ,  Peintre  fort  renommé  par  la  Mufe  du 
^ofifard.     Prii;ice  de  nos  Poètes, 


DE    FONTAINEBLEAV*      LIVRE  IL  139 


DE     LA     SALLE     DE     LA     BELLE 

Cheminée  ,  autrement  dite  de  la  Comédie. 

Chapitre    XIV. 

/.    Cette  Salle  a  diuers  noms.]      rj  le  Grand, 

II.  ^Dejcriptwn  de  la  Chemi-  IV.  Efcnt  contenant  fes  elo- 
née  de  cette  Salle.  j      geSi  &  lajtrHcture  de  cet" 

III.  Statué  a  chenal  de  H  en-  '      te  Cheminée. 

Ette  Salle  eft  la  plus  grande  de  toutes 
celles  de  ce  Chafteau  ,  auffi  eftoit  elle  au- 
trefois appellée  la  Grande  Salle  ,  ayant 
vingt  toiles  de  long  ,  &;  cinq  de  large. 
L'O  N  la  nomme  maintenant  la  Salle  de  la   ~^ — 
belle  Cheminée,  depuis  qu'en  l'an  mille  cinq  cens  qua-  Cette  Salie 
tre  vingts  dixneuf,  Henry  le  Grandy  fit  édifier  à  l'vne  de  noms"* 
fes  extremitez  celle  qui  y  eft  ,  laquelle  luy  donne  ce 
nom  ,  &  qui  eft  bien  vne  des  plus  belles  qui  fe  voyent 
point  en  quelque  lieu  que  ce  Ibit. 

Elle  eft  encore  appellée  la  Salle  delà  Comédie,  àcau- 
fe  d'vn  grand  théâtre ,  lequel  y  eft  à  l'vn  des  bouts  qui 
regarde  direâ:ement  ladite  Cheminée,  ôc  fert  pour  cet 
eft^et.  Le  feu  Roy  auoit  delTein  d'enrichir  de  Tableaux 
cette  Salle  ,  &  auoit  défia  fait  commencer  quelques 
bordures  de  ftuc  ,  qui  n'ont  pas  efté  continuées. 

O  R  ce  qui  rend  maintenant  ce  lieu  fort  confidera-  1T 
ble,  eft  cette  rare  Cheminée  ,  laquelle  mérite  icy  vne  t^o,JXb 
defcription  particulière  pour  plufieurs  belles  parties  Cheminée 

»    11  •  11  •  •         •      1       J       1  o,de  cette 

qu  elle  contient  \  elle  a  vnigt  trois  pieds  de  haut ,  oL  s^Ue. 
vingt  de  large, laquelle  coniifte  en  quatre  grandes co~ 
lomnes  Corinrhes  d'vn  marbre  brogatelle  bien  diuer- 
fifié ,  fort  rare  6c  exquis ,  auec  les  baies  &;  chapiteaux 
de  marbre  blancs  elles  pofent  fur  deux  grands  piede- 
ftaux  ,  enrichis  de  diuerfes  figures  de  petits  enfans  en 

5  ij 


140         Le  Trésor   des  merveilles 

baffe  taille  de  marbre  blanc,  qui  fouftiennent  les  Chif- 
fres de  ce  grand  Prince  5  où  là  font  encore  aux  quatre 
coins  des  confoles  de  bronze. 

Au  milieu  de  chacun  piedeftal  eft  vne  niche  ,  où  il  y 
a  vn  beau  6c  gi^^^^i  vafe  de  bronze  ,  auec  plufîeurs  en- 
richilfemens ,  ôc  ornemens  de  diuers  marbres  fortpre- 

cieux. 

lïj- ,  Dan  S  le  milieu  de  cette  Cheminée  entre  lescolom- 
cheuai  de  ncs ,  cft  vuc  grande  table  de  marbre  noir  ,  fur  laquelle 
Grand  '^  ^^  ^^  figure  bc  ilâtuë  à  cheual  du  Roy  Henry  le  Grand 
à  demy  relief,  èc  grande  comme  le  naturel  j  il  eft  armé, 
&:  a  la  tefte  couronnée  d'vn  laurier  ,  où  au  defl'ous  de 
fes  pieds  eft  vn  cafque  de  marbre  blanc  ,  6c  plus  bas 
dans  vn  quadre  de  mefmc  matière  àC  couleur  ,  eft  vne 
baffe  taille  ,  où  eft  reprefentée  la  bataille  d'Iury ,  ÔC  la 
reddition  de  la  Ville  de  Mante. 

Aux  deux  coftez  de  cette  figure  du  Roy  entré 
deux  colomnes  de  part  &:  d'autre  ,  il  y  a  deux  autres 
grandes  Statues  ,  encore  de  marbre  blanc  j  IVne  fîgu* 
rant  TObeyffance,  qui  tient  en  main  vn  ioug  auec  vne 
dépouille  de  Lion  j  &c  l'autre  la  Paix  auec  vn  flambeau 
dVne  main  ,  duquel  elle  femble  mettre  le  feu  dans  vn 
amas  d*armes  qui  font  à  fes  pieds.  Pour  dire  que  ce 
grand  Monarque,  après  que  par  la  force  de  fon  brasôC 
de  fon  courage ,  il  a  eu  mis  (^cs  ennemis  dC  fes  fuiets  re- 
belles au  deuoir  Ôc  à  la  raifon  ,  il  a  enfin  donné  la  Paix 
à  tout  fon  Royaume  :  auffi  fut-ce  incontinent  qu'il  eut 
terminé  les  Guerres  Ciuiles,qu'auecvn  foin  tout  parti- 
culier il  fît  conftruirc  cette  rare  Cheminée,  comme  vn 
immortel  trophée  de  fes  vidoires  j  &  c'eft  ce  que  por- 
te vn  écrit  qui  eft  au  deffus  de  fa  figure  à  cette  Che- 
minée en  vn  marbre  noir  ,  où  fe  lifenp  en  lettres  d'or 
ces  paroles  : 


IV. 


HeNRICVS  I V.  Francorum  &  Nauarrji  Rex ,  Bet- 
fenlin  fe"'  ^^^^^  »  FiBor ,  &  Trîumfhator ,  bello  Cmili  confeBo , 
Eloges ,  &      Kegno  recuperato  reflauratoque ,  Face  dom't  fort/que 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE  II.         -1^ 
confikuta ,  Regiis  Penattbm ,  regali  JummPt  focum  £X-      jj  ft^udture 

trUXlt.         M.        D.        I  C.  Cheminée. 

Le  mefme  en  François. 

Henry  IV.  Roy  de  France  &;  de  Nauarre,  Guer- 
rier, Victorieux,  &  Triomphateur,  ayant  donné  fin  à  la 
Guerre  Ciuile,  recouuré  &;  reftauré  fbn  Royaume,  & 
eftably  laPaix  au  dedans  &au  dehors,  a  conitruit  a:uec 
vne  dépenle  Royale  cette  Cheminée,  Tan  M.  D.  IC. 
Au  dellus  de  cet  écrit  en  l'amortifTement  de  la  Che- 
minée eft  le  Chiftrc  de  cet  illuftre  Prince  ,  auec  vne 
couronne  èc  deux  cornes  d'abondance  à  chacun  coilé, 
le  tout  de  bronze ,  &  deux  grands  Lions  de  part  &:.d'au- 
tre  j  pour  monftrer  qu'en  guife  d'vn  Lion  généreux, 
ayant  dompté  fes  ennemis ,  il  a  verfé  l'abondance  ,  &; 
donné  vne  plantureufe  paix  à  Ces  Suiets. 

L'ouurage  de  cette  Cheminée  eft  du  fieur  lacquet 
dit  Grenoble  ,  Sculpteur  fort  excellent ,  où.  il  a  em- 
ployé cinq  ans  au  trauailde  cette  rare  pièce.  Eràpro- 
pos  de  Henry  le  Grand ,  &:  de  fa  figure ,  vn  de  nos  Poè- 
tes luy  adrefle  ces  beaux  vers. 

Votcy  d'^vn  fécond  Mars  l'image  redoutable ,  Le  fieur  te 

Rends  luy  la  contemplant ,  l'honneur  qu'ont  mérité       ^^^/*^- 
Les  triomphes  heureux  de  ce  Prince  indomptable  3 
Qui  matnt  peuples  domptant ,  s'efi  luy  mejme  dompté, 
Tel  fut  Henry  le  Grand  queHrfk figure  armée. 
Semblable  fut  fon  œtl  "vraye  efoille  de  Adars, 
Les  lauriers  defon  chef  3  fruits  de  fa  renommée, 
M-onftrent  ce  qu'on  peut  'voir  en  guerre  de  hafards. 
Exemple  de  Vertus  ,parure  de  l'Hijloire , 

L'amour  &  la  terreur  font  cachez^  en  tes  jeux 
Aux  combats  tres-heureux ,  très -doux  à  la  'viéfoirei, 
Qui  te  regarde  void  tout  l'ornement  des  deux. 
Tu  gagnas  par  amour  des  François  le  courage. 
Et  par  force  vainquis  lefrperbe  ef ranger , 
u4uft  nous  regardons  ,  &  gardons  ton  image, 
Et  croyons  lagardans  émter  le  danger, 

S    iij 


141  Le  Trésor  des  Merveilles 

La  France  deliurée  ainjl  qu'vne  Andromède  ^ 
Append  a  ta  'vertu  ce  riche  monument^ 
Comme  ^ïuant  tu  fus  defes  maux  le  remède. 
Estant  mort  ton  portrait  luj  fert  d'allégement. 


DES  DEPARTEMENS  DV  ROY  ,  ET  DE 

laReyne ,  oùfe  voyent  plufieurs  excellens  Tableaux 
de  THiftoire  de  Theagenes  &;  Cariclea  ,  de  Clorin- 
de  ÔC  Tancrede,  &  autres. 


Chapitre    XV. 


/.  Feu  Jjmbole  de  la  Roy- 
auté» 

IL  Chambre  de  l'Ouale  ,  lieu 
de  la  naijfance  de  Loujs 
XllL 

II LQuinZje grands  Tableaux 
/  dufeufieur  du  Bois  Pein- 
tre fort  renomme. 


IV.  Du  Département  de  la 
Rejne. 

V.  Le  Cabinet  dît  des  Em- 
pereurs. 

VI.  Huit  Tableaux ,  dont  le 
fuiet  eft  tiré  de  Torquato 

Tajfo. 


Feu  fym- 
bole  de  la 
Royauté. 


ViSQVE  le  Feu  a  toufiours  efié  le  fym- 
bole  de  la  Royauté  j  pour  apprendre  aux 
hommes  auec  quel  refpeâ;  il  faut  s'en  ap- 
procher, ny  de  trop  prés,  nyde  trop  lomg, 
6c  mefme  reuerer  par  vne  humble  fubmif- 
lion  toutes  les  chofes  qui  la  touchent  :  C'eft  doncques 
dans  ce  iufte  fentiment  que  ie  m'en  approcheray  3  ie 
veux  dire  ,  qu'il  eft  queftion  de  traitter  des  Departe- 
mens  particuKers  du  Roy  &:  de  la  Reyne  en  ce-tte  Mai- 
fon  Royale.   Or  ils  commencent ,  6c  nommément  ce- 
luy  du  Roy  ,  auPauillon  6c  Chambre  de  Saind  Louys 
(  dont  il  a  efté  parlé  amplement  cy-delîus  )  laquelle 
Chambre  eft  maintenant  le  lieu  où  le  Roy  prend  d'or- 
dinaire {qs  repas,  &C  fert  comme  de  Salle  à  ce  Départe- 
ment, d'où  l'on  entre  dans  l'Antichambre  ou  Cabinet 


DE   FONTAINEBLEAV.     LiVRE  IL  145 

de  fa  Maiefté ,  en  laquelle  fe  void  vn  très-beau  &  riche 
platfond  de  menuiferie  ,  compofé  de  plufieurs  quadres 
àc  parquets  renforcez  ,  auec  leurs  moulures  ,  &  autres 
diuers  ornemens  dorez  ,  6c  bien  enrichis.  Le  refte  de 
ce  lieu  ell:  pareillement  embelly  d'vn  lambry  doré  ,  dC 
de  peintures  ,   qui  eouurent  plulieurs    grandes  ar- 
moires fort  bien  pratiquées  dans  l'épaifleur  du  mur, 
fur  lefqueiles  font  peintes  plufieurs  figures  reprefen- 
tans  la  Force ,  la  Prudence ,  la  Tempérance ,  la  IuiHce,ÔC 
autres  Vertus  Morales,  que  quelques-vns  veulent  croi- 
re y  auoir  elté  faites  à  delfein  de  feruir  d'auis  à  tous 
ceux  qui  s'approchent  de  ce  lieu  facré  ,  qu'ils  doiuent 
foigneufement  pratiquer  ces  Vertus.   Là  font  encore 
quelques  payfages,&  autres  ornemens.  Mais  fur  tout 
ce  qu'il  y  a  de  plus  confiderable  ,  font  deux  Tableaux 
pofez  fur  la  cheminée  ,  qui  eft  d'vn  beau  marbre  :  l'vn 
où  font  plufieurs  Cyclopes  è>C  Forgerons  ,  qui  battent 
fur  l'enclume  auec  Vulcan  :  &C  l'autre  eft  vne  Hiftoirs 
reprefentant  lofeph ,  comme  fes  frères  le  font  venus 
vilîter  en  Egypte  ;  6c  font  ces  deux  Tableaux  duiieur 
de  Saind  Martin. 

De  cette  Antichambre  ou  Cabinet  l'on  paffe.  à  la 
Chambre  du  Roy,  où  eft  fur  la  cheminée  vn  fort  beau 
Tableau  ,  reprefentant  la  Deefl'e  Flora  j  &;  eft  du  feu 

fieurduBois. 

La  aucoftéde  cette  Chambre  il  yavn  tres-excel-     11. 
lent  &C  grand  Cabinet ,  ou  Chambre  ,  communément  dd^ouale, 
appellée  la  Chambre  en  Ouale,  parce  qu'elle  eft  de  cet-  ^'^^  ^^  '^ 
te  forme  &  figure  :.  lieu  fort  confiderable  pour  deux  de  Louys 
raifons.  ^^^^ 

La  première  ,  d'autant  que  c'eft  la  Chambre  où  fa 
Maiefté  auiourd'huy  régnante  eft  née.  L'autre,à  caufe 
de  fes  riches  Tableaux,  où  ledit  fiçur  du  Bois  a  fait  voir 
d'vncolori,&  d'vn  deifein  tres-gracieux  ,  l'excellence 
ÔC  la  mignardife  de  fon  pincesiu  ,  &;  l'intelligence  par- 
faite qu'il  auoit  en  cet  Art:  Tableaux  qui  en  leur  méri- 
te répondent  heureufement  bien  au  fuiet  qu'ils  repre- 


144         Le   Trésor   des  merveilles 
fentent  ;  fçauoir  les  amours  toutes  chaftes  de  Theage- 
nes&deCaricleaj  oul'hiftoire  Ethiopique  d'Heliodo- 

re  5  tant  ÔC  iuftement  eftimée  dVn  chacun  :  dont  les 

Qdnze  principales  matières  font  dépeintes  en  quinze  grands 
grands  Ta-  Tablcaux  qui  font  autour  de  cette  Chambre  j&  en  fon 
feu Tcu"  platfond  ,  auec  des  riches  bordures  de  ftuc  ,  àc  diuers 
du  Bois     ornemens  des  Chiffres  de  Henry  le  Grand ,  ôc  de  la  Rey- 

Peintre 

fort  re-    ne  j  Car  c'a  efté  le  feu  Roy  qui  a  fait  orner  entièrement 
nomme,     cette  Chambre  comme  elle  cft  auiourd'huy  ,  en  mé- 
moire de  cette  nailfance  de  Monfeigneur  le  Dauphin, 
Tan  mille  (ix  cens  yn. 

.  Et  de  fait  qu'à  l'yne  des  extremitez  de  ce  platfond 
fe  void  ce  Dauphin  que  le  Roy  y  fit  peindre,  tenant  yn 
Sceptre  d'vne  main  ,  vn  laurier  de  l'autre ,  bc  yne  cou- 
ronne Royale  fur  fa  tefte  ,  fouftenuë  par  quelques  pe- 
tits Amours  ,  tandis  que  d'autres  verfent  fur  luy  des 
fleurs  en  abondance.  Où  ie  n'oublieray  de  dire  encore, 
que  le  lambry  de  cette  Chambre  eft  parfaitement  em- 
belly  ,  outre  l'or  qui  y  éclatte  ,  de  diuers  petits  payfa- 
ges  ,  &C  autres  gracieux  enrichiffemens.  le  ne  feray 
point  vne  plus  particulière  defcription  de  ces  Tableaux, 
d'autant  qu'il  n'y  a  gueres  de  perfonnes,  à  qui  le  fuiet ,  ôC 
l'hiftoire  n'en  foit  connue. 

TT  1>  V    D  E  T  A  KT  E  M  E  N  T 

de  la  Rejne. 

POVR  commencer  à  décrire  ce  qui  eft  du  logement 
&  département  de  laReyne,  lequel  fuit  immédia- 
tement celuy  du  Roy  ,  fuflit  de  dire  que  l'on  y  aborde 
par  deux  collez  :  l'vn ,  ôC  eft  le  principal ,  par  l'efcalier 
qui  yient  de  la  Cour  de  TOuale  ,  par  où  l'on  entre  au 
lardin  de  la  Reyne  :  èc  l'autre,  celuy  en  fortant  de  la 
Chambre  du  Roy  ,  par  où  ie  continuëray  cette  defcri- 
~   ption  pour  fuiure  Tordre  de  ce  baftiment. 
Le  Cabinet     O  V  d'abotd  Ton  entre  par  yn  grand  Cabinet,  appel- 
rcurs.       le  le  Cabmet  des  Empereurs  ,  parce  que  la  en  douze 

Tableaux 


DÉ  FONTAÏNEBLEAV."  LiVRE  IL  14; 
Tableaux  font  les  portraits  des  douze  Cefars  àcheual, 
au  milieu  defquels  dans  le  manteau  de  la  cheminée  pa- 
roift  celuy  de  Henry  le  Grand ,  aufli  à  cheual ,  le  cafque 
en  tefte  ,  ôC  de  mefine  ordre  que  les  precedens  :  place 
qui  eftoit  bien  deue  à  fes  Vertus,  comme  ayant  eu  luy 
feul  les  mérites  de  tous  ces  grands  Monarques  :  ce  qui 
m'a  oblige  fur  cette  heureufc  rencontre  ,  d'emprun- 
ter ,  ôC  accommoder  à  ce  propos  les  vers  fuiuans  du 
plus  célèbre  de  nos  Poètes  ,  pour  en  honorer  la  mé- 
moire de  ce  Prince» 

Qtiand  entre  les  Cefars  i'apperçoù  ton  image  y 
Découuranî  ton  beau  chefà'vn  cafque  reueHus 
VoyeZj  ce  dis~ie  alors ,  combien  peut  la  Vertu 3 
Qut  fait  de  nofire  Roy  'vn  Cefar  en  courage, 
^on  peuple  en  ton  portrait  reuere  ton  'vifage , 
Et  la  main  qut  naguère  a  fi  bien  combatu. 
Quand  iennemy  par  terre ,  ç^ par  mer  abbaîu^ 
ji  la  France  rendit  fin  ancien  riuage. 
Ce  neH:  petit  honneur  que  d'efire  portrait ,  Sire, 
Entre  les  "vieux  Cefars  qui  ont  régi  l'Empire, 
Comme  toy  ^valeureux,  magnanimes ,  &  iufies. 
Cefigne  te  p  romet ,  grand  R  oj  'viâtorteux , 

Puife^ue  ^ifon  fefleue  au  nombre  des  Augujtes  ^ 
Queftant  mort  tu  es  fait  le  compagnon  dTs  Dieux. 
De  ce  Cabinet  l'on  entre  en  la  Chambre  de  la  Rey- 
hcj  &  pafTant  plus  outre ,  l'on  fait  rencontre  d'vne  Sal- 
le, où  eft  au  bout  vn  autre  très-beau  Cabinet ,  dont  le 
lambry  &  platfond  doré  eft  compofé  de  plufieurs  qua- 
<lresj  où  font  peints  à  fond  d'or  diuerfes  hiftoires,pay- 
fages ,  fleurs ,  hc  autres  femblables  ornemens  -,  qui  ren- 
dent ce  lieu  parfaitement  agréable.  , 

Mais  fur  tout  ce  qui  le  fait  confiderer ,  font  huit  „  .^'fi 
grands  Tableaux  tout  autour,  qui  font  du  feu  fleur  du  bicàux , 
Bois ,  où  il  n'a  pas  moins  fait  paroiftre  la  gentillelTe  de  f  "JJ^'^Jj^^^ft 
Ton  efprit,  &  de  fon  pinceau,  qu'en  tous  les  autres  ou-nréduTaf> 
urages ,  qui  font  &  de  fa  main  ,  &;  de  fon  deffein.  En  °* 
ceux-cy  fe  void  l^iftoire  des  amours  de  Tanerede,  ôc  de 

T 


146         Le   Trésor   des  merveilles 

Clorinde  ,  dont  le  fuiet  eft  pris  de  ce  qu'-eii  écrit  Tor- 
quato  TafTo  en  faHierufalem  deliurée  :  ouuragefi  con- 
neu ,  qu'il  fembleroit  hors  de  propos  d'en  faire  vne  plus 
ample  defcription. 

Il  eft  bon  de  remarquer .,  que  ces  departemens  en 
kur  édifice  font  doubles ,  ayans  deux  corps  de  bafti- 
mens  qui  fe  ioignentj&;  communiquent  l'vn  à  l'autre, 
èc  les  rendent  fort  commodes  5  dont  l'édifice  qui  eft 
du  coftéde  la  Cour  duDonion  eft  de  François  I.  (com- 
me il  fe  reconnoift  par  fes  Chiffres)  àc  celuy qui  eft  du 
cofté  du  lardin  de  la  Reyne  eft  de  Charles  I  X.  ainfi^ 
qu'il  apparoift  de  ce  mefme  cofté  au  dehors  par  Ces 
Chiffres ,  pofez  entre  deux  buftes  de  bronze. 

Et  font  ces  deux  departemens  fi  logeables  jqu'eftans 
compofez  de  trois  eftages ,  celuy  du  milieu  eft  occupé 
par  leurs  Maieftez ,  ôC  celuy  d'en  haut  &C  d'en  bas  font 
deftinez  pour  les  Dames  d'honneur  àc  d'atour  de  la 
Reyne ,  éc  pour  fes  filles  d'honneur  ,  Sc  fes  femmes. 


DE    FONTAINEBLEAV^     LIVRE   IL         147 


DE    LA  GALERIE   DE  LA   REYNE  ,  OV 

font  plufîeurs  Tableaux  5  contenans  ,  les  vns  les 

Batailles  ,  èc  Vidoires  de  Henry  le  Grand; 

6cks  autres  diuerles  fidions Poétiques. 


Chapitre    XV L 


/.  Henry  IV.  afakbafiir^ 
&  orner  cette  Galerie, 

II,  Flufieurs  Statues  de  mar- 
bre blanc  ornent  le  dehors 
de  cette  Galerie. 

JIL  Diuers  embellijfemens  de 
cette  G  alerte  i 


IV.  Table  au  ou  Je  njoid  la 
reddition  des  Villes  dé 
Mante  ,  &  de  Vernon. 

V.  Tableaux  contenans  les 
amours  d' Apollon  ^  &  ceux 
de  Diane. 

VI.  Cabinet,  dit  de  la  Volière, 


A  RM  Y  le  nombre  Acs  merueilles  de  ce 
Palais  Royal ,  celle  de  cette  Galerie  n'eft 
pas  des  moindres  j  qui  en  beauté ,  &;  en  lîn- 
gulieres  excellences ,  ofe  bien  difputer  de 
mérite    auec  les  plus  accomplies  qui  fe 

voyent  point  ailleurs. 

E  L  L  E  a  vingt  huit  toifes  de  long ,  bc  trois  de  large,      i- 
laquelle  doit  à  Henry  le  Grand  l'honneur  de  l'auoir  afak  Lftir 
édifiée ,  ornée  <  bc  enrichie  »  Tan  mille  fix  cens  ,  en  Te-  ^'  ^'^^^ 

cette  Gale- 

ftat  qu'elle  ell  :  comme  font  foy  fes  chiffres  qui  font  en  ne. 
diuers  endroits  j  auec  ces  lettres  H.  D.  B.  àc  ces  au-  Henry  de 
très  M«  Do  M.  accompagnées  des  armes  de  France  ôc  ^?"^i°"'-- 

/  1  /         iJ  1-    •  M  Ane  de 

de  Nauarrcj  ecartelees  d'autre  part  de  Medicis,  MedicU, 

Cette  Galerie  eft  baftie  de  pierre  &  de  brique  ^  la- 
quelle du  cofté  du  lardin  de  la  Reyne  eft  enrichie  par 
le  dehors  de  quati'e  grandes  figures  de  marbre  blanc, 
pofées  dans  des  niches  en  la  face ,  &:  milieu  de  cet  édi- 
fice j  l'vne  reprefentant  Apollon  j  l'autre  vne  Diane  j  la  11. 
troifiémeBacchus  j  &:  la  quatrième  Cerés  :  les  deuxpre-  stauiëTde 
mieres  modernes,  OC  les  deux  dernières  antiques.  Ou-  m^ibre 

T   ij 


148        l£  Trésor  des  Merveilles 

blanc,  or.  ^j-e  dix  buftes ,  aufli  de  marbre ôc antiques,  qui  ornent 

hors  de    fort  la  façade  de  ce  bafliment. 

cette  Gale.      D'yu  cofté  Cette  Galerie  tient ,  &  eft  encore  du  de- 

lie.  ' 

partement  de  laReyne,dont  elle  en  porte  aulïi  lenomj 
6c  de  ce  colté  cy  l'on  y  monte  par  huit  degrez  ,  &;  eft 
fon  entrée  6^  portail  de  marbre  blanc, enriehy  de  deux 
cornes  d'abondance,  &;  autres  ornemens  5  le  tout  por- 
té ae  deux  colomnes  Corinthes  de  marbre  noir  ,  auec 
leurs  chapiteaux ,  bafes ,  ÔC  piedeftaux.  De  l'autre  parc 
cette  Galerie  aboutit  à  la  Conciergerie,  &  fur  le  fofTé. 
Vn  beau  lambry  règne  tout  autour ,  il  eft  de  bois 
peint  ^  doré  ,  remply  des  Chiffres  du  Roy  ,  ôc  de  la 
Reyne,de  petits  Tableaux  en  camaieul,ôcdeplufîeurs 

pots  de  fleurs  en  or. 

III'         Sa  voûte  eft  extrêmement  agfeable  avoir  dahs  la 

beSmés  beauté  de  l'or  qui  y  cclatte  ,  ÔC  des  belles  Peintures  6c 

Galère*^    Tableaux  que  l'on  y  void  en  grand  nombre  ,  reprefen- 

tans  diuers  fixions  des  Anciens ,  le  plan  &:  l'afped  de 

quelques  Villes ,  ôc  payfages ,  ôc  plufieurs  crocefques  ÔC 

arabefques ,  auec  diuers  camaieuXi 

Là  font  deux  cheminées ,  où  en  l'vne  eft  ^c  portrait 
grand  comme  le  naturel  de  Henry  IV.  fous  la  fîgur© 
d'vn  Mars  ,  affis  fur  vn  trophée  d'armes  3  &  fur  l'autre 
eft  la  Reyne  veftuë  à  la  Royale  ,  fous  la  reffemblance 
d'vne  Diane  j  de  laquelle  vn  de  nos  Poètes  parle  ainfiî 
Maiher-  t.t  quand  l'auraj  pemp  ton  image ^ 

^"-  Quiconqpie  "verra  cette  ouurage, 

Aduouèra  que  Fontainebleau  ^ 
Le  Louure ,  ny  les  Tmlleries, 
En  leurs  fuperh es  Galeries  ^ 
ISI'ont  point  'vn  fi  riche  Table  au. 
De  plus  fur  l'entrée  de  la  grande  porte  de  cette  Ga^ 
lerie  ,  efl  encore  le  portrait  de  ce  Roy  en  vn  bufte  de 
firage  :  &  à  fes  coftcz  font  deux  beaux  &  grands  Ta- 
bleaux ,  l'vn  reprefentant  laTaix,  le  fécond  la  luftice: 
&  tout  à  l'autre  bout  de  la  Galerie,  eftvn  excellent  Ta- 
bieau,  figurant  la  France  vidorieufe. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVXE  IL         145, 

Mais  fur  tout  ce  qui  rend  ce  lieu  remarquable,      iv. 
eft  vn  grand  nombre  de  Tableaux  auec  leurs  bordures-,  où  fbToa! 
ide  fept  pieds  de  haut ,  ôc  feize  de  laree  ,  dont  il  y  en  a  '^  ^'=^'^'- 
dix  qui  iont  au  milieu  de  cette  Galerie ,  cinq  de  cnaqui£  ViUes  de 
cofté ,  où  fe  voyent  les  Batailles  &:  Vidoires  de  cet  illu-  ^eVernof. 
lire  Prince  j  entre  autres  celle  dlury  ,qui  fut  fuiuie  in- 
continent de  la  reddition  des  Vilks  de  Mante  ,  èc  de 
Vernon  fiir  Seine, dont  quelques  Bourreois  paroilTent 
en  ce  Tableau  dans  les  fubmiflionsdetres-humblesSu- 
iets ,  profternez  aux  pieds  de  fa  Maieflé  j  &:  après  luy 
auoir  demandé  pardon  luyprefentent  les  clefs  de  leurs 
Villes  5  auec  proteftation  ,  ÔC  alTeurance  de  leur  fide^ 
lité. 

Dans  les  autres  Tableaux  qui  font  de  mefine  gran- 
deur ,  paroilfent  diuerfes  fixions  des  Poètes  ,  dont  il  y 
en  a  vn  au  deffus  du  portrait  duRoy,  qui  repre  fente  la 
Nymphe  Syrinx  ,  lors  que  Pan  la  pourfuiuant  dans  vii 
marais  ,  &  penîant  Tembraffer  ,  il  fe  veid  trompé  ,  ne 
trouuant  entre  fes  bras  que  des  rofeaux  j  en  quoy  elle 
auoit  efté  changée  par  les  Naiades  qui  l'eftoient  ve- 
nues fècourir.  • . „ 

Les  deux  premiers  Tableaux,  à  commencer  à  l'en-     J- 
trce  de  la  porte  du  cofté  du  lardin  de  la  Conciergerie,  contenans 
font  les  amours  de  Diane ,  &  d'Hipolyte.  Ïa' oi°on! 

Le  troifiéme  eft  Diane ,  qui  fe  vaiige  d'Oenée  par  le  &  "ux  de 
moyen  du  fanglier  Calydon  dVne  prodigieuft  gran- 
deur, lequel  gafta  les  pays  de  ce  Roy  d'Etolie,pour  auoir 
méprifé  cette  Deelfe  ,  ne  luy  ayant  offert  les  facrifices 
ordinaires. 

Au  quatrième  fe  void  le  rencontre  de  Diane  ,  6c  de 
lia  Nymphe  Califto  ,  vue  de  Ces  filles  fuiuantes. 

Puis  au  cinquième  paroift  comme  cette  DeefTe  fe 
baigne,  àc  contraint  Califto  de  fe  lauctjôc  baigner  en 
fa  compagnie. 

En  l'autre  bout  de  cette  GûenCyèC  de  ce  mefme  co- 
fté ,  après  les  Tableaux  des  Batailles  &  Vi6boires  de 
Henry  le  Grand,  il  yen  a  encore  quelques  autres,  dont 

T    iij 


i;p         Le  Trésor  des  merveilles 

en  IVn  eft  le  iugement  de  Midas  en  faueur  de  Màrfias 

contre  Apollon. 

Puis  au  fuiuanc ,  comme  Achille  fut  donné  au  Cen- 
taure Chiron  pour  l'efleuer. 

En  après  eft  reprefenté  la  punition  du  Corbeau  par 
le  changement  de  fon  plumage  de  blanc  en  noir  ,pout 
le  rapport  qu'il  auoit  fait  à  Apollon  contre  Coronisi 
qui  fut  caufe  de  luy  auoir  fait  lafcher  vn  trait  de  fon 
arc",  qui  coucha  au  tombeau  cette  Nymphe  ,  non  fans 
mille  regrets  de  cette  adion  trop  précipitée. 

Dans  le  Tableau  fuiuant  font  les  amours  d'Apolion> 
ôcde  cette  Coronis  j  ôC  ainfi  celuy-cy  doit  précéder  en 
ordre. 

Se  void  au  fond  de  la  voûte,  comme  Phaeton  monte 
au  Ciel  reconnoiftre  fon  père  Apollon. 

Icy  paroift  Apollon ,  qui  ayant  vaincu  le  Satyre  Màr- 
fias >  récorche  attaché  à  vn  arbre  ,  pour  s'eftre  vou- 
lu, témérairement  comparer  à  luy  à  bien  ioiier  de  la 
flufte. 

Eft  reprefenté  en  après  comme  la  Nymphe  Clymenb 
montre  à  fon  fils  Phaé'ton  Apollon  ,  ou  le  Soleil  fon 
père. 

Dans  le  Tableau  en  fuite ,  eft  reprefenté  Apollon  qui 
pourfuit  Daphné  :  &C  là  mefme  comme  Apollon  mé^ 
prife  l'Amour  ,  faifant  paroiftre  fa  victoire  ,  &  la  force 
de  fon  bras ,  d'auoir  fceu  tuer  le  Serpent  Pithon  qui  pa« 
roift  à  fes  pieds. 

Dans  le  pénultième  Tableau  de  mefme  cofté  (e  void 
Latone ,  qui  voulant  faire  boire  Apollon ,  &c  Diane ,  (es 
enfans ,  elle  change  en  grenouilles  des  Faucheurs  qui 
auoient  voulu  troubler  l'eau  :  ÔC  c'eft  le  premier  Ta- 
bleau d'Apollon  jôi  de  Diane ,  qui  tous  deuxparoiifcnt 
en  leur  enfance  j  Tordre  de  ces  Tableaux  n'ayant  pas 
efté  bien  obferué. 

Où  dans  l'entrefuitte  de  ces  me^fmes  Tableaux  ,  il  y 
en  a  d'entremeflez  de  couleur  de  lirage  ,  reprefentans 
des  Dieux ,  àc  des  Deeffes  des  Anciens. 


DE  FONTAINEBLEAV.     LiVRE  ÎI.  r;r 

EN  l'vn  des  bouts  de  cette  Galerie  à  cofté  delà  Vo -^ 

liere,eft  vn  beau  Cabinet  auee  Ton  lambry,omé  &:ein-  Cabinet . 
belly  de  diucrfes  Peintures  j  ÔC  de  fix  grands  payfagesj  ^'^^^  '^ 
où  fur  la  cheminée  eil;  vn  fort  beau  Tableau  du  feu 
fleur  du  Bois  >  qui  reprefente  l'Art  de  Peinture  &:  de 
Sculpture,  Ce  Cabinet  porte  le  nom  de  Cabniet  de  la 
Voliere^^  parce  qu'il  eft  en  partie  ouuert  de  ce  cofté-là, 
où  l'on  void  dedans ,  &  d'où  l'on  entend  la  mélodie^  èc 
le  chant  gracieux  d'vn  grand  nombre  d'oifeaux. 


DE  LA  GALERIE   DES    CERFS  ,  OV   SE 

voyent  les  portraits  des  Forefts ,  àc  Maifons 
Royales  de  France. 

Chapitre    XVI  L 

/,    Quarante  trois  tejtes  de  \  IV.  Autre  Cerf  qui  tua,  ''vn 
Cerfs  ,  auec  diuers  orne-       des  Veneurs  du  %.oy. 


mens. 
IL  Cerf  aijlé,  T>emfe    de 

Charles  VI.  &  fourquoy, 
JIJ.  Cerf  pris  en  cette  Foreïi 

Par  Loujs  XIIL 


V.  Quinz>e  Cartes  en  forme 
de  "Tableaux ,  chacune  de 
treiz^e  pieds  de  haut  ,  O* 
'Vingt  cinq  de  large. 


f^^r'^çSk^  N  confîderant  les  excellensôc  diuers  ou-      i. 

urages  de  l'Art  ,  dont  cette  Galerie  eft  ,^^",Te* 
enrichie  par  Tes  Peintures  ,  il  y  a  dequoy  ^^  Cerfs, 

do  ,  1  Ml  auec  diuers 

mirer  quant  oC  quant  les  merueilleux  omemcns- 

effets  de  la  nature  ,  en  la  diuerfîté  des 
beaux  bois  &  telles  de  Cerfs ,  qu'elle  contient  au  nom- 
bre de  quarante  trois  j  leiquels  font  fi  bien  ordonnez, 
&;  rangez  de  part  &:  d'autre  ,  auec  des  ornemens  de 
feuillages  d'or ,  bc  remarquables ,  foit  eh  l'eftendue  de 
leurs  bois ,  ou  foit  en  leur  forme  extrêmement  bigear- 
re ,  qui  monftrent  le  grand  aagé  &  vieilleiTe  des  belles  , 
faunes  qui  les  ont  portées, que  l'on  peut  iuger  de  trois 


ïji  Le   Trésor  des  merveilles 

ou  quatre  cens  ans, &: plus; fi  tant  eft  que  ces  animaux 

viuent  fi  long  temps ,  comme  alTeurenc  ceux  qui  ont 

/«/«»<«/ ^« -écrit  des  chofes  naturelles-.  Témoin  celuy  dont  par- 

Parali»  Tn  Icut  diuei's  Autlicurs ,  que  Charles  V  I.  prit  en  la  Fo- 

/«z>f»/y>/.  reft  de  Senlis  ,  l'an  mille  trois  cens  quatre  vingts  vn, 

qui  âuoit  vn  collier  de  cuiure  doré  jauec  ces  mots  gra- 


II. 


& 

•quoy 


III. 

Xleif  pris 
par   Louys 
XIII. 


Cerfaific,  ^g^  :  C€/^r  hoc  me  âonauït.  Cefar  me  l'a  donne.  A  rai- 
chariesvi.  fon  dequoy  ce  Prince  (  dit  le  Bien-aimé  )  choifit  alors 
,^°"'^^'  pour  fa  Deuife  vn  Cerf  volant ,  ayant  vne  couronne 
d'or  au  col,  pour  mémoire  de  cette  prife^fiar  la  créance 
que  ce  Cerr  eiloit  du  temps  de  Iules  Cefar  qui  luy 
auoit  mis  ce  collier,  ainfi  que  plufieurs  en  écriuirenc 
alors.  Et  pour  caufe  de  ces  bois  &:  teftes  de  Cerfs  >  cet- 
te Galerie  en  porte  le  nom. 

O  V  entre  les  autres  s'en  void  vn  fort  beau&grand, 
lequel  eft  le  fécond  en  nombre  ,  à  commencer  du  co- 
fté  delà  porte  de  la  Conciergerie, que  le  Roy  prit  icy, 
^  que  l'on  mit  alors  en  cette  Galerie  j  où  fe  lifent  ces 
mots  écrits  en  lettres  d'or  dans  vne  cartouche  ,  qui 
pend  au  col  de  la  tefte  de  ce  Cerf. 
-i    "    Le  vremier  tour  d'Oâobre  mille  fix  cens  'vingt fix ,  le 
^oy  prit  en  Ja  Forefe  de  Fontainebleau  le  Cerf  ^  duquel 
njotcy  la  tefte. 
De  ce  mefme  cofté  s'en  void  vn  autre ,  qui  fait  le 
quatrième  ,  bC  eft  encore  confiderable  ,  tant  pour  fa 
grandeur  ,  que  pour  l'accident  qui  arriua  en  fa  prife, 
ainfi  que  porte  l'écriteau  qui  y  pend  ,  auec  ces  paroles 
en  lettres  d'or. 

NLillefix  cens  huit,  le  quatorzjie'me  iour  d'Oéîobre  yfut 
latfé  courre  ijn  Cerf  dans  la  F  are jl  de  Senac  far  le  Roy^ 
&  aux  abbois  tua  le  ieune  Saind  Bon ,  l'^n  des  Veneurs 
de  fa  MaieBéjde  trois  coms  d  andouliere  ^dont  la  tefie  efi 
cy-dejfm. 
le. ne  m'arrefteray  point  à  particularifer  dauantage  la 
beauté:ôt  rareté  des  autres  bois  ,  &  teftes  de  Cerfs: 
non  plus  qu'à  parler  du  kmbry  de  cette  Galerie ,  le- 
quel eft  peint  &  embelly  de  diuers  payfages  ëC  camai-' 

eux. 


IV. 
Autre  Cerf 
qui  tua  vn 
des    Ve- 
neurs du 
Roy. 


1 

I 

m 


■:':( 


DE  FONTAINEBLEAV.  LiVRE  IL  IJJ 
eux.  Comme  auffi  de  Ton  plancher  enrichydeplufieurs 
ornemens  de  peinture  concernans  la  ChafTe  ,  pour  ve- 
nir à  la  defcription  â.cs  Forells  &C  Maifons  Royales  de 

France,  très-bien  reprefentées  èc  dépeintes  àhuille  fur  q^^^c 
la  muraille  dans  cette  Galerie,  en  quinze  grandes  Cartes  Cartes  en 
&  forme  de  Tableaux  ,  auec  leurs  bordures ,  chacune  Tableaux. 
de  treize  pieds  de  haut ,  &;  vingt-cinq  de  large. 

En  la  première  defquelles  à  vn  bout  vers  la  porte  de 
la  Conciergerie,  eft  reprefenté  cette  Maifon  Royale  de 
Fontainebleau  ,  enuironnée  du  Bourg  Se  de  la  Foreft, 
auec  les  routes,  les  Villages,  èc  autres  chofes  notables 
qui  font  en  ladite  Foreft,  laquelle  contient  vingt-cinq 
mille  neuf  cens  foixanteôc  quinze  arpents. 

La  féconde  Carte  eft  le  plan  dc  portrait  de  Folam- 
bray  ,  ôc  de  fa  Foreft  ,  qui  contient  7040.  arpents  ,  où 
font  pareillement  dépeints  tous  les  Villages,  Hameaux, 
maifons  ,  &:  routes  qui  font  dans  fon  pourpris  5  ce  qui 
eft  ainfî  de  toutes  les  autres  Cartes  fuiuantes. 

Onvoid  en  la  croiftéme  la  Ville  &c  la  Foreft  deCom- 
piegne,  qui  contient  vingt  huit  mille  arpents. 

La  quatrième  Carte  reprefenté  le  Chafteau,  le  Bourg 
èc  la  Foreft  de  Villiers-Cofterefts  de  2,4556.  arpents. 

Suit  après  la  cinquième  Carte  &  portrait  de  la  Ville 
£>C  Chafteau  deBlois ,  auec  fa  Foreft  ,  dont  le  parterre 
6c  eftenduë  eft  de  6750.  arpents. 

La  fixiéme  eft  la  Ville  &;  Chafteau  d'Amboife  ,  auec 
le  plan  6^  portrait  de  fa  Foreft,  de  4015.  arpents. 

Dans  la  feptiéme  fe  void  le  plan  ôc  portrait  du  Cha- 
fteau de  Chamborg  auec  fon  Parc,  qui  contient  en  fon 
parterre  4803.  arpents. 

Puis  en  la  huitième  eft  le  plan  &c  portrait  du  Cha- 
fteau de  Saind  Léger ,  ôc  de  la  Ville  de  Montfort ,  auec    . 
fa  Foreft, de  jojo. arpents. 

La  neufiéme  Carte  reprefenté  Charles- Val,  Chafteau 
commencé  par  Charles  IX.  dont  il  porte  le  nom  ,  èC 
qui  eft  demeuré  imparfait, ô^ a vneForeft,laquelle con- 
tient 17800.  arpents. 

V 


1/4         Le  Trésor  des  merveilles 

En  la  dixième  Ce  void  le  Chafteau  6c  Bourg  de  Mon^ 
ceauXjVne  des  plus  belles  &;  agréables  demeures  de  nos 
Roys,  qui  eft  adiàcence  aux  bois  deMeaux,dics  autre- 
înent  la  Foreft  de  Monceaux ,  de  2,000.  arpents ,  laquelle 
cftauffi  dépeinte  en  cette  Carte. 

Dans  la  onzicme  eft  le  plan  ÔC portrait  du  Chafteau 
de  Verneuil ,  auec  la  Foreft  de  Hallatte  ,  qui  contient 
en  Ton  parterre  898e.  arpents. 

Suit  en  après  la  douzième  ,  contenant  le  plan  bc  le 
portrait  du  Chafteau  de  Madrid ,  &  de  Ton  Parc ,  dit  au^ 
trement  le  Bois  de  Bologne,  de  430J.  arpents. 

En  la  treizième  &;  dernière  Carte  qui  fuit  les  autres, 
&  eft  au  bout  de  cette  Galerie  ,  répondante  à  celle~de 
Fontainebleau  ,  eft  pareillement  le  plan  ÔC  le  portrait 
desChafteaux  de  Sainâ:  Germain  enLaye,  auec  faFo* 
reftjde  5019. arpents. 

Reftent  les  Maifons  Royales  ScChafteaux  du  Bois  de 
Vincennes ,  èc  du  Louure  ,  dont  les  plans  &  portraits 
font  dépeints  dans  la  mefme  Galerie  du  cofté  du  lar- 
din ,  où  le  Chafteau  &c  Maifon  du  Louure  fe  void  entie* 
rement  reprefenté  auec  fon  pourpris,  ainlî  qu'il  eft  pro* 
ietté  dans  fon  delfein  ;  dc  c'eft  tout  ce  qui  eft  de  cette 
Galerie, 


I 


DE    FONTAINEBLEAVJ     LîTRÈ  IL         Ijj 


DE  LA  GALERIE   DES    tHEVREVLLSj 

àc  de  la  Volière. 

C  H  A  î>  I  T  RE      X  V  I  I  L 


/.  Sept  grands  T^ahleaux 
auec  diuers  enrichijfemens, 
le  tout  fait  fim  Henry  le 
Grand» 

IL  Sept  fortes  de  Chajfes  icj 


reprejentées.  \  V.    Ses  Eloges. 


IIL  Vingt  quatre  iefies  dt 
Cheureuils  dans  cette  Ga- 
lerie. 

IV,  La  Volière  bafiie  fom 
Henry  IV. 


Es  deux  pièces  fort  belles  &  agréables  pu-      ï    _, 
blient  encore  hautement  la  louange  im-  Tableaux 
mortelle  de  Henry  le  Grand  ,  lequel  les  a  J"^^^.^|J^"^ 
fait  édifier ,  &  orner  ainfi  qu'elles  font  5  où  inens  ;  le 
en  cette  Galerie  (  qui  eft  entre  le  Pauillon  fou^Henry 
des  armes  &  la  Volière ,  &  regarde  le  Leuant)  fe  void  le  Grand. 
par  tous  fes  Tableaux  le  portrait  de  cet  illuftre  Monar- 
que veftu  en  Chaffeur ,  ôc  accompagné  de  quelques  Sei- 
gneurs hc  de  iç,^  Veneurs,  Prince ,  qui  après auoir  donné 
la  chaffe  aux  ennemis  de  fon  Eftat ,  &  rangé  fes  Suiets 
rebelles  à  la  raifon,  commençant  vn  peu  à  relpirer,  & 
gouller  les  fruits  de  fes  trauaux  paffez  ,&cultiuant  les 
fruits  de  la  Paix  ,  fe  mit  à  fe  diuertir  parmy  les  exerci- 
ces de  toutes  fortes  de  Chaffes ,  lefquelles  font  icy  dé- 
peintes en  fept  Tableaux  ,  chacun  de  douze  pieds  de 
haut ,  6c  vingt  de  large.  ,  , .. 

D  A  N  S  le  premier ,  à  commencer  du  cofté  dudit  Pa-  g^J^.  \^^^^^ 
uillon  des  armes,  eft  reprefenté  la  Chaffe  du  Loup,        de  chafles 
Au  fécond  fe  void  la  Chaffe  dit  Sanglier,  fenS^ 

Le  troifiéme  contient  la  grande  Chaffe  du  Cerf. 
La  mefine  Chaffe  fe  void  continuée  au  quatrième  Ta- 
bleau. 

Puis  au  cinquième  la  Chaffe  du  Lièvre  auec  les  chiens 
eouransi 

V    ii 


i]6   Le  TRESOR  DES  MERV.' DE  FoTsiT.  Livre  IL' 
En  après  au  lîxiéme  la  ChalTe  du  Renard. 
Et  au  feptiéme  6c  dernier  paroift  la  Chafre,&;  vol  de 
i'ôifeau  3  toutes  lefquelles  Chaiïes  font  parfaitement 

bien  reprefentées. 

-,    ^"'         Cette  Galerie  porte  le  nom  des  Cheureuils,  à  caufe 

vingt  qua-    ,        ,      .  -,  ^       ,  i      n         r 

tre  reftcs  des  DOIS  6c  dcs  tcltes  de  ces  beltes  rauues ,  au  nombre 
ureu^is tn  ^^  vingt  quatrc ,  qui  y  font  pofées  contre  la  muraille  de 
cette  Gale-  part  &C  d'autre.  Il  y  a  encore  dans  cette  Galerie  vn  beau 
lambry  peint ,  &  diuers  autres  petits  ouurages  de  Pein- 
ture ,  qui  embelliffent  fort  ce  lieu.  Outre  fix  buftes^n- 
tiques  de  marbre  blanc,  qui  font  par  le  dehors  en  la  fa- 
ce de  cette  Galerie,  qui  eft  partie  de  pierre  de  taille, ôc 
partie  de  brique. 

r>  E   L  A    VOLIERE. 

TO  V  T  ioignan-t  ladite  Galerie  eft  la  Volière  ,  de 
mefme  ordre  &:  de  melme  matière.  C'eft  bien  l'v- 
ne  des  plus  belles  ô£  des  plus  grandes  qui  fe  voyent, 
ayant  trente  toifes  de  long  ,  6c  trois  de  large  :  dans  le 
milieu  eft  efleué  vn  grand  Dôme  ,  qui  l'enrichit  mer* 
ueilleufement. 

Sous  ce  Dôme  eft  vn  beau  &  grand  rocher  d'artifî^ 
ce, d'où  fortent  diuers  iets  de  fontaine, qui  ialliffent  & 
vont  ruiffelans  le  long  de  cette  Volière  dans  de  petits 
canaux  de  pierre  5  duquel  fe  void  icy  la  figure  qui  fuit. 


■  JDosj-eOc-altr  > 


%j8'        Le  Trésor  des  Merveilles  • 

Là  l'on  ^oiddes  oifeaux  de  diuerfe  feintun^ 
Dont  le  njol  efi  home  d'^ne  riche  clofture , 
démentir  far  leur  chant ,  ceux  qui  contre  raifih 
Soufliennent  quil  nefi  point  d  agréable  prifin  : 
Dans  lerejfentiment  de  leur  bonheur  extrême , 
Leurs  nœuds  leur  font  plus  doux  ^  que  la  liberté  mejme  i 
Et  ie  crois  en  effet  que  ce  lieu  de  plaifr, 
^e  les  retient  pas  tant  que  leur  propre  defir. 

Car  à  n'en  point  mentir, c'eft  vn  lieu  fort  gracieux^ 
où  font  renfermez  vne  infinité  d'oifeaux  de  toutes  for- 
tes,  qui  par  leur  chant  mélodieux  femblent  témoigner 
eftre  fatisfaits  de  cette  riche ,  &  Royale  demeure. 
IV.  O  R  pour  marque  immortelle  que  Henry  le  Grand  â 

fcaftTc°'ar  t)afty  cette  Volière  làjaudefTus  du  rocher  fous  ledôme^ 
Henry  IV.  fc  void  en  lettres  d'or  ee  Chiffre  ^ 

H.     IV.     D.     G.     F,     R. 

Et  pour  plus  grande  mémoire,  font  dépeints  au  co- 
fté  droit  deux  Anges  qui  tiennent  des  fleurs  jôi  au  deP 
fous  font  ces  vers  : 

"v! —  i^ot populos  'viBor  iufio  Rex  marte Juhe^it ^ 

Ses  Eloges.  RegiHs  ijte  tenet  quotfihi  carcer  aues» 

Ainfi  traduits  ï 

'jiutant  que  cette  belle ,  &  royale  prijon  ] 
Te  peut  montrer  d'oifeaux  de  dtfferens  plumages] 
autant  ce  Roy  vainqueur  dans  fit  'verte  faifon  ^ 
A  iufiement fiiufmis  ie  rebelles  courages. 

A  l'autre  coflc  fe  voyent  auffi  deux  autres  pareils 
Anges  tenans  des  fleurs ,  &  ces  vers  au  delTous  ; 

^jm  lanumclaufifvolucreshic  ^onteredufiis 
Detinet^  aternum  quAfiiafaêta  canant. 


DE  FoNTAiNEBLEAfw  Livre  IL'        ij^ 
Ce  qui  fîgnifie  en  noflre  langue  : 

Ce  grand  Roy  qui  ferma  le  temple  de  la  guerre , 
Enferme  dans  ce  heu  des  efeadrons  aijîezj^ 
Qui  chanteront  toufioursjes  exploits Jlgnaleztl 
Et fe  feront  oùjr  des  deux  bouts  de  la  terre. 

Et  au  defTous  de  ces  vers  de  part  &:  d'autre  ,  font 
deux  grandes  figures  peintes  par  le  feu  fîeur  du  Bois  | 
i Vne  figurant  Apollon  ,  &  l'autre  Diane. 

Il  eft  à  propos  de  remarquer  auffi ,  que  hors  du  dôme 
de  cette  Volière  par  dedans  le  lardin,  il  y  a  vn  beau  & 
grand  bufte  de  marbre  blanc  au  deifus  de  la  porte  3  re- 
prefentant  le  portrait  de  Henry  le  Grand* 


^ii-^U 


i6o 


Le   Trésor   des  merveilles 


DV   lARDIN    DV    ROY,    ET    DE 

£cs  Fontaines, 


Chapitre    XIX. 


/.    LeEoy  François  I.  a  fait 

drtjfer  ce  lardm. 
IL  Riche ,  &  belle  Statué  de 

Cleopatre,  '  -_     ■    ' 
m.  Henry  le  Grand  a  em- 

beUy  ce  îardm  des  Tontat" 

nés  qui  s'y  njojent.     ' 
/F".  La  première  Fontaine 


appellée  le  Tibre ,  enrichie 
de  dîxhmt  iets  d'eau. 
F't  La  féconde  Fontaine  de 

ce  Iardm, 
VI.   La  troifieme  Fontainel 
Vil.  La  quatrième  Fontaine, 
V ilLLacmqméme  Fontaine. 
IX.   Lafixieme  Fontaine. 


Le  Roy 
François  I. 
a  fait  dref- 
fer  ce  Jar- 
din. 


II. 

Riche  & 
belle  Sca- 


O  M  M  E  ce  Chafteau  Royal  eft  des  plus  re- 
marquables à  caufe  de  fa  grandeur  ,  du 
nombre  de  fes  baftimens  ,  bc  de  Tes  rares 
Peintures  j  aufli  Teft-ilpour  l'excellence  de 
fes  lardins,  de  {.ç,s  Parterres,  de  fes  Canaux, 
hL  de  fes  Fontaines.  " 

Quant  auxiardins,  le  premier  eft  celuy  que  l'on  ap- 
pelle le  lardinduRoy,  autrement  dit  le  grand  lardinj 
parce  que  en  fes  diuers  Parterres  de  buys,  en  fes  rares 
Fontaines  ,  &:  Allées  en  palliffades ,  il  a  cent  nouante 
fcpt  toifes  de  long,  &;  cent  foixante  ôc  quatre  de  large. 
Le  Roy  François  L  l'a  fait  drelfeF.,ÔC  enuironner  de 
murailles ,  auec  vne  grande  terraffe«oute  de  pierre,  la- 
quelle commençoit  depuis  la  Chapelle  haute  iufques 
auPauillon,  qui  eft  à  l'vne  des  extremitez  d«  ce  lardin 
vers  l'entrée  du  Parc  \  de  laquelle  il  n'en  refte  plus  qu'vn 
bout ,  parce  que  le  feu  Roy  Henry  le  Grand  l'a  fait  dé- 
molir en  partie  pour  agrandir  la  Cour  de  l'Ouale  ,  ôc 
baftir  vn  cofté  de  la  Cour  des  Offices. 

En  ce  lardin  fe  void  vne  très-belle  &:  grande  figure 
de  bronze,  qui  reprefente  Cleopatre  3  &  tout  proche  eft 

vn 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE  ÎI.  i6î 

vn  auge  de  marbre  blanc ,  où  font  des  trophées  d'ar-f^è  de 
mes  en  bafle  taille  3  ce  qui  a  feruy  de  tombeau  à  quelque    ^^^^"^' 
Ancien. 

Là  au  milieu  de  ce  lardin  font  trois  beaux  &C  grands 
canaux  reuejftusde  pierre, lefquels  font  remplis  de poif- 
fon. 

Il  y  a  de  plus  quatre  Pauillons  aux  quatre  coins ,  qui 
luy  donnent  bien  de  l'ornement  5  defquels  il  a  eitc 
defîa  parlé. 


Mais  il  faut  aduoUer  que  Henry  le  Grand  n'a  pas  ^^^/\ 
moins  contribué  que  François  I.  à  l'embelliiTement  de  Grand  a 
ce  lardin  ,  pour  l'auoir  cnrichy  de  cinq  belles  Fontai-^â'îjin  des 
nés  èc  iets  d'eau ,  defquelles  voicy  la  defcription  5  outre  Fontaines 
Vne  fixiéme,  qui  y  eftoit  défia  dés  long  temps.  v'»yenu 


X 


'ÎV. 


ij6  Le  Trésor  des  merv.  de  Font.  Livre  IL 

DE    LA    PREMIERE  FONTAINE, 

appellée  le  Tibre. 

CE  T  TE  première  ,  &;  principale  Fontaine  eft  ail 
milieu  de  ce  lardin  ,  pofée  en  vn  grand  quarré 
qui  eft  encre  les  canaux.  L'on  l'appelle  le  Tibre  àcaufe 
dVne-fort  grande  j  bc  excellente  figure  de  bronze  ,  la- 
quelle reprefente  ce  fleuue,  fous  la  forme  dVn  homme 
couché  ,  &:  par  le  moyen  d'vne  Louue  qui  ialkiâre  Re- 
mus  ÔC  Romulus  5  le  tout  pareillement  de  bronze  ,  &: 
qui  eft  ioignant  cette  première  figure,  laquelle  tient 
vne  corne  d'abondance  ,  d'où  fort  vn  très-beau  iet 
d'eau,  ôceft  pofée  fiir  vn  rocher  fi  bien  trauaillé,  qu'il 
femble  comme  naturel. 

Autour  de  ce  Tibre ,  &:  principale  figure ,  il  y  a  qua- 
torze iets  d'eau  5  &;  de  plus  quatre  autres  figures  de 
bronze  aux  coins  de  ce  rocher ,  deux  defqueHes  repre- 
fentent  des  Cygnes  ^  ôc  les  deux  autres  des  Dragons  > 
toutes  verfent«de  rçau  en  abondance ,  &  font  au  mi- 
lieu d'vn  bafliii  quarré  de  pierre,  quia fix  toifes  de  dia- 
mètre ,  autour  duquel  règne  vne  balluftrade  de  mefmc 
maticrej  enrichie  de  marbre:  &:fur  les  quatre  angles  dé 
ce  baffin  fe  voyent  quatre  grands  vafes  de  bronze ,  qui 
verfent  l'eau  dans  autant  de  coquilles  de  pierre  j  le  tout 
pofé  dans  vn  autre  grand  quarré  ,  enuironné  fembla- 
blement  de  balluftres  :  ce  qui  embellit  merueilleufc- 
ment  ce  lardin,  ôc  qui  le  rend  vne  àcs  belles  chofes  qui 
fe  voyent  gueres  :  fommeque  cette  Fontaine  a  dixhuit 
iets  d'eau,  dont  voicy  le  portrait ,  où  n'eft  pas  reprefen- 
tcc  la  dernière  balluftrade. 


3 


\S- 


V. 


^ié4   Lh  Trésor  des  merv.  de  Font.  Livre  IL 

LA    SECONDE    FONTAINE 

de  ce  Jardin. 

CETTE  Fontaine  <lVne  façon  ruftique  ,  eft  dans  le 
Parterre  à  l'entrée  de  ce  Iardin,vers  laTerrafle  6C 
le  Pauillon,  qui  regarde  la  grande  porte  duParc.  C'efl 
vn  grand  iet  d'eau,  d'où  en  fortent  quatre  autres, qui  fe 
déchargent  dans  vn  baffin,  d'où  découle  l'eau  par  huit 
endroits ,  ^  retombe  dans  vn  autre  plus  grand  balTin 
par  autant  d'endroits  j  puis  fe  décharge  dans  le  grand 
&:  principal  baffinfait  à  huit  angles,  d'où  fortent  enco- 
re huit  grands  icts  d'eau  j  lefquels  derniers  ne  vont  pas 
d'ordinaire  ,  mais  feulement  quand  il  plaift  à  celuy  le- 
quel a  la  conduite  des  Fontaines.  Ce  qui  eft  pareille- 
ment des  autres  iets  d'eau, qui  font  aux  angles  desFon« 
taines  fuiuantes.  En  voicy  la  figure» 


■^r 


\~.ecj  fflunetorAavnc  cnRushautà^i  eà  dans u  aram  Jardinait 
uuiiU maison i(  fmiairu  PelcauLaaucllc  ci  àud  vurîrail  Maraiié  G- 


VI. 


i66  Le  Trésor  des  merv.  de  Font.  Livre  I L 
L^    TROISIES ME   FONTAINE, 

CELLE  çyn'eft  pas  moins  confîderabîe, que  les  pré- 
cédentes j  elle  fe  void  dans  le  Parterre  du  cofté  de 
la  porte  du  lardin  ,  qui  répond  à  l'entrée  de  la  porte 
dorée,paroù  ronpafTeenlaCour  duDonion:vn  grand 
iet  d'eau  qui  fort  cï'vn  pot  de  fleurs  de  bronze  en  eft  la 
première  beauté  3  de  ce  pot  ruifTellent  quatre  autres 
iets,qui  tombent  dans  vn  bafTm  de  pierre,  àc  de  là  re- 
tombent dans  vn  plus  grand  ,  qui  eft  fouftenu  de  qua- 
tre confolcs  j  puis  fe  déchargent  dans  vn  autre  bafîin , 
<^ui  eft  le  principal  fait  à  angles  5  d'où  fortent  encore 
quatre  iets  d'eau ,  ainft  que  rep refente  cette  figure. 


Jr  'raytcim  ■  Jnucn 
X 


^  V 


A. 


r*?^; 


:£ir 


i68   Le  Trésor  des  Merv.  de  Font.  Livre  IÎ. 
T[r     LA  Q^VATEIESME  FONTAINE, 

L'  On  void  cette  Fontaine  dans  l'vn  des  quarrez  de 
ce  lardin  du  cofté  du  Parc  ,  vers  le  Pauillon  de 
•  Monfeigneur  le  Prince  :  elle  eft  dVne  manière  ruftique 
fort  agréable  ,  compofée  de  quatre  baffins  de  pierre , 
fouftenus  l'vn  fur  l'autre  ,  d'où  découle  l'eau  tout  au- 
tour ,  auec  vne  diftance  proportionnée  à  la  grandeur 
de  chaque  baflin  j  en  forte  que  le  grand  iet  d'eau  de 
cette  Fontaine  tombe  de  l'vn  à  l'autre ,  d'autant  qu'ils 
ne  font  pas  égaux  en  grandeur  5  mais  le  premier,&:plus 
haut  5  eft  plus  petit  que  le  fécond  j  celuy-cy  moins  que 
le  troifiéme  5  &  le  troifiéme  beaucoup  moins  que  le 
quatrième ,  &  principal ,  où  retombent  toutes  les  e^ux. 
En  voicy  le  portrait» 


s 

r 


LA 


(HI 


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anciniJniun 


rLiOsneS  tx'Xv  ■ 


17©  Le  Trésor  des  merv.  de  Font.  Livre  IL 


yi"-     LA    CINQ^VIESME    FONTAINE. 


D 

d'eau. 


V  codé  de  la  Capitainerie  ,  &  vis  à  vis  eft  cet- 
te cinquième  Fontaine  3  compofée  dVn  beau  iec 


r.lfH 


•  MUi. 


■  JLoi 


05  se 


■jeu-' 


J72.         Ï-E  Trésor  des  merveilles 


IX.         LA    SIXIESME     FONTAINE. 

IL  y  a  encore  dans  ce  nr-efine  lardin  vne  autre  Fon- 
taine,  qui  n*a  pour  tout  ornement  quVn  grand  baf- 
fin  quarré  de  pierre  5  mais  laquelle  iette  vn  gros  bouil- 
lon qui  forme  vnc  façon  de  vafe  d'eau  :  elle  eft  à  l'en- 
trée de  la  porte  qui  regarde  celle  de  la  Cour  du  Don- 
ion.  Et  font  toutes  ces  Fontaines  de  l'inuentioUjôcde 
la  conduite  du  Sieur  de  Francine ,  que  le;Roy  Henry  le 
Grand  fit  venir  de  Florence  pour  les  dreffer ,  &:  toutes 
celles  qui  font  icy  ,au^c  les  Grottes  de  Sain^  Germain 
^n  Laye» 


DE  FONTAÏNEBLEAV,     LîVRE  IL 


173 


DV    lARDIN    DE    LA    REYNE  ,  DE    LA 

Fontaine  ,  èc  des  Statues  qui  fe  voyent 
en  ee  lardin. 

Chapitre    XX. 


/,    Le  lardin  de  la  Rejne^ 

autrefois  appelle  le  lardin 

des  Buy  s» 
IL  De  la  Fontaine  de  la 

Diane, 
ÎÎL  Belle  Statué  d!vn  ieune 

homme  fe  tirant  'vne  épine 

d^'vn  pied. 


TV>  Autre  riche  Statue  re-- 

prefentant  Laocoon. 
y.    Vers  excellens  en  la  re- 

commendation  de  ces  Sta^ 

tues, 
VI.  Toutes  ces  Statues  &  Fi^ 
gure  s  faites  fous  la  Regen- 

ce  de  Catherine  de  lldedicis. 


E  fécond  lardin  coniîderable  de  ceLieU^      i- 
eft  celuy  que  Ton  appelle  le  lardin  de  la  de^aRey- 
Reyne  ,  qui  autrefois  eftoit  nommé  le  ^^.  >  ^"^"- 
lardin  des  Buys ,  à  caufe  de  fes  grandes  lé  ic  lardm 
&  hautes  pallilTades  qui  en  font  faites  :  il  ^"^."P-. 
cft  tout  enuironné  de  baftimens ,  ayant  la  Galerie  de  la 
Reyne,  6c  celle  des  Cerfs  auLeuant  j  les  Departemens 
du  Roy ,  ôC  de  la  Reyne  ,  &:  la  petite  Galerie  de  Fran- 
çois L  au  Midy  ;  l'Eglife  de  la  Sainâ:e  Trinité  ,  &:  la 
Galerie  des  Cheureuils  au  Couchant  3  &  la  VoHere  au 
Septentrion. 

Son  eftenduë  eft  de  trente  toifes  de  long ,  ôc  vingt- 
huit  de  large. 


"] 


IL 


1^4  Le  Trésor  des  merv^  de  Font.  Livre  it. 

2?£    LA    F  O  N  i:  A  I  N  E 

de  la  Diane, 

AV  milieu  de  ce  ïardin  eft  vne  belle  Fontaine,  que  le 
feuRoy  yafait  drefTer  auecvn grand  baflin rond, 
dans  lequel  eft  efleuée  fur  vn  haut  piedeftal  vne  riche 
Statue  de  bronze  de  cinq  pieds  de  haut ,  reprefentant 
vneDianeicelle-cyà  efté  moulée  fur  l'original  de  mar- 
bre ,  qui  eftoit  en  ce  mefme  lieu&:  ïardin  5  &  que  Hen- 
ry le  Grand  faifant  édifier  cette  Fontaine,  a  fait  trans- 
porter àParis  au  Cabinet,&:  Salle  des  Antiques  du  Lou- 
ure  :  laquelle  figure  l'on  tient  eftre  lamefrnejqui  eftoit 
autrefois  âu  Temple  de  Diane  d'Ephefe,  tant  célébrée 
parmy  les  Anciens ,  à  caufe  des  Oracles  qu'elle  rendoit, 
ou  pluftoft  les  Démons  par  icelle.  Au  bas  de  cette  Statue 
font  quatre  grands  Chiens  de  bronze ,  aux  quatre  coins 
de  fon  piedeftal  3  &:  plus  bas  fortent  quatre  tcftes  dé 
Cerfs  de  mefme  matière ,  qui  verfent  l'eau  par  la  bou- 
che, laquelle  tombe  dansvn  grand  baflin  rond, auquel 
l'on  defcend  par  fix  degrez.  £a  vôicy  U  figure. 


L-f  cy  es^  la  Joniainede 
aH-^neu  fAaraué  B  auipArau  de 


^    de  franam   J\ 


num 


roosse  0  cul 


I. 


III. 

Statue  du 
Tireur  de- 

pincr. 


IV. 
Statue  de 
Laocoon. 


Virgil.  2. 
%/£nàd. 


Y. 

Vers  cxcel- 
Icns  en  fa- 
ueur  de  ces 
Figures. 

Monfteur 
Bertaud 
EuefqHe  de 
Se'ss. 


VL 
Ces  Sta- 
tues faites 
fous  Ca- 
therine de 
Medicis. 


iy6        Le   Trésor   des  merveilles 

T  O  V  T  proche  cette  Fontaine  eft  vne  Statue  de  bron- 
,  ze ,  qui  reprefente  vn  ieune  homme ,  lequel  fe  tire  vne 
cpine  dVn  pied  ^  dont  l'original  de  marbre  blanc  eft 
dans  leCapitole  à  Rome. 

E  N  ce  mefme  lardin  eft  encore  vne  grande  figure 
de  bronze  g  reprefentant  Laocoon  auec  Ces  deux  en- 
fans,  que  des  Serpens  eftraignent&entrelaffent,  dont 
l'accident  eft  fî  bien  décrit  par  le  Prince  des  Poètes  La- 
tins :  c'eft  vne  pièce  des  plus  rares  qui  foient  auiour- 
d'huy  ,  &  qu'vn  de  nos  plus  célèbres  Poètes  ayant 
Bien  coniideré  ,  auec  les  autres  Statues  &c  Figures  qui 
font  dans  le  grand  lardin  ,  fut  fi  viuement  touché  de 
ces  rares  ouur âges,  qu'ils  luy  firent  aulîi  toft  prendre  la 
plume, pour  en  pubUer  les  mérites  par  ces  vers- 

^oj  qui  'vis  affamé  àe  'voir'vn  bel  ouur  âge, 
Ajfoum  maintenant  ta  genereufe  faim  ^ 
Voicy  les  pins  beaux  traits,  dont  le  cizjeau  Romain  g 
Ou  la  fonte  Gregeoifè  ait  orné  le  'vieil  âge. 

Là  de  Laocoon  la  douloureufe  rage, 

Tait  plaindre  le  met  ail  par  ^n  art  plus  qtihhmam^ 
Icy  git  Cleopatre ,  6  !  qu'aune  doéfe  main 
A  viuement  portrait  la  mort  enfin  'vifàge. 

Là  Diane  chemine ,  icj  le  ^ibre  ondeux, 

Verfi  Jèsjîots  de  bronzée ,  arreftant  auprès  d'eux 
Le  pajfant  transformé  de  merueille  en  Statué  ,• 
AuJ?i  rauiroient-ils  te^rit  le  plus  brutal  : 
Et  qui  nefi  point  émeu  à^'vnejirare  'veué. 
Il  eft  certes  comme  eux ,  de  marbre ,  ou  de  met  ail. 

To  VTES  ces  Statues  &  Figures  publient  l&s  foins 
&  la  magnificence  de  laReyne  Catherine  de  Medicis» 
qui  prit  vn  grand  plaifîr  à  orner  cette  Maifon  Royale 
fous  fa  Régence ,  OC  la  minorité  des.Roys  François  IL 
&  Charles  IXo 


Dy 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE    IL       177 


DV    lARDIN    DE    L'ESTANG  ,    ET    DE 

celuy  des  Pins. 


Chapitre    XXL 


L    La  longueur ,  &  largeur 
de  ce  premier  lardm^  drefé 
foHsHenrylV, 

II.  Statué    d'Hercule  faite 
par  Mtchel  Ange. 

III.  Autre  lardm  drefé  pat 
François  L 

IV.  Allée  R  oyale^  ou  fa  Ma- 


iejlé  touche  les  malades  des 
écroùelles. 

V.  Petit  Faiùllon  ,  ou  font 
quelques  Tableaux  du  Sieur 
Roujfe. 

VI.  UEfiang ,  &  fin  eften- 
due. 


E  premier  lardin  prend  fon  nom  de  ce  ^j  , 
qu  il  eft  bafty  dans  TEftang  de  ce  Cha-  gueur,  & 
fteaui  il  eft  tout  reueftu  de  belle  srefTerie,  ^^'^^^'^^ 

'  0  '  ce  premier 

auec  vne  muraille  d'appuy  tout  autour ,  ôC  larâm ,  , 
1  on  y  entre  par  vn  petit  pont  de  bois,  oa  Henry  iv\ 
forme  efl  quarrée ,  ayant  trente  quatre  toifes  de  long, 
&  autant  de  large  j  lequel  eftdanslafpedde  la  Cour  de 
la  Fontaine.  C'eft  ainii  que  Henry  le  Grand  l'afait  dref- 
fer  auec  quatre  beaux  quarrez  de  parterre  de  buysjl'an 
mille  cinq  cens  quatre-vingts  quatorze  ,  quand  il  £c 

cdifier  la  grande  TerrafTe.  

Ce  qui  rend  fur  tout  recommandable  ce  lardin,  eft      11. 
vne  très-belle  ôc  grande  Statue  de  marbre  blanc,  qui  /Hercde 
reprefente  Hercule  ,  que  le  feu  Roy  ayant  trouuée  en  ^^«e  par 
ce  Chafteauy  fit  dreffer  &  efleuer  fur  vnpiedeftal.  Elle  AngJ 
eft  de  Michel  Ange,  laquelle  il  fit  à  Florence  dans  le  Pa- 
lais de  Strozzi ,  &:  qui  fut  apportée  en  France  par  le 
•Sieur  lean  Baptifte  délia  Palle ,  de  l'vne  des  meilleures 
familles  de  cetceville  là,ôC  fut  prefentce  au  Roy  Hen- 
ry IL 


178         Le   Trésor  des  merveilles 
DV    lARDIN    DES    TINS. 


in.     /'^V  ANT  au  lardin  des  Pins  ,  il  eft  ainfi  dit  àraifoii 

din^dreffé'  V  ç,^^  quantité  de  ces  arbres  dont  il  eftoit  remply 

par  Fran-  auttefois ,  &C  a  efté  dreffé  par  François  I.  lors  qu'il  fit 

baftir  la  grande  Galerie,  laquelle  a  fon  afped  defTus ,  du 

cofté  duMidy. 

Son  eftenduë  ou  longueur  eft  de  cent  foixante  toi- 

fes ,  èc  quatre-vingts  de  large. 

IV.  A  l'entrée  de  ce  lardin  du  cofté  de  la  Cour  de  la 
aieToùfa^  Foutaiue  5  eft  vne  très- belle  ,  &  grande  allée  le 
Maiefté     {one  dc  TEftaue  ,  plantée  *  la  ligne  de  fort  beaux  èC 

touche  les  &  c>    '  ^        11        >        1,  »  Il  /    T.  ï 

malades  grauds  arbrcs ,  ôcl  appelle-t  oui  Allée  Royale 5  ouparce 
ciics^"°"  qu'elle  eft  la  plus  grande,  &  la  plus  large  de  toutes  ,  èC 
aufli  l^en  la  plus  agréable  5  ou  d'autant  que  c'eft  en  ce 
lieu  que  le  Roy  a  couftume  de  toucher  les  malades  des 
écrouelles  ,  quand  fa  Maiefté  s'employe  icy  à  cet  ade 
de  Pieté ,  &;  vrayement  Royal.  Cette  Allée  a  cent  foi- 
xante toifes  de  long ,  &  cinq  àc  demie  de  large. 

Tout  ioignant  eft  vn  Canal  de  mefme  longueurarc- 
ueftu  de  pierre,  &  remply  depoiffon. 

Il  y  a  là  encore  plufîeurs  belles  allées ,  6^  vnriche  par- 
terre de  buys  ,  où  font  quelques  Cèdres  ,  ôc  vn  Plane, 
arbre  qui  n'eft  pas  commun  en  ce  pays  j  autour  de  ce 
parterre  font  quatre  grandes,  ombelles  allées  enpalliffa- 
des,  taillées  en  forme  d'Architedure.  Et  pas  loing  de 
là  eft  vne  belle,  &: grande  Fontaine  quarrée  ,  ou  fource 
d'eau  ,  toute  reueftuë  de  pierre  ,  laquelle  fe  décharge 
dans  vn  petit  eftang  tout  proche, 
v.  I L  ne  faut  icy  oublier,  qu'à  l'vn  des  angles  de  ce  lar- 

din au  bout  de  la  grande  Galerie,  eft  vn  Pauillon  quar- 
font  quel-  ^^  drcffé  par  le,grand  Roy  François ,  comme  il  paroift 
bieauxdu   par  fes  Chiffres  ,ôC  fa  Deuife  ,  auquel  font  deux  grands 
SieurRouf.  Xablcaux  ,  peints  à  frais  par  le  Sieur  Rouffe  ,  où  font 
reprefentées  les  amours  dc  Vertumnus  ,  SC  de  Po- 
mone. 


Petit  Pi' 
uillon  où 


DE    FONTAÏNEBLEAV.      LIVRE  IL  179 

Tout  au  bout  ioignant  ce  lardin  eft  à  coflé  vne  au- 
tre grande  Allée  plantée  à  trois  rangs  d'arbres, laquel- 
le regarde  dVne  part  fur  le  bout  de  TEftang  au  Septen- 
trion ,  &C  de  l'autre  au  Midy  ,  vers  vne  Allée  toute  de 
Meuriers  blancs,  qui  eft  enuironnée  d'eau  par  deux  ca- 
naux, tout  reueftus  de  grefTerie,  &;  remplis  de  poifTon. 
Cette  première  Allée  eft  nommée  l'Allée  Solitaire, ou 
du  Chenil,  parce  qu  elle  y  aboutit,  ôc  que  cet  Hoftel  a 
vn  des  coftez  de  Tes  baftimens  qui  regarde  defTus  j  èc 
l'autre  porte  le  nom  des  Meuriers ,  dans  laquelle  l'on  n'y 
peut  entrer  que  par  deux  petits  ponts  ,  qui  font  à  {es 

deux  extremitez.  

Q^A  N  T  à  l'Eftang  de  ce  Chafteau  -,  il  eft  fîtué  entre     vi. 
lefdites  Allées  Royale,  du  Chenil,  &  celle  delà  Chauf- ,tl'l'",f^. 
fëe  ;  lequel  a  cent  cinquante  toifes  de  long  ,  dc  cent<i^i^' 
quatorze  de  large  :  au  milieu  eft  vn  petit  Pauilion  rond 
couuert  en  terraffe ,  &:  enuironné  d'vne  balluftrade  de 
pierre  :  là  eft  vne  Salle  qui  fert  à  prendre  du  frais  l'E- 
iléjdc  ie  recréer  au  milieu  des  eaux. 


î8o        Le  Trésor  des  Merveilles 


DV  lARDlN,  OV  BOIS  DES  CANAVX; 
&  de  celuy  des  Fruits  ;  enfemble  du  Mail ,  ô£  de  la 
Fontaine ,  qui  a  caufc  le  nom  à  ce  Lieu  de  Fontai- 
nebleau. 

^        Chapitre    X  X I  L 

'Jo    Ordre  ,  &  fiite  des  lar-  '  II L  Le  Mail. 

dins,  IV.  Fontaine  de  Fontaine^ 

IL  Longueur  y&  largeur  du      hleau. 

premier  (^  Jècond  lardin. 

'    IS^M^Sjf  E   i"^'cft  p^s  feulement  le  nombre    des 
Ordre,  &  Wi^^^^Ê  b^^^^^^i^^J^sïardins,qui  rend  cette  De- 
["'ï  *^"     K  ^81^^^  meure  Royale  fort  accomplie  ,  auec  fes 
'      ^^^^^^^  autres  merueilles ,  mais  encore  cette  par- 
*^^S^^^»  ticularité ,  de  ce  que  ils  font  tous  dVne 
mefme  fuite  èc  contigus ,  &c  fous  vn  mefme  circuit ,  Sc 
enclos  de  ce  Chafteau ,  palTant  des  vns  aux  autres  par- 
my  vnc  agréable  diuerfité  :  laquelle  a  cela  encore  de  re- 
marquable, qu'en  quelque  faifon,  &  quelque  temps  que 
ce  foitTon  y  peut  facilement  aller  àc  fe  promener  fans 
y  receuoir  aucune  incommodité  du  chemin ,  àcaufe  du 
terroir  fabloneux  j  qui  y  tient  toufîours  le  pied  fec ,  & 
la  route  agréable. 

Quant  au  premier  lardin ,  l'on  y  entre  par  celuy  des 

Pins  5  auquel  il  aboutit  d'vn  cofté ,  paflant  entre  deux 

beaux  canaux  où  font  les  Truittes  ,  àc  qui  en  porte 

aufïi  le  nomj&  l'appelle-t'on  le  lardin  ou  Bois  des  Ca- 

~    naux, parce  qu'il  ell  remply  de  grands  arbres ,  qui  for- 

&iaf "eur'  ment  comme  vn  petit  bois  d'vn  cofté  ;  èc  d'autant  auiïi 

du  prc-    qu'il  eft  diuifé  de  plufieurs  canaux  remplis  de  poiifon, 

wndtar^r  4^^  compofent  quatre  grands  quarrez, comme  parter- 

din.         res  verds  j  le  tout  montant  à  quatre-vingts  huit  toifes 

de  long,  ôc  feptante  deux  de  large. 


DE    FOKTAINEBLEAV.^     LiVRE  IL.  i8e 

Et  au  bout  de  ce  lardin  il  y  en  a  encore  vn  autre,  le- 
quel a  quatre-vingts  quatre  toifes  de  long  ,  &C  quatre- 
vingts  de  largejque  l'on  appelle  le  lardin  des  Fruits,par- 
ce  que  il  eft  planté  de  plulîeurs  arbres  fruitiers.  Le  feu 
Roy  fît  dreffer  ce  lardin,  &;  prenoit  vn  grand  plaifîr  à 

faire  cultiuer  fes  arbres  o  ^ 

A  cofté  de  ces  deux  lardins,  qui  regarde  le  Midy,  ^^^r 
eft  le  Mail ,  lequel  a  trois  cens  toifes  de  long  ,  &c  trois 
de  large,  dont  rallée  eft  parfaitement  agréable  pour  la 
beauté  de  fes  arbres,  qui  à  leur  fommet  venans  comme 
à  sVnir  enfemble  font  vne  forme  de  berceau  tres-gra^ 
cieuXj  où  l'on  y  goufte  le  frais  àplaifir  au  fort  des  cha- 
leurs. Il  s'en  feroit  pu  faire  vn  plus  grand  en  ce  lieu, 
mais  non  pas  ft  commode  que  celuy-cy,qui  fe  rencon- 
tre Il  bien  à  propos  dans  l'enclos  de  ceChafteau,  corn* 
mençant  à  l'entrée  de  l'Hoftel  Ô^  Département  du  Che- 
nil, &c  finifTant  au  bout  du  lardin  à  fruits. 


DB     LA     FONTAINE 

de  Fontainebleau. 

COMBIEN  que  nous  mettions  cette  Fontaine 
comme  la  dernière  en  ordre  des  belles  chofes  re- 
marquables de  cette  Maifon  Royale  j  ce  n'eft  pas  que  ce 
ne  foit  ce  qu'il  y  a  de  plus  ancien,puifque  elle  a  donné,ou 
pluftoft  occafîonné,de  faire  porterie  nom  à  ce  Lieu,  ôc 
ce  qui  a  inuité  en  partie  d'y  baftir ,  ainfî  qu'il  a  efté  defîa 
dit  cy-deuant ,  où  nous  auons  remarqué  ,  que  c'a  efté 
Henry  le  Grand  qui  l'a  fait  dreifer  ôc  orner  comme  elle 
eft  auiourd'huy,  eftant  auparauant  en  forme  d'vne  pe- 
tite grotte.  Or  ce  qui  eft  caufe ,  que  ne  fuiuant  pas  Ion 
antiquité  nous  luy  donnons  cet  ordre  pofterieur  ,  eft 
pour  n'interrompre  cette  fuite  ,  Ô»:  la  faire  voir  en  fon 
propre  lieu,  àc  en  fes  accompagnemens* 

Elle  eft  ioignant  le  lardin,  ou  Bois  des  Canaux,  en- 
tre celuy-cy  ,  6c  vn  autre  petit  lardin  à  fruits,  ô<:  feva 
déchargeant  dans  le  canal  des  Truittcs  j  fa  fource  eft 

Z    iij 


lY, 


i8x  Le   Trésor   des   merveilles 

baffe, où  l'on  defcend  par  trois  degrezjmais  foneaueft 
belle  àc  agréable  ,  enclofe  d Vn  balTin  de  huit  pieds  de 
diamètre  de  pierre ,  à  huit  angles ,  enuironné  dVne  bel- 
le Architeâiure  de  pierre  de  taille  ,  qui  la  couure  en 
partie,  auec  plufieurs  niches ,  dans  lefquelles  font  des 
lièges  de  mefme  matière ,  d'où  l'on  a  le  plaiiîr  de  con- 
templer à  couuert  cette  fource,  &;  lavoir  ruiffeler 3  qui 
n'efl  pas  vn  petit  contentement  ,  parmy  vn  nombre 
prefque  infiny  de  merueilles  de  ceSeiour  Royal:  où  il 
faut  aduoiier  que  la  beauté  ,  &C  les  délices  font  Ci  gran- 
des, qu'il  n'eft  pas  inconucnient  de  croire,  que  plufieurs 
s'en  trouuans  infenfiblement  charmez ,  n'y  vouluffent 
cftablir  leur  fouueraine  félicité  ,  fi  par  vn  contrechar- 
me  l'on  ne  leur  mettoit  en  ieu  aufli  toft  ce  petit  mot 
<l'aduis: 

'Malherbe.  Voit-tH  Payant  I  couler  cette  onde 

£t  s'écouler  incontinent', 
[Ainfi  fuit  la  gloire  du  Monde] 
Et  rien  que  Dieu,  n'efifermanmtl 


t)E  FONTAINEBLEAV^    LiVRE  IlJ 


i8) 


DV   PARC  ET  DE  SON  CANAL  ,  àCc. 
Chapitre    XXIII. 


/.  Henry  le  Grand  a  fait 
drejfer  ce  Tare  i6oy, 

II.  tlufieurs  allées  ,  &. au- 
tres àtuerfitez^, 

211.  Vne  belle  &  grande  Fon- 
taine 3  OU  abouttjfent  huit 
allées. 

IK,  Canal  ^  l'vn  des  ^Im 


conjiderahles  quifinjoyenp] 

V»    Deux  Fontaines  iatUif- 

fantesaumilieudece  Canal, 

VI.  Logis  3  dît  les  Heronie- 
res, 

VII.  Celuy  dit  la  Mi-'voje^ 
VI II  Lieu  ou  font  diuerjes 

fortes  d'oifoaux. 


A  N  T  de  fîngularitez  ,  &  tant  de  diuer- 
tiiTemens  fe  rencontrent  dans  l'enclos  de 
ce  Parc  Royal,  qu'en  fa  defcription  il  faut 
que  i'aduouë  ,  que  le  mefme  accident 
m'arriucjqu'autrefois  au  fameux  Apelles, 
tirant  le  portrait  de  Compafpé  par  le  commandement 
du  grand  Alexandre  5  où  autant  de  traits  de  beauté  de 
cette  Dame  qu'il  traçoit  auec  fon  pinceau ,  luy  eftoient 
autant  de  charmes,  qui  l'engageoient  à  fon  amour  :  car 
il  eft  vray  qu'il  faut  eftre  tout  àfaitpriuc  de  fentiment, 
&  auoir  les  yeux  bandez  ,  ou  il  faut  franchement  con- 
feffcr  ,  qu'autant  d'allées  ,  &  d'autres  telles  merueilles 
qui  s'y  voyent  ,  auec  fon  Canal ,  font  autant  de  char- 
mes qui  gagnent  les  cœurs ,  bc  les  afFed:ions  ;  &;  ic  m'af- 
feure  qu'il  n'y  auraperfonne,  qui  après  auoir  biencon- 
fideré  ce  lieu  ,  ne  fe  fente  obligé  à  publier  hautement 
auec  moy  cette  vérité.  Ce  Parc  a  fon  entrée  princi- 
pale qui  regarde  le  Soleil  couchant ,  &  n'eft  feparé  de 
ce  Chafteau ,  ôc  du  lardin  du  Roy ,  que  par  vne  rue  qui 

'vient  du  Bourg , bc  va  en  la  campagne , &  àla  Foreft. 

Henry  le  Grand  l'a  fait  entièrement  dreffer  Tan      i- 
1607.  auec  fes  belles  allées ,  fon  Canal,  ÔC  le  tour  de  fes  gS 


Henry  le 


i8-4        Le   TresoPv   des  merveilles 
fait  drcfler  lYiurailles  j  où  il  pi'eiioit  vn  extrême  contentement ,  & 
ïLj"^     vn  foin  merueilleux  à  faire  aduancer  cet  ouurage ,  c^u'il 
a  veu  acheué. 

Ce  lieu  a  fix  cens  cinquante  toifes  de  longueur  ,  èc 
___   quatre  cens  de  large. 

piufJurs        La  première  chofe  coniîderable  qui  s'y  void  à  fon 
allées,  &   abord ,  eft  vne  grande  Allée  à  quatre  rangs  dypreaux 
uerfitcz/    dreffez  à  la  ligne  ,  laquelle  a  fîx  cens  toifes  de  long ,  ôC 
quatorze  de  large  ,  y  comprenant  les  deux  petites  qui 
l'accompagnent  de  part  ôi  d'autre  ,  ôc  de  mefme  lon- 
gueur. 

Tout  ioignant  à  la  droite  de  cette  Allées  eft  vn  petit 
boccage  remply  de  viuesfources  d'eau  j  le  tout  qui  rend 
ce  lieu  agréable  ,  &  fort  délicieux. 

Et  à  gauche  ,  il  y  en  a  vne  autre  très-belle  ,  qui 
fe  void  pareillement  dés  l'entrée  de  ce  Parc  ,  laquel- 
le eft  dreffée  en  palliffades  de  fept  à  huit  toifes  de 
haut ,  ôc  a  fix  cens  quarante  toifes  de  long ,  ôc  cinq  de 
large. 

Au  milieu  de  laquelle  eft  vne  place  ronde  de  quinze 
toifes  de  diamètre ,  où  aboutiffent  huit  autres  allées, 
toutes  en  palliflades  comme  la  précédente  j  &  cette 
place  s'appelle  l'Eftoille , à  caufe  de  fcs  angles,  dc  defes 
allées,  qui  font  cette  figure, 
m.  La  tout  au  milieu  eft  vn  baffm  rond  de  piètre  ,  de 

&'^rande'  vingt-quatrc  pieds  de  diamètre  ,  auec  vne  Fontaine  èc 
Fontaine,  iet  d'cau, Icquel  en  contient  quinze  pouces ,  &  iette  &C 
°5rent°hûit  pouffe  fou  eau  dix-huit  pieds  de  haut  :  8>c  ce  qui  le  rend 
allées.       encore  fort  remarquable  eft  qu'il  fe  fait  voir  de  toutes 
ces  allées  ,  qui  ne  font  pas  feules  j  car  il  y  en  a  encore 
vingt  qui  trauerfent  ces  huit  grandes  ;  fomme  que  les 
allées  en  palliffades ,  montent  à  dix  mille  cent  quatre- 
vingts  deux  toifes. 

Dans  l'enclos , &:  quarrez  de  ces  diuerlès  allées,  font 
aux  vues  plufîeurs  bofquets  &C  cheuieres  5  dans  les  au* 
très  font  diuers  arbres  fruitiers  de  toutes  les  fortes  ,  ôc 
des  meilleurs  que  le  feu  Roy  pût  recouurer. 


DE  FontainebLeav.    Livre  II.       18/ 


Mais  ce  qui  rend  encore  ce  Parc  plus  conlidera-     ^^'•. 
ble  ,  c'eft  le  Canal  qui  s'y  void,  vne  des  belles  6c  rares  de?  plus 
pièces  quife  rencontrent  ailleurs  :  car  il  a  (îxcens  toifes  1°'"'''^"^- 
de  long,  &:  vingt  de  large,  ôi  elt  tout  reueftu  de  pierre,  voyem. 
ayant  lix  pieds  d'eau  à  ion  entrée  ,  où.  fc  viennent  dé- 
charger toutes  les  Fontaines ,  &;  les  autres  canaux  de 
ce  Chafteau ,  &;  quinze  pieds  à  fa  décharge. 

L'on  tient  que  le  feu  Roy  fut  porté  à  le  faire,  ayant 
veu  celuy  qui  ell  dans  le  Parc  du  Chafteau  de  Fleury ,  vn 
des  plus  beaux  qui  fuffent  alors  5  &C  que  le  Sieur  de  Fleu- 
ry ayant  depuis  veu  celuy-cy  de  beaucoup  plus  grand, 
plus  large  ,  èc  plus  maieilueux  que  le  fîen,  y  fit  écrire^ 
ou  pour  le  moins  dit  ces  paroles  :  V^oiuit  me  njïncere  C&- 
far  i  aduoUant  que  celuy-cy  eftoit  bien  plus  confidera- 
ble  que  le  lien. 

Dans  ce  Canal  (  qui  eft  fort  remply  de  poiffon)      V. 
font  deux  Fontaines ,  vne  à  chaque  bout,  à  dix  toifes  tam«  ia°i-" 
prés  du  bord  3  à  la  première,  qui  eft  à  l'entrée  ,  fe  void  ^'^^^ntesau 
vne  grande  tefte  de  Dauphin  de  bronze,  pofée  à  fleur  ce  CanaL 
d'eau,  d'où  fortent  neuf  lets  de  dixhuit  pieds  de  haut, 
portails  trente  pouces  d'eau  :  l'autre  Fontaine  eft  de 
pareille  façon.  Lefquelles,  comme  aufti  celle  de  l'Eftoil- 
le  ,  le  Roy  a  fait  conftruire  ,  l'an  mille  lîx  cens  trente 
deux. 

Et  pour  plus  grand  ornement  de  ce  Canal,  font  à  huit 
toifes  proche  de  part  èc  d'autre  deux  grandes  allées 
d'Ypreaux, chacune  de  fîx  cens  toifes  de  long,  èc  cinq 
de  large  j  le  tout  rend  ce  lieu  admirablement  beau ,  èC 
d'vn  atped  tres-gracieux.  

P  RE  Z  ce  Canal  au  Midy  ,  eft  vn  grand  logis  com-     '^i- 
pofé  d'vne  Cour ,  &:  de  quelques  baftimens ,  appelle  les  les  Hcrô. 
Heronieres  ,  autrement  dit  les  Cages  3  ainfi  nommé  à  "^^ 
caufe  que  le  Roy  François  I.  qui  l'a  fait  baftir,  y  auoit 
dreffé  de  grandes  Cages  par  arcades  de  pierre  ^  &c  de 
treillis  de  fer,  dont  vne  partie  fe  void  encore,  pout  y 
nourrir  des  Hérons  ,  aufquels  quelques  années  après 
l'on  a  donné  Telfor  ,  pour  peupler  ce  pays  au  plaifir 

Aa 


nicrcs. 


VII. 
Celuy  di: 
laMi-voye. 


VIII. 

Lieu  où 

font  diucr- 

fcs   fortes 

d'oifeaux. 


i8ë        Le   Trésor   des   merveilles 

de  la  ChafTe  ,  èc  vol  de  cet  oifeau,  qui  eft  fort  agréa- 
ble. 

Av  milieu  de  ee  mefme  Parc  eft  vn  autre  logis  de 
plaifance,  appelle  la Mi-voye, parée  qu'il  eft  au  milieu, 
où  il  y  a  yn  beau  lardin  ,  èc  quelques  Fontaines  &c  ca- 
naux. La  Reyne  Mère  Catherine  de  Medicis  achepta 
ce  lieu,  où  elle  fît  drefTer  vne  Ménagerie  ,auec  quelque 
beftail ,  &C  vne  belle  Laiderie  ,  pour  là  quelquefois  y 
aller  fe  diuertir  ,  ÔC  prendre  du  frais ,  &;  du  laidage 
l'Efté. 

Et  pour  rendre  encore  ce  Parc  plus  agréable,  Hen- 
ry le  Grand  y  a  fait  édifier  vn  lieu  particulier ,  où  font 
diuerfes  fortes  d'oifeaux  eftrangers,  6c  non  communs, 
comme  Aigle  ,  Vautour ,  Cygnes ,  Grues ,  Cicognes , 
Hérons  rouges ,  Pallars  ,  Tadores,  Goalans ,  Opalles, 
Aigrettes ,  Poacres ,  Cormorans  ,  Cannes  de  Barbarie, 
Cannes  mufquées ,  Oyes  de  Canada, Cannes  de  Hollan- 
de ,  Fefans ,  èc  Perdrix  priuées  ,  Paons  ,  èc  autres  fem- 
blables ,  auec  quelques  animaux  non  communs.  Il  y  à 
quelque  temps  qu'il  y  auoit  deux  Autruches ,  qui  y  font 
mortes. 


DE   FÔNTAINEBLEAVo      LIVRE   IL         ïS/ 


DES    HOSTELS,ET    MAISONS    QVI 

font  hors  l'enclos  de  ce  Chafteau ,  &: 
qui  en  dépendent, 

C  H  A  P  I  T  U  E     XXIV. 


/.  La  Chancellerie  baftiefoH^ 
le  Cardinal  &  Chancelier 
du  Trat  ,  &  depuis  au- 


Zmentee, 

o 


//.  UHoflel  de  Ferrare, 
III.  La  Coudre  ,  autrement 


IV.  EJcurie    de    la   Rejne 
Adere. 

V.  L' Aqueduc j  ou  Rejeruoir 
des  Fontaines. 

VI.  UHoJlél  du  grand  Fre- 
uofi. 


I. 

La  Chan- 

ellerie  ba- 

ftie  fous  le 


ditela grade  EJcurie  duRoy.    VIL  LesFrejfoirs  duRoj. 

Près  auoir  afTez  amplement  traitté  des 
édifices  qui  font  dans  renclos  de  cette 
Maifon  Royale  \  i'ay  crû  qu'il  eftoit  enco- 
re à  propos  de  parler  en  ce  Chapitre  de 
ceux  qui  fe  voyent  hors  de  fon  acceint, 
mais  qui  en  dépendent ,  &;  font  fous  Ton  entretien. 

I  E  commenceray  par  l'Hoftel  de  la  Chancellerie, 
comme  plus  proche  de  ce  Chafteau,  eftant  prefque  ioi-  ceiierieba 
gnant  le  fofré,où  il  regarde  la  Volière  auMidy.Ilcon-  ca^du^^V 
lîfte  en  vn  corps  ,  &  face  de  baftiment ,  de  vingt-huit  &  chan- 
toifes  de  long  j  outre  vue  longue  Galerie  ,  auec  vne  prà"  & 
srande  Cour  ,  dont  Tentrée  principale  eft  au  Septen-  depuis  au 
trion. 

Cet  Hoftel  bafty  fous  le  Cardinal  6c  Chancelier  du 
Prat ,  comme  il  appert  par  ^cs  armes ,  qui  fe  voyent  là 
en  diuers  endroits ,  a  efté  augmenté  fous  le  Chancelier 
d'Aligre  ',  6c  depuis  peu  amplifié  dVne  belle  Chappelle 
fous  Monfieur  le  Chancelier  Seguier,perfonnage  dont 
les  mérites  remplirent  auiourd'huy  très -dignement 
cette  lUuftre  charge. 

Du  commencement  que  cet  Hoftel  fut  édifié  ,  c'e- 
ftoit  vue  maifon  particulière  >  appartenante  audit  du 

A  a    ij 


ï^S  Ie    TRESOR    DES    MERVEILLES 

Prat  3  mais  le  Roy  François  I.  l'ayant  rembouifé  des  de 
V        niers  qu'il  y  auoic  employez  ,  elle  a  touiîours  depuis 
efté  deftinée  pour  le  Chancelier  ,  &  porté  le  nom  de 

l'Hoftel  de  la  Chancellerie. 

II.  A  vingt-cinq  toifes ,  ou  enuiron ,  de  la  Cour  du  Che- 
dïFerrare,  ual  blauc  de  ce  Cliaftcau  vers  le  Soleil  couchant ,  ell 
l'Hoftel  de  Ferrare  ,  vn  des  plus  beaux  ,  àc  des  mieux 
baftis  qui  foient  pointjlequel  leCardinal  de  Ferrare  a  fait 
baftirj  comme  ilfe  iuftifie  par  Tes  armes  pofées  en  plu- 
fieurs  endroits  de  cet  Hoftel  :  il  coniifte  en  trois  grands 
corps, &;  faces  de  baftimens , fort  commodes, ^logea- 
bles ,  contenans  diuerfes  Salles ,  Chambres ,  Cabinets, 
&  Offices,  auec  de  fort  belles  Eftuues  -■,  le  tout  du  def^ 
fein  de  SebaftienCerlio,  Architecte  célèbre,  duquel  il 
a  efté  parlé  cy-deftus.  La  Cour  principale  de  ce  logis  a 
dix-fept  toifes  de  long  ,  ôc  vingt-deux  de  large  ,  dont 
l'entrée  eft  embellie  d'yn  riche  Portic  d'vne  ordon- 
nance ruftique.  Là  eft  auffi  vne  balTe  Cour  de  vingt- 
cinq  toifes  de  long  fur  neuf  de  large ,  où  font  lesEfcu- 
ries  :  àc  eft  cet  Hoftel  accompagné  d'vn  fort  grand  lar- 
din  :  le  tout  acquis  de  Monfteur  le  Duc  de  Guife  par  le 

Roy  Henry  le  Grand,  en  l'an  1603. 

m.        La  Coudre, ainiî  nommée  àcaufe  que  là  autrefois  il 
y  auoit  quantité  de  Coudriers  ,  eft  l'Hoftel  du  Grand 
ment  dite   Efcuicr  de  Fraucc  :  ce  logis  eft  vn  peu  eftoigné  du  Cha- 
Efcïrk  du  fteaUjôi  confifte  en  trois  corps^ô^  faces  de  baftimens,& 
ï^oy-         en  vneCour  fpacieufe,auec  vn  fôrt'grand  Clos,ou  Ver- 
ger ,  qui  tient  au  Parc  de  ce  Chafteau.  Là  font  les  four- 
ces  principales  des  Fontaines  de  cette  Maifon  Royale. 
Cet  Hoftel  eft  auffi  appelle  la  Grande  Efcurie  du  Roy. 
IV.  En  fuite  de  ce  logis ,  il  ne  fera  pas  hors  de  propos 

k^Re'nf^  de  douucr  icy  lieu  à  celuy  qui  porte  le  nom  d'Efcurie 
Mcre.  de  la  Reyne  Mère ,  ainfi  appelle  parce  qu'il  eft  ordonné 
pour  lès  Officiers  qui  feruent  en  icelle.  C'eft  vn  grand 
baftiment ,  auec  vne  Cour,  &:  vn  petit  Clos.  L'acqui- 
fttionde  cette  maifon  a  efté  faite  par  Catherine  de  Me- 
dicis  i  6c  eft  ce  lieu  vn  peu  au  deffiis  de  l'Hoftel  de  Fer* 


La  Cou- 
dre .autre 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE   II.  185) 

rare  dans  lamefme  rue,  laquelle  aboutit  à  celle  dite  des 

Sablons. 

L  E  logis  appelle  l'Aqueduc  ,  cft  encore  vue  dépen-      v. 
dance  de  ce  Chafteau  j  c'eft  le  referuoir  de  toutes  les  dac^oliX- 
eauxqui  fediftribuent  aux  Fontaines  par  le  moyen  d'vn  '^'"°^^  '^^ 

jj/TJ-  JJ  -J  /  .,/  Fontaines. 

grand  ballni  de  pierre  de  douze  pieds  en  quarre  ,  pôle 
fousvne  belle  voûte.  Il  eft  appelle  Aqueduc,  parce  que 
de  là  iufques  aux  fources de  ces  Fontaines, les  eaux  dé- 
coulent dans  vn  petit  canal,  fous  vne  voûte  de  fîx  pieds 
de  haut ,  trois  de  large  ,  &;  de  fept  cens  toiles  de  long . 
Ce  logis  ell  compofé  d'vn  petit  Pauillon,auecquelQues 
autres  bajftimens,  vne  Cour  ,  de  vn  Iardin,pour  celuy 
qui  a  la  conduite  des  Fontaines.  L'honneur  de  tout 
cet  ouurage  eft  deu  à  Henry  le  Grand  ,  qui  l'a  fait  édi- 
fier l'an  mille  fîx  cens  huit  ,  6c  ell  litué  en  la  rue  baileo 

Pas  loin  du  Chafteau ,  &c  prefque  vis  à  vis  du  portail   ,  ^  ^'  ■ 
de  la  Cour  des  Offices ,  eft  l'Hoftel  du  grand  Preuoft  de  du  G°and 
France ,  où  il  tient  Ton  Siège  quand  la  Cour  eft  icy  j  d>C  ^'^^"°^' 
qui  eft  le  lieu  aufti  ordinaire  où  les  Officiers  de  la  lufti- 
ce ,  tant  de  la  Preuofté  de  ce  Bourg ,  que  des  Eaux  6c  Fo- 
refts  -,  tiennent  leur  Siège. 

Reste  à  dire  quelque  chofe  du  logis  appelle  les  Pref-     vu. 
foirs  du  Roy  j  cette  maifon  eft  efloignée  de  ce  Chafteau  foi"  da 
d'vne  lieue,  ou  enuiron,&;eft  au  bord  de  laRiuierede  ^°J- 
Seine  du  cofté  de  la  Brie.  C'eft  vn  grand  corps  de  ba- 
ftiment  fait  fous  le  Roy  François  L  comme  il  fe  void 
par  Ces  Chiffre  bc  Deuife  5  èc  là  auoit  fait  drelTer  deux 
grands  Prefloirs  auec  des  Cuues  ,  pour  l'vfage  de  cin- 
quante arpents  de  vignes  &plus ,  qu'il  y  auoit  fait  plan- 
ter en  vne  cofte  tout  ioignant  ce  logis ,  dont  l'afpeél  eft  j* 
au  Midy ,  6c  au  Couchant. 

L'on  tient  que  ce  qui  inuita  le  Roy  à  faire  ce  lieu, 
ce  fut  fur  ce  qu'vn  iour  chaffant  après  vn  Cerf  en  cette 
Foreft  de  Fontainebleau,  leCerf  palTa  l'eau,  &  obligea 
fa  Maiefté  à  paffer  auffi ,  le  pourluiuant  auec  fès  Ve-^ 
neurs  j  où  alors  le  Roy  fe  trouuant  faifi  de  foif,  l'on  fut 
quérir  du  vin  en  vn  petit  logis  là  es  enuirons ,  lequel 

A  a    iij 


i9o         Le   Trésor   des  merveilles 

At  trouué  excellent  par  fa  Maiefté  :  laquelle  s'eftanc  in- 
formée d'où  il  venoit ,  comme  elle  eut  appris  qu'ilpro- 
uenoit  de  cette  code,  où  il  y  auoit  deiîavn  peu  de  vi- 
gnes ,  cela  l'inuita  de  l'achepter  j  &C  pour  la  rendre  en- 
core plus  coniiderable ,  elle  fit  venir  du  plan  de  Grèce, 
de  Gafcogne  ,&  de  tous  les  meilleurs  Vignobles ,  qu'elle 
y  fit  planter ,  &c  baftir  au  mefine  temps  cette  maifon 
qui  s'y  void  ,  laquelle  depuis  a  toulîours  porté  le  nom 
des  PrefToirs  du  Roy,  àcaufc  de  ceux  qu'il  y  auoit  fait 
drefler.  En  effet  le  vin  en  eft  fort  excellent. 


DE    QVELQVES    DEVISES    ROYALES 

qui  fe  voyent  en  ce  Chafteau. 

Chapitre    XXV. 


/.    Detiijè  de  François  /. 
//.  Diuerfes  explications  de 
cette  Demfe. 

III.  Deuife  de  Henry  IL 

IV.  Trois  explications  de  la 
Deuife  précédente. 

V.  JDeuifi  de  Charles  IX. 


VL    Deuifè  de  Henry  k 

Grand. 
VIL  Deuife  de  Louys  XIIL 
VIIL  Deuife   de  Anne  de 

France  ,  ^  de  Pierre  d€ 

Bourbon  fin  mary. 


O  V  R  donner  vn  accoinplifTement  des 
merueilles  de  cette  Maifon  incomparable 
de  Fontainebleau,  i'ay  crû  eftre  bien  à  pro- 
pos de  remarquer  en  ce  Chapitre  les  De- 
uifes  Royales  qui  s'y  voyent. 
ïl  L  A  première  eft  celle  du  grand  Roy  François ,  à  fça- 

Deuifc  de  ^oir  vuc  Salamandre  au  milieu  de  feux  &  de  flammes, 

Fiançois  I,  .  ■\-r        ■  r      ^  •  r 

auec  ces  mots  Latnis  :  Nutnjco  &  exttnguo.  le  nourris 
&  efteins  :  ou  bien  ie  m'en  nourris  ôc  l'efteins ,  parce 
que  les  Naturaliftes  remarquent  que  cet  animal  (  qui 
eft  prefque  de  la  forme  d'vn  grand  Lézard)  fortant  àcs 
eaux  où  il  naift,  demeure  volontiers  parmy  les  flammes 


es 
icatiôs 


DE  FONTAINEBLEAV.  LiVRE  II.  191 
&  les  braziers ,  OC  les  eftcint  aufTi  par  Ton  extrême  froi- 
deur j  voire  mefmes  comme  afTeurenc  d'autres ,  s'en  re- 
paift  quelquefois.  

Devise  autant  remarquable  qu'elle  eft  myfterieu-  ^^^ 
fe  ,  par  laquelle  cet  illuftre  Monarque  vouloit  lignifier  expiicai 
le  foin  qu'il  prenoit  de  conferuer  les  gens  de  bien  ,  &:  ^  "5^^ 
punir  les  méchans.  Et  de  fait  vn  Autheur  de  fon  temps 
écrit  que  ce  Prince  eftant  encore  ieune  fit  faire  quel- 
ques médailles  j  où  d Vn  cofté  il  eftoit  reprefenté ,  ôcfur 
le  reuers  il  y  auoit  vne  Salamandre  parmy  des  fiammes^ 
&C  cette  infcription  Italienne  :  Nudrifcotl  buono^&  fbengo 
il  reo.  le  nourris  le  bon ,  ôi  tue  ô<:  chaftie  le  méchant. 

Si  nous  ne  voulons  dire  encore,  que  la  Salamandre 
eftant  le  fymbole  de  la  Confiance  ,  parce  que  cet  ani- 
mal femble  fe  refioUir  au  milieu  des  braziers  3  de  mef- 
mc  que  ce  grand  Roy  touché  des  iuftes  fentimens  d!v- 
ne  Ame  Chreftienne ,  fupportoit  volontiers  pour  l'a- 
mour de  Dieu  ,  les  aftlidions  qui  luy  arriuoient  de  fa 
part.  Paradin  remarque  auoir  veu  en  cette  Maifon  de  P'^'-^dhen 
Fontainebleau  vne  riche  tapifferie ,  où  eftoit  cette  De-  herotq\ta! 
uife ,  Ô^  ces  vers  Latins  : 

Vrfm  atrox ,  Ac^uïlAc^Ue  leues ,  ^  tortïlU  Anguis  ^ 
Cejfemnt flamme  iam  Salamandra  tu^. 

L'Ours  fier  y  l'Aigle  légère  ^  &  le  Serpent  tonu  > 
Salamandre ,  ont  cédé  a  ton  feu  ^  &  'vertu. 

Qui  eftoit  vn  digne  Eloge  de  ce  Prince  ,  reprefen- 
tant  plufieurs  beaux  exploits  de  fes  vi6^oires  j  l'Ours 
fignifiant  le  Duc  de  Sauoye  ,  à  raifon  que  ce  pays-là 
abonde  en  telle  forte  d'animaux  5  l'Aigle  eftant  le  fym- 
bole des  armes  de  l'Empire  j  &  le  Serpent  des  armes 
de  laVille,6c  Duché  de  Milan  prétendu  par  les  Sforces. ^ 

UavTRE  Deuife,  qui  fe  void  icy  endiuers  endroits     ^"-  , 
comme  la  précédente  ,  eft  celle  du  Roy  Henry  II.  vn  Henryii, 
Croiffant  montant  d'argent  furmonté  d'vne  couronne, 
ou  trois  Croiffans  entrelaffez,  ôc  ces  paroles  :  Donecto- 


X91         LE  Trésor   des   merveilles 

tum  imfleat  orhem.  lujquesac^que  tout  le  rond /bit  remplyl 

Plufîeurs  rendent  différences  raifons  de  cette  Deui- 

fe.  Il  y  en  a  qui  croyent  que  ce  Prince  la  prit  en  con- 

fideration  de  Diane  de  Poitiers  DuchefTe  de  Valenti- 

nois  ,  laquelle  eftoit  en  grand  crédit  auprès  de  luy  ,  &: 

qujl  reprefentoit  par  ce  Croiffant  de  Lune  ,  à  qui  les 

Poètes  font  porter  le  nom  de  Diane. 

""YhT       Q^ELQVES  autres  difent ,  que  ce  fut  à  defTein  de 

Trois  ex-    Contrecarrer  rorgueil,&  le  fafte  de  l'Empereur  Charles- 

§Sîc"*   Quint ,  qui  auoit  pour  Deuife les colomnes  d'Hercule, 

auec  cette  infcription  : Plus'vltrÀ. Flusofitre ;pour  figni- 

fierquilpoulferoitfesconqueftes  plus  auant  que  celles 

de  cet  Héros  de  l'Antiquité,  ofant  mefme  fe  promettre 

la  France  :  ce  qui  obligea  ainlî  Henry  H.  à  prendre  telle 

Deuife  ,  pour  dire  que  lî  la  vanité  ,  ÔC  l'ambition  de 

l'Empereur  le  pouffoit  iufquesàcepoinâ:,nollregrand 

Roy  Henry  palferoit  bien  plus  auant  j  iufques  à  ce  qu'il 

cuft  conquis  tout  le  monde  ,  defîgné  par  ce  mot  d'Or- 

bis  j  ou  de  rorjd,  figure  de  toute  la  terre. 

Mais  i'aime  bien  mieux  m'arrefter  à  la  créance  de 
ceuXjqui  affeurent  que  Henry  I L  prit  cette  Deuifepour 
faire  paroiftre  le  defîr  qu'il  auoit  de  conferuer  l'Eglife 
Catholique ,  troublée  en  France ,  ôC  ailleurs  par  les  Pro- 
teftans  Religionnaires  qui  commençoient  alors  ,  des- 
quels il  faifoit  vn  iufte  chaftiitient.  De  fait  que  l'Egli- 
fe dans  les  Lettres  faindes  cft  fouuent  figurée  fous  ce 
fymbole  de  Lune*  Où  à  ce  propos  nous  pouuons  rap- 
porter ce  que  raconte  vn  Autheur  célèbre  du  Pape  Ca- 
lixte  U.lequel  eut  en  vifion  la  nuiél  immédiatement  pré- 
cédente qu'il  fut  efleué  au  Souuerain  Pontificat ,  qu'vn 
enfant  luy  auoit  apporté ,  ôc  mis  dans  le  fein  vne  Lune. 
V.  I E  ne  diray  qu'vn  mot  touchant  la  Deuife  de  Char- 

chatîcs  ^'^  les  IX.  parce  qu'à  peine  fe  reconnoift-elle  encore  icycn 
IX.  quelques  ouurages  qu'il  y  a  fait  faire  ,  nommément  en 

la  Salle  des  Gardes  du  corps.  Deux  colomnes  forment 
le  corps  de  cette  Deuife ,  dont  l'ame  eft  telle  :  Ptetate ,  & 
lufiitta.  TarUTteté ,  &  par  la  lufiice.  Donnant  aflez  à 

conr 


Paul  Emil. 


DE    FONTAÎNEBLEAV»      LiVRE  II.  19^ 

connoiftre  que  fon  intétion  n'eftoic  que  de  régner  par  la 
Pieté  enuers  Dieu,  ôcpar  la  luilice  à  l'endroit  de  Tes  Su- 
ietsjces  deux  Vertus  eftans  corne  deux  fortes  colomnes, 
qui  fouftiennent  puiffamment  tout  Tedifice  dViiEftat» 

Cette  Maifon  Royale  a  tant  d'obligations  à  Henry   ~vl 
le  Grand  ,  que  ie  meriterois  auec  raifon  vne  ceniure  ^^J"y  \l 
rigoureufe,  il  i'oubliois  à  donner  place  icy  àfaDeuife,  Grand. 
qui  paroift  en  diuers  endroits  de  ceChafteau,  6c  parti- 
culièrement à  la  arande  TerralTe  de  la  Cour  de  la  Fontai^ 
ne  :  c'eft  vne  epée  en  pal,  auec  deux  Sceptres  en  fautoir, 
6«Cces  mots  :  Duo  ^rotegit^nus.  Vn  en  défend  deux.  Voulant 
montrer  par  là  le  foin  qu'il  a  eu  comme  vn  digne  Prince 
de  défendre  fes  deuxRoyaumeSjde  Frace,&  de  Nauarre. 

Mais  après  toutes  ces  belles  j&ingenieufesDeuifes, 
il  faut  aduoiier  que  celle  de  noftreinuincible  Monarque  vu. 
Louys  XIII.  n'eft  pas  moins  coniîderable  j  c'eft  vne  Louysxm. 
MafTuëj  auec  ces  paroles  :  Enth<ic  quoque  cogmtamonfiris. 
Elle  fera  faretlle?nent  connue  aux  monftres.  Faifant  allulîon 
&  rapport  à  celle  d'Hercule ,  de  laquelle  cet  Héros  dom- 
pta vne  infinité  de  monftres  j  comme  ce  braue  Prince  a 
îurmonté  les  monftres  de  la  Rébellion ,  &:  de  l'Herefie, 
qui  auoient  ofé  attenter  à  la  ruine  de  cette  première 

Monarchie  tres-Chreftienne.  , 

I E  finir ay  ce  Chapitre  par  la  Deuife  de  Anne  de  France  ^^^^^  ^^ 
fille  aifnée  du  Roy  Louys  XI. &  femme  du  Duc  Pierre  de  Aane  de 
Bourbon  j  de  laquelle  la  Deuife  eftoit  vne  grande  nuée  je^p^eire^ 
d'azur,  d'où  fortoient  des  langues  de  feu  ,,ôc  au  milieu  vn  de  Bour- 
Cerf  volant,  qui  portoit  au  col  vne  ceinture  d'azur,où  fe  maîv.  ° 
voyoit  écrit  ccmot  ,Efperanc€  :qui  eft  l'ancienne  Deui- 
fe,  ôC  le  mot  de  la  Roy  aie  Maifon  de  Bourbon,par  lequel 
ceux  de  cette  F  amille  tr es-lUuftr e  donnoient  à  entendre 
l'efperance  qu'ils  auoient  de  paruenir  vn  iour  à  la  Cou- 
ronne de  France  j  comme  l'expérience  l'a  fait  voir  en  la, 
pe rfonne  facrée  de  Henry  leGrand,iffu  du fang  Royal  de 
S.Louys.CetteDeuife  paroift  icy  feulement  endes  riches 
ornemens,  que  cette  Princeffe  Anne  a  donné  à  noftre 
Egliic  de  ceChafteauj  au  bas  de  laquelle  Deuife ,  &  en 

Bb 


194  Le     TRESOR   DES    MERVEILLES 

d'autres  endroits  efl  le  Chiffre ,  &C  la  première  lettre  dit 
nom  de  fon  mary,  àfçauoir  vn  grand  P. en  or,qui  iignifie 
Pierre  de  Bourbonjôc  le  {ien,qui  eft  vn  grand  A.  qui  veut 
dire  Anne.  Elle  nous  fît  prefent  de  ces  ornemens,tandis 
qu  elle  eftoit  icy  auec  le  Roy  Charles  VIII.  fonfrerejdu- 
quel  Louys  X I.  fon  père  luy  auoit  donné  la  charge  de  la 
nourriture ,  àc  du  gouuernement  en  fon  bas  âge ,  èc  mi- 
norité. 

DE   LA  MANIERE  ORDINAIRE  QVE 

Ton  void,  &C  montre  ce  Chafteau. 

Chapitre    XXVI. 

remarquables  de  ce  Cha- 
fteau. 


i.  Raiforts  qui  ont  obligé  l'Au- 
•   theur  à  drejfer  ce  Chapitre. 
IL  Par  OH  il  faut  commen- 
cer avoir  ce  Chafteau, 
III.  La  fuite  des  fiecesflm 


IV.  Afres  la  vifite  du  Cha^ 
fléau  y  l'on  votd  le  Parc ,  & 
l'Aqueduc. 


^        ^^^^^^S  -^  ^  C  ^  ^^  cette  Maifon  Royale  efl  fort 

ample  ,  éc  que  ^ts  baflimens ,  tant  anciens 


Raifons 
qui    ont 


l'Autheur 


oblige      .^  ^^^mJ  4^^  modernes  ,  font  entremeflez  les  vns 


âdrcfler  ce  KJ^H3  ^^"^  les  autrcs ,  lefquels  Ton  a  couftume  de 
Chapitre.  fSrf-^^s^i  montrer  félon  l'ordre  qu'ils  s'entrefuiuentî 
&  en  la  defcription  d'iceux  ayant  traitté  des  vns  ô^  des 
autres  félon  leur  ancienneté  ,  bc  non  point  félon  cette 
entrefuite  :  c'eft  pourquoyi'ay  iugé  qu'il  feroit  icy  bien 
à  propos  d'adioulter  ce  Chapitre  pourycotter  lesheux, 
bc  y  faire  vn  renuoy  des  chofes  :  afin  qu'en  voyant ,  ô«:  vi- 
fitant  cette  Maifon , comme  l'on  a  couftume  de  lamon- 
trer  \  c'eft  à  fçauoir  dans  l'ordre  ,  6^  entrefuitte  de  Çts 
baflimens  j  l'on  puiffe  icy  trouuer  facilement  la  defcri- 
ption des  chofes  qui  y  font ,  bc  que  l'on  y  doit  voir. 
II.  L'ORDINAIRE  efl,  premièrement  de  venir  en  la 

fau\  °com-  Conciergerie  de  ce  Chafleau ,  qui  fc  trouue  de  fuite. 

menccr  à    LiurC  I.  chap.  lO. 

voir  ce  T-><     i\  i>  n  >         \  •     1      /^    1       • 

chaûcau.       De  la  1  OU  entre ,  ùL  commence-t  on  a  voir  la  Galerie 
des  Cerfs.  Liurez.chap.17. 


DE  FONTAINEBLEAV.      LiVRE  II.  195 

Puis  Ton  pafTe  auIardindelaReyne.  Liu.i.  chap.19. 
L'on  pourluit  fon  chemin  pour  voir  la  Galerie  des 
Cheureuils.  Liu.  z.  chap.  18. 

De  fuite  fe  voyenc  les  Salles  desEftuues  >  des  Bains , 
-&:  celle  de  la  Conférence.  Liu.z.  chap.  7. 

L'on  monte  par  après  en  la  Galerie  du  Roy  Fran  - 
cois  I.  dite  la  petite  Galerie.  Liu.  2.  chap.  6» 

Et  de  là  paflant  vne  Salle ,  fe  void  l'Eglife  de  la  Sainéle 
Trinité,  dite  la  grande  Chapelle.  Liu.  z.  chap.  5. 

Comme  l'on  ell  forty  de  ce  lieu  l'oupalTeau  Pauillon 
des  Poëfles  ,  appelle  autrement  le  Département  de  la 

ReyneMere.  Lm.x.chap.ix.  . 

L  A  o-rande  Galerie  fe  montre  de  fuite ,  en  laquelle  eft    }  ^^; . 

Ijy^   1/-r/         UT  T  N     r  T  ^^  luitç 

dépeint  1  Odillee  d  Homère  ,  ÔC  ou  iont  diuers  autres  despieccs 
Tableaux  ,  èc  pluHeurs  Emblèmes  6c  Deuifes.  Liu.i.  ^'^^qua- 

Chap.9.10.&;  II.  blesdec» 

A  lafortie  de  là  l'on  monte  vn  Efcalier  pour  voir  les 
ChambreSjOÙfont  dépeints  la  vie,&;lesTrauaux  d'Her- 
cule. Liu.  1.  chap.  iz. 

Eftant  defcendu  de  ces  Chambres  l'on  pafTe  fur  vne 
Terraffe ,  où  fe  void  à  plailîr  la  Cour  du  Cheual  blanc,  dC 
le  grand  Efcalier.  Liu.  i.  chap.  6. 

Celaveu  on  repafTepar  ladite  Galerie  de  François  L 
ou  par  la  grande  TerrafTe  qui  regarde  la  Cour  de  la  Fon- 
taine ,  &C  le  lardin  de  l'Eftang.  Liu.  i.  chap.  7.  ÔC  Liu.  z, 
chap.xo. 

Par  après  Ton  entre  en  la  Salle  des  Gardes  du  Corps, 
pour  palfer  en  la  Salle  de  la  belle  Cheminée.  Liu.i.ch.i4. 

L'on  void  de  fuite  vne  Chambre  ,  où  font  diuerfes 
Peintures ,  qui  ne  fert  que  de  paiGTage ,  &  entre-t'on  en  la 
Salle  du  Bal.  Liu.  1.  chap.  8.  D'oùd'vn  cofté  eft  la  Cour 
du  Donion,ôC  de  l'autre  legrand  lardin  duRoy.  Liu. 2, 

chap.  19. 

De  là  fe  void  la  Chapelle  haute  ,  autrement  dite  la 
Chapelle  du  Roy.  Liu.  2.  chap*  2. 

Puis  reuenant  fur  fes  pas  l'on  entre  au  Départe- 
ment du  Roy  ,  ôc  premièrement  au  Pauillon  ,  ^ 

Bb   ij 


196  Le  Trésor  des  merv.  de  Font.  Livre  IL 

Chambre  de  Saind  Louys.    Liure  i.  chapitre  5. 

De  fuite  fe  void  l'Antichambre,  ôc  Chambre  du  Roy, 
&;  le  Cabinet  5  ou  Chambre  de  TOuale.  Liu.i.chap.ij. 
Aufortir  de  la  Chambre  du  Roy  l'on  pafTc  au  Dépar- 
tement de  la  Reyne  -,  ôc  premièrement  au  Cabinet  des 
Cefars,  ou  Empereurs ,  en  la  Chambre  de  la  Reyne,&  en 
fonCabinet^ditdeTancredeô^Clorinde.Liu.i.chap.ij. 
Pourfuiuant  chemin  l'on  entre  en  la  Galerie  de  la 
Reyne.  Liu.  z.  chap.  16.  D'oùfc  void  la  Conciergerie, 
&;  la  Cour  des  Offices.  Liu.  I.  chap.  9. 

De  là  entrant  dans  vn  petit  Cabinet  Ton  void  la  Vo- 
lière. Liu.i.  chap.  18.  Et  c'efl  tout  ce  que  Ton  montre 
d'ordinaire  du  Chafteau. 

Si  l'on  eft  curieux,  dc  que  le  loilîr  le  permette,  ou  plu- 
ftoft  que  l'on  foit  porté  de  deuotion ,  l'on  viûte  la  Cha- 
pelle baffe  pour  y  entendre  la  MelTe,  &C  fe  Crouuer  au 
feruice  Diuin  &c  Canonial ,  qui  s'y  fait  tous  les  iours. 
Liu.  1.  chap.  I. 

En  après  l'onpeut  aller  voir  le  Cabinet,  6c  Chambre 
d^s  Peintures  particulières.  Liu.  i.  chap.  13. 

Puis  l'on  fe  va  pfomener  au  lardin  des  Pins.  Liu.  z. 
chap.xo.  6c  en  celuy  des  Canaux  pour  voir  la  Fontaine 
de  Fontainebleau, les  Canaux  desTruittes,  &:  le  Mail. 
Liu.  1.  chap.  II. 

De  là  l'on  repaffe  ,  fî  l'on  veut ,  par  l'allée  du  Chenil 

pour  voir  l'Eftang ,  ôcpalTer  au  lardin  duRoy ,  &  y  voir 

les  belles  Fontaines.  Liu.  x.  chap.  19. 

ÏyT       Et  pour  ne  rienobmettre  avoir,  l'on  pafTe  du  lardin 

Api  es  la    j^  B^oy  au  Parc ,  pour  y  admirer  la  beauté  de  fon  CanaJ^ 

Chafteau,  de  fcs  Allées  Royales ,  èc  les  oifeaux.  Liu.  i.  chap.  21, 

i°Pnc°'&  L'on  void  en  après  l'Aqueduc  ,  àc  Referuoir  des  Fon- 

J   queduc.  taines.  Liu. i,  chap.  z^. 

Cela  fait  l'on  fe  repofe ,  ôc  doit-on  eftre  fatisfait  d'à- 
uoir  veu  tant  de  belles  ,  èc  fîngulieres  raretez. 

FIN    DV    IL    LIVRE. 


1^7 


TRESOR 

DES    MERVEILLES 

DE  LA  MAISON  ROYALE 

DE  FONTAINEBLEAV. 

LIVRE     TROISIESME. 

CONTENANT    LES   EVENEMENSl 
&  les  chojès  mémorables  arriuées  en  ce  Lieu, 


D'VNE    GRANDE    MALADIE    Q^'EVT 

Saind  Louys  à  Fontainebleau,  &  de  l'exhortation 
qu'il  fit  alors  à  Louys  fon  fils  aifné. 

Chapitre     I. 


/.  L  es  dignitezj  du  Monde , 
proprement  appellees  des 
Charges, 

'//.  Satrtéi  Louys  fçauoit  di- 
gnement pratiquer  la  qua^ 


lité de  Roy.  L'an  de 

///.  Belle  penfée .  &  dit  no-  [:VJ;; 

table  de  Philippe  de  Va^^^i9\ 

lois, 
IV*  EnfansdeSainCt  Loujs^ 

Bb   iij 


198 


Le   Trésor   des   merveilles 


ï. 

Les    di- 

gnitcz  du 

monde  , 

proprcmct 

appellées 

desChar- 

ses. 


Efihit-  _14." 
cap. 


II. 

S.  Louys 
fçauoi:  di- 
gnement 
f)ratiquer 
a  qualité 
de  Roy. 


O  V  S  ceux  qui  voyent  les  Sceptres, 
6^  les  Couronnes  ,  en  reconnoif- 
fent  bien  l'éclat  &  la  beauté  ,  mais 
fouuent  n'en  fcauent  pas  le  poids , 
&  le  fardeau.  De  là  fort  à  propos 
appelle-t'on  les  dignitez  du  monde 
des  Charges,  pour  dire  que  tels  Of- 
fices ,  fi  parmyleur  fplendeur,  ôc  le 
haut  éclat  de  leur  mérite,  femblent 
couronner  de  gloire  tous  ceux  qui  les  occupent ,  ils  ne 
manquent  pas  aufli  de  les  charger  de  foins ,  de  deuoirs, 
ÔC  d'obligations^  en  forte  qu'on  peut  bien  aduancer  cet- 
te vérité,  que  fi  ces  nobles  qualitez  font  autant  de  cou- 
ronnes d'honneur ,  elles  font  plus  compofées  de  Soucis, 
que  d'autres  fleurs;  &  que  s'il  y  a  des  rofes  ,  il  n'y  man- 
que pas  auffi  d'épines.  C'eftoit  bien  où  vifoit  la  pen- 
fée  de  la  Reyne  Efther  ,  lors  que  par  vne  faueur  tou- 
te celefte  ayant  efté  efleuée  à  cette  noble  Dignité  ,  ÔC 
en  fçachant  le  poids  ôcles  deuoirs ,  elle  difoit  parlant  de 
fon  Sceptre  ,  Que  fin  péril  ejioit  entre  fis  mains.  Pour 
montrer  que  lesRoysayans  efté  eftablis  deDieu,ôCte- 
nans  de  faMaiefté  toute  PuifTante,  àfoy  ,&  à  homma- 
ge ,  leurs  Sceptres ,  &  leurs  Couronnes  ,  ils  fe  doiuent 
fouuenir  ,  que  comme  ils  font  les  Images  viuantes  de 
Dieu  fur  la  Terre,  il  faut  qu'ils  en  imitent  aufli  les  Ver- 
tus ,  ôc  particulièrement  la  Bonté  ,  pour  en  fauorifer 
leurs  Suiets,  &;  en  acquérir  l'amour,  &:  le  refpe6lpar  les 
foins  qu'ils  en  doiuent  auoir ,  leur  procurant  toute  for- 
te de  biens ,  bc  de  faneurs.  Que  fi  iamais  Prince  a  fceu 
dignement  pratiquer  ce  bel  aduis  ,  c'a  efté  particuliè- 
rement le  grand  Roy  Sainâ:  Louys  :  car  comme  il  eftoit 
très-bien  éclairé  de  toutes  les  lumières,  &  orné  de  tou- 
tes les  bonnes  parties  qui  font  neceflaires  pour  former 
vn  Roy  fans  reproche  ,  ô<:  auec  toutes  les  qualitez  re- 
quifes  à  cette  noble  Dignité  5  auffi  s'en  eft-il  fi  bien  ac- 
quité  ,  qu'après  auoir  mérité  fur  la  terre  les  aifedions 


DE  FONTAINEBLEAV.     LiVkE  III.  199 

de  Ces  Peuples,  èc  l'honneur  d'auoir  parfaitement  bien 
gouuerné  cette  Monarchie  Fran^oifcjil  aenfineftére- 
compenfé  dVne  immortaUté  de  gloire. 

Et  voila  pourquoy  fe  voyant  vn  iour  atteint  dVne 
grande  maladie  eftant  en  cette  Maifon  Royale ,  &:  en  iu- 
gcant  l'ijOTuë  douteufe  5  qui  le  menaçoit  plus  de  mort, 
qu'elle  ne  luy  faifoit  eiperer  de  vie  j  il  fe  refolut  de  dif- 
pofer  de  fa  dernière  volonté ,  en  déclarant  Louys  fon  fils 
aifhé  héritier  de  cette  Monarchie  j  &:  pour  le  faire  héri- 
tier aulfi  bien  de  fes  Vertus,  comme  de  fa  Couronne,  luy 
propofa  plufîeurs  beaux  enfeignemens. 

Mais  entre  les  autres  il  luy  donna  celuy-cy:-S^^^/^//j 
ie  te  fne  que  tu  tefajfe  aimer  au  Peuple  de  ton  Royaume  \  car 
'vrayement  t  aimerais  mieux quvn  EJcoJfoù  'vint  î  tifioffe  ,oh 
quelque  autre  loingtain  eflranger^qui  gouuernafi  le'TeHpledu 
^^oyaume  bien  &  loyaument  ^  que  tu  te  gouuernajfe  mal  à 
foinéiy  &  en  reprouche.  Belles  paroles  de Saind  Louys, 
par  lefquelles  faifant  paroiftre  le  deu  de  cette  illuftre 
qualité  de  Roy ,  il  aduertilToit  eefienfils  de  s'en  acquit- 
ter dignement,  ôc  ànefepoint  laiffer  efblouir  les  yeux 
de  l'éclat  des  grandeurs  de  la  terre  :  mais  fe  fouuenir 
qu'entre  le  Prince,  ô^  le  Suiet ,  quoy  qu'il  y  ait  vne  gran-^ 
dedirproportion,il  yaneantmoins  cette  obligation  de 
part  6c  d'autre  3  que  l'vn  comme  Souuerain  porte  quant 
Equant  la  qualité  de  Père ,  &:  l'autre  comme  Suiet  celle 
de  fils  5  qui  inuice  celuy-là  à  vn  amour ,  &foin  tout  par- 
ticulier de  leur  defenfe  j  comme  elle  oblige  celuy-cy  à  vn 
refpe6l:,&:  fidélité  inuiolable.  Et  à  n'en  point  mentir,  il 
n'y  a  rien  qui  gagne  tant  les  cœurs  des  Suiets  enuers 
leur  Prince,  que  quand  ils  en  reconnoiffent  l'amour,  &: 
reffentent  les  douces  influences  de  leurs  faueurs.  

AVSSI  peut-on  bien  croire  ,  que  la  plus  affeurée    iil, 
garde  du  corps  d'vnRoy ,  eft  fans  doute  l'amour  de  fes  fée^de  pht 
Suiets  3  &;  que  les  forces  d'vn  Eftat  ne  confiftent  pas  tant  %^.  '^^ 
aux  Forterefl'es  ,  &  aux  Chafteaux  de  fon  Royaume^ 
qu'aux  efprits  bien  affeélionnez  de  ceux  qui  les  gar- 
dent. Ce  qui  faifoit  dire  autrefois  à  Philippe  de  Valois^ 


JBnfans 


iëo         Le  Trésor  des  merveilles 

en  cette  cntreueuë  qu'il  eut  à  Amiens  auec  Edouard  IIÎ. 
Roy  d'Angleterre  :  Quil  valait  bien  mieux  eH^re  Roy  des 
François,  que  de  la  France. 

Pour  reuenir  à  S.  Louys  ,  Dieu  prenant  pitié  de  ce 
Royaume  ,  qui  eftoit  preft  de  faire  vne  fi  grande  perte 
en  la  mort  de  ce  Prince  j  6c  confiderant  les  iuftes  defîrs, 
&:glorieufes  entreprifes  que  cet  illuftre  Monarque  pro* 
iettoit  pour  la  gloire  de  fon  fainâ:Nom ,  dans  le  delfein 
qu'il  auoit  déporter  ï^cs  armes  contre  les  Infidelles  >  luy 
rendit  la  fanté  ,  auec  vne  longue  fuite  d'années  5  ayant 
mefme  furuécu  ce  fîen  fils  Louys  fon  aifné  ,  &  auquel 
Philipp  e,  furnommé  le  Hardy,  fucceda  au  droit  d'aifnef^ 
fe  j  comme  aufTi  recueillit  cette  Couronne  après  la  mort 
IV.  dé  fon  père.  Car  Dieu  beniffant  le  mariage  de  Saind 
s  Lou  s^  Louys ,  luy  donna  vne  grande  lignée  ,  fçauoir  cinq  fils> 
&  quatre  filles  ^  dont  le  premier  fut  ce  Louys ,  duquel 
nous  parlons,  qui  auoit  fiancé  la  fille  du  Roy  de  Caftille, 
nommée  Berengere ,  dont  le  mariage  ne  fut  confommé. 
X.e  fécond  fut  ledit  Philippe,  auquel  en  luy  laifTantcet^ 
te  Couronne  >  il  luy  laiffa  encore  diuers  enfeignemens, 
autres  que  les  precedens,qu'il  écriuitdefapropremain, 
eflant  tombé  malade  au  Camp  deUant  Tunis ,  en  fon  fe^ 
cond  voyage  d'outremer  contre  les  Infidelles  ,  où  il 
mourut  5  ainfî  que  nous  auons  remarqué  amplement 
en  noftre  Hiftoire  de  Barbarie.  Les  autres  fils  font ,  fça- 
uoir  le  troifiéme  Pierre,  qui  eut  le  Comté  d'Alençon: 
le  quatrième ,  Robert  Comte  de  Clairmont  en  Beauuoi^ 
fis  ,  dont  eft  defcendu  la  Royale  Maifon  de  Bourbon  : 
6c  le  cinquième  &  dernier,  fut  lean  furnommé  Triftan, 
à  raifon  de  ce  qu'il  efloit  né  à  Damiette  durant  la  trifteffc 
de  fa  mère,  où  elle  apprit  lacaptiuité  du  Roy  fon  mary. 
C'eft  ce  que  i'ay  recueilly  de  loinuille  en  l'Hifloire 
de  S.  Louys  Chapitre  94.  félon  quelques  éditions  :  mais 
page  5.  félon  l'Edition  de  Paris  1617.  reueuc ,  &  corrigée 
par  le  Sieur  Menard,  il  efl  remarqué  que  cette  première 
exhortation  fut  faite  à  Louys  pour  lors  l'aifné,  &  non 
pas  à  Philippe,  tous  deux  fils  duditSaind  Louys. 


De  Fontainebleav.   Livre  IIL       loi 


DE     LA    NAISSANCE,    ET    DE    LA 
mort  du  Roy  Philippe  IV.  furnommé  le 
Bel ,  à  Fontainebleau. 


Chapitre     IL 


L  Tlu/ietiys  motifs  ont  mui- 
té  l'^utheur  A  drejfer  ce 
Chapitre, 

IL  Eloges  de  Philime  le  Bel. 

III.  Malice  5  &  Juppo/itions 
de  quelques  oAuthcurs, 


IV'  Raifbns  qui  combattent  L'An  ctc 
les  Amheurs  allezuez^,        i  e  s  v  s- 

rr        A  r  ^-^  Christ 

y  .  autres  fortes  ratjons,       i  x  e  s. 
VI.  Le  cœur  de  Philippe  le  Bel 

enterré  en  l' Eglije  Par- 

roi^ialediAuon» 


'  H  O  N  N  EV  R   qu'a  receu  Fontainebleau      i. 
par  la  naiilance  de  Philippe  IV.  dit  le  ^fj^lft^^', 
Bel ,  hL  par  Ion  trépas  arriué  en  ce  Lieu  j 'nuiréi'Au- 

,\.  •       1  •  V    1       /-r  theur  à  fai- 

nous  obhge  particulièrement  adreller  ce  rc  ce  cha- 
Chapitre  ,  pour  releuer  la  gloire  de  ce  P'"^- 
erand  Roy,  ôc  conuaincre  de  faux  les  ennemis  de  cet- 
te Couronne  :  qui  pour  tâcher  de  ternir  le  haut  éclat 
de  fes  mérites ,  ont  aduancé  malicieufement  qu'il  eftoit 
mort  par  vne  punition  Diuine  ,  à  caufe  de  la  mauuai- 
fe  intelligence  qu'il  auoit  eu  auec  le  Pape  Boniface 
VIII.  &  pour  le  chaftiment  qu'il  fit  des  Cheualiers 
Templiers. 

Or  comme  pour  l'excellente  beauté  de  Ton  corps,  &: 
pour  les  grâces  de  fon  efprit ,  il  acquit  ce  furnom  de  Belj 
auffi  eft-iivray  qu'il  a  bien  mérité  encore  celuy  de  Prin- 
ce tres-accomply, ayant  eu  toutes  les  illuftres  qualitez 

requifes  àvne  eminente  Dignité)  auec  cette  gloire  qu'il 

a  touilours  fait  grand  cas  des  perfonnes  de  Vertu  ,  &  Eloges  de 
qu'il  honoroit  extrêmement   les  bonnes  Lettres  ,  &:PhinpP^^^ 
tous  ceux  qui  en  faifoient  profeflion.  Ce  qui  n'eft  pas 
Vne  petite  louange  à  vn  Monarque,  puifque  c'eftvn  té- 
moignage qu'il  auoit  l'ame  marquée  au  coin  d'vn  chara* 

Ce 


S.02,         LE   Trésor  des   merveilles 

dere  tout  celefte.  Aquoypour  ne  pas  obmettre  ce  qui 
contribue  àrehaujOfer  fa  grandeur  jie  ne  puispaiîer  fous 
iîlence  Ton  infigne  Pieté ,  ayant  baftyplufîeurs  Eglifes, 
oc  autres  lieux  de  deuotion,&;  grandement  obligé  par 
Ces  bienfaits  noftre  Conuent  de  ce  Lieu  :  outre  que  pour 
ne  demeurer  ingrat  enuers  la  mémoire  de  S.  Louysfon 
ayeul,  mais  en  reconnoiftre  les  mérites  5  il  en  fit  releuer 
les  Reliques  àc  les  OiTemens ,  bc  pofer  dans  vne  ChalTc 
d'or,  l'année  d'après  faCanonization. 

Que  fi  fon  règne  èc  fa  vie  ont  femblé  vn  peu  moins 
illullres  à  quelqucs-vns ,  à  caufe  des  grands  deniers  qu'il 
leua  fur  fes  Suiets  3  l'on  fçait  bien  aulfi  les  puifTantes 
guerres ,  6c  les  affaires  importantes  qu'il  luy  fallut  fup- 
porter  pour  l'honneur  de  ce  Royaume, 6i  les  aduanta- 
ges  qu'il  eut  fur  Ces  ennemis ,  s'eftant  fignalé  de  plu- 
fieurs  batailles ,  &;viâ:oires  5  entre  autres  de  celle  qu'il 
gagna  contre  les  Flamans  ,  laquelle  fe  donna  prés  le 
Mont  de  Penelle ,  entre  l'Ifle ,  èc  Doiiay  -,  qui  fut  fi  fan- 
glante,  que  l'on  y  compta  trente  fix  mille  des  ennemis 
morts  auchamp  de  bataille,  où  de  la  part  des  François  il 
ne  s'y  perdit  que  cinq  cens  Gentilshommes. 

Si  en  fécond  lieu  l'on  obie6le  les  grands  différends 
qu'il  eut  auec  le  Pape  Boniface  :  ne  fçait-on  pas  aufiî 
qu'ayant  vfé  enuers  ce  Roy ,  &c  fon  Eftat ,  de  palïion ,  àC 
F^tui.        de  rigueur ,  cela  à  la  vérité  pouffa  fa  Maiefté  à  ce  refTen- 
timent  qu'il  luy  en  témoigna  5  mais  non  pas  auec  ces 
lettres  de  part  d>C  d'autre  ,  remplies  de  conuices ,  donc 
les  anciens ,  6c  non  paflionnez  Efcriuains  ne  font  au- 
cune mention  ;  6c  fe  parle  feulement  d'vne  certaine 
Bulle, 
lu.         E  T  de  cette  diflîculté  ainfi  aduenuë  entre  Boniface, 
îï^' ofit'iô^  ôC  noftre  Philippe ,  Meyer ,  &  autres  Autheurs  eftran- 
de  quel-    gcrs  out  rapporté  à  miracles  ^  ôc  écrit  malicieufemenc, 
?hems."*    que  Dieupout  punir  ce  Prince  le  chaftia  par  vne  cheu- 
te ,  qu'ils  font  arriuer  de  cette  forte  :  difant  ,qu'vn  iour 
comme  il  eftoit  en  la  Foreft  de  Bierre ,  autrement  dite 
de  Fontainebleau  ,  fe  diuertiffant  à  la  Chalfe^  après  vn 


DE  FONTAINEBLEAV.  LiVRE  III.  toj 
Sanglier  ,  fon  cheual  fut  bleiré  de  Ces  defenfes ,  qui  le 
porta  à  fe  cabrer  de  forte  des  pieds  dedeuant,  quil  ren- 
uerfa  brufquement  le  Roy  ,  le  pied  duquel  demeura  à 
l'eflrié  ,  &;  peu  s'en  fallut  qu'il  ne  le  tuail:  alors  j  mais 
qu'eftant  venu  du  fecours  aulfi  toft ,  il  fut  dégagé ,  &  on 
l'apporta  icy  ,  où  il  mourut  foudain  ,  tout  fracaifé  de 
cette  cheute. 

En  quoy  ie  veuxfaire  voir  euidemment  la  malice  de 
Meyer  Autheur  Flamand,  &:  des  autres  Eftrangers,  &C 
que  c'eftvne  fuppofîtion  en  l'HiftoirejôCvuc calomnie 
pour  blafmer  lamemoiredecegrandRoyjveu  que  nos 
Hillioriens  anciens  difent  au  contraire,  qu'il  mourut  de  ^^^eforefi- 
mort  naturelle,  &;  non  pas  violente,  telle  que  feroit  cel-  cZ'p.%. 
le-là,lî  cesEitrangers  difoient  vray.    Car  Nangis  <:\^i  Quuiaume 
écriuoit  enuiron  ce  temps  ,  remarque  expreflément  ^^  ■^'^''<?'^ 
qu'il  n'yauoit  aucun  Médecin,  tant  fut-il  expert  ,  qui  Zlîtè^  "^^'' 
fceut  dire  quelle  eiloit  cette  maladie  du  Roy,  &;  moins 
ireconnoiftre  ii  elleefloit  mortelle,  n'y  ayant  ny  pouxj 
ny  autre  ligne  qui  menaçaft  ce  Prince  de  mort  ,  bien 
qu'il  fentift  fes  forces  diminuer ,  hL  qu'il  s'en  alloit  mou- 
rant. Que  ii  cette  maladie  fut  ainfi  arriuée  à  caufe  de      iv, 
cette  cheute  ,  il  n'en  falloit  pas  chercher  la  caufe  ail-  ^^'^*^"5 
ieurs  ,  ô£  il  auroit  fallu  que  ces  Médecins  euflent  efte  battent  les 
ignorans  ,  ÔC  aueugles  tout  enfemble  ,  pour  ne  pas  re-  aUcgue" 
connoiftre  la  caufe  de  cette  maladie ,  cela  eftant. 

Où  Ton  peut  dire  encore  à  ce  propos  ,  ce  qu'a  écrit 
Gaguin  Hillorien  célèbre  ,  que  tant  s'en  faut  que  la  ^^<?«'«^  »^ 
mort  de  noftre  Philippe  foit  arriuée  de  cette  cheute  pre-  r rXl 
tendue,  que  tout  au  contraire  l'on  accufa  de  cette  ma-  ^'^•7'. 
ladie ,  ôc  de  la  mort  du  Roy ,  Pierre  Euefque  de  Chaalon, 
ôi  vn  certain  Raoul  de  Prefle  Aduocat  à  la  Cour  3  où  Ga- 
guin ne  parle  éii  aucune  façon  de  l'accident  de  cette 
cheute. 
D'ailleurs  pourfaire  voir  encore  cette  fuppo{îtion,c'efl 
que  ces  Autheurs  eftrangers ,.  &;  malicieux.,  ne  conuien-f 
nent  pas  bien  enfemble: car  les  vns  difent,  que  cet  ac* 
cident  a^riua  par  la  rencontre  d'vn  SangUer,  ôc  que  es 

Ce   ij 


104        Le  Trésor  des  Merveilles 

fut  en  la  Foreft  de  Bierre ,  ou  de  Fontainebleau  ;  il  y  en  a 
d'autres  qui  afTeurent  que  ce  fut  auprès  de  Corbeil  à 
l'occaiion  d'vnCerf.  Surquoy  i'ay  crû  à  propos  de  rap- 
porter les  propres  termes  de  la  vieille  Chronique  de 
Flandre  ,  qui  finit  l'an  mille  trois  cens  quatre-vingts 
La  chro-  trois,    ^pres  que  le  Roy  fut  'venu  a  Corhetl,  'vn  lour  lujprtP 
^'mndre     taleut  d'aUer  chajfer,  &  amfi  qml  auoit  leué  njn  Cerf^  il  veid 
mife  en  ^'i- <ijemr  U  Ce'ffvers  hy  ,/l  facqua  Jon  épée  3  &  ferit  fin  che- 
loenis  San-  uol  dcs  épcYons  y  &cmdaferir  le  Cerf  i  &  fin  cheual  le  porta 
Imprimfe  à  sncontre  'vn  arbre  de  fi  grande  raideur ,  que  le  bon  Roy  cheut 
Lyon  x^ei.  a  terre  ^  &  fut  moult  durement  bhfiéau  cœur -,  puis  le  prirent 
fo.ii%.    j^^    ^^^  ^  ^jut  porté  à  Corbeil , là  luy  agreua  fia  maladie 
moult  firt  s  &  quand  il  ^eid  que  mourir  luy  conuenoit ,  fi  fit 
fin  ITeflament ,  &  prit  fies  derniers  Sacremens ,  &  puis  mou- 
rut le  beau  Royl'htlippes  a  Fontainebleau. 

le  fçay  bien  qu'vn  de  nos  Efcriuains  modernes  racon- 
te cette  Hiftoire  félon  Meyer  cy-defTus  j  mais  en  cela  il 
faut  croire  que  c'a  efté  feulement  pour  dire  quelque 
chofe  de  nouueau  ,  que  nos  anciens  Hiftoriens  n'a- 
uoient  pas  remarqué  5  ayant  efté  en  ce  poind  plus  cu- 
rieux que  véritable.  Et  puis  encore  qu'il  raconte  cet 
accident  de  mort ,  il  n'en  fait  aucun  iugement  defa- 
uantageux  à  ce  Roy  ,  mais  fe  contente  d'vn  fimple 


narré. 


Et  quand  bien  nous  aduolierions  cet  accident  tragi- 
que,pourquoy  rapporter  ce  faitàmiracle,&  à  punition 
diuine  ?  comme  h  ç'auoit  efté  le  premier  Prince  blefte 
en  telles  occurrences  ,  &;  qu'il  ne  fe  foit  pas  veu  d'au- 
tres accidens  aufTi  eftranges.  Témoin  Drufus  ,  qui  fut 
tué  d'vne  tuile,  qui  tomba  d'vn  toid  entrant  dans  Ro- 
me en  triomphe.  Témoin  encore  le  Poète  Efchines, 
qui  mourut  de  la  cheute  d'vne  Tortue  ,  qu'vne  Aigle 
luy  lafcha  fur  la  tefte  :  &  plufieurs  femblables  faits ,  que 
Ton  ne  peut ,  fans  offenfe  ,  rapporter  ailleurs  ,  qu'à  vn 
cas  fortuit,  fans  en  iuger  témérairement , Ô<:par  vn  ex- 
cez  de  malice  s  en  vouloir  accufer  la  Diuine  Proui- 
dence. 


DE  FONTAINEBLEAV,      LiVRE  III.         ioj 


D  E  dire  que  ce  fut  a  1  occafion  que  ce  Prince  auroïc  ,    ^-  ^ 

^  \  .    .  ■  r       r  ■  1       i^i  Autresfor- 

conlenty  en  la  punition  qui  tut  raite  contre  les  Cheua-  cesraifons. 
liers  Templiers  j  cela  ne  peut  pas  eftre  non  plus ,  puifque 
ce  chaftiment  ne  fut  qu'en  fuite  du  Décret  du  Pape 
Clément  V.  &;  du  Concile  General  tenu  à  Vienne  en 
Dauphiné  :  &  il  n'y  a  point  d'apparence  qu'vne  fî  rude 
luilice  euft  ainfi  efté  exécutée  j  fî  ces  Templiers  n'euf- 
fent  efté  conuaincus  ,  fînon  de  tous  les  crimes  dont  ils 
eftoient  chargez  ,  au  moins  de  fufïifans  pour  faire  leur 
procez  5  &:  les  punir  félon  l'excez  de  leurs  démérites  : 
car  ce  Prince  eftoit  trop  religieux ,  &  débonnaire ,  pour 
confentir  à  la  mort  de  tant  de  Cheualiers  j  ôc  tout  ce 
Concile ,  qui  eftoit  compofé  de  trois  cens  Euefques,  6c 
de  plulieurs  Cardinaux  ,  &:  Patriarches ,  n'y  euffent  ia-^ 
mais  engagé  leur  confcience ,  fi  les  prennes  n'en  euifenc 
efté  toutes  apparentes  ,  &  vrayes  femblables  ;  auec  ce 
que  trop  de  bons  Autheurs  font  foy  àcs  grands  éxçez 
de  malice  de  nos  Templiers. 

leconcluraydoncques  à  la  gloire  denoftre  Philippe, 
que  fi  bien  comme  homme  il  choppa  quelquefois,  com- 
me Chreftien  auffi  il  fceut  bien  vfer  de  la  Grâce  de 
Dieu , pour  fe  releuer  de  fes  manquemenspàr  des  a<5tes 
d'vne  ame  repentie  ,  tels  qu'il  les  fît  paroiftre  eftanc 
icy  couché  au  lia:  de  la  mort ,  où  il  fît  vne  pieufe  ex- 
hortation à  fes  enfansj&plus  particulièrement  àLouys 
fon  fils  aifné ,  ôc  fon  fuccefteur  :  àc  après  s'eftre  muny  du 
facré  Viatique  du  Corps  du  Fils  de  Dieu ,  &;  auoir  receu 
le  dernier  Sacrement ,  il  échangea  cette  vie  mortelle  en 
l'immortelle  du  Ciel,  qui  fut  levingt-neufiémedeNo- 
iiembre  veille  de  Sain6t  André,  l'an  de  Salut  mille  trois  RoirenGa- 
cens  quatorze  s  le  quarante-fîxiéme  de  fon  âge  ,  &  lei^l/n^^^ 
vingt-huitième  de  fon  règne ,  félon  quelques-vns  de  nos^'^'f<"'^fi' 
Hiftoriens  j  &:  félon  quelques  autres,  le  vingt^neufîéme 
de  fon  règne ,  &;  le  quarante-huitième  de  fon  âge. 
PlvsIEVRS  écriuent  que  fon  cœur  fut  porté  à  Poif3.    y  i. 


de 


cœur  de 


e  le 


PP 


fy  en  l'Eglife  des Rehgieufes  de  Saind Dominique,  la-  p"° 
quelle  ilauoit  fait  édifier  en  l'honneur  de  SaindLouys  Bei  efnerré 

^  ^  Ce    iij 


10^       Le  Trésor  des  merveilles 

en  TEgiife  fon  a/cul  5  iiiais  il  yaicy  vneTombe&Epitaphe  enPE- 
trlife  de  Sainâ;  Pierre  d'Auon ,  ParroifTiale  de  ce  lieu  de 
Fontainebleau  ,  par  laquelle  il  apparoifl;  du  contraire, 
ôC  qu'il  eft  enterré  audit  lieu  d'Auon ,  auec  celuy  de  la 
Reyne  fa  femme  :  ainfi  que  nous  verrons  plus  ample- 
ment auTraitté  de  l'Eglife  d'Auon. 

Quant  à  fon  corps ,  il  fut  conduit  à  Saind  Denys  auec 
l'appareil  dVne  pompe  funèbre  \  où  fe  void  fon  Tom- 
beau, qui  eft  de  marbre  noir  ,  &:  fon  Effigie  de  marbre 
blanc,  laquelle  eft  poféeprés  ôc  à  coftc  gauche  de  Phi- 
lippe III.  fon  père. 


BVLLE  DV  PAPE  CLEMENT  V, 
touchant  l'exemption  de  la  Vifîte  du  Diocefain  ,  en 
faueur  des  ReUgieux  de  l'Ordre  ,  ôc  Conuent  de  la 
^ainde  Trinité, Chapelains  de  ceChafteaude  Fon- 
tainebleau 5  obtenue  à  la  prière  du  Roy  Philippe 

vkbél. 

Chapitre    II L 


L'An  de  /.  '"  Dijfcultê  Jùmcnuè  entre 

cVrTs't       }f  Archeuefque  de  Sens  j  & 

«5  0  5-  les  Religieux   Chapelains 

^e  ce  Chajieau, 

IL  Les  Chapelknies  Royales 


releuent    immédiatement 

du  SainB  Siège* 
IILLe  contenu  de  ladite  Bulle. 
IV .TraduBion  en  François 

de  cette  Bulle» 


ï 

Difficulté 
furiienue 
entre  l'Ar- 
cheuefque 
de  Sens, 
&Ies  Cha- 
pelains   de 
ce   Cha- 
fteau. 


V I  s  QV  E  mon  deffein  en  ce  troifîéme  Li- 
è  urc  eft  de  traitter  des  euenemens  ,  &  des 
chofes  mémorables  arriuées  en  ce  Lieuj 
i'ay  crû  eftre  obligé  de  donner  icy  place  à 
'  ce  Chapitre,pour  taire  le  narré  d'vne  gran- 
de difficulté  ,  &;  d'vn  différend  furuenu  dans  ce  Cha- 
fteau  de  Fontainebleau,  à Toccafion  d'vn  droit  de  Vifî- 
te,  prétendu  autrefois  par  Monfîeur  l'A^rcheuefque  àc 
Sens ,  comme  Diocefain  ^  ou  fes  Officiers  ,  fur  noftre 
Eglife  ,  Conuent ,  ÔC  Chapeilenie  Royale  :  où  alors  le 


DE  FONTAÏNEBLEAV.  LiV'RE  ÎII.  107 
Roy  Philippe  le  Bel  ayant  fceu  la  violence  ,  dont  ledit 
.  Archcuelque  auoit  vie  enucrs  les  Religieux  dudit  Con- 
uent 3 fes Chapelains  ordinaires, par  Finterdiâiion  qu'il 
auoit  faite  de  ladite  Eglife  3  voire  mefliie  vfé  de  Cenfu- 
res  ,  èc  d'Anatheme  enuers  eux  pour  s'ellre  voulus 
maintenir  dans  les  droits,  èc  priuileges  anciens  de  no- 
llre  Ordre  ,  par  lefquels  plulieurs  Souuerains  Pontifes 
exemptent, &; déchargent  nosEglifes,  ô^Conuents  de 
la  Vilite  des  Archcueiques ,  ou  Euefques  Diocefains ,  èC 
de  leurs  Officiers ,  pour  de  bonnes ,  6c  puilTantes  con- 
fîderations. 

OVTRE  que  les  Chapellenies  Royales ,  telle  qu'eft  ~Ïl 
celle-cVjnereleuentj&ne  reconnoiflent  ordinairement  ^^^P^''^* 
pour  le  fait  du  Spirituel, que  le  Sainâ:  Siège  Apoftoli-  icsreleucnt 
que  j  cela  fut  doncques  vne  iuite  occaiîon ,  que  le  Roy  tTmcnr^âu 
voyant  la  iuftice  de  noftre  caufe  ,  èc  l'intereit  de  cette  Sa'n<^  Sie- 
iienneMaifon,fit  plainte  àfaSainâ:eté,  qui  eftoit  Cle-    ' 
ment  V.  duquel  fa  Maiefté  obtint  vne  Bulle  pour  exem- 
ption ,  &priuilege  encore  tout  particuher  de  ce  Con- 
uent ,  &:  Chapellenie.  Et  d'autant  que  cette  Bulle  eft  de 
confequence  pour  l'honneur, ôi  aduantage  de  ce  Palais 
Royal ,  &C  qu  elle  contient  plufîeurs  belles  particulari- 
teZji'ay  iugé  eftre  à  propos  de  l'inférer  icy,commenous 
l'auons  au  Trefor  de  nos  Chartres  en  fon  original ,  (ai- 
ne ,  entière ,  èc  auec  fon  Seau:  de  laquelle  voicy  la  te- 
neur. 

CL E M E N S  Efi/copHs  femus  feruorum  T>ei ,  calr'iftmo    m. 
m  Chriftofiito  Thtltfpo  Regt  Francorum  illufin^falu-  \ll^Z:^^ 
tem  f0  Apojtolicam  heneàiBtonsm, 

Vt  Te  y  &  Regiam  domum  tuam»  ex  quafilij  prodierunt 
benediâionù  &gratûiamplù  heneuolemU  fatern£  famribus 
&  condtgnis  hononbus  attoUamas  ,frogemtorum  tuorum  re- 
colenda  memorïa  &  Jlncera  deuotioms  integritas,  quamTn 
w forum  njefiigia  ctara  fequensad  Deum^^  Romanam  Eccle- 
fam Matrem  tuamhabere  dignojceris y  merito  nos  tnducunt\ 
Sanenobù  €xfomrecHrafii,quodS,  Ludoukus  Confejforsolm 


2,o8  Le   Trésor  des  merveilles 

Rex  Franc'uauHstuusymteraUaSanditatisopera^qu<ii  confii- 

tutus  mficulo  tugtter  exercebat^  in  Domofiu  Manerio  Regio 

de  Fonte  Bltauài ,  Senonenps  DwcefiSiFratres  Ordmts  San- 

Ha  Trinttatts  &  Captiuorum ,  fr£Varatis fibt  in  certa  farts 

ipfius  Aianerij  pro  eomm  accommoda  manfione  habit acidis 

congrms3& compétent ibus  pro  eorumjuitentationepercîpien- 

dis  de  bonis  regaltbus  reddittbus  afignans^  moîupiA  deuotw^ 

nis  infittuit,  'Vt  iidem  Fratres  tanquam  propr/j  Capellani  in 

Capella  regia  ipfius  loci  laudibus  dimms  infiHerent ,  &  per* 

petuum  ibidem  tmpenderent  famulatum.   Et  licet  ipfi  ,ficut 

&  CAteri  Qapellani  Regij  ,  a  folutïone  procurationum  quo- 

rumlibet  legatis  'vel  nuntiis  ApofioiîCA  SedisjO"  Ordiriariis 

quibujcumque  prdjtandis  immunes  ejfe  confueuerint  ab  anti* 

quo  :  nihilominus  tamen  venerabilts  Frater  nojter  Archiepi»- 

fcopus  Senonenfis ylus  Vifitationisfibï  vindicans^  &  procura' 

tionem  pro  Juo  voluntatis  arbitrio  exigens  abetfdem  in  eos, 

quia  ipjum  ad  hmujmodi  Vifitatïonem  admittere  aac  prAdt* 

ûam  procuratïonem  fibi  foluere  non  curabant ,  fUfpenfionis 

&  excommumcatioms ,  ac  in  loco  pradidfo  interdtéit  /entent 

tias  profuo  libtto  promuigauit.    Q^fare  nobis  humiliterfup*- 

flicaflt  i  ^t  prouidere  fuper  his  de  opportuno  remedto  paterna 

jolicttudine  dtgnaremur.    Nos  itaque  Fratres  ip/os  ob  pyve- 

fati  reuerentiam  Confejforis ,  turque  deuota/uppUcationis  ob^ 

tentu,  condigni  fauoris  Apofiolicis  munire  prAJldtisy  (^  exhi» 

bttione  pro/èqui  gratia  ^ecialis3'Vt&  liberms  ^atque  ferueip- 

tiùs  dimnis  injljlant  obfequiisy  quo  ampliori  ApofiolicA  Sedis 

dono  ,&  maiori  fuerint  Ubertaîis  prarogatiua  dotati  s  Fratres 

pr^diâtos  3  eorûmque pofieros  qm  in  Capella  prAdi£ta  fuccedent 

etfdem ,  necnon  &  Capellam  ipjam  ^  à  prsfati  Archtepifcopi 

&JucceJforumJuoru?n,&quorumlibetaliorumOrdmariorum 

potefiate  &  iurifdiéiione  3  auéioritate  Apoftolica  ex  certa 

fiientia  prorfus  eximimusy  ac  pemtus  liber amus  ;  dtfiriéfms 

inhihentes  ne  Archiepifcopus  jjuccejfores ,  n>elaltj  Ordinartj 

Jupradiéii  in  Capellam  &  Fratres  prddiéîos  mrifdtBionem 

aliquamdeinceps  exercere  prAfumant  ,ac  de  cémente  s  irritunt 

&  inane  3  fi  ficus  in  hac  parte  contigerit  attemptari.    No^ 

autem  "uenerabtli  Fratri  nofiro  SUuane^enfi  Eptfcopo  abfoL 

uendi 


DE  FoNTAINËBLEAVi  LiVRE  lîl.  100 
Uindi  pfdfatos  Fratres  iuxta  formam  EcclefiA  aà  cauielam 
a  pr^dicits  Jententiis ,  m  eos  permemoratum  oArchiePtfcoùum 
^romulgatù  ,  ac  Interdiâ^um  relaxandi  prtudiâium  3  ac  cum 
îHis de pmdiâis FratnbtiSjqm  hmufmodi  ligatï fententiis fa- 
cros  ordmes  recefemm  ,  aut  alias  ïmmifcuerunt  illicite  Je 
diuims ,  'Ut  prxmifis  nequaquam  olfiantibas  Jn  fc  fufceptis 
ordtmhm^  dJmms  ojjicns  minifirare3&  adfuperiores  ettam 
promomn  licite  'valeant  3  dt^enfandi  plenam  &  liheram  te- 
nore  pr^fentium  commumcamus  potejtatem.  NuUi  ergo  om- 
mno  hommum  liceat  hancpaginam  noïir<z  exemptionissUbe- 
ratioms  jinhibitioms ,  confiitutioms  3&  commifioms  infrincre- 
re  3  "vel  et  cafa  temerano  contraire.  Si  quis  autem  hoc  at- 
Umptare  prAfumpfent  3  indignationem  ommpotentis  Dei  ^ 
Beaîorum  l  etn  &  Pauli  Apoflolorum  eius  /fe  nouerit  mcur- 
fUrum.  Datum  Lugdum  Kal.  lanuariji  Pontifcatus  mfiri 
anno  primo. 


Voicy  la  traduction  de  cette  Bulle. 


C 


L  E  M  E  N  T  Euefque  ,  feruiteur  des  leruiteurs  de      iv 


Tradu- 
(îtion   en 


Dieu  ,  à  noftre  très-cher  fils  en lefus-Chrift, Phi- 
lippe Roy  lUuftre  de  France,  Salut,  &;  Apoftolique  be- François  de 
nediction; 

La  mémoire  vénérable  de  vos  Ayeuls ,  &  l'intégrité 
de  voftre  deuotion  fincere  3  de  laquelle  vous  faites  pa- 
roiftre  que  vous  elles  touché  enuers  Dieu  ,  ôc  enuers 
l'Eglife  Romaine  voftre  Mère,  enfuiuant  leurs  glorieu- 
fes  traces ,  nous  ont  inuité  auec  raifon  ,  de  vous  dépar- 
tir des  amples  faneurs  de  benediâiion ,  de  grâce ,  &  de 
bienueillance  paternelle,  ôipar  des  honneurs  dignes 
de  voftre  grandeur  vous  loiier  ,  &  exalter  ,  hc  voftre 
Maifon  Royale  ^  de  laquelle  font  fortis  plufîeurs  en- 
fans.  Eftant  ainfi ,  comme  vous  nous  aucz  fait  repre- 
fenter ,  que  Sainél  Louys  Confeffeur ,  iadis  Roy  de  Fran- 
ce, &:  voftre  Ayeul,  entre  les  autres  œuuresde  Sain6te- 
té  qu'il  a  exercé  continuellement  tandis  qu'il  eftoit  au 
monde  ,  auroit  eftably,  ôc  fondé  en  fon  Palais,  6^  De- 

Dd 


iio         Le  Trésor  des  merveilles" 

meure  Royale  de  Fontainebleau,  Diocefe  de  Sens,  des 
Religieux  de  l'Ordre  de  la  Sainde  Trinité,  &  Rédem- 
ption des  Captifs ,  leur  ayant  fait  édifier  des  lieux  pro- 
pres ,  &c  conuenables  pour  leur  demeure  en  vn  certain 
endroit  de  cette Maifon Royale; leur  affignant  de  plus, 
par  vne  pieufe  deuotion,  des  rentes ,  de  reuenus  de  fon 
Domaine  pour  leur  entretien  3  afin  que  ces  mefmes  Re- 
ligieux ,  comme  les  propres  Chapelains ,  célèbrent  le 
Diuin  Office ,  àc  defferuent  à  perpétuité  en  la  Chapelle 
Royale  du  mefme  Lieu.  Et  iaçoit  que  ceux-cy,  comme 
les  autres  Chapelains  du  Roy  ,  foient  exempts  de  tout 
temps  d'aucune  redeuancc  ,  ou  droits  de  procuration 
deus  aux  Légats ,  ou  Nonces  du  Siège  Apoflolique ,  ôc 
Ordinaires  des  lieux  :  toutefois  noftre  vénérable  Frerc 
l'Archeuefque  de  Sens  ,  qui  s'attribue  le  droit  de  Vifi- 
te  ,  6c  qui  exige  des  mefmes  le  droit  de  procuration, 
ainfi  qu'il  luyplaift ,  a  publié  de  fon  authorité  Senten- 
ces de  Sufpenfion  ,  6c  d'Excommunication  ,  ÔC  mefme 
d'Interdidion  audit  lieu,  contre  ceux  qui  nevouloienc 
Iç  reeeuoir  à  ladite  Vifîte  ,  ny  luy  payer  ledit  droit  de 
procuration.  C'efl  pourquoy  vous  nous  auez  humble- 
ment fupplié  ,  que  par  vn  foin  paternel  nous  daignaf- 
fions  pouruoir  fur  ces  chofes  d'vn  remède  opportun. 
Nous  doncques ,  en  confideration  ,  èc  honneur  dudic 
Confefreur,&  devoftre  deuote  prière,  accordons  auf^ 
dits  Frères  ôc  ReUgieux  leur  requeflesles  auons  iugez  di- 
gnes d'eftre  munis  fauorablement  des  defenfes  Apoflo- 
liques  ,  ÔC  leur  départir  des  grâces  fpeciales,  afin  qu'ils 
puilfent  d'autant  plus  librement,  èc  ardemment  feruir 
Dieu,  qu'ils  auront  eflé  amplement  doiiezpar  leSainâ: 
Siège  Apoftolique ,  de  grands  dons ,  èc  de  plus  grande 
prerogatiue  de  franchilé  ,  ôc  de  liberté.  A  cet  effet, 
d'authorité  Apoftolique,  ôc  de  noftre  certaine  fcience, 
6£  connoilTance ,  nous  exemptons  abfolument,&deli- 
urons  pleinement,  tant  lefdits  Frères,  ÔC  Religieux,que 
leurs  fucceffeurs ,  qui  feront  cy-apres  en  ladite  Chapel- 
le, ôc  mefme  ladite  Chapelle ,  de  lapuiffance  ,  àc  iurif^ 


DE  FONTAJNEBLEAV..   LIVRE  III.  lli 

didion ,  tant  dudit  Archeuefque  que  de  Ces  Succeffeurs, 
èc  autres  Ordinaires  5  faifant  defenfes  très -étroites, 
tant  audit  Archeuefque  ,  qu'à  fcs  SuccefTeurs,  ou  au-i^ 
cuns.  defdits  Ordinaires  ,  de  n'entreprendre  daformais 
d'exercer  aucune  adedelurifdidion  fur  ladite  Chapel- 
le ,  ny  fur  lefdits  Frères ,  &c Religieux.  Nous  auons  ce- 
pendant en  vertu  des  prefentes  ,  communiqué  tout  li- 
bre ,  ÔC plein  pouuoir  à  noftré  vénérable  Frère  l'Euelque 
de  Senlis ,  d  abfoudre  lefdits  Frères ,  entant  que  befoin 
feroit ,  félon  les  formes  de  l'Eghfe ,  defdites  Sentences 
publiées  par  ledit  Archeuefque,  relafcher  ledit  interdit, 
&;difpenfer  cnuers  lefdits  Frères, lefquels  bien  que  hez 
par  lefdites  Sentences  ,  auroient  receu  les  Ordres  fa- 
crez,ou  le  feroient  illicitement,&:fans  permilTion  im- 
mifcez  aux  chofcsDiuines,  leur  donner  pouuoir  de  fer- 
uir  aux  Ordres  qu'ils  ont  ainlî  pris  ,  adminiftrer  auDi- 
uin  feruice ,  &c  mefme  eftre  licitemeiat  promeus  aux  Or- 
dres fuperieurs. 

Qull  ne  foit  doncques  permis  à  qui  que  cefoitd'en- 
fraindrCjOUpar  entreprife  téméraire, de  contreuenir  à 
cet  écrit  de  noftre  Exemption,  Abfolution  ,  Defenfç, 
Conftitution  ,  àc  Commifîion.  Que  s'il  arriue  qu'au-: 
cun  prefume  de  l'attenter,  qu'il  fçache, qu'il  encourra 
l'indignation  de  DieuTout-puiffant ,  &  des  Bienheu- 
reux Apoftres  Pierre ,  6c  Paul.  Donné  à  Lyon,  aux  Ka- 
lendes  de  lanuier,  l'an  premier  de  noftre  Pontificat. 


bd  ij 


tJZ 


Le  Trésor  des  Merveilles 


ISABEAV    DE     FRANCE,  REYNE 

d'Angleterre  ,  vient  trouuer  à  Fontainebleau  le 

Roy  Charles  I V.  fon  Frère  j  àc  le  motif 

de  fon  voyage. 

Chapitre    IV. 


L'An  de  /,  Diuerfes  opinions  tou- 
Christ  chant  U  motîfde  ce  njoyage . 
'^*^-       //.   Ce  qu'en  dtfènt  flufieurs 

AMeurs  François  ,  & 

Anglais. 
lîL  Ijabeati  ménage  la  T^aix 


entre  la  France  j  e^  ÏAn^ 

gleterre, 
Jf^.Trattques  des  Sf enfers 

contre  la  Rejne  IJabeau, 
V,   Punition  desSpenfers, 


Ntre  les  euenemens  finguliers  arriucz 

en  ce  lieu  de  Fontainebleau  ,  celuy-cy 

n'eft  pas  des  moins  confiderables ,  qu'Ifa- 

beau  de  France  ,  fille  du  Roy  Philippe  le 

Bel ,  &  femme  d'Edouard  II.  Roy  d'An* 

gleterre , l'an  mille  trois  cens  vingt-trois, vint  trouuer 

en  cette  Maifon  le  Roy  Charles  IV.  fon  Frère.    Tous 

nos  Hiftoriens  conuiennent  bien  touchant  ce  voyage: 

mais  tous  ne  s'accordent  pas  du  fuiet,  ny  du  motif  qui 

emmena  cette  Reyne  en  France. 

ï^  I L  y  en  a  qui  ont  écrit ,  que  ce  fut  à  Toccafion  des 

Diuerfes  niécontcntemens  extrêmes  qu'elle  auoit  receus  du  Roy 

opinions    fon  mary  :  ôc  c'eft  ce  qu'en  remarque  particulièrement 

touchant  le  1      /~i  •  i      i-i         i»  i  •  -1 

motif  décela.  Chtouiquc  de  Flandre  ,  dont  le  rapporteray  icy  les 

voyage,     termes  anciens ,  parce  qu'ils  font  notamment  mention 

comme  elle  trouua  le  Roy  en  ce  lieu  de  Fontainebleau, 

où  elle  fit  quelque  feiour  auec  fa  Maiefté.    Quand  le 

Roy  d'Angleterre  je  eut  qu'il  ejtott  amfi  échappe ,  Jl  fut  con- 

feillé  qu'il  prit  la  Rcyne.  Tantofir  quelle  le  fceut ,  fi  ^rit  fon 

♦  C'eft  vn  ûls  Edouard^  &  Ce  mit  en  'vn  p affaler  * ,  &  emporta  moult 

pafl-age.      grand  trejor,  &  emmena  le  Comte  Kent  enja compagnie ^O* 


DE    FONTAINEBLEAVi      LiVRE   lîl.        xij 
fajferent  la  mer,  &arruierent  a  Boulogne  ;  &  de  là  alla  tant  cbromqre 
farjes  tournées ,  quelle  trouualeRojJbn  Frère  a  Fontaine;-  mfe  en  u- 
bleau  5  qui  efioit  nouuellement  marié  a  la  Sœur  du  Roy  de  Bo-  ^«''\Pj"' 

I  ■'-'.  11     I      Tt  1111  BenyfSaH- 

hei'me  :  incontinent  alla  la  Kejne  en  la  Chambre  du  Roy  j  &  u^.gcfcmi. 
mena  fin  fils  far  la  main,  &  dit  au  Roy  :  Sire  Frère ,  te  me^^^' 
'viens  pleindre  à  "vous  du  Roj  mon  Baron  y  qui  far  le  conjetl 
d'^n  traître  ma  chafée  mauuaifement  hors  de  fa  terre.  Le 
Roy  luy  refpondit:  Belle  Sœur^  'vom  demeurerez^  en  mon  Ma- 
noir au  Bots  de  Vmcennes  yiufques  à  tant  que  nous  ayons  or- 
donné qu'on  fera  de  njous  j  &  de  ^os  hejongnes.  Voila  ce 
qu'en  die  TAutheur  de  cette  Chronique.  Or  les  mé- 
contentemens  particuliers  de  cette  Reyne  procedoienc 
de  ce  que  les  Seigneurs  Spenfers,pere  &:fîls,  pofTedans 
puilTamment  le  Roy  Ton  mary,  l'auoient  mife  de  mau- 
uaife  intelligence  auec  luy. 

Mais  kplufpart  des  Annalifles,  tant  François,  que      lî. 


Anglois ,  écnuent  qu  elle  ne  s'enfuit  point  d'Angleter-  a.fenrpiu- 
re  5  mais  qu'elle  fut  enuoyée  exprés  en  France  par  le  Roy  ^^^urs  Au- 
fon  mary,  pour  pacifier  quelque  différend ,  Ôc:traitter  de  çIL^ï  An- 
Paix  entre  l'vne,  &:  l'autre  Couronne,  qui  elloientpour  §'°^*- 
lors  en  guerre  5  &:  que  pour  cet  effet  il  luy  fut  donné  vn  BeUeforeft 
train  ,  non  pas  digne  de  fa  naiffance ,  &;  de  fa  Maielf  c ,  ^^ 


en  [es  An^ 
nales   de 

eftant  feulement  accompagnée  du  Seigneur  lean  de  i^rance.t^., 
Cronuuel ,  &  de  quatre  Gentilshommes  3  &;  ce  fait  à  '  ''^'  ^^"  ' 
deffein  de  lapart  de  ces  Seigneurs  Spenfers ,  afin  de  luy 
donner  occalîonde  déplailir,  &de  s'efloigner  d'autant 

plus  volontiers  du  Roy  fon  mary. 

Q^  O  Y  qu'il  en  foit,  elle  eut  tres-agreable  ce  voyage,    y  ^  • 
où  nonobllant  fes  iulles  reifentimensdedéplaifir,pour  ménage  la 
montrer  fonbonnaturel,elle  fe  porta  d'afFeàion,6cmé-  i^F^auS^^ 
nagea  adroitement  la  Paix  auprès  du  Roy  Charles  fon  &: l'Angle'- 
Frère, entre  la  France  ,  &  l'Angleterre:  Paix  qui  eftoit 
extrêmement  defiréeduRoy  Anglois ,  d'autant  qu'il  fe 
voyoit  affailly  de  trois  coftez.  D'vne  part,  des  Efcoifoisj 
qui  auoient  porté  leurs  armes  bien  auant  dans  la  fron- 
tière d'Angleterre  ,  où  ils  fe  battoient  genereufement. 
Des  François  d'autre  part,  qui  s'eftoient  iettez  dans  la 

Dd  iij 


terre. 


U4         Le   Trésor   des  merveilles 

Guyenne  5  où  ils  auoient  défia  fait  de  glands  progrez.  Et 
en  troiliéme  lieu  ,  d'vne  feditipn  de  la  plulpart  de  fes; 
Suiets ,  à  roccaiion  de  la  tyrannie  de  ces  Spenfers ,  (  que 
quelques  autres  appellent  Dépenliers.)  lefquels  gouuer-v 
vFT    noient  le  Roy  félon  leurs  caprices.  Se  leurs  i:ougues,pour 
Pratiques  ^^  g^aud  afccudaut  qu'ils  auoient  fur  ks  volontez.  Où 

des  Spcn-  tJ  1  ■  •  rr         / 

fers  contre  ccs  mefuics  confideraus  alors  la  Paix  bien  afieuree  auec 
iCahcIu.^    les  François ,  qui  eftoient  leurs  plus  redoutables  enne- 
Froifr.m     iiiisiô^  ne  voyans plus  que  la  Reyne  qui  les  pouuoit  puif- 
roi.  I.      famment  heurter  ,  ce  fut  alors  que  prenant  l'occafion 
'^^^p-i-      de  fonabfence,  ils  firent  effort  de  leur  artifice,  &  de  leur 
malice  pour  la  mettre  plus  mal  que  iamais  auprès  de  fon 
mary, auquel  ils  firent  entendre  qu'il  eftoit  neceifaire  de 
la  mander  promptement,&:  lafaire  retourner  de  Fran- 
ce ,  de  crainte  qu  elle  ne  pratiquaft  quelques  affaires  fe- 
crettes  contre  fon  Eftat,  en  faueur  du  Roy  de  France  fon 
Frère,  comme  ils  en  auoient  eu  aduis ,  difoient-ils  mali- 
cieufement.   Dequoy  la  Reyne  eftant  bien  aduertie  par 
des  plus  grands  d'Angleterre ,  &:  qu'au  lieu  de  reconnoi- 
llre  l'affedion  qu'elle  auoit  témoignée,  &:  pour  le  Roy 
fon  mary,  &:  pour  fon  Eftat,  en  luy  ayant  procuré  la  Paix 
auec  les  François  ;  au  contraire  il  s'eftoit  laiffé  encore 
gagner  plus  que  iamais  par  les  Spenfers  pour  luy  braffer 
plus  de  mécontentemens  que  iamais  :  cela  l'obligea  à 
prolonger  fon  retour  le  plus  qu'elle  pût  j  ë^en  fin  toute 
certaine  qu'elle  auoit  à  craindre  retournant  en  Angle- 
terre ,  tandis  que  ces  tyranneaux  aur oient  les  aduanta- 
ges  qu'ils  y  poffedoient ,  refuia  d'y  retourner  qu'à  main 
'"  forte  y  ayant  efté  afuitée  en  ce  poin6t  de  lean  frère  du 

^; .  Comte  de  Henaut  fon  Coufin  -,  6c  eftant  arriuée  en  An- 
a«sSpen.  gleterre  ,  elle  fut  auffi  toft  très-bien  receuë  de  la  pluf- 
part  des  Seigneurs  Anglois ,  àc  de  laNobleffe  j  lefquels 
s'eftans  failis  des  Spenfers,  les  firent  punir  ,  Sc  mourir, 
auec  autant  d'ignominie ,  que  l'on  employa  de  iufle  ri- 
gueur en  leur  endroit ,  ayans  elle  les  fanglantes  vi<5l:i- 
niesde  la  fureur  du  Peuple  irrité  contre  leur  tyrannie, 
èc  l'excez  de  leur  m  lie  e. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE    III.        iij 


L'ENTREE   DE    L'EMPEREVR  CHARLES 

le  Quint  à  Fontainebleau,  &  le  bon  accueil 

que  luy  fit  le  Roy  François  I. 


Chapitre    V. 


/,    La  Loy  de  Dieu  efi  'un 

Jlambeau  qui  éclaire  a  la 
'uoye  de  Salut. 

IL  JHotifdu  voyage  de  Char- 
les le  Quint. 

III.  Diuerfes  raifons  qui  luy 
font  appréhender  fon  paf  VI IL  Le  grand  accueil  quil 


V.     Le  Roy  enuoye  au  de-    L'An  de 

;        •/        .-'  Iesvs- 

uant  le  receuoir.  Christ 

VL    II  reçoit  de  irands  hon-  '  5  ^  9-  & 

neurs  par  tout  ou  tl  pajje. 
VIL  Son  arriuée  a  Fontaine- 
bleau. 


(âge. 
IV.  Il  promet j&  ne  tient  pas. 


y  reçoit. 


'Est  vne  fàinâ:e  refolution ,  quand  à  l'i- 
mitation du  Roy  Prophète,  ceux  qui  por- 
tent le  Scepf?b  ,  &  la  Couronne  comme 
luy ,  fe  propofent  toufiours  la  Loy  de  Dieu, 
pour  s'en  feruir  comme  d'vn  flambeau  qui 
éclaire  leurs  pas  dans  le  fentier  de  fesvolontez  éternel- 
les ,  &  ne  s'en  écarter  iamais  pour  quelque  aduantage 
que  ce  foit  \  puifque  le  mérite  d'vne  telle  aétion  leur 
promet  des  recompenfes  fans  fin  ,  ôC  autant  illuftres 
qu'elles  font  defîrables ,  &  que  c'eft  quitter  des  baga- 
telles fiir  la  terre ,  pour  pofTeder  des  trefors  infinis  dans 
le  Ciel.  Noftre  grand  Roy  François  fembloitauoirbien 
appris  cette  leçon:  ôc  quoy qu'il  qjLift  pûauoir  de  iuftes 
reUentimenspour  fevangerdes  iniures ,  &  déplaifirs  re- 
ceus  de  l'Empereur  Charles  le  Quint ,  qui  en  dmerfes 
occurrences,  &:  fur  tout  après  faprife  en  fuitte  de  lamal- 
heureufe  iourncedePauie,  l'auoit  comme  forcé  à  faire 
vn  Traitté  entièrement  defaduantageux  à  fon  Eftat  : 
neantmoins  s'eftant  lailTé  toufiours  conduire  par  la  lu- 


Lueemape' 
dibfts  rneis 
ver  hum 

rnenfemitis 

mets. 

Pfal.iig. 


I. 

La  Loy  de 

Dieucftvn 

flambeau, 

qui  éclaire 

àlavoyede 

Salue. 


2ïiS  LE    TRESOR    DES     MERVEILLES 

ligatura  micrc  dc  la  Loy  de  Dieu ,  fçachant  qu  elle  eft  vn  puifîant 
ddkftifr  li^"  (  pour  vfer  des  termes  de  l'Efcriture)  à  relinir  les 
•cap.  6.  cœurs ,  &:  qui  engage  tous  les  mortels  à  vn  oubly  éter- 
nel des  iniures  des  plus  cruels  ennemis  j  voire  par  vn 
furcroît  d'obligation  les  inuite  à  leur  procurer  du  bien. 
Voicy  doncques  le  gracieux  accueil  qu'il  luy  fit ,  cftant 
en  cette  Mailon  Royale  de  Fontainebleau.  Le  motif,  6c 
Toccafion  du  voyage  de  l'Empereur  en  France,  eftant 

tel. 

II.  Les  Flamans,  &;  notamment  les  Bourgeois,  &;  Ha- 

vo  âge  de  bitans  de  Gand  ,  s'eftans  reuoltez  ,  &c  par  vne  fedition 
cn.i.iesk  populaifc  ayaus  tué  plufieurs  Officiers  de  fa  Maiefté 
Impériale ,  à  l'occafion  de  quelque  nouuel  impoft  fiir  le 
Vin  que  l'on  tranfportoit  en  ce  quartier  là  j  èc  iugeans 
bien  que  cette  action  de  rébellion  attireroit  en  bref  fiir 
eux  vne  iufte  punition, refolurent  pour  coniurer  cette 
orage  de  fecouer  entièrement  le  iougde  fon  obeyfTan- 
ce  :  6l  pour  cet  effet  enuoyerent  en  France  des  princi- 
paux d'entre  eux  vers  le  Roy, pour  prier  faMaielléd'ag- 
greer  l'offre  qu'ils  luy  faifoient ,  bL  de  leur  Ville ,  àc  de 
la  fidélité  qu'ils  luy  vouloient  iurer ,  de  n'auoir  plus  do- 
refnauant  d'autre  volonté ,  que  de  le  reconnoiflre  pour 
leur  Seigneur  ,  ôc  Souuerain  j  luy  faifans  entendre  de 
furplusjque  les  autres  Villes  de  Flandre  fuiuroient  aufïî 
toft  leur  exemple  ,  ôC  rendroient  à  fa  Maieflé  les  mef- 
mes  deuoirs  de  Valfaux,  ôc  deSuiets.  • 

L'Empereur  aduerty  de  tout  cecy  ,  fe  veid  bien  em- 
pefché  ,  fur  la  créance  qu'il  auoit  que  le  Roy  trouuanc 
vnefi  fauorable  occafion  de  fevanger  deluy,receuroit 
volontiers  ces  Rebelles  en  leur  ofîre  fi  aduantageufe  : 
ce  que  faMaiefté  taix  s'en  faut  qu'elle  écoutaft ,  com- 
me elle  le  pouuoit ,  qu'au  contraire  elle  les  renuoya ,  les 
exhortant  d'auoir  recours,comme  tres-humbles  Suiets, 
à  laClemence  de  l'Empereur  leur  Seigneur. 

Cependant  fa  Maiefté  Liiperiale  ne  fçachant  quel 
confeil  prendre  en  cette  affaire  fi  épineufe  ,  bc  voyant 
qu  elle  eiloit  à  la  veille  de  perdre  la  Flandre,  fiprompte- 

menc 


DE  FONTAINEBLEAV.  LlVRE  III.  \vj 
ment  elle  nyremedioic  :  pour  éteindre  ce  feu,  qui  com- 
mençoit  de  s'allumer,  refolut  d'y  accourir  enperfonnej 
mais  le  chemin  d'y  aller  fembloit  très-difficile,  attendu 
qu'elle  eftoit  pour  lors  en  Elpagne  quand  cette  Tragédie 
fe  ioiioit  en fes  Pays-bas 5  oùlalongueur,  &les  diificul- 
tez  du  palTage  luy  paroifToient  ^^comme  de  fait ,  fort  pé- 
rilleux :  car  où  il  luy  falloir  trauerfer  par  la  France , 
ou  prendre  la  voye  d^  l'Océan  ,  ou  celle  de  la  mer 
Méditerranée  pour  defcendre  en  Italie  ,  &:  de  là  par 
l'Allemagne  ,  n'y  ayant  que  ces  paiOfages  de  l'Eipagne 
en  Flandre. 

De  tenter  ce  voyage  par  la  France,  il  auoit  occafîon 
de  fe  défier ,  fur  ce  qu'il  fçauoit  bien  lamauuaife  foy,ÔC 
les  indignitezdont  il  auoit  vfé  enuers  leRoy,  bien  que 
quelque  peu  auparauant ,  ils  fe  fuffent  reconciliez auec 
toute  apparence  d'amitié  \  il  n'ignoroitpas  auffi  qu'il  y  a 
toufiours  occafion  de  douter  d'vne  amitié ,  que  l'on  a  ex- 
torquée par  force,telle  qu'eftoitcelle-cy  :  combien  qu'il 
eft  vray ,  qu'elle  eftoit  tres-fincere  de  la  part  du  Roy. 

D  E  palfer  par  la  mer  Oceane  ,  il  n'y  trouuoit  pas     m- 
moins  de  difficultez  ,  foit  à  caufe  d'vne  armée  Nauale,  raifônrqui 
qu'il  ne  pouuoit  fi  toft  mettre  en  mer ,  foit  d'autant  qu'il  %fon"p.. 
y  auoit  danger,  que  fi  quelque  tempefte  s  efleuoit ,  elle  fon  pafl*^ 
ne  le  iettaft ,  ou  en  la  cofte  de  France ,  ou  en  celle  d'An-  2*' 
gleterre ,  dont  les  deuxRoysluyeftoientfulpedrs.  * 

Il  ne  luy  reftoitplus  que  le  paffage  de  la  mer  Méditer- 
ranée par  l'Italie  ,  ôc  l'Allemagne  5  ce  qu'il  ne  pouuoit 
encore  exécuter  qu'auec  vne  puiffante  armée  ,  &:  où  il 
ne  trouuoit  pas  moins  d'empefchemens  ,  attendu  qu'il 
ne  fe  tenoit  pas  tant  aflTeuré  des  Italiens  ,  &  qu'il  crai- 
gnoit  lesProtefl:ans  d'Allemagne.  Dans  cette  perple- 
xité ,  voyant  que  cette  affaire  prelfoit ,  &  que  fon  voya° 
ge  par  la  France  luy  eftoit  le  plus  commode}  il  enécri- 
uit  au  Roy,  priant  fa  Maiefté  de  luy  permettre,ôc  donner 
affeurance  d'y  paffer  auec  peu  de  train  j  fçauoir  ceuxjde  fà 
Maifon  feulement ,  hc  quelques  principaux  de  fa  Cour. 
Et  pour  inuiter  d'autant  plus  volontiers  le  Roy  à  luy  ac- 

Ëe         ' 


ii8         Le   Trésor   des   merveilles 

corder  cette  faueur  fi  importante,  il  ne  mâqua  pas  de  luy 

faire  beaucoup  de  belles  promefTcs  j  entre  autres  de  luy 

dôner,ou  à  quelquVn  de  fes  EnfanSjl'inùeftiture  du  Du- 

IV.  ché  de  Milan  ,promettant  ce  qu'il  fçauôit  bien  qu'il  n'a- 
&'nrticnt  ^^^^  P^^  volôté  d'efFeâ:ucr ,  veu  que  toutes  cespromelTes 
pas.         n'eftoient  que  pour  fe  faciliter  promptement  ce  palTage 

en  Flandre,ô.: par  cette  ruze,&;mauuaifefoy  tromper  la 
bonté,&  franchiie  duRoy  j  à  qrfby  il  ne  manqua  pas  aufïi 
toft  qu'il  fut  en  fes  Pays-bas  j  ne  fe  fouuenant  plus  de  fes 
promefTes ,  qu'il  n'auoit  iamais  voulu  donner  par  écrit, 
mais  que plufieurs fois  il  auoit  réitérées  débouche. 

V.  Le  Roy  fur  cette  affeurance  ayant  accordé  à  l'Em- 
uoyeïïre  pcrcur  tout  cc  dont  il  l'auoit  requis  5  ôç  deiîreux  de  luy 


ceuoir. 


témoigner  de  furplus  fa  bonne  volonté,  ertuoya  iufques 

à  Bayonne  fes  deux  fils  au  deuant  de  luy,fçauoir  Monfei- 

gneur  le  Dauphin ,  ôcMonfeigneur  d'Orléans ,  auec  vu 

bon  nombre  de  Seigneurs,  &  de  Nobleffe  j  où  par  toutes 

les  Villes  qu'il  palfa ,  fa  Maiefté  auoit  ordonné  que  l'on  le 

B^Ua"^ ^"^  ^^^^^^  comme  fa  pèrfonne  mefme ,  auec  toute  forte 

Liu.  8.  de  d'honneurs ,  de  cérémonies ,  &  d'entrée  j  ce  qui  fut  ainfi 

^j    emot.  £^.^  ^  ^^^  ayant  mefme  permis  d'élargir  tous  les  prifon- 

niers  des  lieux  où  il  paffoit. 

VI.  I E  ne  m'eftendray  point  icy  dans  le  narré  de  l'accident 
de  erand"  ^^i  luy  arriua  eftant  au  Chafteau  d'Amboife  ,  où  le  feu 
honneurs   pnt  par  méffard  à  vne  des  Tours,  ôc  Département  orné 

DCir  toutou  ^       

il  paffe.  des  plus  riches  Tapilferies  que  Ton  pût  v«ir ,  dont  la  fu- 
mée fut  fi  grande, qu'elle penfa  efliouffer  tous  ceux  qui 
y  eftoienti  &  où  mefme  l'Empereur  fut- fi  incommodé, 
qu'il  encourut  rifque  comme  les  autres.  leneparleray 
point  non  plus  des  honneurs  que  l'on  luy  fit  en  fuitte  à 

Blois,&:  à  Orléans. 

VII  M  A I S  ie  me  contenteray  feulement  félon  mon  def- 

uéH  Foiî-  ^ein  ,  de  reprefenter  fon  entrée  magnifique  ,  &  le  gra- 

tamebieau.  cieux  accueil, plein  de  pompe  ,  &:de  grandeur ,  que  le 
Roy  luy  fit  en  cette  fienne  Maifon  de  Fontainebleau, 
ainfî  que  ie  l'ay  appris,&;  recueillyde  diuers  mémoires  de 
ce  temps-là  j  fa  Maiefté  ayant  enuoyé  au  deuant  de  luy 


DE  FONTAINEBLEAV.  LivRE  III.  tA^ 
hors  de  la  Foreft  vn  nombre  de  Princes ,  de  Seigneurs ,  tc 
deNoblelTe,  tous  auec  le  plus  grand  cela  td'habics,  qu'il 
fe  peut  voir. 

Entrant  dans  laForeft,il  fut  accueillypar  vue  troupe 
deperfonnes  déguifées  en  forme  de  Dieux,  &:  de  Deef- 
Ces  boccageres,qui  au  fon  des  haut-bois  s'cllansaiTem- 
blez,  &  accourus ,  compoferent  vnedanferulHque ,  qui 
ne  fut  pas  moins  agréable  en  la  bigearre  façon  dont  ils 
eftoient  reueftus  ,  qu'en  l'ordre  ,  &  aux  pallages  qu'ils 
tenoient  jlelquels  ayans  ainli  danfé  quelque  temps  s'é- 
carterentpromptement  départ  &  d'autre  dans  la  Foreif, 
ÔC  l'Empereur  pourfuiuant  fon  chemin  arriua  icy. 

Son  entrée  fut  par  la  grande  Allée  de  la  Chaulfée.  a     viii.  , 
la  porte  il  y  auoit  vn  arc  triomphal  orné  de  trophées ,  &  accue?r" 
enrichy  de  Peintures  ,  qui  reprefentoient  le  Roy  ,  ôc  ^" ''  ^  ^^' 
l'Empereur  reuellus  à  l'antique  ,  accompagnez  de  la  °  ' 
Paix,  &;  de  la  Concorde  ,  pour  faire  voir  à  l'Empereur 
auec  quelle  bienueillance ,  &;  franchife  le  Roy  le  rece- 
uoit.  Là  eftoit  encore  vn  concert  de Mulique,  Câpres 
auoir  entendu  quelques  Airs,  il  fut  conduit  dans  le  Cha- 
fteau  au  fon  des  Trompettes ,  &;  des  Tambours  5  ôc  en- 
trant dans  la  petite  Galerie  il  y  rencontra  le  Roy ,  où  fc 
firent  IcscompUmens  entre  leurs  Maieftezj  àc  delà  fut 
conduit  au  Pauillon  des  Poefles ,  qui  luy  auoit  efté  or- 
donné pour  fon  logement. 

Le  foupé  eilant  préparé  en  la  Salle  du  Bal  ,  le  Roy 
qui  auoit  laiifé  quelque  temps  l'Empereur  pour  fe  re- 
pofer  à  loilîr  ,  l'alla  prendre  en  fa  Chambre  ,  &;  ils  vin- 
drent  enfemble  fouper,auec  vn  témoignage  de  part  &: 
d'autre  d'vne  grande  réiouiflance. 

Le  lendemain,  &plu{ieurs  iours  qu'il  feiouriia  icy,du  ^«  Éeiuy. 
Bellay  Autheur  de  ce  temps-là  remarque  ,  que  le  Roy  ^  '^"^^^' 
luy  donna  tous  les  plaifirs  qui  fe  peuuent  inuenter^ 
comme  de ChaiTes Royales, de  Tournois,  d'Efcarmou- 
ches ,  de  Combats  à  pied  àc  à  cheual  j  oc  en  Comme  de 
toute  forte  de  diuertiifemensi 

Ee    ij 


iio         Le  Trésor  des  merveilles 


LA  NAISSANCE  D V  ROY  FRANÇOIS  lî. 

à  Fontainebleau  jauec  Tordre,  &  les  cérémonies 

de  Ton  Baptefme  ,  faites  en  ce  mefme  Lieu 

dans  TEglife  de  la  Sain<^e  Trinité. 

Chapitre    VI. 


L'An  de  7.     Eloges  du  Roy  Fran^ 

Iesvs-  ^.  •     t  t 

Chkist         F^^/- 

?HJ'  //.  J^é  le  20,  iour  de  lan- 
uier, 

JIl.  U  ordre  3  &  le  sT  rince  s, 
&  Seigneurs  qui  fe  trou- 
aèrent  a  ce  Baftejme. 

ÎV.  Les  noms  des  PrinceJfeSi 


&  Dames  qui  sj  trouue- 
rent. 

V.  Baptejme  célébré  far 
M.onfetgneur  le  Cardinal 
de  Bourbon, 

VI.  Parrains,  &  Maraine, 
V II, Le  s  refiomjfances  faites 

enfuitte  de  ceBaftefme, 


^jpophhe-  ï^^^^^f  O  M  B I E  N  que  la  Dignité  Royale  foit  vne 

vmedePhi-  W ^^^^^M  chofe  fî  rclcuée  ,  qu'on  peut  dire  à  bon 

de  Mace-  »  ^l^^^^P  droit  auec  vn  Ancien ,  qu'elle  eft  vne  copie 

%ZdiZ'  gj^^^B  ^^^''^  ^^  Diuine  Maiefté  eft  le  prototype, 

^imlxkam^^à  ^  l'original  :  fi  eft-cs  qu'il  eft  trcs-certain, 

que  comme  l'enchafleure  redouble  la  grâce  de  la  pierre 

qui  eft  pofée  dans  l'anneau  ;  aufTi  eft-il  vray  que  cette 

qualité  tres-illuftre  éclatte  dauantage  quand  elle  eft 

àntée  en  la  Noblcfte  des  Vertus.  Ce  qui  eft  vne  vérité 

qui  femble  d'autant  plus  volontiers  m'obliger  pour  la 

• gloire  de  Fontainebleau  ,  à  traitter  de  la  n-aiftance  ,  ai 

Eloge  du  3es  cérémonies  de  Baptefme  du  petit  Roy  François,  Se-- 
Roy  Fran-  cond  de  uom ,  6c  grand  de  mérites ,  puifqu'à  bon  droit 
il  a  acquis  le  ftirnom  de  Roy  fans  vice  j  dont  le  peu  d'â- 
ge qu'il  a  vécu  ,  &;  régné  ,  au  grand  preiudice  de  céc 
Eftat  qui  s'en  promettoit  vn  fîecle  d'or,  a  empcfché  le 
cours  de  fes  mérites  j  fon  âge  n'ayant  efté  que  de  feize 
ans  huit  mois  &:  fix  iours  ,  &  fon  règne  que  de  feize 
mois ,  vingt-cinq  iours ,  qu'il  commença  le  dixième  de 
luillet  ij/^.  ÔC  finit  par  fa  mort  ij6o. 


Ùt  FÔNTAÏNËBLEAV.      LîVRE  ÏÏI.         2ii 


e  îo. 
e 
anuier. 


Il  nafquit  le  vingtième  iour  de  lanuier  en  ce  Cha-  ,ii 
tteàu  de  Fontainebleau  >  Tan  mille  cinq  cens  quarante  lonr  d' 
trois  y  naiiTance  qui  apporta  vne  tres-grandc  ioycàtou-  * 
te  la  France ,  à  caufe  qu'il  y  auoit  delia  dix  ans  que  Hen- 
ry 1 1.  Ton  pcre  (  qui  n'eftoit  pour  lors  encore  que  Dau- 
phin )  eftoit  marié  auec  Catherine  de  Medicis ,  fans  que 
Dieu  iufques  alors  euft  beny  leur  couche  d'aucune  li- 
gnée j  ce  qui  en  faifoit  appréhender  la  fuitte. 

L'on  n'attendit  pas  long  temps  à  célébrer  les  céré- 
monies de  fonBapteiliie^car  peu  dé  iours  après  (anaif- 
fance  elles  fe  firent  >  foit  parce  qu'il  paroiiToit  fort  foi- 
ble  &  délicat  ,  foit  aufli  d'autant  qu'alors  arriiia  icy 
Monfeigneur  le  Cardinal  de  Farnele  Neueu  du  Pape 
Paul  III.  qu'il  auoit  enuoyé  en  qualité  de  Légat  vers  lo 
Roy  François  I.  pour  moyenner  vn  accord  entre  faMa- 
iefté  >  &;  l'Empereur  Charles  le  Quint  \  où  le  Roy  le 
Voyant  honoré  de  cette  Légation  ,  fut  auili  bien  aile 
ique  mondit  Seigneur  le  Légat  honora  de  fa  prefence 
les  cérémonies  de  cfc  Baptelhie  >  qui  furent  alors  faites 
en  l*EglifedesMâthurins  *  de  ce  Chafteau,dit  Paradirl  GuiLum 
Autheur  du  temps  j  qui  eft  l'Eglife  de  la  tres-Sainâ:e  z,„.  l"/ 
Trinité  ,  autrement  appellée  la  grande  Chapelle.  (  car  f''^'j:S 
c  eft  ainil  que  l'on  nous  nomme  en  quelques  lieux  dcfieire  des 
ce  Royaume  >  à  caufe  d'vne  Chapelle  dédiée  à  Saind  '^lrabh'}c 
Mathurin ,  qui  nous  fut  donnée  à  Paris ,  où  eft  mainte-/»»  femfs. 
nant  bafty  noftre  Conuent,  dit  les  Mathurins  de  l'Or-  *Les  rcu- 
dre  de  la Saindte Trinité,  &;  Rédemption  des  Captifs.)  lordre  de 
Or  les  magnificences ,  &:  cérémonies  furent  telles  qu'il  Trini'té  '«: 


S  enlUlt.  '«Captifs. 

Le  Dimanche  dixième  iour  deFeurier  audit  an  1543.  Maliîudns" 
enuiron  les  quatre  à  cinq  heures  du  foir ,  le  Roy  Ayeul,  liz^rlTcl 
ou  Grand-pere  de  noftre  petit  Roy  François,  ayant  or-  ^^J'^a-IÙ 
donné  cette  cérémonie ,  elle  commença  ainfi*  d.éelà  saijéi 

Trois  cens  torches  furent  données  à  autant  de  per-  c^'JÏp'Xt 
fonnes  des  Gardes  du  corps  du  Roy  3  &  de  Monfeigneur  «Ss  Ma- 
ie Dauphin,  &:  des  SuifTcs  du  corps,  lefquels  furent  ran-  [l'^';'""'»^*: 
gezdcpoi^  la  Chambre  de  fa Maiefté, iufques  en  ladite 

E  e    iij 


Paradin 
vbi  [ufra.. 


a-Il        "Le   Trésor   des  merveilles 

Eglise ,  pafTans  par  la  petite  Galerie  ,  où  la  clarté  eftoic 
Il  grande  de  ces  lumières ,  qu'il  fembloit  que  Ton  fuft 
en  plein  iour» 
f7^       MARCHOlENTen  après  les  deux  cens  Gentils- 

roidie.ô:  i^ommes  delaMaifonduRoy. 

ccs.&sd-      Puis  les  Cheualiers  de  l'Ordre. 

peurs  qui      ^^  j^  x.ï.G\x\X2.  aufTi  le  Rov  de  Nauarre ,  MefTeigaieurs 

le  trouue  /  '  p 

rent  à  ce    les  Ducs  d'Orlcaus  j  de  Vandofme  ,  de  Touteuille,  de 
.ipte  me.   (^^j|-g  ^  ^^  Ncucrs ,  de  Longueuille  ,  d'Eftampes  ,  &:  le 
Comte  d'Aumalle  i  comme  aufll  l'AmbafTadeur  de  Ve- 
nife. 

Là  parut  encore  mondit  Seigneur  le  Légat ,  auec  plu- 
{leurs  Cardinaux ,  &:  autres  Prélats. 
IV.  En  fuitte  marchoit  la  Reyne,  ôC  toutes  les  PrinceC- 

des^Pnn^^  ^^^  ^^  eftoicnt  pour  lors  en  Cour  j  fçauoir  Madame 
celles  ,  &  Marguerite  fille  duRoy ,  qui  fut  depuis  mariée  au  Duc 
s'/no^uuc,  de  Sauoye  ,  Madame  la  PrincefTe  de  Nauarre ,  Madame 
rcntaufn.   Je  Sain 61  Pol ,  Mefdames  les  deux  DuchelTes  de  Ne- 
uers ,  Madame  de  Montpenfier,  Madame  de  Guife ,  Ma- 
daîne  la  DuchefTe  d'Eftampes ,  &  pluiieurs  autres  Da- 
mes ,  qui  eftoient  toutes  reueftuës  tres-fomptueufe- 
ment  de  toile  d'or  &;  d'argent ,  auec  vne  infinité  de 
pierreries ,  qui  rendoient  vn  merueilleux  éclat.  Et  par- 
my  cette  troupe  elloit  l'Enfant  que  Ton  portoit  ba- 
ptifer. 

Et  dans  cet  appareil  ,6i  magnificence  l'on  alla  enla- 
dite  Eglife,  où  leRoy  fe  rendit  aufli  toft. 
N.  Elle  eftoit  parée  des  plus  riches  TapifTeries  de  la 

ccieïré  par  Coutonnc  j  &  autrcs  diuers  ornemens.  Au  milieu  il  y 
Moniei-  auoit  VU  Chef  compofé  en  rond,  fur  lequel  l'on  voyoic 
Cardinal  vn  grand  drap  de  toile  d'argent ,  qui  eftoit  le  lieu  où  fe 
de^^Bour-   fuient  Ics  ccremonics  du Baptefine , dont  l'office  fut  ce- 

;\_ lebré  par  Monfeigneur  le  Cardinal  de  Bourbon. 

-     VI.  Les  Parrains  furent  le  Roy,qui  luy  donna  fon  nom 

jyiarajnc'.^  Frauçois ,  aucc  Monfcigneu.tJe  Duc  d'Orléans  troifié- 

-*'*         me  fils  de  France  ,  &  Oncle  paternel  de  noftre  petit 

Prince.  Et  la  Maraine  fut  Madame  Marguerite  ,  de  la- 

quelk  il  a  eiJe  parlé  cy-delîus. 


DE   FONTAINEBLEAV.     LIVRE  III.  123 

Toute  cette  cérémonie  eftantainfiacheuée,  l'Enfant 
fut  rapporté  en  l'ordre,  &  magnificences  qu'il  auoit  efté 
porté  j&aulli  toft  l'on  entra  au  feftin,  que  leRoyauoic 
fait  préparer  en  fa  Salle,  qui  eft  celle  qui  porte  mainte- 
nant le  nom  de  Salle  du  Bal  5  où  enfuitte  de  ce  banquet, 
il  y  eut  diuers  Balets  ,  Danfes  ,  de  autres  pareilles  ré- 
ioUyfTances  :  ce  qui  fe  continua  plulîeurs  iours  après. 

Or  l'onauoit  drelle  vn beau, &;  grand  Baftion  prés     vu. 
du  Chenil ,  où  ell:  maintenant  l'Allée  folitaire ,  èc  celle    ^^J  '^' 

..  ru  j  -^  '<■'  louiflanccs 

des  Meuriers  blancs.  Et  fur  lEflang  ,  il  y  auoit  trois  faites  en 
Galères  ornées  de  leurs  banderolles.  Et  le  tout  ainfî  Baptefme? 
ordonné ,  le  leudy  fuiuant  quatorzième  dudit  mois  ,  il 
fe  fit  diuerfes  efcarmouches  en  deux  partis  de  Princes, 
ÔC  de  Seigneurs  ,  les  vus  qui  defendoient  ceBalHon,  d>c 
les  autres  qui  Tattaquoient,  ôcpar  terre,  &:par  eauauec 
lefdites  Galères  :  &c  en  cette  forte  finirent  ces  magnifi- 
cencesi 

Incontinent  après ,  Monfeigneur  le  Légat  ayant  plu- 
fîeurs  iours  conféré  auec  fa  Maiefté ,  prit  congé  d'elle, 
èc  s'en  alla  vers  l'Empereur  pour  raccommodement  de 
ces  deux  Princes ,  félon  l'ordre  qu'il  en  auoit  receu  de 
fa Saindeté, ou  il  ne  pût  rien  aduancer. 


2.14 


Le  Trésor  des  merveilles 


LES   MAGNIFICENCES  ,  ET  CEREMONIES 

faites  à  la  naifrance,&; principalement  au  Baptefme 
de  Madame  Elifabeth  de  France,  fille  aifnée  du  Roy- 
Henry  1 1.  à  Fontainebleau. 

C  H  A  P  I  T  R  E     VIL 


Christ 
»5  4J. 


L'An  de  /,    Z.e  bien  arriué  de  cette 

I  E  s  V  s- .  tr 

natjjance. 
IL  Elifaheth  Jurnommée  de 

la  Paix, 
lIL'Varrams  de  cette  Trin- 

cep. 
IV,  Théâtre  i  &  diuers  orne- 

mens  drejfezj  four  ce  Ba- 

ftejrne. 


V,  A^^areïl  d'vn  très-ri- 
che buffet. 

VL  Vordre  ,  &  ceremo^ 
nies. 

VIL  Les  Maraines  de  cette 
Princejfe, 

VIIL  Baly  &  Tournois  faits 
enjùitte. 


I. 

Le  bien  ar- 
riué de  cet- 
te naifTan- 
cç. 


E  S  Anciens  ingénieux  en  leurs  inuen- 
cions  voulans  faire  paroiftre  le  mérite  de 
laSagefTe,  ôc  des  Sciences,  ont  fort  bien 
rencontré  quand  ils  ont  dit ,  qu'à  la  naif^ 
fance  deMinerue,  quils  en  eftimoient  la 
DeefTe  ,  le  monde  fut  comblé  d Vne  félicité  fans  pa- 
reille ,  par  vne  pluye  d'or  qui  tomba  fur  la  terre.  Le 
mefmeauec  non  moins  de  raifoif,  pouuons  nous  dire  de 
la  nailTance  d'Elifabeth,  ou  Ifabeau  de  FranGe,fille  aifnée 
du  Roy  Henry  IL  (qui  n'eftoit  que  Dauphin  lorsqu'el- 
le nafquit  )  puifque  outre  que  cette  PrincelTe  fut  vne 
des  plus  fages ,  &  des  plus  vertueufes ,  qui  iamais  porta 
le  Sceptre ,  elle  fit  naiftre  encore  ce  bonheur  auec  elle 
àlafaçondVne  pluye  d'or-,  que  les  guerres,  la  famine^ 
&  la  peftilence,qui  trauailloient  la  Chreftienté ,  ayans 
cefTé  enuiron  le  temps  de  fon  horofcope,  &  natiuité, 
fucceda  à  tant  de  miferes  le  bien  lî  fort  defiré  de  la  Paix 
entre  la  France  ,  &;  l'Angleterre  ,  qui  fut  alors  iuréc 

auec 


DE  FONTAllsJEBLEAV.     LlYRE  IIL  115 

auec  promeffe  ,  &;  accord  de  mariage  quelque  temps 
après  encre  cette  ieune  PrinceiTe  ^  èc  Edouard  V.  Roy 
d'Angleterre  ,  duquel  ledit  mariage  ne  fut  accomplyj 
eftant  Edouard  mort  de poifon  ,  par  Imtelligenee  de 
fon  gouuerneur  le  Duc  de  Notumberlang  :  où  peu  4pres 
fut  auifi  confirmée  la  Paix  entre  les  deux  Couronnes  de 
France  ,  &C  d'EfpagnCjipar  le  mariage  qui  fut  confomr 
méj  &  accomplyde  noftre  Elifabeth  auec  Philippe  II. 
êc  par  vn  commun  fentiment  ^  &C  voix  publique  de  ces  ~7^ — " 
deux  Nations  jCette  PrincefTe  fut  appellée  Eltfabeth  de  la  EUfabeth 
■Paix  i  ainfi  que  publia  alors  vn  de  nos  Poètes  en  ces  vers;  mée  delà" 

Paix. 

*Var  elle  en  Paix  font  la  France  ^  &  l^E^^gne^  loacUm  dn 

Par  elle  vnù/bnP  les  deux  flm  grands  Roy  s  y  ^  ^■^' 

J)tifang  d'Autriche ,  &  dufang  de  Valois  ^ 
■Fille  de  C'vn,  &  de  l'autre  comfagne. 

Cette  naiffance  arriua  en  ce  Chafteau  ,  le  deuxième 
d'Auril  mille  cinq  cens  quarante  cinq  j  où  Elifabeth 
demeura,  &  fut  nourrie  quelque  temps ,  puis  fut  porr 
tee  àSain(5t  Germain  enLaye.  A  cette  naifTance  furent 
faites  de  grandes  réiouyffances  j  mais  fur  tout  les  ma- 
gnificences de  fonBaptefmejôcles  cérémonies  en  furent 
célébrées  ,  auec  vn  appareil  tout  plein  de  pompe  ÔC  de 
maiefté.  . 

La  Paix  ainfî  conclue  entre  François  I.  &  Henry     iiï- 
VIILRoyd'Angletérre,nafquitaumefme  temps  noftre  cettePrin- 
ieune  PrincefTe  petite  fille  de  François  :  èc  à  l'occafion  de  "^*=' 
cette  Paix  y  ayant  icydeux  grands  Seigneurs  de  la  parc 
duRoy  Anglois ,  venus  exprés  pour  la  iurer  folemnel- 
lement  '■,  fçauoir  IVn  ,  le  Seigneur  du  Dellay  Admirai 
d'Angleterre  i  bc  l'autre  ,  le  Millord  Chenay  ,  Maiftre 
des  Ports,  &:  grand  Treforier  de  ce  mefme  Royaumej 
ces  deux  Seigneurs  furent  Parrains  de  noftre  Elifabeth, 
au  nom  du  Roy  Henry  VIII. 

Le  iour  ordonné  tous  les  Princes,  ôclesPriaicelTes  de 
ceRoyaump  eftans  icyafTemblez^, les  cérémonies  enfu- 

Ff 


ii6         LE  Trésor   des   merveilles 

rent  célébrées  en  ce  Chafteau  ,  où  la  Cour  du  Donion 
eftoit  toute  tendue  ,  &  ornée  par  haut,  &  par  bas ,  de 
Çi  riches  TapifTeries ,  &  autres  diuers  ornemens  ,  que 
la  moindre  chofe  qui  y  parut ,  eftoit  or  ,  argent ,  ou 
foye. 
Paradin ,        ^^  milicu  dc  cette  Cour ,  il  y  aùoit  comme  vne  for- 
chlp.j'.dcs  me  de  Théâtre  de  bois  haut  efleué  dyne  belle  Archite- 
toralu'de  ^^^^i  ^^^^  plufieuts Portics  Èompofez  à  l'antique ,  or- 
fon  temps,  nez  dc  dïucrs  feuillages ,  aux  frifes  defquels  fe  lifoient 
j-Re^Hm    ces  mots  écrits  en  lettres  d'or  :  Jludtermt  %eges  verha 
^""P-  4'      oris  eim  j  lefquels  font  empruntezdu premier  Liure  des 
Roys  j  où  il  eft  fait  mention  de  la  grande  réioiiyflance 
du  peuple  d'ifraël ,  quand  il  receut  l'Arche  d'Alliance 
en  fon  armée  ,  ayant  perdu  la  bataille  contre  les  Phili- 
ftins  j&del'efperancequ'ilfepromettoitde  toute  forte 
de  bonheur ,  par  la  prefence  de  cette  Sainde  Arche  :  ce 
qui  à  l'inftant  ietta  la  crainte ,  ÔC  l'épouuante  à  ces  peu- 
ples incirconcis  5 leurs  ennemis. 
IV.         E T  pour  reuenir  à  l'embellifTement  de  ce  Théâtre,' 
diuers^r^  il  cftoit  cucorc  omé  ,  &  tous  ces  Portics ,  de  herre,  dC 
nemens     auttc  verdurc  5  auec  plufîeurs  EfcufTons  armoiriez  des 
pou  "ce    armes  de  France  ,  &C  de  celles  d'Angleterre  ,  qui  pen- 
saptefmc.  ^qj^^ç  ^  chapcaux  ,  &  rainceaux  de  triomphe  par  le 
deffus ,  ô£  tout  autour  de  ce  Théâtre  5  du  milieu  duquel 
s'éleuoit  vn  grand  mas  orné  de  lierre  ,  ÔC  de  diuers  la- 
mes ,  ôc  lennifques  d'or  chnquant ,  tout  depuis  le  haut 
iufques  au  bas. 

Ce  mas  ainfi  éleué  ,  feruoit  àfbuftenir  auec  des  cor- 
dons vn  grand  voile  de  foye  bleu ,  en  guife  d'vn  Ciel ,  où 
eftoient  attachées  quantité  d'étoiles  d'or,lefquelles  ren- 

doient  dans  cette  Cour  vn  éclat  parfaitement  agréable. 

V.  Et  ce  qui  ornoit particulièrement  ce  Théâtre,  &; qui 

d'vn^^res-  apportoit  àvnchacuu  de  l'admiration,  eftoit  qu'au  pied 
riche  buf    Je  ce  mas  il  y  auoit  vne  fort  haute  Pyramide  faite  à  di- 
uers angles ,  ôc  de  neuf  eftages  ,  couuerte  d'vn  riche 
poiilededrap  d'or  frizéj  le  tout  qui  compofoit  vn  buf- 
fet chargé  de  la  vaifTelle  Royale  toute  d'or,  ôc  de  tant  de 


DE  FONTAINEBLÈAV.  LiVRE  IIL  2.17 
vafes,&:diuerfes  pièces  antiques  ,aulîi  toutes  d'or, &:  en 
fi  grand  nombre,  qu'il  feinbloitqu'icyroneuftr'airem- 
blé  l'élite  des  buffets  de  tous  les  Princes  de  l'Europe. 
AulTi  efl-il  véritable  que  l'on  y  auoit  apporté  tout  ce 
que  les  Roys  de  France  auoient  eu  de  rare  en  leurs  Ca- 
binets ,  difperfe^  en  diuers  endroits  de  ce  Royaume.  Et 
afin  de  faire  connoiftre  à  vn  chacun,  quelle  eftoit  la  va- 
leur ,6^  l'excellence  de  toutes  ces  fîngulieres  raretez,il 
y  auoit  là  auprès  des  perfonnes  commifes  qui  en  don- 
noient  l'mtelligence  aux  Spediateurs  ,  6c  principale- 
ment aux  Anglois,  èc  aux  autres  Eflrangers,  qui  eftoient 
en  grand  nombre  à  cette  magnificence  j  leurs  difans 
comme  quelques  vnes  de  ces  rares  pièces  auoient  efté 
apportées  en  France  par  l'Empereur  Charles-Magne, 
comme  les  autres  luy  auoient  eflé  enuoyées  par  quel- 
ques Roys  ,&:  ainfî  des  autres  fîngularitez  ,  dont  il  n'y 

en  auoit  pas  vne  moderne ,  mais  toutes  antiques.  

Ie  ne  trouue  point  le  iour,  ny  l'heure  que  commen-  ,  vi. 
ça  la  cérémonie  de  ce  Baptefme:  mais  ie  remarque  feu- 
lement que  toutes  chofes  eftans  icy  bien  préparées, les 
Princes, Seigneurs ,  èc  la  Nobleffe ,  ordonnez  pour  ac- 
compagner noftre  petite  Princeffe  ,  commencèrent  à 
fortir  du  Département  du  Roy  5  après  lefquels  marchoit 
le  fufdit  Millord  Chenay  grand  Treforier  d'Angleter* 
re ,  lequel  portoit  l'Enfant  entre  fes  bras ,  ôC  alloient  de 
fuitte  ,1a  Reyne ,  les  Princeffes ,  les  Dames ,  èc  Damoi- 
fe  lies  de  la  Cour,  toutes  richement,  ôc  magnifiquement 
parées  :  &  ayans  trauerfé  la  petite  Galerie,  entrèrent  en 
i'EgUfe  de  la Sainéte Trinité,  laquelle elfoit  richement 
ornée  ;  où  à  l'entrée  efloient  Melfeisneurs  les  Cardi- 
naux  de  France  ,  accompagnez  de  pluiîcurs  Archeuef^ 
ques ,  Euefques ,  ôc  autres  Prélats ,  tous  reueftus  de  leurs 
rochets  ;  où  Monfeigneur  le  Cardinal  de  Bourbon  re- 
uelliu  en  Pontificat  fit  la  cérémonie  de  ce  Baptefme, 
tomme  eilant  Prince  du  fang  Royal ,  èc  Archeuefquc 
de  Sens ,  ce  lieu  eftant  de  fon  Diocefe» 

Lors  qu'il  fut  queflion  de  donner  le  nom  à  l'Enfant, 

Ff  ij 


L'ordre,  5c 

ccrcmo- 

nie«. 


ii8         Le  Trésor  des  Metiveilles 

les  Ambafladeurs  ,&:  Députez  d'Angleterre  y  furent 
Y II.    prefens  comme  Parrains ,  6c  les  Maraines  furent  Eleo- 
iesd^ït-^oi'  d'Autriche  féconde  femme  du  Roy  François  I.  àc 
ce  Princcf-  leaiine  PrinceiTe  de  Nauarre  ,  qui  la  nommèrent  Elifa- 
beth  ;  &ck  l'infliant  fut  ce  Nom  proclamé  par  les  Hé- 
rauts d'Armes  deFrance,  &  d'Angleterre,  qui  eftoienc 
couuerts  de  leurs  Coftes  d'Armes  armoiriées  des  armes 
des  deux  Roys  :  en  fuittedequoy  commencèrent  à  fon- 
ner  les  Trompettes,  Clairons,  ôc Haut-bois ,  auec  vne 
grande  décharge  de  boettes,  6c  d'efcoupcterie,  èC  au- 
tres armes  à  feu. 

Cette  cérémonie  ainfî  acheuée  ,  le  Roy  regala  toute 

fa  Cour  j  èc  le  banquet  du  fouper  fut  fait  auec  vn  fî 

grand  appareil ,  qu'il  ne  fe  parloir  point  que  l'on  en  euft 

iamais  veu  vn  femblable. 

VIII.       Mais  fî  ce  feftin  fut  exquis ,  riffuë  n'en  fut  pas  moins 

Bal ,  &  agréable  par  le  Bal  qui  commença  aulTi  toll  j  où  àdiuer- 

£.1.  en    fes entrées  parurent  des  hommes  de  figures  prodigieu- 

""'^"        (es  ;  puis  des  belles  furieufes,  6c  eftranges  de  toute  fortej 

bc.  en  troifiéme  lieu,  diuers  oifeaux de  rapine, Grifons, 

Algies,  Vautours  ,&  autres  femblables. 

Cette  réioiiyffance  continuant  encore  le  lendemain, 
le  Tournoy  fut  ouuert  entre  Monfeigneur  le  Dauphin, 
6c  le  Comte  deLaual,qui  faifoient  vn  party  chacun  de 
Cheualiers. 

La  troupe  du  premier  paroifloit  armée  ,  &C  habillée 
€n  blanc  ,  portant  vn  CroifTant  de  Lune  fur  l'armet 
au  heu  de  timbre  ,  &  leurs  chenaux  elloient  armez,  dC 
caparaiTonnez  de  femblable  parure. 

Celle  de  l'autre  fe  donnoit  àconnoiftre  par  leur  cou- 
leur ,  qui  cftoit  Incarnat  j  où  en  cette  ioulte  ,  qui  dura 
vn  iour  entier,  il  n'y  çut  point  de  Cheuaher  qui  nedon- 
naft  alors  des  prennes  de  fa  valeur  ,  &:  de  fon  adreffe  : 
mais  entre  tous  il  fut  aduoUé  d'vn  chacun, &  fansflat- 
terie,que  Monfeigneur  le  Dauphin  auoit  mérité  le  prix, 
&  l'honneur  de  ce  Tournoy  ,  ne  s'eftant  épargné  à  la, 
ioufte  à  la  rencontre  des  coups  ,  dc  à  brifcr  contre  tous 
ceux  du  party  contraire. 


DE  FONTAINEBLEAV.  LîVRE  III.  2,19 
Toutes  ces  magnificences  acheuées  ,  les  AmbafTa- 
deurs  d'Angleterre  s'en  retournèrent  chargez  de  pre- 
fens  5  àc  de  grandes  fatisfadions  des  honneurs  qu'ils 
auoient  receus  du  Roy  j  &;faMaieflé  partant  d'icy,  s'en 
alla  courre  le  Cerf  en  laForeft  d'Orléans, 


D'VNE     ACTION     ROYALE,   ET 

mémorable  de  François  I.  faite  à  Fontainebleau 
quelques  mois  auant  fon  deceds  ,  releuant  d'vnc 
grande  maladie. 

Chapitre    VII  L 


/.  Quelle  efi  l'amitié  de  la 
fluspart  des  Courtifans. 

II.  Ils  abandonnent  le  Roy 
malade y&  fument  le  Dau- 
phin. 

III.  Le  Roj  releue  de  mala- 


die i  &  de  l'inuention  dont   L'An  de 
/'/  "vja  pour  rappeUer  /ipj  Christ 
Courtijàns.  ^^'♦7-. 

IF.L'j4uthorité  Royale  m 
doit  Joujfrir  efire  mj-par- 
tie. 


j^  EVX  qui  pour  parler  fîncerement  de  l'a- 
I  mitié  de  laplufpart  desCourtifans,ontdit 
h  qu'elle  fuit  pluftofl  la  bonne  Fortune  de 
celuy  qui  lapofTede,  que  non  pas  la  Perfon- 
ne  ,  ont  certes  bien  rencontré  j  puifque 
l'expérience  en  donne  trop  fouuent  des  preuues  ,  & 
qu'il  n'eft  que  trop  vray  que  les  amorces  de  l'intereft 
font  d'ordinaire  les  fecrets  refforts  qui  aduancent  ou 
reculent  leurs  affedionSjô^:  leurs  feruices^qui  femblent 
finir  quant  6c  quant  l'intereiL  Ce  fut  ce  que  le  grand 
Roy  François  fceut  fort  bien  reconnoiftre  ,  lors  que- 
ftant  tombé  malade  en  ce  Chafteau  quelques  mois 
auant  fon  deceds,  où  fa  maladie  alla  iufques  à  cepoind, 
qu'il  yauoitplus  d'apparence  de  mort,  que  d'efperance 
de  guarifon,  pour  le  moins  qu'il  n'eftoit  pas  pour  viure 
encore  loncruement,foit  pour  fon  âge,  ou  pluftoftfoit 


Quelle  eft 
l'amitié  de 
la  plufpart 
des  Courf 
tifansv 


2-30  Ï-È    TRESOR     E>ES    MERVEILLES 

pour  fou  indifpofition  :  au  mefme  temps  l'on  veid  prêt- 

îi.      que  toute  la  Cour  quitter  ce  Soleil  en  fon  couchant, 

donncnt'ic  ^^^^  ^^  couHr  au  deuânt  du  Soleil  leuant ,  ic  veux  dire 

Roy  maia-  yers  le  Dauphin  Heuty  fonfils  héritier  de  fa  Couronne, 

uen't  le     Icqucl  nc  fc  tenoit  gueres  alors  prés  de  fon  Père  j  mais 

Dauphm.   ^^^  j^  ialoufic  dc  la  fùccefTion  faifoit  vn  peu  efloigner 

de  la  Cour,  il  y  auoit  defîa  quelque  temps. 

Le  Roy  commençant  àfc  bien  porter,  ÔC  ayant  bien 
pris  garde  que  fur  le  doute  de  fa  maladie  vn  chacun 
prefque  l'auoit  abandonné  ,  èc  fur  tous  les  plus  grands 
de  fa;  Cour  j  cela  le  toucha  fî  viuemcnt ,  qu'il  s'efforça 
alors  de  prendre  courage.  Et  pour  donner  l'allarme  aces 
fuyards ,  de  voir  s'il  les  r'appelleroit  à  leur  deuoir  pour 
ne  perdre  les  refpeâ:sdeus  àfaMaieflé,quoyquefafan- 
té  ne  fuft  pas  encore  bien  bonne,  ô«[;  que  fon  vifage  té- 
________   moignaft  quelque  grande  indiipofition  j  il  iugea  àpro- 

ni.  pos  de  feindre  vne  entière  fanté ,  fe  fardant  vnpeulevi- 
leuedJma-  îage ,  &  s'aiuftantfî  proprement, qu'il fembloit  pluftoft 
ladie ,  &   yj^  ieune  Courtilan ,  que  non  pas  vn  homme  de  fon  âge, 

hnuention  ,      ,,    n  v     i      n     •  •  i  r   ■      ^ 

dont  il  vfa  3c  de  1  eltat  ou  il  eitoit  :  voirc  plus  pour  remdre  vne 
peiîeVres  vcrtc  vigucut ,  c'cft  quc  le  iour  de  la  Fefte  Dieu ,  que ,  fe- 
Couni-  Ion  la  couftume  de  l'Eglife  l'on  célèbre  auec  grande  fo- 
*  lemnité ,  il  voulut  fe  trouuer  àlaProcelfion  ,  ôcmefmc 
ayda  à  porter  le  Daiz  fous  lequel  l'on  portoit  le  Saind: 
Sacrement  :  ôc  eftant  de  retour  affis  en  fa  Chambre ,  il 
dit  alors  ces  paroles ,  témoignant  la  iufte  ialoufle  qu'il 
auoit  de  fon  authorité  :  le  leur  feraj  encore  vne  fots  peur 
auant  ({u>e  mourir.  Voulant  parler  des  Princes,  des  Sei- 
gneurs, &  des  Courtifans,  qui  l'ayans  quitté  durant  fa 
maladie ,  eftoient  allé  trouuer  le  Dauphin  pour  fe  met- 
tre de  bonne  heure  en  fes  faneurs.  Cependant  le  bruit 
de  la  guarifon  de  fa  Maiefté  ,  ôc  l'éclat  de  cette  aâ:ion 
célèbre, &  Roy  âle,ayant  elle  fceu  par  tout,  cela  eftonna 
fort  les  Courtifans ,  qui  ne  manquèrent  à  reuenu"  petit 
à  petit  vers  le  Roy ,  tous ,  fort  honteux  ,  &:  confus  :  ce 
qui  apprefta  fort  à  rire  de  bon  courage  à  fa  Maiefté  5 
principalement  quand  elle  apprit  que  la  plufpart  ayans 


jartic. 


DE  FONTAINEBLEAV.      LiVRE  III.  131 

quitté  le  Dauphin  TauGient  laiffé  auffi  feuljque  luyla- 

uoit  efté  durant  fa  maladie. 

Cette  adion  fut  fort  remarquée ,  comme  vn  trait     iv, 
dVn  courage  vrayement  Royal,  qui  ne  peut.  Oc  ne  doit  rité^Roy°r 
fouifrir  faDi2;nité  mépriféc  ,ny  fon  Authorité  my-par- 1^  "£  ^°^^  ' 
tie  :  toutetois  elle  n  eut  autre  luitte  j  &;  il  n  en  traitta  eftre  my- 
pas  plus  mal  ceux  qui  l'auoient  ainfî  quitté  ,  iugeant  P^ 
bien,  comme  ileftoit  vray,  qu'ils  ne  l'auoient  point  fait 
par  mépris  ,  mais  feulement ,  ainfi  que  nous  auons  re- 
marqué ,  pour  s'iniinuer  ^ux  bonnes  grâces  du  Dau- 
phin j  auec  ce  qu'il  voyoit  bien  que  fa  fanté  eftoit  lî  fort 
altérée,  qu'il  n'y  auoit  gueres  d'elperance  de  viure  en- 
core long  temps  :  &:  de  fait  il  mourut  peu  de  mois  après 
au  Chafteau  de  Rambouillet, le  dernier  iour  de  Mars 
de  l'an  mille  cinq  cens  quarante  fept ,  à  commencer 
l'année  au  mois  de  lanuier.    C'efI:  ce  que  i'ay  extrait 
dVn  petit  Liure  ,  intitulé  Le  Libre  ,  &  excellent  JJt-^ 
[cours. 


F£ 


■23^ 


Le  Trésor  des  merveilles 


DE  LA  NAISSANCE  A  FONTAINEBLEAV 
du  Roy  Henry  IIL  de  Claude  DucheiTe  de  Lorrai* 
ne  ,  de  Vidoire  ,  ÔC  de  Jeanne  ,  fils  àc  filles  du  Roy 
Henry  IL  ôc  de  Catherine  deMedicis, 

Chapitre    IX. 


/,  LfeUx  de  la  naijfance  des 
Princes^  recommandahles, 

IL  Henry  IIL  nommé  atifa- 
ranant  Edouard  Alexan- 
dre, 

lILUAuîheur  rend  raïfon 
pourquoj  tl  nohjerue  fas 
en  ce  Chapitre  l'ordre  Çhro- 
nologique» 


IV.  Les  treizje  Cantons  des 
Suifes'Varrains  de  Claude 
de  France, 

V.  .Médaille  d'or  prejentée 
au  Roy  Henry  IL  far  les 
Smjfes. 

VI.  Viâ:oire,&  leannefœurs 
ïumeUes, 


I. 

Lieux  de  la 

nailBnce 

dcsPrinces, 

recomman- 

dables. 


II. 

H«nry  III 


'AvTANT  que  la  naiffance  des  Princes^ 
des  PrincelTes ,  &  d'autres  perfonnes  illu- 
ftres  encxtradion,  ou  en  mérites,  eft  vne 
]  chofe  digne  d'eflre  remarquée  ,  pour  en 
'  perpétuer  la  mémoire  à  lapofterité}  outre 
que  les  lieux  où  ce  bonheur  eft  arriué ,  en  font  de  beau- 
coup plus  confiderables  :  cela  m'a  obligé  à  drefler  ce 
Chapitre  pour  ne  fruftrcr  ce  Seiour  Royal  de  l'hon- 
neur qu'il  a  receu  par  la  naifTance  de  plufieurs  Princes^ 
ÔcPrincelTes  du  fang  de  nos  Roys.  Les  Chapitres prece- 
dens  en  ont  fourny  quelques  vnes ,  &  celuy-cy  en  fera 
voir  encore  quelques  autres. 

La  premier  e,&:  la  plus  notable  eft  celle  duDucd'A- 
lençon  ,  depuis  Duc  d'Aniou  ,  quatrième  fils  du  Roy 
Henry  II.  qui  après  luy  ,  &  les  Roys  François  1 1.  &; 
Charles  IX.fes  frères,  a  régné  fous  le  nom  de  Henry  III. 
Roy  de  France ,  &  de  Pologne. 

Il  nafquit  en  ce  lieu  levingt-vnicme  de  Septembre, 

mille 


Christ 

15SI. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE   IIÎ.        233 
mille  cinq  cens  cinquante  &:vn,&  fut  nommé  Edouard  nomméau- 
Alexandre  ,  nom  que  le  Roy  Charles  Ton  Frère  luy  fît  nX^i^a^i 
changer  en  celuy  de  Henry,  en  haine  de  Edouard  Ton 
Parrain  Roy  d'Angleterre,  parce  qu'il  eftoit  Hérétique,  i  e  s  v  s- 
&  qu'il  eftoit  alors  ennemy  de  la  France, 

Il  eft  vray-femblable  qu'il  y  eut  bien  autant,  &:  plus 
de  réioiiyfTance  à  la  naiffance  de  ce  ieune  Prince ,  qu'il 
en  fut  en  celle  de  François  I L  fon  Frère ,  &c  d'Elifabeth 
fa  Sœur  -,  puifque  celuy-cy  nafquit  fils  de  Roy  ,  Hen- 
ry 1 1.  fon  Père  eftant  defîa  dans  le  troifîéme  an  de  fon 
Règne,  oiilors  de  la  naiffance  de  ceux-là  il  n'cftoit  enco- 
re que  Dauphin. 

L'autre  naiffance  à  remarquer  ,  eft  celle  de  Clau» 
de  de  France  ,  féconde  fîlle  de  Henry  H.  &  depuis 
mariée  à  Charles  III.  du  nom  Duc  de  Lorraine,  laquel- 
le nafquit  au  mois  de  Nouembre  ,  l'an  mille  cinq  cens 
quarante  feptj  année  confîderablepar  lamort  de  Fran- 
çois I.  fon  Ayeul  paternel ,  ôcpour  raifon  du  premier  an  L'An  de 
du  Règne  de  Henry  fon  Père.  Enquoy  ie  n'aypas  fuiuy  cV  ^jj'^ 
la  Chronologie ,  &c  l'ordre  des  temps ,  comme  i'ay  gar-  1547- 

dé  par  tout  ailleurs  ,  puifque  cette  naiffance  deuance 

celle  de  Henry  III.  de  quatre  ou  cinq  ans  3  ce  que  i'ay  LAutiieur 
ainfi  fait  pour  le  refpe(5t,êc  leTitredeRoydontcefien  i"^<i"'*<»^ 
frère  a  efté  honoré  ^  ne  me  femblant  pas  bien  raifon-  ii  nobfcr- 
iiable  de  faire  marcher  en  vn  mefme  Chapitre  la  Sœur  "^  ^^hapf- 
deuant  le  Frère,  &C  encore  moins  vneDucheffe  deuant  tre Tordre 
vn  puiffant  Roy  de  France  ,  ôc  de  Pologne  ,  tel  qu'il  giqi^^  °' 
eftoit. 

Pour  reprendre  la  trame  de  noftre  Difcours ,  cette  P^_^^^i» 
ieune  Princeffe  peu  de  temps  après  fa  naiffance ,  fut  te-  chap.  i  de 
nuë  fur  les  Fonts  de  Baptefme  par  les  Députez  de  tous  ^^^''f"^' 
les  Cantons  des  Suiffes ,  en  qualité  de  Parrains  5  ôC  les  temps. 

Maraines  furent  la  fille  du  Roy  de  Nauarre  ,  &  Antoi — 

nette  de  Bourbon  Ducheffe  de  Guife.  Le  Roy  Henry  II.  Les  trdzo 
fon  Père  ayant  voulu  auoir  ces  Suiffes  pour  Compères,  d;^s"s°"4,- 
afin  de  les  engager ,  ôc  lier  par  vue  plus  étroite  alliance  Parrains  de 
d'amitié  ,  dont  aufll  ils  fe  (èntirent  fi  fort  honorez,  priî'c  ^ 


ice. 


G  g 


3,34  ^E    T-RESOR    DES   MERVEILLES 

que  ceux  qui  furent  enuoyez  de  leur  part  pour  cette 
cérémonie,  apportèrent  alors  au  Roy  en  prefent ,  vne 
tres-belle,&:  grande  Médaille  d'or ,  dupoids  6c  valeur  de 
deux  mille  efcus:  où  fe  voyoitvne  main  celell:e5qui  te- 
Médaille  ^^^^  trcize  cordous  liez  enfembled'vnmefmenœudjôc 
d'oi  prc-    à  chaque  bout  de  cordon  eftoient  les  Armes  ,&  Deui- 
icrsuSrcs.  ^^s  des  Cantons  5  vn  Ange  paroifToit  au  delTus  foufte- 
nant  vne  Croix  j  ôc  autour  de  cette  Médaille  fe  lifoient 
ces  paroles  :  Si  Deus  pro  nobis  quù  contra  nos,  Voulans 
reprefenter  l'Eglife ,  bc  la  France  par  cette  Croix ,  bc  cet 
Ange  j  laquelle  il  tenoit  comme  Protecteur ,  &:  de  l'E- 
glife Catholique ,  ôc  de  ce  Royaume  tres-Chreftien  :  bC 
par  cette  main,&:  ces  treize  cordons  donnans  à  enten- 
dre l'Alliance  5  dont  la  main  en  eft  le  fymbole,  quefai- 
foient,  ôc  cçnfirmoient  alors  les  treize  Cantons  de  cet- 
te Nation. 
L'An  de      Deux  autres  filles  de  Henry  nafquirent  encore  d Vnc 
î-V^rf-r  mefme  couche  en  ce  Chafteau  de  Fontainebleau  ,  le 
«  5  5  6-       vingt-quatrième  iour  de  luin ,  l'an  i^ille  cinq  cens  cin- 
— - —   quante  fix  j  dont  l'aifnée  ,  qui  eftoit  la  quatrième  fille, 
Viftoire,  fut  nommceVi6toire,ÔC  ne  vécut  gueres  après  fonBa- 
SœuTs'^r.  pte'fiï^e*  Ec  l'autre  la  cinquième  ,  fut  appellée  leanne, 
mdics.      ôc  mourut  enuiron  fix  femaines  après  fanaiffance. 

le  ne  fais  point  mention  des  autres  Enfans  de  Hen- 
ry,  ôc  de  Catherine  de  Medicis ,  comme  n'eftans  pas  nez 
icy  i  puifque  mon  delfein  n'eft  de  traitter  ^  que  de  ceux 
qui  ont  honoré  ce  Lieu  par  leur  naiffance. 


DE    FONTAINEBLEAV.     LiVRE    Ut       z^$ 

DE  L'ASSEMBLEE  NOTABLE  TENVE 
au  Chafteau  de  Fontainebleau  par  l'ordonnance  du 
Roy  François  IL  pour  pacifier  les  premiers  troubles 
émeus  par  les  Religiounaires  ,  affiliez  de  quelques 
Princes,  ôc  Seigneurs  de  ce  Royaume. 

Chapitre    X. 


/.    Maladie  de  l'elfrit  y  telle 

qtiefi  l'ambition  ,  fort  pe- 

rilkufe, 
II.  Les  malheurs  caujezj  par 

l'HereJie  de  cefiecle, 
îll.  Naijfance ,  CjT*  Progrez^  de 

tHereJle. 
jy,  La  courir ation  d'Am- 

boije  étientée, 
V,  Les  noms  des  perfinnes 


demarc[ué,û^uicompofoi€nt   ^'-^^  ^« 

cette  jiffemblée,  c  h  n.  i  s  t 

VL    Elle  dure  quatre  tours,  *î^°- 
VIL  Requefiesprejentéespar 

l'Admirai, 
VIIL  Repartie  à  cette  Re- 

quepe ,  parie  Cardinal  de 

Lorraine, 
IX,    Refolution  de  cette  Af" 
femblée. 


OMME  il  n'y  a  point  de  pires  maladies  j^'j'^j-^ 
que  celles  de  l'efprit ,  aufTi  font-elles  les  de  l'efprit, 
plus  perilleufes ,  &:  les  plus  difficiles  à  gua-  f^^^t^^ 
rir  3  notamment  celles  qui  fe  font  empa-  fort  pcrii- 
rées  dVne  ame  ambitieufe,  que  l'erreur,  ^"- 
ÔC  le  prétexte  de  Religion  animent  à  la  reuôlte  5  car  il 
n'eft  point  de  furie ,  qui  fçache  iouer  tant  d'aiSbes  fune- 
fi:es,ôc  fanglans.  Ilmeferoit  facile  de  prouuer  cette  vé- 
rité par  plufieurs  témoignages  de  l'Antiquité ,  fi  le  fie- 
cle  palTé  ,  ÔC  le  prefent ,  ne  nous  en  fourniffoient  des 
exemples  autant  memorables,qu'ils  font  tragiquesjque 
la  Pollerité  aura  peine  de] croire,  fi  trop  d'Efcriuains 
n'en  faifoient  foy ,  6c  fi  le  rauage ,  &  la  ruine  de  plufieurs 
Royaumes ,  de  Republiques,  de  Peuples,  ôc  de  Villes  ac- 
cablées de  cette  tyrannie ,  n'en  crioient  encore  tous  les 
iours  vengeance  deuant  Dieu  :  veu  qu'il  n'eftque  trop 
véritable ,  que  depuis  cent  ans ,  ou  enuiron ,  que  l'Here- 
fie  bouffie  d'orgueil,  ôC  animée  de  rage  ,  a  releué  icjf 

G  g   ij 


r-^é        Le  Trésor  des  merveilles 

n,      cornes ,  &  en  guife  d. Vne  furie  rufcitée  des  Enfers  a  parii 
Les  mal-  ^ans  la  Chrcflienté  j  pDn  nVa veu  autre  chofc  Que  suer- 

heuis  eau-  .^  '  /  i      i*^   i. 

fez  par  res ,  &  que  mileres  parmy  toutes  les  contrées  de  i  Allei 
^'SImc.  magne, de  l'Angleterre  ,  de  l'Efcoife,  delà  Flandre  ,  & 
Pays-bas  ,  ôi  au  grand  malheur  de  noftre  France  en  ce 
Royaume  tres-Chreftien  ,  qui  depuis  ce  temps-là  n'a 
femble  qu'vn  Théâtre  de  fureur ,  ik.  de  calamitez  en  la 
reuolte  de  fes  Peuples^ôc  de  fes  Prouinces,  &  dans  le  ren- 
uerfement  de  io^s  Villes,  de  ics  Temples ,  ôcplus  auguftes 
édifices. 

Ce  Monftre  de  l'erreur  s'eftant  cclos  fous  François  ï. 
n'ofaprefque  paroiftrp ,  craignant  que  comme  les  Loix 
Ciuiles  ordonnent  d'eftouffer  tels  prodiges  dés  leur  ber- 
ceau ,  auffi  celuy-cy  fe  tint  vn  long  temps  caché  ,  ap^ 
prehendant  lia  iufte  punition  que  ce  Roy  en  faifoit. 


I"'  Sovs  Henry  II.  fon  fils ,  ce  Monftre  croiffant  ea 
&  progrcz  age,cx  en  pouuoir ,  a  1  occaiion  des  guerres  entre  le  Roy, 
de  l'Hcre-  ^  l'Empereur  Charles  Qmnt ,  il  fe  fortifia  vn  peu  j  mais 
toufîours  en  cachette ,  ÔC  comme  vn  oifeau  de  mauuais 
augure  ne  paroiffant  que  de  nuicSt  parmy  les  tenebres3où 
enfinlamortde  ce  grand  Prince  fut  la  vie,  fi  i'ofe  ainfî 
dire ,  de  cette  Furie  infernale  :  veu  que  (ts  Suppofts ,  ô£ 
Partifans  fe  feruans  de  l'occafîon  du  bas  âge  du  Roy 
•  François  II.  &dela  mauuaife  intelligence  de  quelques 
Princes  ,  ÔC  Seigneurs  de  ce  Royaume,  que  les  interefls, 
particuliers  animoient  à  l'ambition  du  gouuernement 
del'Eftati  ceux  qui  fe  trouuerent  alors  les  plus  foibles, 
voulans  fortifier  leur  Pai-ty,  fe  rangèrent  du  cofté  de  cet- 
te Furie ,  prenans  le  prétexte  de  Religion  pour  attirer  à 
eux  tous  ceux  que  les  Loix  Diuines ,  &  les  Ordonnances 
de  nosRoys  auoient  iuftement  condamnez  aux  peines, 
ôcaux  chaftimens  de  leurs  erreurs. 

Envnmot,  ôcpour  parler  clairement,  ce  qui  mit  ce 
Party  en  fougue ,  ce  fut  de  voir  ce  ieune  Roy  donner 
i'adminiftration  ,  &  k  conduite  des  affaires  de  la  Cou- 
ronne à  fes  Oncles ,  les  Ducs ,  &:  le  Cardinal  de  Guife, 
ennemis  déclarez  de  cette  Religion  nouucHe. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE  IIL        157 

D'OV  alors  ceParty  Huguenot  fe  refolut  à  cette  Af-     iv. 
iibléerecrette,qui  fut  tenue  à  Nantes  le  premier  iour  ladon'^  ^' 


ièmbléerecrette,qui  fut  tenue  à  Nantes  le  premier 
de  lanuier  l'an  mille  cinq  cens  foixante,où  fut  tramée  la  f  ^"^boifc 
conipiration  d' Amboife^pour  là  enleuer  le  Roy,  les  Rey-  " 

nesjë^ MefTeigneurs  fes  frères,  èc  changer  en  fuite  l'Eftat 
Monarchique  en  République,^  la  Religion  Catholique 
Romaine  en  la  nouuelleôc  prétendue.  Mais  Dieu  ayant 
preferué  ce  Royaume  de  ces  malheurs  extrêmes  par  la 
defcouuerte  de  cette  coniuration  ,  &c  par  la  punition 
de  quelques  complices  5  mais  non  pas  des  chefs  d>C  des 
principaux,queleurauthorité&leur  dignité  mettoienc 
vn  peu  àcouuertj  enfin  vne  autre  &c  nouuelle  conipira- 
tion s'eftant  tramée  derechef  par  les  mefhies  ,  elle  prie 
encore  le  vent,dont  plulieurs  de  Ces  Factionnaires  expiè- 
rent leurs  crimes  par  leur  mort,  ôc  par  les  iuftes  chafti- 
mens  qui  en  furent  faits. 

Cependant  le  Roy  defîreux  d'apporter  quelques  re- 
mèdes à  ces  maux ,  &  couper  le  chemin  à  ce  feu  qui  me- 
naçoitd'embrafer  en  bref  tout  cet  Eftat,  refolut  auecla 
Reynefa  Mère  ôcfon  Confeil,qu'il  eftoit  tres-expedient 
de  conuoquer  au  pluftoft  vne  AfTembléê  des  Princes , 
des  Officiers  de  la  Couronne ,  àc  des  Cheualiers  de  l'Or- 
dre du  Roy,auec  le  Confeil  de  fa  Maiefté ,  afin  de  donner 
le  remède  requis,tant  au  fait  de  la  Religion ,  que  de  l'E- 
ftat :  &pour  ce  fuiet  il  fut  arrefté  que  cette  Allemblée  fe 
tiendroiten  ceChafteau  de  Fontainebleau,  au  vingtiè- 
me du  mois  d'Aouft  fuiuant. 

Le  iour  venu  elle  fe  fit  auPauillon  desPoëfles,dansla      v. 
Chambre  de  la Reyne  Mère,  èc  commença  à  vne  heure  j"  p°™ 
après  midy,où  fe  trouuerent  le  Roy ,  la  Reyne  fa  Mère,  la  ^o"""  d« 
Reyne  fa  femme ,  MefTeigneurs  Frères  de  fa  Maieflé ,  les  qui  lom-; 
Cardinaux  de  Bourbon,&;  de  Lorraine,  les  Ducs  de  Gui-  P°f°ie"^ 
fe ,  ôcd'Aumale,  le  Conneftable,  le  Chancelier  de  l'Hof-ferablçc/ 
pital,  l'Admirai  de  Chaftillon,les  Marefchaux  deBriffac, 
&  de  Saind  André  ,  Charles  de  Marillac  Archeuefque 
de  Vienne ,  du  Mortier  Euefque  d'Orléans ,  &C  lean  de 
MonlucEuefque  de  Valance ,  tous  Confeillers  du  priué 

Gg    iij 


Elle  dure 
quatre 


138         LE  Trésor  des  merveilles 

Confeil ,  lefquels  eftoient  afTis  félon  leur  rang.  Comme 
^uiTiy  alTiflerent  beaucoup  de  Cheualiers  dei'Ordre,qui 
eftoient  pareillement  alTis,  mais  hors  les  chaires  du  Con~ 
feil.  LeRoydeNauarre  ôclePrincedeCondéyauoient 

efté  mandez ,  mais  ils  ne  s'y  trouuerent  pas. 

VI.  Le  Roy  faifant  l'ouuerture  de  rAlTemblée^  dit  en  peu 
de  mots  le  fuiet  qui  Tauoit  meu  à  cette  conuocation3  que 
jours.  Çq^  Chancelier,&:  le  Cardinal  de  Lorraine ,  &c  le  Duc  de 
Guife  j  feroient  entendre  plus  amplement  ce  qui  eftoit 
de  Ces  volontez  :  èc  fut  continuée  cette  Affemblée  du- 
rant quatre  iours, 

La  Reyne  Mère  prenant  de  fuite  la  parole,pria  F Alfem- 
blée  de  confeiller  le  Roy  fon  fils  en  fincerité,  en  forte  que 
le  tout  puft  reulfir  à  la  gloire  de  Dieu ,  au  maintien  de  fa 
Couronne ,  &c  au  foulagement  de  fes  Suiets. 

Le  Chancelier  parla  en  après,  ôcparvne  longue  digref- 
fîon  èc  comparaifon  du  Médecin  ôc  du  malade ,  monftra 
^u  il  eftoit  facile  de  guarir  le  malade  quand  la  caufe  en 
eftoit  connue ,  6c  qu  ainfî  eftant  de  TEftat  de  la  France 
tout  émeu  ÔC  troublé  alors ,  il  en  falloir  chercher  la  caufe 
pour  y  apporter  le  remède. 

Le  Duc  de  Guife  rendit  compte  de  la  charge  que  le  Roy 
iuy  auoit  donnée,touchantIa  Gendarmerie  de  France. 

Et  le  Cardinal  de  Lorraine  fit  le  mefme  touchant  l'ad- 
miniftration  des  affaires  d'Eftat ,  &  des  Finances  qu'il 
auoit  maniées  :  dc  iufques  icy  il  ne  fe  paffa  rien  qu  auec 
..  toute  forte  de  douceur. 

Re^eftes  ^  ^  I S  la  fuite  ne  fut  pas  de  mefme  j  car  l'Admirai  s'e- 
prefcntées  ftantlcué  de  fa  chaire ,  payant  demandé  audiance  de  fa 
mirai.^'^'  Maiefté,  entama  vn  long  difcours,  s'efforçant  de  perfua- 
der  que  Iuy ,  ny  fes  frères  n'eftoient  point  de  la  confpira- 
tion  d'Amboife  ;  ce  qui  eftoit  neantmoins  trop  aueré 
pour  en  douter:  ôcen  fuite s'approchant  du  Roy, il  Iuy 
prefentadeux  Requeftes  de  la  part  de  ceux  qui  eftoient 
delanouuelleReligion,lefquels  formoient  fonParty,6,: 
fe  plaignoient  par  ces  Requeftes  des  rigueurs  èc  cruau- 
teZjdifoient-ilsjque  l'on  exerçoit  en  leur  endroitjComme 


DE  FONTAINEBLEAV,  LIVRE  III.  239 
fi  cen'eftoicpas  vn  a<5te  de  iuflice  de  punir  les  criminels 
de  leze  Maiefté  diuine  &:  humaine  ,  tels  qu'ils  eftoientj 
eux  qui  auec  tant  de  felonnie  &:  de  témérité  auoient  Ci 
fouuent  pris  les  armes  contre  leur  Roy ,  attenté  à  fa  Per- 
fonne  j  àc  de  plus  qui  par  caprice  &:par  intereft  auoient 
abandonné  Fancienne  &:vraye  Religion  &;  de  leurs  pè- 
res &c  de  leur  Roy ,  pour  fuiure  le  libertinage  dVne  nou- 
uelle  qu'ils  tafchoient  d'eftablir  par  les  armes ,  ne  le  pou- 
uans  ny  par  les  loix  de  l'équité ,  ny  de  la  raifon.  Ces  re- 
queftes  contenoient  encore  diuers  chefs ,  car  ils  deman- 
doient  des  Temples  publics  pour  le  libre  exercice  de 
leur  Prefche  ,  &C  faifoient  d'autres  femblables  propor- 
tions ,  auec  la  tenue  des  Eftats  généraux ,  &C  d'vn  Con- 
cile National;  où  lahardieffe  èc  témérité  de  l'Admirai, 
comme  parvnebrauade  6^  efpece  de  menace,  monta  iuf- 
ques  àcepoinâ;  de  dire  qu'il  eftoit  preft  de  faire  fîgner 
ces  deux  Requeftes  par  cinquante  mille  hommes.  ^ 

E  N  fiiitte  dequoy  le  Cardinal  de  Lorraine ,  tout  plein    v  1 1 1. 
de  zèle  en  la  caufe  de  Dieu  ôc  de  fon  Roy ,  prenant  la  pa-  ccïe  Re-  * 
rôle  repartit  genereufement  à  tous  les  poinds  des  Re-  fj^^^^^^j^" 
queftes  de  l'Admirai,  6c  entre  autres  paroles  luy  dit:  Que  naideLor^ 
s'il  auoit  eu  alTez  d'hardieffe  d'aduancer  qu'il  feroit  li-''""" 
gner  lefdites  Requeftes  par  cinquante  mille  hommes, 
{quieftoitvouloirdire,  qu'il  y  auoit  bien  autant  de  pcr- 
fonnes  de  la  nouuelleôc prétendue  Religion)luys'ofFroic 
de  faire  fîgner  le  contraire  ,  non  par  cinquante  mille 
hommes  feulement ,  mais  par  quatre  millions  d'hom- 
mes qui  faifoient  profefTion  de  l'ancienne  ôCvrayc  Reli- 
gion,qui  eftoit  la  Catholique  Romaines  adiouftant  que 
le  Roy  ne  pouuoit  acquiefcer  aux  propolîtions  conte- 
nues efdites  Requeftes  touchant  le  fait  de  la  Religion , 
fans  bleirergriefuementfaconfcience,&;  fleftrirle  beau 
titre  qu'il  auoit  l'honneur  de  porter  deRoy  Tres-Chre- 
flien  :  ÔC  que  pour  ce  qui  eftoit  des  iniures  ôcdes  calom- 
nies dont  ceux  de  la  nouuelle  ReUgion  le  chargeoient, 
tant  en  leurs  Prefches ,  que  par  les  Ubelles  diffamatoires, 
&  leurs  placards  ;  iltenoit  tout  cela  à  gloire,  puifqu'vn 


CAine. 


2,40        Le  Trésor  des  merveilles 

chacun  fçauoic  affez  que  ce  n'eftoit  qu'à  caufe  qu'il  fc 
portoit  courageufement  pour  la  defenfe  de  la  Religion 
Catholique  ,  èc  pour  le  feruice  de  fa  Maiefté  :  èc  ayant 
acheué  fa  Harangue ,  les  Cheualiers  de  l'Ordre  qui 
eftoient  en  cette  AlTemblée,  dirent  alors  leurs  aduis  tous 
conformément  à  celuy  du  Cardinal  de  Lorraine,  6c du 
Duc  de  Guife  j  èc  il  n'y  eut  que  Charles  de  Marillac,  ôC 
lean  dcMonluc,  qui  vn  peu  foupçonnez  d'intelligence 
aucc  l'Admirai ,  fe  rendirent  fulpeds  en  leurs  difcours  ôc 
en  leurs  proportions, 
îx.  '  E  N  F I N  la  refolution  de  cette  AfTemblée ,  fut  que  le 
Refoiution  j^Qy  ^edara  qu'il  eftoit  en  volonté  de  faire  tenir  les 

fie  ccrcc  •  ^ 

Aflèrablée.  Eftats  gcncraux  de  ce  Royaume  au  treizième  de  De-^ 
cembre  fuiuant ,  &  que  pour  ce  qui  eftoit  des  différends 
de  la  Religion  ,  il  les  remettoit  au  Concile  gênerai , 
que  faSaindeté  eftoit  en  termes  de  conuoquer  enbref> 
èc  qu'en  cas  que  celuy  -cy  ne  tint ,  il  pouruoiroit  à  la 
conuocation  dVn  particulier  &National  de  ce  Royau- 
me. 

Au  refte  que  par  vne  grâce  (peciale  de  fa  Maiefté,  il 
ne  feroit  plus  informé  à  Faduenir ,  ny  procédé  pour  le 
fait  de  la  Religion,  contre  ceux  de  la  nouuelle  opinion, 
fînon en  cas  de  rébellion  bc  de  fedition  publique}  ôc  ca 
fut  tout  ce  qui  leur  fut  accorde  àc  arrefté  en  cette  At 
femblcc. 


qVEL- 


DE  FONTAINEBLEAV.    LIVRE  III.  141 


ÇIYELQVES    REIOVISSANCES  ,ET 

Tournois  faits  à  Fontainebleau ,  fous  le  Roy 
Charles  neufiéme. 

.'4 

Chapitre     XL 


/.  Charles  IJC.  ajmoit  ce  Se- 
iour  Royal, 

IL  Fefiin  du  Connefiahle  de 
^Ûi^ontmorency. 

m.  Autre  j  fait  far  le  Car- 
dinal de  Bourbon, 

IV.  La  Rejne  Catherine  de 
M.edicis  contribué  a  cette 
réioiijjfance. 

V.  Le  Jemblable  fait  far  le 
*I>uc  d'Orléans, 


VL    Le  Royfè  flatflfarmy 

ces  réioiijjfance  s, 
VIL    Diuexfes  inuentions 

four  le  Tournoy, 
vin.  Les  Compagnies  de  ce 

Tournoy. 
IX.  Le  Roy  regale  les  (grands 

de  fa  Cour  ,  le  Tournoy 

eftantfiny. 
X  Afres  /f.j .  tours  icy  defe- 

iour  le  Roy  fait  voyage. 


L'An  de 
I  E  s  V  s- 

C  HRISTl 

1564. 


LvsiEVRS  raifons  ayant  inuité  Charles 
I X.  de  vifîter  quelques  rrouinces,  &:  Villes 
de  ce  Royaume  ,  comme  il  aymoit  ce  lieu 
de  Fontainebleau,  ce  ne  fut  pas  aufïî  fans  y 
venir  faire  quelque  feiour  auant  fon  dé- 
part ,  tandis  que  l'on  difpofoit  l'appareil  de  fon  voya- 
ge :  eftant  donc  party  de  Paris  ,  il  arriua  icy  le  der- 
nier de  lanuier  mille  cinq  cens  foixante  àc  quatre  :  ôc 
comme  c'efloit  quelques  iours  auant  Carefme  -  pre- 
nant ,  où  l'on  a  couftume  de  fe  réiouyr  plus  particuliè- 
rement qu'en  vne  autre  faifon ,  parmy  les  bals  ,  les  ba- 
le'ts ,  les  feftins ,  &  autres  femblables  diuertiffemensi  ce 
fut  aufTi  à  quoy  la  Cour  palTa  icy  le  temps. 

Le  Connefta'bie  Anne  de  Montmorency  commen- 
sale premier  à  traitter  le  Roy^la  Reyne  &  toute  la  Cour, 
en  vn  fouper  qu'il  dreffa  en  fon  Hoflel,  auec  vne  magni- 

Hh 


I. 

Charles 
IX.  aymoit 
ceSeiour 
Royal. 


Feftin  du 
Connc- 
ftable  de 

Montmo-« 
rcncy. 


x4i        Le  Trésor  des  merveilles  ^ 

ficence  la  plus  grande  qui  fe  pouuoit  voir,  èc  ce  fut  le 

pénultième  Dimanche  deuant  Carerme. 

'"TTïl        L  E  leudy  fuiuant  le  Cardinal  de  Bourbon  fit  Ton  feftin 

'^T  c^'^r^  en  Ton  logis  j  où  àriflueildonnaleplaifir  dVnbeaucom- 

dinai  de    bat  à  cheual,  qui  fut  fait  en  la  Cour  dudit  logis ,  laquelle 

Boui  on.  g£j.Q|j.  i-ncrueilleufement  ornée, auec  vn  Amphithéâtre 

qui  regnoit  tout  autour. 
"   IV.         La  Reyne  contribuant  à  cette  réiouyfTance ,  le  Di- 
LaReyneiYianche  gras  traitta  à  difné  le  Roy  ,  ôcles  principaux 
deMedicis  de  k  Cour  au  logis  de  la  My- voye  ,  autrement  pour 
àTett'e'ré-  ^^^^  appelléc  Vulgairement  la  Vacherie  5  &:  après  difné 
iouyfTancc.  fou  alla  à  la  Comédie,  qui  eftoit  préparée  en  la  Salle  du 
Bal  de  ce  Chafteau. 
y_  L  E  lendemain  le  Duc  d'Orléans  fit  fon  feftin  en  fon 

Le  fem-  Hoflel,  èc  à  rifTuë  fut  reprefenté  en  la  Cour  dudit  Ho- 
par  h  Ducftel  VU  couibat  de  fix  Seig^neurs  contre fix autres, dont 
d'Orléans,  ^'yj^  cofté  cftoit  pour  Capitaine  le  Comte  de  Rets,  & 
de  l'autre  le  Comte  de  Ringraue  j  lefquels  combatti- 
rent à  pied  ,  s'entredardans  chacun  deux  dards  l'vn 
après  l'autre ,  qu'ils  receuoient  deffus  leurs  efcus  j  puis 
rompirent  chacun  vne  picque  à  la  barrière  ,  &  fe  por- 
tèrent trois  coups  d'elpée^le  tout  auec  vne  merueilleu- 
fe  grâce  &c  dextérité  nompareille  3  èc  ainfi  firent  tous  les 
autres. 
7J]        Le  Roy  ayant  pris  vn  extrême  plaifir  en  ces  efbats  vou- 
LcRoy  fe  j^  pareillement  finir  ces  réiouyflances  de  Carefme-pre- 

plaift  par  *  ,  .  i     -K  i       y-i  i      i     i 

my  ces  té  uaut  ,regalant  ôctraittant  la  Reyne,  &  les  Grands  de  la 
ï^ouyflan.    (^our ,  cu  VU  feftiu  le  Mar dy  gras  à  fouper  j  où  auant  ce 

banquet  l'aprefdinée  il  fit  reprefenter  vn  magnifique 

Tournoy  hors  la  grande  porte  de  ce  Chafteau,  deuant  le 

Chenil ,  en  cette  Tbrte. 

"vu.       L' O  N  auoit  dreffé  vn  Camp  clos  de  follez  &  de  barriç- 

Diuerfcs  j-g^  ^^  ^q(^^  duQucl  cftoicut  cfleuez  de  grands  Théâtres 

pour  le     richement  ornez ,  &C  deftinez  pour  les  Seigneurs ,  &  les 

ournoy,  j^^j^gg .  ^^  ^q^  jg  ^,g  Camp  paroiffoit vn  Hermitage,ô(: 

eftoit  ce  Ueu  par  où  les  GiKualiers  entroient  dans  ce 

Carnp  pour  combattre. 


DE  FONTAINEBLEAV,  LiVRE  IIÏ.  x/^^ 
;  :  Proche  de  là  fe  voyoit  vn  beau  baftiment  drefTé  exprés  j 
que  l'on  appelloic  le  Chafteau  enchanté  ,  duquel  rcn-* 
trée  eftoit  gardée  par  des  Diables,  &c  par  vn  Géant, Ô2 
vn  Nain,  qui  repoulToient  enfemble  les  Cheualiers les- 
quels vouloient  y  entrer. 

Ce  Tournoy  fut  commencé  par  les  quatre  Maref- 
chaux  de  France,  montez  fur  les  plus  beaux  cheuaux  qui 
fepouuoientvoir  5  &  tous  ces  Seigneurs  eftoient  riche- 
ment veftusd'vnemefme  parure.  

-  Hors  duCampilyauoit  fix Compagnies  d'hommes    viii. 
d'armes,  chacune  de  iîx  hommes  feulement ,  6c  toutes  pagnks  de 
portans  les  couleurs  des  Seigneurs  qui  les  comman-  "  ^°^^t 
doient.    La  première  eftoit  du  Prince  Dauphin  ,  fils 
du  Duc  de  Montpenfier  :  La  féconde,  du  Duc  de  Gui* 
fe  :  La  troifîéme,  du  Prince  de  Mantouë  :  La  quatrié-  ^ 
me  i  du  Duc  de  Neuers  :  La  cinquième ,  du  Duc  de  Loa- 
guenille  :  Et  la  lîxiéme,du  Comte  de  Ringraue  :  lefquel- 
les  firent  leurs  entrées  l'vne  après  l'autre  dedans  ledit 
Camp ,  puis  après  y  auoir  fait  monftre  en  fortirent  auf- 
fi-toft. 

En  fuitte  defquels  y  entrèrent  fix  Dames  à  cheuaK,' 
toutes  veftuës  en  Nymphes  ,  qui  par  les  traits  de  leurs 
beautez ,  &  par  l'éclat  de  leurs  riches  parures ,  remplies 
d'vn  nombre  prefque  infiny  de  pierres  precieufes,attire- 
rent  facilement  la  veuë  des  Spe<5lateurs  pour  les  admi- 
rer :  lefquelles  après  auoir  fait  le  tour  du  Campfe  mirent 
de  rang  au  deuant  du  Théâtre  du  Roy. 

Dans  ce  mefme  Chafteau  enchanté  il  y  auoit  fix     jx.    ~ 
Cheualiers , dont  le  Prince  de Condé  eftoitle Chef  jlcf-^^,^°y«- 
quels  combattoient  pour  leldites  Dames  j  oC  àuiii  toft  Grands  de 
qu'il  paroifToit  vn  des  Cheualiers  de  dehors  à  la  porte  x^rno'  '* 
de  ce  Camp,  ledit  Hermite  fonnoit  fa  clochette  pourcftantfiny: 
aduertir  ceux  duChafteaUjl'vn  defquels  fortoit  prom- 
ptemcnt,  ôcvenoit  au  combat  courant  l'vn  contre  l'au- 
tre ',  6c  après  auoir  rompu  leurs  lances  ,mettans  la  main, 
à  l'efpée  ils  fe  portoient  chacun  trois  coups,  fi  adroite- 
ment, èc  auec  tant  de  bonne  grâce ,  qu'il  ne  fe  pouuoic 

Hh    ij 


i44^        Xe  Trésor  des  merveilles 

mieux  î  et  ainfî  tous  ces  Cheualiers  ayans  combattu  IVil 

après  l'autre  ,  le  Tournoy  finit ,  bc  Ion  alla  au  foupe.^ 

que  le  Roy  auôit  fait  préparer  en  la  Salle  du  Bal. 

X.  AP  RES  que  fa  Maiefté  eut  feiourné  icy  quarante- 

Aptesqua»       j^  JQ^j.^  ,  vovant  l'appateil  de  fon  voyage  en  eflat, 

rantecrois  ^         ■'  /  ■  iavt  i- 

iours  icy  en  partit  le  Lundy  treizième  lour  de  Mars  audit  an , 
f^Rorfait  &:  alla  faire  fon  entrée  &  coucher  àMontreau,  &con- 
royage.  jinua  fou  voyagc  par  la  Champagne  ,  &  par  la  Bour-^ 
gogne  ,  vifitant  (ts  Prouinces  de  Dauphiné  ,  de  Pro- 
uence,  de  Languedoc, de  Guyenne, de  Poidou,d'Au- 
uergne  j  puis  s'en  reuint  à  Paris ,  ayant  demeuré  vn  ah 
&;  plus  à  faire  ce  voyage.  C'eft  ce  que  i'en  ay  extraie 
d'vn  Liuret,qui  fut  alors  mis  en  lumière  fur  ce  fuiet  par 
Abel  louan. 


DE    L'OPINION    TOVCHANT    LE 

Spedre  ,  ou  Grand  Veneur  de  la  Foreft 
de  Fontainebleau. 

Chapitre    XII. 


L'An  de  /^    £,^  différence  au  il  y  a, 

I  E  s  V  s-  •'•'..  y  • 

Christ       entre  opwwn  3  &jctence . 
^is>9-       j  i^   Çg  qffg  difent  quelques 

Autheurs  touchant  ce  Spe- 
Ure, 
III .  Paroles  prétendues  dites 
par  ce  Speéfre. 


IV.  La  'Vérité  de  cette  Hi' 
fioire, 

V.  Preuues  quimonftrent  plu'^ 
fleurs  chofes  /uppofées. 

V  L  Chajfe  de  Sam^  Bu\ 
bert. 


I        S^^^fc^j^  Evx  qui  font  vcrfez  le  moins  du  monde 
La  diffe-  f^^wm^,  dans  les  principes  de  la  Philofophie  ,  fça- 


y  a ,  entre  ï  ^^^^^^  uciit  qu'il  y  a  bien  de  la  différence  entre 

opinion  &  ^  ^^"^^êèW^  ••or-  1  ^         ■    „ 

fcience.     SSh^^^^B  opiuion  ôc  Icieiice  3  en  ce  que  le  premier 

fe  dit  de  ce  qui  eft  incertain,  &  l'autre  des 
chofes  qui  font  toutes  vraycs  6c  affeurées.  Or  parce  que 
dans  le  difcours  qui  fe  fait  touchant  le  Spedre  ou  Grand 


DE  FONTAINEBLEAV.  LiVRE  IIÏ.  14; 
Veneur,  qui  apparut ,  à  ce  que  Ton  dit ,  &:  fe  fit  enten- 
dre au  feu  Roy  Henry  le  Grand  en  cette  Foreftde  Fon- 
tainebleau j  ie  trouue  que  quelques  Efcriuains  veulent 
fairepafl'er  ce  Spedre  pour  vne  vérité  indubitable  j con- 
tre ce  que  m'en  ont  raconté  icyplufieurs  perfonnes  de 
foy  de  ce  temps-là,  qui  font  encore  viuantes,  &  ne  man- 
quent de  bon  iugement ,  d>C  de  mémoire  :  qui  à  la  vérité 
rapportent  bien  quelques  chofes  approchantes  de  ce 
diicours,&de  ce  bruit  commun,  mais  nonpasauec  les 
circonftances ,  &C  tant  de  certitude  que  les  fufdits  Efcri- 
uains :  ce  qui  m'a  obligé  à  drelfer  ce  Chapitre  fous  ces 
mots  .De  I0pt?7îon  touchant  le  Specîre,  ou  Grand  Veneur 
de  la  Foreft  de  Fontamebleat4  i  afin  de  faire  voir  ce  qu'il  y 

a  devray,  &:  ce  qui  ell  de  douteux  en  cet  cuenement. 

T  O  V  S   conuiennent  bien ,  que  Henry  le  Grand  au      ii- 
commencement  du  Printemps   de  l'année  mille  cinq  fentIJÎiV 
cens  quatre-vingts  dix-neuf  eftant  icy,où  il  fe  plaifoit  i""  A"- 
extremement,ôi  yfaifoit  fort  trauailler5  vn  iour  fe  di-  chant  ce  * 
uertiilant  à  la  ChafTe  en  cette  Foreft  vers  la  route  de  Mo-  sp^^"- 
ret ,  accompagné  de  quelques  Princes ,  &:  de  Seigneurs,  c.»v  f« 
courant  le  Cerf  entendit  vn  grand  bruit  de  perfonnes  vr^e/j" 
qui  fonnoient  du  Cor  affez  loing  de  fa  Maiefté  :  mais  ^'''■'^• 
tous  nejfont  pas  d'accord  des  particularité!,  que  ces  Ef-  Matthieu 
criuains,  pour  faire  valoir  le  narré  qu'ils  en  font ,  difentj  'it^'^ZZ 
fçauoir  que  le  Roy  entendit ,  comme  à  vne  demy  lieue  ''''^• 
loing  d'où  il  eftoit ,  des  iappemens  de  chiens ,  &;  le  Cor, 
ôc  les  cris  des  Chaffeurs  bien  difïerens  des  fîens  j  & 
qu'en  vn  moment  tout  ce  bruit,  qui  fembloit  eftre  bien 
éloigné,  fe  fit  oiiyr  à  vingt  pas  de  fes  oreilles  j  où  alors  fa 
Maiefté  enuoya  Monfeigneur  le  Comte  de  Soiifons, 
auec  quelques  autres  ,  pour  s'informer  ce  que  c'eftoit> 
&  eftans  aduancez,  ils  entendirent  ce  bruit  prés  d'eux, 
fans  voir  d'où  ilvenoit,  nyqui  c'eftoitj  finon  qu'ils  ap- 
perceurent  dans  l'épaifTeur  de  certaines  broiiiflalles  vn 
grand  homme  noir  ,  bc  fort  hydeux  ,  qui  leuant  la  te- 
lle de  dedans  vn  BuifTon  ,  leur  dit  :  M!entendez,-njous  5    m. 
ou  bien  ,  QuattendeZj-'VOHs  :  àc  difent  quelques  autres  :  prc^cnS? 

Hh    iij 


^4é        Le   Trésor   des   merveilles 

dhc%i^zxQtAma7jdeZj-'V0t4s  :  Car  i'eflonnement  les  faifît  alors  de 
Spcdiic.  ^^||g  ^Qj.^g  ^  qu'ils  ne  fceurenc  dire  bonnement  quelles 
de  ces  paroles  ils  auoient  ouyes  j  &;  au  mefme  inftant 
ce  Speâredifparut.  Ce  que  mondit  Seigneur  le  Com- 
te de  SoilTonSjô^ceuxde  facompagnie,  ayans  rapporté 
auRôyjfaMaiefté  s'informa  des  Charbonniers,des  Ber- 
gers ,  des  Bûcherons ,  &:  d'autres ,  qui  font  d'ordinaire 
en  cette  Foreft  ,  s'ils  auoient  veu  autrefois  de  tels  Fan- 
tofmes ,  &:  entendu  de  tels  bruits  de  ChalTeurs  :  lefquels 
luy  répondirent ,  que  c'eftoit  vne  chofe  ordinaire  ,  ÔC 
qu'affez  fouuent  il  leur  apparoiifoit  vn  grand  homme 
noir  auec  l'équipage  d'vnChafl'eur,que  l'on  appelle  le 
Grand  Veneur.  Et  adioufte  Matthieu  ,  que  le  Duc  de 
Sully  eflant  en  fon  Cabinet  au  Pauillon  du  grand  lardin, 
ÔC  du  Parterre  de  ce  Chafteau,  l'entendant  vn  foir,creut 
que  le  Roy  eftoit  de  retour  de  la  Chaffe ,  &  vint  pour  le 
voir  3  mais  il  trouua  que  cette  Chaffe  qu'il  auoit  oiiye 
tout  proche  de  fon  logis,  n'eftoit  pas  celle  du  Roy,  qui 
eftoit  à  plus  de  trois  lieues  de  là.    Voila  comme  le  ra- 

^  content  ces  Efcriuains. 

IV.  Mais  voicy  comme  ie  l'apprends  icy  de  perfonnes 

àl\litc^  de  ce  temps  là  :  qui  difent  qu'il  eft  bien  vray,  que  le  Roy 
Hiftoirc.  retournant  alors  de  la  Chaffe  ,  ayant  manqué  le  Cerf, 
en  eftoit  tout  fâché,  àraifon  que  le  iour  d'auparauanf 
on  l'auoit  encore  manqué  ,  ÔC  faMaiefté  craignoit  que 
fes  chiens  ne  ferebutaffent  56c  retournant  elle  fut  éton- 
née qu'elle  entendit  pas  loing  d'elle  ,  que  l'on  fonnoit 
duCor  àlafaconque  l'on  a  couftume  quand  la  Chaffe  a 
efté  bonne,  &:  que  le  Cerf  eft  pris.  Ce  que  leRoytrou- 
uant  mauuais,  il  fit  faire  recherche  quels  eftoient  ceux 
qui  auoient  efté  fi  hardis  que  de  fonner  ainfi  j  mais  quel- 
que diligence  que  l'on  en  fit  pour  le  fçauoir ,  l'on  ne  pût 
iamais  apprendre  d'où  eftoit  venu  ce  bruit  :  ce  qui  ren- 
dit encore  le  Roy  plus  penfif ,  &  s'en  reuint  tout  me- 
lanchoUque  j  &  cela  donna  occafion  à  toute  la  Cour  d'é- 
tonnement ,  &;  qui  fait  caufe  qu'alors  l'on  mit  en  bruit  le 
difcours  du  Grand  Veneur ,  &  de  l'apparition  prétendue 


DE    FONTAÎNEBLEAV.      LiVRE   III.       2.47 

de  ce  Spedre  5  mais  non  pas  qu'aucun  de  ce  lieu  dife, 
que  l'onveid  alors  céc  homme  noir,  ny qu'on  oliytces 
paroles  :  M.'erjtendez^-^ous j  àc  les  autres  pareilles. 

Et  pour  faire  paroillire  clairement,  que  ceux  quionc 
écrit  des  premiers  de  cet  euenement ,  qui  font  Caier ,  qi 
Matthieu  ,  àc  autres"  ,  qui  l'ont  emprunté  d'eux  ,  en  fj^u^'j^^^hô- 
parlent  fans  connoiffance ,  ô«^fur  vnfimple  bruit  feule- f«  %?»! 
ment  jc'ejffc  que  ces  Efcriuains  racontent,  que  fa  Maie-  "^' 
fté  fit  entendre  alors  les  Charbonniers  de  la  Foreft  :  ce 
qui  ne  peut  eftre  ;  car  il  ne  s'y  fait  point  de  charbon ,  &C 
il  n'y  a  point  mémoire  d'homme  ,  que  l'on  en  y  ait  ia^ 
mais  fait. 

De  plus ,  c'eft  que  de  tant  de  perfonnes  qu'il  y  aicy,ôC 
aux  enuirons,  anciennes,  ou  ieunes,  aucune  ne  dit  auoir 
iamais  veu  ,  ny  entendu  ledit  Fantofme  5  èc  s'il  fe  parle 
du  Grand  Veneur,  ce  n'eftquefurvn  bruit  du  vulgaire. 
Pour  n'ofïenfer  neantmoins  tous  ceux  qui  en  ont  écrit, 
l'en  laifTeray  croire  àvn  chacun  ce  qui  luy  plaira. 

Ie  fçay  ce  que  plulieurs  Autheurs  racontent  de  la  yi- 
Chaiïe  de  Sainà  Hubert,  laquelle  ils  difent  qu'elle  s'en-  s.  Hubert, 
tend  en  diuers  endroits.  le  n'ignore  pas  aulfi  ce  que  l'on 
raconte  du Speâ:re, que  l'on  appelle  le Fouetteur  j  que 
l'on  dit  cftre  apparu  du  temps  de  Charles  IX.  en  la  Fo- 
reft de  Lyons ,  &:  qui  laifTa  les  marques  des  coups  de 
fouet ,  qu'il  auoit  donné  à  plufîeurs  perfonnes.  Et  ne 
doute  pas  qu'il  n'y  ait  des  Démons  qui  vaguent  auflî 
bien  dans  les  Forcfts ,  que  dans  l'air.  Mais  ie  fçay  bien 
que  pour  ce  qui  eft  de  ce  Grand  Veneur,  il  n'y  arien  de 
certain  ;  èc  encore  moins  de  toutes  ces  circonftances, 
&:  paroles  rapportées  par  ces  Autheurs  ,  qu'ils  difènt 
auoir  efté  prononcées  par  ce  Fantofme. 


Î48 


Le  Trésor  des  merveilles 


ARRIVEE    DE    CHARLES    EMANVEL 

Duc  de  Sauoye  à  Fontainebleau ,  ôile 

liiiet  de  fon  voyage. 

Chapltre    XIIL 


L'An  de 

I  E  s  V  S- 

Christ 


/.    Henry  U  Grand  défend 

fon  Eftat, 
IL  Le  Duc  de  Sauoye  fur- 

prend  le  Marquifat  de  Sa- 

luffes. 
IIL  LeTapefait  arbitre  tou- 
chant ledit  Marc^uïfat. 
IV.  DevuteZjà  Rome  y  chacun 

defquels  propofe  fes  rai- 

fons. 
V'    Le  Duc  de  Sauoje  'vient 

en  France. 


VI.  Son  arriuée  à  Fontai- 
nebleau. 

VIL  Le  Roy  luy  fait  "joir 
les  flngulariteZidefa  Cour, 
&  de  cette  JMaifon. 

VIII.  accord  fait  entre  U 
Roy ,  &fon  Altejfe.      . 

IX.  Le  Duc  manque  a  fa 
parole. 

X.  Le  %oy  prend  la  Sa- 
uoye ,  &  contraint  le  Duc 
à  luy  donner  contentement. 


I. 

Henry  le 
Grand  dc> 
fend  fon 
Eftat. 


NtRE  les  cérémonies  obferuées  au  Sa- 
cre ,  &  Couronnement  de  nos  Roys  ,  la 
couftume  eft  de  leur  mettre  vne  épée  en 
main  ,  pour  leur  dire  ,  qu'en  acceptant 
cette  Dignité  Royale,  ils  s'obligent  quant 
&  quant  à  la  defenfe  de  leurs  Eftats.  Henry  le  Grand 
après  auoir  rangé  fes  Suiets  rebelles  à  leur  deuoir  ,  bC 
planté  l'Oliue  de  la  Paix  par  tout  ce  Royaume  ,  fe  re(^ 
fouuenant  du  ferment  qu'il  auoit  fait  en  pareille  céré- 
monie de  fon  Sacre  ,  6^  Couronnement ,  de  protéger 
tout  ce  qui  dépendoit  de  fes  Eftats,  au ec  ce  qu'il  auoit 
trop  de  valeur  pour  en  fouifrir  aucun  démembrement, 
ne  manqua  pas  aujfïi  à  mefine  temps  de  pouruoir  au  re- 
couurement  du  Marquifat  de  SalulTes  ,  que  Charles 
Emanuel  Duc  de  Sauoye  auoit  furpris  en  pleine  Paix, 
l'an  mille  cinq  cens  quatre-vingts  huit,  prenant  Tocca- 

fîon 


DE  FONTAINEBLEAV.*  LiVRE  III.  149 
fion  des  troubles  meus  alors  par  les  Religionaires ,  àc 
fçachant  la  Faélion,  6c  les  fecrettes  pratiques  de  la  Li- 
gue ,  qui  fe  brafToient  contre  Henry  III.  dont  l'on  tient 
mefme  que  dés  lors  ce  Duc  auoit  intelligence  auec  les 
Chefs  5  îaifant  entendre  au  Roy  pour  palier  fa  lafche- 
té  en  cette  inuafion,que  ce  qu'il  en  auoit  fait,  n'efloit 
que  de  crainte  que  le  Sieur  de  Lefdiguieres  ne  s'en  fai-  "Tî! 
{ift  en  faneur  des  Huguenots ,  &  au  milieu  de  Ton  Pays  ^^  Duc  de 
donner  vne  retraitte  à  l'Herefîe  ,  &  à  fes  Supports  :  preud  le 
qui  eftoit  à  dire  vray  ,  tafcher  à  bien  couurir  fa  mau«  aSulrcl 
uaife  volonté  ,  fi  la  fuitte  n'eull  fait  voir  qu'il  n'auoit 
eu  en  aucune  façon  le  zèle  de  Religion  en  cette  fur- 
prife  ;  mais  qu'il  y  auoit  elle  porté  feulement  par  vn 
exccz  d'ambition  d'enuahir  les  Terres  de  fon  voiûn 
pour  aggrandir  les  tiennes ,  attendant  de  iour  à  autre 
les  effets  de  la  Ligue  ,  qui  commencèrent  aufli  toft  par 
les  Barricades , &:  qui  furent  fuiuies  du  malheureux,  & 
funefte  accident  de  la  mort  de  Henry  II I.  ôc  de  fait  au 
mefme  temps  ne  fe  contentant  pas  de  cette  furprife, 
voyant  les  troubles  de  la  Ligue  bien  enflammez,  il  par- 
fa  les  armes  iufques  en  Proucnce  ,  èC  en  Dauphiné, 
croyant  que  parmy  l'orage  de  nos  guerres  Ciuiles ,  il 
n'y  auoit  qu'à  prendre, &:  à  iamais  rendre. 

Mais  il  fut  tort  eftonné  ,  quand  Dieu  prenant  pitié 
de  cette  première  Monarchie  Chreftiemie,  il  veid  que 
les  affaires  du  Roy  profperoient  tous  les  iours  par  vn 
bonheur  plus  celefte  qu'humain  :  &  preiugeant  bien 
que  dés  aufïi  toft  que  fa  Maiefté  auroit  entièrement 
donné  la  Paix  à  fes  Suiets  ,  elle  fe  porteroit  au  recou* 
urement  de  fon  Marquifat  ,  qu'il  luy  faudroit  rendre 
de  gré,  ou  fe  difpofcr  à  fouftenir  les  efforts  d'vnepuif^ 
faute  armée  qui  mettroit  fes  Eftats  en  danger  3  le  Roy 
ayant  fait  fon  entrée  à  Lyon  ,  en  l'an  mille  cinq  cens 
quatre-vingts  quinze  ,  le  Duc  luy  fit  parler  de  paix, 
éc  d'accommodement  pour  ce  Marquifat  :  &  par  le 
Traitté  de  Veruins  en  fuitte  entre  la  France  ,  àc  l'E- 
fpagne ,  fon  Alteffe  y  ayant  efté  comprife  ;  où  il  auoit 

li 


raisons. 


tjo        Lë   TresoîI   des  merveilles 

efté  arrefté  ,  que  touchant  le  différend  entre  fa  Ma- 

in.    ieflé  ,  &  fon  AltefTe  de  Sauoye  pour  le  Marquifat , 

Le  Pape  |'  ^^  ^^^  laiflcroit  l'arbitrase  au  Pape:  (  qui  efloit  Cle* 

fait  aibine  D  _        I  ^   ^  . 

touchant    meut  V 1 1 1.  )  le  Roy  y  conlentit  volontiers ,  enuoyant 
quiiL^^"^  €xprcs  à  Rome  vers  ia  Saindeté  ,  comme  fit  aufîl  le 
Duc  5  èL  auoit  eftc  accordé  le  terme  dVn  an  pour  cet 
arbitrage. 

Chacun  difpute  là  Ton  droit ,  6c  pi'opofe  Tes  raifons. 

Le  Prefîdent  de  Sillery  de  la  part  du  Roy  fait  voir 

;-;•;         par  plulîeurs  Titres  :  Que  les  Marquis  de  Saluffes  en 

-^  ^^"      auoicnt  rendu  autrefois  les  hommages  aux  Dauphins 

Députez  .  o  r 

à  Rome,  de  Viennois  ,  comme  Seigneurie  ,  &:  Fier  mouuant  de 
queîs""ptiï  Dauphiné:Que  le  Roy  François  I.  fous  ce  Titre  auoit 
pofe  fes  confîfqué  ce  Marquifat  pour  caufe  de  felonnie  :  Que 
le  mefme  en  auoit  donné  diuerfes  inueftitures  à  trois 
diuers  Marquis  ',  &  que  le  dernier  eftant  mort  fans  en- 
fans  5  fa  Maiefté  de  droit  l'auoit  alors  incorporé  à  fa 
Couronne  ,  qui  en  auoit  toufiours  iouy  paiiiblemenc 
depuis  ,  ôc  fes  enfans  Henry  1 1.  François  1 1.  Char- 
les IX.  &  Henry  Troifiéme,  iufques  au  iour  de  la  fur- 
prife. 

Le  Comte  d'Arconas  député  de  la  part  du  Duc,  affi- 
fté  du  Marquis  de  LuUins ,  ayant  produit  dmerfes  pic- 
ces.  ,  l'on  fit  voir  que  la  plufpart  eftoient  fauffes  :  ou- 
tre que  ledit-  Sieur  de  Sillery  monflra ,  que  fî  quel- 
ques vns  defdits  Marquis  auoient  auffi  rendu  homma- 
ges aux  Ducs  de  Sauoye, ç'auoit  elle, ou  par  complot, 
ou  par  force  :  ce  qui  ne  pouuoit  vahder  pour  ofter  à  la 
France  ce  Marquifat ,  dont  elle  eftoit  en  paifîble  iouyf- 
fance  depuis  cent  ans. 

En  fin  les  Ambaffadeurs  de  part  6c  d'autre  ,  ne  s'e- 
ftans  pu  accorder  ,  &;  le  Pape  ayant  affez  reconnu  que 
ie  Sauoyard  ne  tafchoit  qu'à  tirer  en  longueur  cette  af- 
faire ,  èc  fembloit  mefme  fe  défier  de  fa  Saindeté  j  fè 
déporta  de  l'arbitrage. 


VI- ,        Cependant  fon  AltefTe  de  Sauoye  confiderant 


Le  Duc  de 


Sauoye      quc  fcs  affaires  eftoient  fort  douteufes ,  &:que  le  Pape 


DE    FONTAINÈBLEAV.     LIVRE  lil.        2ji 
mal  fatisfaic  de  fa  part ,  ne  fe  mefleroic  plus  de  ce  diffe-  ^''"^  ^^ 

France 

rend  ;  en  fuitte  dequoy  elle  ne  deuoic  plus  attendre  que 
les  armes  du  Roy,  qui  iouyfToit  alors  dVne  pleine  Paix, 
&:  tous  fes  Eftats  3  prit  refoiution  de  venir  en  France,  ôd 
moyenner,oupar  les  voyes  de  l'amitié,  ou  de  l'artifice 
gagner  fa  caufe  auprès  de  faMaiefté  j  laquelle  aduertie 
de  ion.  voyage  ,  commanda  que  par  tout  où  ce  Duc 
palîeroit  fur  Tes  terres  l'on  receut  Ton  AltefTe  ,  comme 
kiymefme  :  ce  qui  fut  ainll  exécuté  ,  &c  particulière- 
ment à  Lyon  ;  où  de  là  il  vint  à  Roanne  ,  &c  defcendit  à 
Orléans  par  la  Riuiere  de  Loire  auec  toute  fa  fuitte, 
qui  eftoit  grande  ,  èc  en  bon  ordre  ;  mais  toute  en 
deiiil ,  à  caufe  de  la  Duchelle  fa  femme  nagueres  de- 
eedée. 

/iiArriué  à  Orléans,  il  fut  fort  honorablement  receu, 
où  Monieigneur  le  Duc  de  Nemours  fon  coufin  ,  l'ac- 
cueillit de  la  part  du  Roy.  Le  delTein  eftoit  de  l'y  faire 
feiourner  vn  iour  ou  deux  ,  afin  d'en  donner  aduis  à  fà 
Maiefté,  qui  auoit  ordonné  vn  bel  appareil  de  Princes, 
de  Seigneurs, de  NoblelTe,  6c  de  {es Compagnies  d'or- 
donnance ,  pour  aller  au  deuant  le  receuoir.  Ce  que 
fon  AlteiTe  ayant  appris  ,&;  que  le  Roy  eftoit  en  ce  lieu 
de  Fontainebleau,  elle  prit  promptement  laPofte  auec 
peu  des  fiens  ,  laiffant  fon  train  ,  àc  fon  équipage  der- 
rière ,  èc  arriua  icy  le  treizième  de  Décembre,  mille  cinq 

cens  quatre-vingts  dix-neuf.   Le  Roy  fut  fort  furpris  "^ 

quand  il  fceut  que  Monfieur  de  Sauoye  eftoit  arriuc  Son  arri- 
inopinément  en  ce  Lieu,  àc  défia  en  ce  Chafteau  ,  lors  "a^incbSu" 
que  l'on  lecroyoic  encore  fur  1&  chemin  d'Orléans  ;  ce 
ne  furent  alors  que  careifes ,  &  qu'embrafiades  entre 
faMaieilié  ,  èc  fon  AltefTe  ;  en  fuitte  dequoy  plufieurs 
iours  après  j  il  ne  fe  parla  que  de  feftins,  6c  de  réioliyf^ 

fances  à  la  Cour. 

Le  lendemain  le  Roy  luymefme  fit  voir  à  fon  AltefTe     vu. 
toutes  les  iingularitez  des  Baftimens,  des  Peintures,  ÔCfaitvoirks 
des  lardins  de  cette  Maifon  Royale  ;  àc  quelques  iours  ^"§'^,1"^- 

•  r      1     1        r  1     r  1  tez  de  la 

fuiuans,  eftant  bien  aile  de  luy  faire  voir  encore  la  fplen-  Com  ,  sc 


Maifen. 


ap      .  Le  Trésor  des  Merveilles 

èe  ecm  deur  de  fa  Cour ,  èc  quant  &c  quant  luy  monftrer  à  del^ 
fein  ,  que  combien  qu'il  s'employaft  fort  icy  après  fes 
Baftimens  ,  il  auoit  toufiours  neantmoins  le  cœur  aux 
armes  ,  commanda  à  fes  Compagnies  des  Regimens 
de  fes  Gardes  de  fe  tenir  en  bon  ordre  j  il  les  fit  met- 
tre en  haye  le  long  de  l'Allé e  de  la  ChaufTce  ,  par  oii 
ù.  Maiefté ,  &  fon  AltefTe  deuoient  pafTer  j  &:  de  là 
leur  commanda  de  faire  Montre  en  la  grande  elplana* 
de  ,  qui  eft  deuant  la  Porte  du  Chafteau  ,  6c  du  Che- 
nil ;  où  le  Duc  ne  pût  qu'il  n'admiraft  l'adrefTe  de 
ces  Compagnies,  ôc  de  leurs  Chefs,  &  Capitaines ,  lef- 
quelles  eftoient  toutes  diftinguées  par  leur  liurée  ,  &C 
couleurs.  Parurent  de  fuitce  les  Compagnies  d'ordon- 
nance ,  les  Genfdarmes  ,  àc  Cheuaux-Legers,  tous  ar- 
mez ,  aucc  leurs  cheuaux  bien  harnachez  ,  &  chacun 
vn  pannache  fur  la  telle  j  qui  par  la  Montre  qu'ils  fi- 
rent témoignèrent  tous  leur  adreffe ,  en  tirant  le  coup 
de  Piftolet ,  puis  aufli  toft  mettant  chacun  la  main  a 
l'efpée. 

Les  autres  iours  fe  palferent  à  courre  la  Bague  ,  Sc 
rompre  au  Faquin  dans  la  Cour  du  Cheual  blanc  ,  &  à 
la  Chalfe  ;  où  parmy  ces  réioiiylfances  ,  &  diuertiffc- 
mens  ,  quoy  que  fon  Alteffe  témoignaft  en  apparence 
cftre  fort  fatisfaitejfi  ne  l'eftoit-cllegueres, apprenant 
de  ceux  de  fon  intelligence  ,  qu'elle  auoit  pratique  en 
Cour  ,  que  le  Roy  eftoit  toufiours  en  lamefme  refolu- 
tion  de  r'auoir  fon  Marquifat ,  &  que  tres-diificilement 
pourroit-on  luy  faire  changer  de  volonté  :  neantmoins 
le  Duc  ne laifTa  pas  de  cacher  adroitement  fon  déplaifîr. 
Et  après  auoir  icy  demeuré  fept  iours ,  fa  Maiefté  s'en, 
alla  a  Paris  ,  &  y  emmena  fon  Alteffe,  laquelle  n'épar- 
gna aucune  artifice,  &  toute  forte  de  courtoiûes,  êcàc 
fubmiffions  i  voire  mefmedeprefens  enuers  les  Grands, 
&  les  petits,  pour  fe  gagner  les  cceurs,&  les  afFedions,  6c 
par  l'entremife  de  (es  artifices ,  s'efforcer  défaire  gagner 
le  Roy  à  changer  de  refolution  :  Mais  voyant  en  fin  que 
tous  les  moyens  qu'il  auoit  tentez  auoient  eflé  inutile* 


DE    FONTAINEBLEAV.      LIVRE"  III.         lyj 

pour  flefchir  faMaiefté  à  Tes  demandes  j  il  confentità  vn 

Traittc  fait  entre  eux  deux  le  vingt-fixrémé  de  Fcurict 

milfix  cens ,  par  lequel  fon  Altefle  promit  &C  s'obligea  à    viii. 
fa  Maiefté  de  luy  remettre  dans  le  premier  de  luin  pro-  çj^t^'cnac 
chainenient  venant  ledit  Marquifat  de  Salufles  j  on  luy  ^^  ^°yf 
donnoit  en  efchange  &c  pour  recompenfe  le  Comté  de  fc" 
deBreffei&celaainlî  arreftélcDucs'en  retourna  enSa- 
uoye ,  après  auoir  fait  paroiftre  au  Roy  l'obligation  qu'il 
luy  auoit  du  gracieux  accucil,&:  de  l'honneur  qu'il  auoit 
receu  de  fa  Maieftéj  comme  aufïî  il  luy  tefînoigna  la  bon- 
ne volonté  qu'il  auoit  pour  fon  Alteffe  ,  pourueu  que 
dans  le  temps  déterminé  il  ne  manqua  pas  à  fa  promeffe. 

Mais  comme  le  Duc  n'auoit  fait  cet  accord  &C  ce  trait-     ï^    " 
té  qu'auec  deffein  de  ne  rien  tenir ,  mais  feulement  pouf   i-=  Duc^. 
gagner  temps,  efperant  que  les  fccrettes  menées  qu'il Spl^oiV* 
auoit  pratiquées  en  France  durant  (on  feiouràlaCour,y 
apporteroient  quelque  changement  qui  luy  feroit  fauo- 
rable:d'ailleurs  qu'il  apprenoit  de  certaine  prognoftique 
d'aucuns  Aftrologucs ,  qu'au  mois  d' Aouft  enliiiuant  de 
l'année  prefente  mille  iîx  cens,  il  n'y  auroit  point  de  Roy 
en  France  5  ce  qu'il  interpretoit  fîniftrement  &:  à  fon  ad" 
uantage ,  fe  perfuadant  la  mort  du  Roy ,  &:  ce  qui  fut  vé- 
rifié au  contraire  au  grand  defaduantage  du  Duc,  en  ce 
qu'alors  le  Roy  hors  de  France  eftoit  en  Sauoye  ,  où  le      x. 
progrez  de  fes  armes  auançoit  de  iour  à  autre  :  de  plus ,   ^^  ^°ï 
que  ce  Duc  fepromettoit  vne  grande  alfiftance  de  l'E-  Sauo)'e,& 
fpagne.  Cela  le  fit  reculer  iufques  à  ce  qUc  voyant  que  le  f°Duc"i 
Roy  en  peu  de  temps  s'eftoit  rendu  maiftre  de  toute  la  luy  donner 
Sauoye  ,  &C  que  s'il  attendoit  dauantage  à  effectuer  le 
Traitté  deParis,il  ne  pouuoit  éuiter  la  perte  de  tout  le  re- 
fte  de  fes  Eftatsjil  s'y  accorda,6c  céda  ou  échangea  toute 
laBrelTc  &C  ce  qui  en  dépendoit ,  pour  ledit  Marquifat  de 
SalufTes:  ce  qui  fut  confirmé  par  vnnouueau  Traitté  fait 
le  dix-feptiéme  de  lanuier  mil  fix  cens  vn.    A  quoy  tra- 
uailla  puiffamment  le  Cardinal  Aldobrandin  Légat  dé- 
puté de  fa  Sainûeté  pour  la  Paix  3  àc  fut  cet  accord  Sc 
Traitté  iuré  folemnellement  à  Turin  par  le  Duc,  en  pre- 

li    iij 


contente- 
ment. 


ij4         Le-  Trésor  des  merveilles 

fence  du  fieur  de  Cheurieres ,  Cheualiér  des  Ordres  du 
Roy  ;  de  fa  Maiefté  k  iura  à  Paris  où  eftoit  le  Marquis  de 
Lullins  de  la  partde  fon  AltefTe  de  Sauoye. 


;\iZ  :::b  ■.■uiiiJDaç:: 


^a-smiîfiî 


LA    CONFERENCE     MEMORABLE 

tenue  à  Fontainebleau  en  prefence  de  Henry  le  Grad, 
entre  le  Cardinal  du  Perron  pour  lors  Euefque  d'E- 
-i'-ureux,Ô£le(îeur  du  Pkflis Mornay. 

CHAPITRE      X  iV-. 


VAti  ic  jf2[^:eJY^lf  J^  la  Protiidence 

T     B     e    Y     C_ 

Gh Ris^  '^'^'de  Dieu  pour  la  defenfe  de 

IL  Le  Cardinal  du  Perron, 
autre  Hercule  qui  dompte 
l'HereJIe. 

IlL  Le  mûtif  de  la  Confe- 

^'    fence.        x- 

IV.  Zèle  de  Henry  le  Grand 
pour  la  caufe  de  Dieu. 

V.  L ordre  de  la  Conférence ^ 
t^  les  Commijfaires. 

V  L  Preuojance  du  Cardinal 
du  Terron. 

VIL  Le  fleur  duTlefis  taf- 
che  d'empefcher  la  Confé- 
rence. 


VII L.  Les  perfbnnes  de  mar- 
que qui  Je  trouuerentàcette 
Lonjerence. 

IX.  Vanité  du  fieur  durPlef^ 

j!s.  ----  '  ; 

JC.    Dix^neuf  pajfages  cot* 
tezj  à  faux ,  &  monfire^ 
tels  en  la  prefence  du 
Roy. 
XL   Le  Roy  tefmoigne  ^ne 
grande  ioye  péir  la  defcôu- 
uerte  des  manquemens  de 
duTlefis. 
XII.    Plufleurs  7{eligionai' 
res  conuertis  enfuitte  de  cet- 
te Conférence. 


I.  r 
Traie  de  la 
Prouiden- 
ce  de  Dieu 
pour  la 
defenfe  de 
fon  Eglife. 


'Est  vn  trait  bien  remarquable  de  laPro- 
uidence  diuine,  qu'autant  de  fois  qu'elle  a 
5  permis  que  l'Hydre  deFHerefie  fe  foitpre- 
fentc  pour  ruiner  fon  Eglife ,  autant  aulli 
a-t'elle  fufcité  quelque  Hercule  pour  en 
dompter  la  rage  &;  furmonter  l'orgueil.  Il  me  feroit  facile 
de  preuuer  cette  vérité  par  les  lîecles  paffez ,  où  iamais 


t)E  FONTAINEBLEÂV.  LIVRE  lîl.  tjy 
l'Enfer  n'a  fait  naiftre  aucun  H erelîarqùe, qu'au  mefme 
temps  Dieu  neluy  ait  oppofé  quelque  Sain6t  Dodeur^ 
comme  vn  valeureux  foldat  èc  defenfeur  de  la  vérité,' 
pour  triompher  du  menfongc  3  en  forte  qu'il  eft  vray  de 
dire,queli  le  Prince  des  ténèbres  6c  de  TerreuB,  s'eft  ef-^ 
forcé  de  produire  de  faux  tefmoins  contre  l'intégrité  èc 
Fhonneur  de  cette  chafte  Sufanne,  le  Ciel  n'a  point  man- 
qué quant  6c  quant  de  faire  paroiftre  aulH  toft  vn  Daniel, 
pour  en  prendre  la  protedion ,  ôc  conuaincre  de  faux  fes 
calomniateurs.  Et  fans  aller  bien  loin  en  mandicr  des 
preuues  ,  iemecontenteraydemonllrer  cette  vérité  en 
iaperfonnedugrand  Cardinal  du  Perron,  l'honneur  àC 
la  gloire  des  Mufes,  &c  l'ornement  de  la  Pourpre  &;  du  fa- 

cré  Collège,  ô^  vn  ferme  èc  puifTant  defenfeur  de  l'Ef-   

poufe  de  lefus-Chrift  j  lequel  en  guife  d'vn  autre  Her-      n 
cule  Gaulois,  voyant  auec  quelle  etFronterie,&vn  efprit  naiduPerl 
tout  noir  de  calomnie  èc  de  fauffetéjPhilippe  de  Mornay  J°"  '  ^'^"l 
fieur  du  Pleilis  Marly ,  arcbutaiu  de  l'Herelîe  &: de  l'Hu-  qui  dom- 
guenotifme  ,  auoit  mis  en  lumière  vn  Liurc  qu'il  auoit  J^^  ^"^- 
fait  contre  la  MelTe  j  il  s'offrit  aufli  toft  de  le  combat- 
tre hardiment  àc  (^cs  erreurs,  ôcfur  tout  faireparoiftre 
clairement  cinq  cens  faufles  allégations ,  comme  autant 
de  calomnies  &C  d'accufations  menfongeres  contenues 
en  ce  Liure ,  autant  digne  de  punition ,  qu'il  eftoit  indi- 
gne de  voir  le  iour. 

Apres  plufleurs  difficulté z qui  fe  prefenterentpour     ni. 
cmpefcher  la  tenue  d'vne  Conférence  à  ce  fuiet,  entre  ce  de!S°" 
Cardinal  (  pour  lors  feulement  Euefque  d'Eureux  ,  &;C°"^* 
non  pas  encore  honoré  de  laPourpre)&:le  fîeurduPlef^ 
lis  i  enfin  elle  fut  indiquée  en  ce  Chafteau  de  Fontaine- 
bleau par  Henry  le  Grand,  auleudy  quatrième  de  May 
de  l'année  mil  fix  cens  où  fa  Maiefté  protefta  hautement 
quelle  permettoit  cette  Conférence,  non  point  grâces 
a  Dieu  qu'elle  doutât  de  la  Rehgion  CathoUque  ,  veu 
mefme  qu'elle  ne  vouloit  qu'on  en  mift  aucun  article  en 
difpute3  d'autant  (comme  elle  auoit  dit  à  Monlîeur  le 
Nonce  du  Pape)  qu'elle  fçauoit  bien  que  cela  eftoit  de 


e  certe 
eren- 
ce. 


2,j<$        Ve  Trésor  des  merveilles 

l'authorité  de  l'Eglife  &c  de  fa  Saindeté  ;  mais  feulement 
que  cette  Conférence  ne  tendoit  qu'à  faire  examiner  les 
lieux,  que  le  fieur  du  Plelfis  auoit  cottez  autrement  qu'ils 
n'eftoient,  pour  appuyer  yne  mauuaife  caufe  par  d'aulfi 
mauuais  fondemens . 
Tv,        E  T  il  faut  aufli  aduouër  à  la  gloire  de  cet  illuftre  Mo- 
^Îg  ^nd  i'^^'^q^^  >  qu'en  cette  Conférence  il  fit  paroiftre  vn  grand 
pour  la     zèle  à  l'aduancement  de  la  Religion  Catholique ,  bC  auec 
^^ça.  '^    deffein ,  s'il  fe  pouuoit  par  ce  moyen  en  defcouurant  les 
fauifes  allegatios  du  fieur  du  Pleflis,de  defabufer  ceux  de 
la  Religion  prétendue  reformee,&  ramener  ces  déuoycz 
au  giron  de  l'Eglife  Catholique ,  Apoftolique  &Romai- 
ncjqui  eftoit  aufTi  l'efperance  de  plufîeurs jainfi  que  le  pu- 
blia alors  vn  célèbre  Poète  du  temps  en  cette  forte  : 

MonfieHf  Si  iamaù  mon  e^rït  conceut  quelque  ejperance 

£Mf^ne  dt      2)tf  'Voir  les  deux  Partis  qui  diuifent  la  France , 
^'"~  R  econioints  en  ^nfeul ,  ô*  comme  ils  ri  ont  qu^vn  Roy  ^ 

jN'auoir qu'une Loy mefme , ci?' qù^vne mefme  Foy j 
Certes,  c'eïi  maintenant  qu'une  attente  ajfeurée 
S'en  engendre  en  mon  ame ,  &  l'y  rend  préparée  » 
'Fuïfquauec  tant  de  z^ele  &  de  confiante  ardeur^ 
O  Roy  !  de  qui  la  Terre  admire  la  grandeur 3 
îe  'VOUS  'Vois  tranaïUer fans  relafche  &  fans  feinte. 
Pour  le  progrés  d''vne  œuure  tûfi  iufle  ^fifain^le. 


V.         Or  voicy  comme  eftoit  difpofée  cette  Conférence,  & 

de  la  Co*n.  ^^^  Commiffaires  nommez  par  fa  Maiefté  du  confente- 

ference, ornent  des parties  ,  pour  iuger  de  la  fidélité  ou  depraua- 

niiffakcT.   tioi"^  <ics  Paffages  alléguez  par  le  fieur  du  Pleffis  5  car  il 

n'eftoiticy  queftionque  de  cela,  &  non  point  d'agir  ou 

traiter  des  articles  ôcpoinds  delaReligion,commenou$ 

auons  défia  remarqué. 

De  la  part  des  Catholiques  eftoientpour  Commiffai- 
res Monfieur  le  Prefident  de  Thou,le  fieur  Pithou  Aduo- 
cat  célèbre  au  Parlement ,  ôc  le  fieur  le  Feure  Précepteur 
deMonfeigneurlePrincedeCondé,au  lieu  duquel  fuc- 

céda 


DE  FONTAINEBLEAV."  LiVRE  lîl.  ijr/ 
teda  le  fleur  Martin,  à  caufe  que  le  fleurie  Feure  nepou- 
uoic  venir  en  temps. 

Ducoftédes  Relio-ionaireseftoientMonfîeur  lePrelî- 
dent  Calignon ,  Chancelier  de  Nauarre,  a  la  place  du- 
quel fut  aulTi  mis  Monfîeur  dePrefne  Canaye,Prefîdent 
enlaChambredel'EdidduLanguedoCjqui  arriuaicyla 
veille  de  la  Conférence,  parce  que  le  lieurde  Calignon 
cftoit  tombé  malade  à  Paris,  &  eftoit  encore  le  fleur  Ifaac 
Cafaubon,  &:lefîeurde  Bordes  Mercier,  fils  de  Mer  ce- 
rus  ProfefTeur  aux  Lettres  Hebraïquesj  où  en  cette  Con- 
férence fa  Maiefté  auoit  aufïi  ordonné  Monfeis;neur  de 
fielieure.  Chancelier  de  France,  pour  recueillir  lesvoix 
&les  opinions  ^  tous  perfonnages  célèbres  &  bien  verfez 
es  langues  Latines  ôc  Grecques ,  à  caufe  des  allégations 
qu'il  falloit  lire  en  ces  langues. 

P  O  VR  cet  effet  Monfîeur  l'Euefque  d'Eureux  auoit     vï!    ' 
icy  fait  apporter  de  diuers  lieux  les  Liures  des  Autheurs  Preuoyan- 
alléguez  par  du  Pleffis,  des  éditions  de  Geneue  &;  de  Baf- dinai  du  ' 
le,  ic  autres  Villes  Religionaires,& mefme  des  Liures  an-  ^"'^°'^- 
ciens  manufcrits  ;  afin  que  le  fîeur  du  Pleffis  n  eufl  point 
occafion  de  les  auoir  fufpedis ,  difant  qu'ils  eftoient  im- 
primez en  des  Villes  Catholiques  ,  qui  les  pouuoienj; 
auoir  mutilez  èc  deprauez.    Et  de  fait ,  ce  fut  vne  gran- 
de marque  du  ingénient  incomparable  de  ce  brauePre- 
latic.ar  du  Pleffis  reconnoiffant  alors  trop  tard,qu  il  auoit 
efté  trompé  par  les  Miniftres  principaux  de  fa  Religion, 
qui  luyauoient  donné  partie  des  allégations  des  Pères, 

dont  il  s'eftoitferuyenlacompofîtiondefon  Liure,taf^ 

cha  de  rompre  cette  Confercce,qu'il  iugeoit  bien  ne  luy     v  1 1. 
pouuoir  tourner  qu'à  honte,  &àlaconfufîondefon  Par-  picflis  taf- 
tv  Huguenot:  ce  qui  fut  caufe  alors  qu'ilvoulut  vferde  '^^J.^'^"\~ 

'^ I  r  r  ^  «^        r  ,.,peichcrla 

cette  defaite,pour  ne  le  trouuer  a  cette  Conférence, qu  il  Confèrent 
auoit  témoigné  auparauant  defirer  auec  tant  d'affedion,  ^^• 
difant  qu'il  ne  fe  pouuoitarrefter  à  des  Liures  imprimez 
dans  des  lieux  Catholiques  ',  mais  à  cela  il  n'eut  plus  de 
repartie  quand  on  luy  enpropofùde  nonfufpedts. 
L'heure  donc  affignée  d'yne  après  midy ,  chacun 

Kk 


2,rS  LE    TRESOR    DES    MERVEILLES 

fe  trouua  en  la  Salle  des  Efl:uues(pour  lors  appellée  la  Sal- 
le du  Confeil  )  qui  depuis  a  porté  le  nom  de  la  Conféren- 
ce :  dont  la  difpofition  de  l' AiTemblée  eftoit  telle» 
"■^jjj        C  E  V  X  qui  ont  veu  cette  Maifon  Royale ,  fçauent  qu'il 
Lesper-  yadaus  Cette  Salle  vue  table  dePorphyrc^on  l'auoit  mife 
mar"que,^   au  milicu  ,  OU  à  IVu  dcs  bouts  le  Roy  eftoit  alTis ,  &:  àla 
qui  fe  trou- j^j^jj^  dtoitc  de  fa  Maiefté  l'eftoit  aufTi  l'Euefaue  d'E- 
cette  Con-  urcux,  6^  àlagauche  vis  à  VIS  de  luylelieurduPlefTisj  au 
fcrence.     j^^y^  j'g^-^  j^^^  ^^g  [^  mefme  table  eftoient  les  fleurs  Paf- 

quier  &C  VafTautjCommis  de  MelTieurs  de  Villeroy,  &c  de 
Frefnes  Secrétaires  d'Eftat,nommezpar  le  Roy  pour  Se- 
crétaires delaCoferencejô^aulieu  des  lieurs  de  Lomenie 
&  VifToufe  nommez  aufli  par  fa  Maiefté  à  mefme  fin  pour 
le  fieur  du  Pleifis^eftoit  le  fufdit  fieur  de  Bordes  Mercier. 

Plus  haut  à  main  droite  du  Roy  eftoient  aftis  Monfei- 
gneur  le  Chancelier ,  6^ Meftieurs  les  Députez  ScCom- 
milfaires  cy-delfus  nommez. 

Derrière  fa  Maiefté  auoient  place  Monfieur  l'Arche- 
uefque  de  Lion,  ôcMeffieurs  les  Euefques  de  Neuers ,  de 
Beauuais ,  &  de  Caftres. 

Et  à  main  gauche  M"  les  quatre  Secrétaires  d'Eftat. 
\  Comme  aufti  eftoient  aflis  de  part  &  d'autre  derrière 
les  Confêrans  plufieurs  Princes  ,  à  fçauoir  Meffeigneurs 
les  Ducs  de  Vaudemont ,  de  Nemours ,  de  Mercœur ,  de 
May enncjde  Neuers,d'Elbeuf,  d'Aiguillon ,  le  Prince  de 
lainuille,  quelques  Officiers  de  la  Couronne  ,  des  Con- 
feillers  d'Eftat ,  6c  autres  perfonnes  de  qualité ,  Catholi- 
ques &  Religionaircs ,  &;  derrière  eux  diuers  Auditeurs 
&:Spe6i:ateurs,parmylefquels  ilyenauoit  beaucoup  de 
la  ReUgion  prétendue  i  le  tout  reuenant  à  prés  de  deux 
cens  perfonnes  ,  qui  toutes  neantmoins  rendirent  vn 
grandfilence,àcaufede  laprefenceduRoy,&des  Gar- 
des du  Corps  qui  y  mettoient  ordre. 

L*Aifemblée  ainfi  bien  rangée ,  Ton  mit  d'vn  cofté  fur 
la  table  le  Liure  de  du  Plefsis ,  imprimé  m  quarto  à  la  Ro- 
chelle par  Hierofme  Hautin,  &;  de  l'autre  eftoit  vne  lifte 
de  foixante  Paftages  tirez  de  cinq  cens  que  luy  auoic 


DE  FONTAINEBLEAV.^  LlVRE  îll.  10 
eiluoyé  Monlieur  d'Eureux  pour  cette  première  Séance, 
faifant  eftat  de  luy  donner  les  autres  pourfuiuant  es  iours 
fuiuans j  fur  lefquels  le  Sieur  du  PlefTis  s'eftant  préparé,  & 
de  ces  foixate  n'en  ayant  choifi  toutefois  que  dix-neuf,il 
fit  entendre  au  Roy  qu'il  n'auoit  eu  le  loifir  que  d'en  iufti- 

fier  ce  nombre  pour  lors, &;  feignant eftre fort  fatisfait, 

adioufta  ces  parolesj  S  ire, te  veux  perdre  i' honneur  ^  la  'VtCy    ix. 


Vanité  da 


fideceux-cj  tt  s'entrome^un/aux,  te  ferayvoirauiourd'huj  à  si^ur' du 
"vofire Matefié que  iefms  autre  quelle  ne  mefiime.  Mais  la  p^^^^î- 
fuitte  fit  bien  paroiftre  qu'il  eftoit  encore  moins  de  que 
qu'il  fe  vouloir  faire  croire,  &c  que  combien  qu'il  fut  en 
eilime  d'eftre  éloquent ,  ôc  des  plus  fçauans  de  ceux  de  (a 
Religion ,  il  s'eftoit  neantmoins  grandement  mépris,  &: 
auoit  efté  oumalicieux,ou  peu  curieux  de  bien  examiner 
les  Textes  des  Pères  &  des  Doâ:eurs,dont  il  fe  feruoit  en 
ce  fien  Liure ,  pour  tafcher  de  ruiner  vn  des  plus  auguftes 
ÔC facrez  myftercs  de  laReligionChreftienne  ôcCatho- 
iiquej  puifque  niefiiie  en  fa  prefence ,  6c  d'vne  fi  célèbre 
compagnie,  il  s'eftoit  veu  accufé  &conuaiilcudefaux. 
Ce  qui  fut  aufli  la  caufe,que  ne  voulant  plus  attendre  de 
tè  voir  fi  mal  mené  aux  autres  Séances  (  quoy  qu'auec 
toute  forte  de  douceur,&fans  aigreur  de  fa  partie)  il  fei- 
gnit d'eftre  malade  j&  rompit  ainfi  cette  Conférence  le 
lendemain  &  les  autres  iours  qu'elle  fedeuoit  continuer, 
comme  la  fuitte  de  ce  Chapitre  fera  voir  bien  ample- 
mentjayant  efté  iugé  à  propos  que  l'en  vfalfe  de  la  forte, 
parce  qu'il  s'agilToit  icy  d'vne  affaire  d'importance  pour 
la  caufe  de  Dieu,  qui  mérite  d'eftre  traittée  exadement. 

Or  le  premier  de  ces  dix-neuf  Palfages  citez  à  faux,      xT 
eftoit  celuy-cy  du  Doâieur  Subtil  lean  Duns,dit  Scotus,  p^^'"r^ 
ouleScotjfur  le  A.LiuredesSentccesjdiftindtiondixié-coctcz  i 
me  queftion  première  j  où  ce  Doâ:eur  à  la  façon  des  Sco-  *"''■ 
laftiques  fe  forme  cette  obiedion  fur  le  fait  delà  realité 
du  Corps  de  lefus-Chrift  àlxfainéleEuchariftie,difanc, 
Vtdetur  quodnon,  qu'il  femble  qu'il  n'y  foit  pas,pour  quel- 
ques argumens  qu'il  rapporte  j  lefquels  toutefois  àyanc 
réfutez  de  fuitte ,  il  preuue  clairement  le  contraire  ,  &: 
monftre  qu'il  eft  tout  affeuré  que  le  Corps  de  lefus- 

Kk    ij 


I6ù  Le    TRESOR    DES   MERVEILLES 

Chrift  eft  réellement,  &C  de  fait  au  tres-Saind  Sacremeinî 
de  l'Autel  :  ce  que  Monfîeur  d'Eureux  fit  voir  aperte- 
ment ,  où  tous  les  CommilTaires  iugerent  hautement  le 
manque  duSieurduPleflis  ^quiauoit  prisvne  obiedion 
pour  l'opinion  de  la  refolution  du  Dodeur  Scoti 

Quant  au  fécond  Palfage ,  il  fut  vérifié  encore  que  le 
mefme  auoit  fait  vne  pareille  faute  au  refped  du  Do- 
uleur Scolaftique  Durandus ,  ayant  aulïi  mis  l'obiedion 
pour  la  refolution. 

Le  troifiéme  ne  fut  pas  plus  fauorable  à  du  Pleffis  que 
les  autres  j  car  noftre  dode  Prélat  luy  fit  voir  clairement 
fa  malice jOU  fon  ignorance,ourvn&;  l'autre  enfemblejen 
ce  qu'au  Texte  qu'il  rapportoit  de  S.  Chryfoftome  pour 
improuuer  la  prière  des  Sain6ts,il  auoit  tronçonné  le  Paf- 
fage  de  ce  Père ,  &c  fort  altéré  £cs  paroles,  le  faifant  parler 
de  cette  forte  ,  llnejefapitfoint  arrefier  auxfrieres  des 
SaïnBs  \  au  lieu  que  l'Euefque  d'Eureux  luy  monftra , 
qu'il  n'auoit  pas  rapporté  ce  Paffage  fidèlement  ,Ô£  fe^ 
Ion  le  Grec  ,  où  il  y  a  ,  Il  ne  faut  ^ns  eflabltrtoutés  frteres 
des  Saints  i  où  de  fuitte  ce  Saind:  Dodeur  adioufte  : -ZVi? 
méprifbns  point  les  prières  des  Saints  j  mais  prions  les  pour 
nom.  Ce  que  du  Pleffis  auoit  teu,afin  que  l'on  ne  recon- 
nuft  pas  que  S.  Chryfoftome  ne  defaprouue  point  telles 
prières  j  mais  dit  qu'il  ne  s'y  faut  entièrement  confier, 
pour  de  là  négliger  de  trauailler  de  noftre  part ,  à  ména- 
ger noftre  falut  par  de  bonnes  œuures. 

Et  là  deffus  fut  prononcé  par  Monfeigneur  le  Chance- 
lier ,  de  l'aduis  de  tous  les  Commiffaires ,  que  du  Pleffis 
auoit  obmis  (  pour  faire  trouuer  fa  caufe  bonne  )  ce  qui  y 
deuoit  eftre  mis .  La  découuerte  de  ces  manquemens  ne 


XI.  fut  pas  vne  petite  ioye  à  tous  les  Catholiques,  ÔCparticu- 
mo^g^ev-'  herement  au  Roy ,  de  voir  ainfi  Monfieur  d'Eureux 
ne  grande  triompher  du  mcnfongecnfaueur  delaVeritéjfaMaie- 
SSuer.^  fté  ne  fe  pouuant  tenir  d'en  témoigner  vne  grande  fatis- 
tedesmâ-  fa(^ion,commepourfuitlePoëtecy-defrus. 

quemens  ■'  r  ' 

deduPlef- 

'  A  qui  ne  parut  point  d'ardeur  de  cette  famme , 

Qj^'vn  Z:,de  tout  celefie  allumoit  en  'vojtre  ame^ 


DE    FONTAÏNEBLEAV.      LiVRE   Ilto        %6i 
Quand  ce  doéfg  Prélat  en  qui  luit  le. fournir , 
Qu'a  l'extrême  éloquence ,  &  l'extrême  fçauoir^ 
Combattant  deuant  vous  des  armes  de  lEglife , 
Pour  la  Foy ,  dont  la  garde  en  njos  mains  efi  commife  ^ 
Vous  fembltezjdu  dejtr  combattre  auecque  luy. 
Chaque  mot  "vous  comblmt  ,ou  de  ioycy  ou  d'ennuj: 
V honneur  qu'il  s'acquerroit  farotjfott  "vofire  gloire^ 
Et  tout  autant  de  fois  qu'il  gagnott  la  'viàotre. 
Soudain  le  feu  de  wje  en  Imfoit  a  'vos  yeux  ^ 
EftmceUant  alors  comme  eJfotUes  des  Cteux» 

Le  quatrième  Texte  employé  par  du  Plelïîsjau moyen 
duquel  il  pretendoit  encore  vouloir  faire  dire  au  mefme 
S.  Chryfollome  ,  oupluftoft  impofoit  à  ceSain6t  PerCj 
que  fa  dodrine,  &c  créance  eftoit,  qu'il  ne  falloir  point 
inuoquer^les  Sainélsj  attendu  ces  paroles  fuiuantes  : 
ISfousfommes  bien  plusfèurs  par  nofire  propre /uffrage  que  par 
celuyd'autruy  \  &  Dieu  ne  donne  pas  fi  tofi  nojirejalut  auK 
prières d'autruy qu'aux  nofires:  car  amfi  eut-il pitie  delà  Ca-» 
nanécy  amfi  donne-t'tl  la  Foy  a  la  PatUar demain  fi  le'ParadUaté 
Larron  3  fans  efirepchy  par  l'mtercefion  d' Aduocat ynyde 
Jidediateur^  Et  immédiatement  après  ce  Sainét  Docteur 
adioufte  ces  mots'.Et  cecydijons  nous^nonpos  afinque  nous  ne 
prions  point  Us  Samâts^maù  afin  que  nous  ne /oyons  pasparefi- 
feux.  Paroles  dernières, qui  font  voir  que  l'intention  de  Sk 
Chryfoftome  n  eft  pas  de  ne  prier  les  Sain6ts,mais  de  n'e- 
ftre  parelTeux  à  bien  pefifer  de  procurer  nous  mefmes 
iioftre  falut.Et  c'eftoit  ce  qu'auoit  fupprimé,  bc  obmis  du 
Plelîis  ,  comme  au  PafTage  précèdent ,  àc  dont  vn  chacun 
reconnut  la  maliGe,&  la  faute.  Où  alors  vn  certain  Mini- 
ftre  de  l'erreur ,  qui  eftoit  proche  du  Sieur  Cafaubon,  luy 
ayant  dit  qu'il  n'y  auoit  point  au  Texte  Grec  dénéga- 
tion ,  ôC  Cafaubon  qui  tenoit  le  Liure,luy  faifant  voir  du 
contraire^  il  demeur  a  (i  confus,  qu'il  fer  étira  prompte- 
ment  parmy  la  prelTe  j  bc  feruit  de  rifée  à  la  compagnie. 
Où  le  Roy  dit  alors  ce  bon  mot  :  Que  c'efioit  vn  teune  Ca^ 
rabm ,  qm  après  auoir  tiréjbn  coup  de  piftolet^  s'efioit  retiré  à 
/  écart. 


%$t        Le  Trésor  des  Merveilles 

Quant  à  la  cinquième  allégation  tirée  de  S.  Hierol^ 
nie  ,  l'Euefque  d'Eureuic  fit  voir  encore  la  faute  ,  &  le 
manque  de  du  PlelTis  j  en  ce  qu*il  auoit  pareillement  ob- 
mis  les  paroles  qui  donnoient  clairement  à  connoiftre 
l'intention  de  ce  Sain6tDoâ:eur. 

Au  fixiéme  Texte  allégué  de  S.  Cyrille ,  du  Pleflîs  re- 
ceut  encore  vn  fîgnalé  affront,  quand  Ton  luy  monftra 
qu'il  auoit  impofé  à  ce  Père ,  luy  faifant  dire ,  que  les  an- 
ciens Chreftiens  n'adoroicnt  point  la  Croix  :  PafTage 
qui  ne  fe  trouue  point  dans  S.  Cyrille» 
Titreii'  du  Le  feptiéme  ne  luy  fut  pas  plus  fauorable  que  les  pre- 
codJ^deiH'  cedens  j  car  là  ayant  employé  la  Loy  des  Empereurs 
fiittia».  Theodofe  ,  &  Valentinian  ,  par  laquelle  pour  la  reue- 
rence  ,  ôc  l'honneur  que  l'on  doit  à  la  Croix,  ils  défen- 
dent de  peindre,  ou  de  grauer  parterre  fur pierte,ou au- 
tre matière  ,  ce  figne  facré  de  noftre  falut ,  jle  crainte 
que  marchant  defTus  ilnefuft  profanéjle  Sieur  duPleflis 
auoit  retranché  ce  mot  Latin  humi ,  c'efl  à  dire  à  terre, 
pour  faire  parler  ces  Empereurs  cdïitre  leur  inrention,6C 
^n  tirer  vne  confequence,  qu'il  ne  falloir  point  reuerer  la 
Croix  j  au  lieu  qu'ils  entendoient  feulement  dire ,  qu'il 
tibia  falloir  point  peindre ,  ny  grauer  fur  le  pauc ,  ny  fur 
la  terre. 
D.Bmari.  Le  huitième  Texte  eftoit  de  Sain6fc  Bernard,  par 
lequel  du  Pleffis  pretendoit  monftrer ,  qu'il  n'eftoit 
point  raifonnable  d'honorer  les  Feftes  de  la  facrée 
Vierge  j  parce  que  ce  Saind  Dodeur ,  difôit-il ,  reprend 
ceux  qui  folemnifent  la  Feftc  de  fa  Conception  ,  veu 
qu'elle  n'a  point  befoin  de  faux  honneurs.  Surquoy 
Monfîeur  d'Eureux  luy  repartit,  queSain6t  Bernard  ne 
defendoitpas  l'honneur, &  la reuerencedeuë  àla  Vier- 
ge,  dont  au  contraire  il  en  faifoit  de  fî  beaux  éloges  au 
mefme  Texte  j  mais  que  fon  intention  eftoit  feulement 
de  reprêdre  l'Eglife  de  Lyon ,  non  de  ce  qu'elle  celebroit 
la  Fefte  de  la  Conception,mais  bien  d'autant  que  c'eftoit 
fans  approbation,  ôcauthoritéduSainâ:  Siège.  Ce  qui 
fut  ainli  iugé  par  les  CommilTaireSjapres  que  l'on  eut  fait 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE   III.       265 

iedure  entière  du  Paflagede  Sainâ:  Bernard  j  ôcconfe- 
quemmenc ,  que  le  Sieur  du  Pleffis  auoit  mal  à  propos 
rapporté  ce  Texte ,  &  contre  le  fens ,  &  la  créance  de  ce 
Sainâ:  D odeur. 

Au  neufiéme  Paffage,  du  Pleflls  s*efForçoit  de reprou- 
uer  l'vfage  des  Images  par  vn  Texte  de  Theodoret  ;  où 
noftre  braue  Hercule,  ie  veux  dire  Moniteur  l'Euefque 
d'Eureux,  s'efleuant  contre  cet  Hydre  ,  le  terrafla  ,  & 
vainquit  genereufement ,  &C  lit  nettement  paroiftre  la 
malice  de  du  Pie  (Ils  3  en  ce  qu'au  lieu  qu'au  Texte  Grec, 
il  y  ace  mot  y  idoles,  du  Pleflis  auoit  traduit ,  de  fuppofé 
ce  mot  ^images 3 o\xi\  y  a  vne  très-grande  différence.  Ce 
qui  fe  iuftifioit ,  en  ce  que  Theodoret  n'entend  point 
parler  des  images  des  Chreftiens  ,  mais  des  idoles  des 
Gentils  :  veu  que  ce  Do6leur  adiouftoit  ces  paroles, 
adorées  p^^es  Pajens,  &  adorées  pour  Dieux ,  ce  que  du 
PleiTis  au«|P*teu  ,  &  obmis  :  &  là  delTus  le  Texte  de 
Theodoret  ayant  efté  leu  ,  &:  bien  conlideré  par  les 
CommifTaires  ,  il  fut  dit  par  Monfeigneur  le  Chance- 
lier duconfentement  de  tous  ces  Meilleurs ,  qu'il  eftoic 
euident  que  ce  Paffage  ne  fe  deuoit  point  entendre  des 
images  des  Chreftiens  ,  mais  feulement  des  idoles  des 
Payens. 

Et  ce  fut  icy  où  du  Pleffis  rendit  lafchement  les  ar- 
mes, &  fut  notoirement  conuaincu  de  faux,  &  fonLi- 
ure  reconnu,  &  publié  pour  calomnieux  ,  bc  faulfaire, 
cftant  forty  morne,&  fort  trifte  de  la  Conférence,  ayant 
bien  veu  qu'il  n'auoit  pas  eu  du  bon.  Il  eft  vray  que  fe 
faifant  tard ,  car  il  eftoit  bien  prés  de  fept  heures ,  l'Af- 
femblée  fe  leuapour  cette  première  Séance  par  l'ordre 
du  Roy  j  mais  c'eftoit  auec  deffein'de  la  continuer  le 
lendemain,  depuis  fept  heures  du  matin  iufques  à  onze, 
comme  le  dit  alors  faMaiefté  :  &de  fait, que  lemefme 
foir  l'Euefque  d'Eureux  renuoya  i^cs  Liures  au  Sieur  du 
Pleffis  pour  fe  préparer  fur  les  autres  Articles.  Mais  le 
lendemain  Vendredy  matin  cinquième  de  May,  le  Sieur 
du  Pleffis  enuoya  dire  qu'il  eftoit  malade  ;  ce  qui  fit  iuger 


i64        Le  Trésor  des  Merveilles 

par  tout  5  que  cette  maladie  eftoit  feinte,  ou  que  fi  elle 
eiloit  vraye,c'eftoit  de  honte ,  ôc  de  déplaiiir  d'auoir  {i 
mal  relilTi  en  cette  Conférence. 

LeRoyenuoyafçauoir  le  foir  du  Sieur  du  Pleifis,  fi  fa 
*  maladie  permettroit  bien  qu'il  continuai!:  j  &  il  répon- 
dit que  non  ,  &:que  quand  il  feroit  retourné  àParis,  il 
aduiferoit  ce  qu'il  feroit  :  ce  qui  obligea  fa  Maiefté  de 
donner  congé  aux  Commiffaires  de  s'en  retourner  à 
Paris ,  où  elle  alla  auffi ,  Sz  le  SieUr  du  PlefTis ,  qui  de  là 
partit  fans  prendre  congé ,  ny  faire  fçauoir  fon  départ  au 
Roy  ,&:  fe  retira  honteufement  àSaumun 
XII.  Plvsievrs  Religionaires  en  fuitte  de  cette  Con- 

Plufieurs  ference ,  quittans  l'Herefic  du  Caluinifme ,  fe  rangèrent 

Religionai-  ^T.  ii-  -r»  • 

rcsconuer-  au Bcrcail  dc  l'Eglifc Cathouque  Romaine, ayans  de  la 
drcectc"^  reconnu  leur  Religion  erronée  :  Entre  lefquels  fut  le 
Confeien-  Prefidcut  Cauayc ,  VU  dcs  CommilTaites  cy-jg/ru-s  nom- 
mez.Et  quoyquele  SieurCafaubon  n'en  fill^pant  alors, 
il  fut  neantmoins  depuis  fort  efbranlé  en  fa  créance  jôc 
l'on  ne  fçait  que  trop ,  que  fi  les  Puiifants  parmy  ceux  de 
cette  Religion  prétendue  ,  ne  luy  euffent  pratiqué  vHi 
voyage  en  Angleterre,  où  il  mourut,  il  eftoit  en  deifein 
d'abiurcr  [es  erreurs,  pour  faire  profeffion  de  la  Religion 
Catholique,  ainfî  qu'il  arriua  du  depuis  àvnfîenfils.  En 
forte  qu'il  eft  vray  de  dire,  que  cette  Conférence  fut  vne 
victoire  fîgnalée  de  la  Vérité  fur  le  menfonge  j  où  le  Roy 
fe  portant  d'affe6lion  pour  la  caufe  de  Dieu ,  gagna  les 
cœurs  de  plulîeurs  Religionaires  par  le  zèle  qu'il  fit  p a- 
roiftre,ainfiquepourfuit  le  Poète  cy-delTus  : 

[ydu/^i ,  Sire ,  auezj-  'vous  far  la  feule  conduite 
T>e  ce  pent  combat,  mis  -plu/leurs  camps  en  fuite , 
Gagné  plufieurs  lauriers  ^nonfanglamment  'vainaueurs, 
Et  conquis  tout  d''vn  coup  cent  miBons  de  cœurs, 
Qm  maintenant  pour  'vous  brûlent  d^ amour  extrême. 
Et  cjui  pour  'uofire  'vie  iroient  à  la  mort  mefme. 

C'eft  tout  le  narré  de  cette  Conférence,  que  ie  rap- 
porte 


DE  FONTAINEBLEAV.  LIVRE  III.  16;^ 
porte  au  vray ,  félon  que  ie  Tay  appris  de  plufieursper- 
fonnes  de  créance  qui  y  eftoient ,  ôcfont  encore  icy  vi- 
tiantes  j  comme  aufli  des  mémoires  qui  en  furent  alors; 
publiez.  Et  pour  recompenfe  des  iuftes  lauriers ,  que  ce 
grand ,  èc  do6te  Prélat  auoit  acquis  en  cette  illuftre  vi- 
d:oire,le  Pape  Thonora  en  fuitte  à  la  première  promotion 
du  Chapeau  de  Cardinal ,  àc  pour  (es  mérites ,  6c  pour 
fatisfaire  à  la  prière  du  Roy  ,  qui  luy  en  auoit  écrit , 
&  aufli  luy  donna  l' Archeuefché  de  Sens^  auec  la  char- 
ge de  grand  Aumofnier,  après  le  deceds  de  Monfei- 
gneur  deBeaune. 


NAISSANCE    A    FONTAINEBLEAV    DE 

Louys  XIII.  du  nom  ,  Roy  de  France , 

àc  de  Nauarre. 

Chapitre    XV. 


I»  témoignage  de  U  bien- 
ueillance  de  Dieu  enuers  la 

.    'France. 

IL  lour  de  cette  naiffance. 

IIL  Le  Roy  en  témoigne  'une 
extrême  ioje, 

IV'  Le  Pape  enuoye  vn  Non- 


ce exfrés pour s*en conio'ùyr,    L'An  d« 
V.  La  Grande  Duchejfe  de chkiÎt 

Florence ,  &  les  Princesi^^^^- 

Alîiezj  de  la  France ,  de^, 

putent  à  mefmefin, 
VL  Grande  rewi^yjance  par 

toute  la  France, 


I. 


Témoigna* 


L  eft  bien  vray ,  &  perfonne  n'en  doute, 
que  comme  Dieu  ell  tout  bon  ,  àc  tout  ge  "de'ï 
puifTant^aufri  ne  fait-il  rien  à  demy.  Ayant  f^ncrdê 
donné  à  la  France  Henry  le  Grand,  comme  Dieu  ea- 
vn  Alcide  généreux  ,  pour  calmer  les  ora-  Frlnw! 
gcs  que  nos  guerres  Ciuiles  auoicnt  fufcitées  en  ce  Roy- 
aume ,  qui  le  menaçoient  dVn  éternel  naufrage  j  il  fem* 
bloit  que  cet  œuure  n*eftoit  encore  qu'à  demy ,  fi  par 
vn  excez  de  fa  Bonté  éternelle,  il  ne  pouruoyoit  quant 
&  quant  à  raffermiffement  de  fon  repos  par  la  naifTan- 

Ll 


iè6        Le  Trésor  des   merveilles 

ce  dVn  Dauphin ,  qui  fuft  autant  héritier  des  Vertus  de 
fon  père  5  comme  il  ledeuoit  cftre  iuftemerit  de  fa  Cou- 
ronne j  puifque  ce  coup  du  Ciel  fit  alors  auortcr  tous 
les  defTems ,  ôi  les  efperances  des  ennemis  de  cet  Eftat. 

Bertaiid.  JSfos  ^œux fint  cxauccZi  3 1^  France  efi fdt'tsfaite , 

NoHS  ioiijfforjs  de  l'heur  que  l'Oracle  Prophète , 
De  nos  iuftes  àefirsfe  promettoif  enfin  ^ 
La  Paix  a  maintenant  njne  hafe  affeurée  \ 
Et  tour  rendre  éternel  le  bien  de  fa  durée. 
Le  Ciel  à  nosfouhaits  a  fait  naiftre  <vn  Dauphin, 
De  nomhrer  les  lauriers^  que  le  Ciel  luy  dejitne, 
C'efi  choje  qu^poUon  referue  a  fa  cortme. 


FÎT"  Or  ce  fut  en  cette  Maifon  Royale  de  Fontainebleau 
tenliflln"  q^'arriua  Cette  heureufe  naiffance  ,  le  leudyvingt-fe- 
«1  ptiéme  de  Septembre  ,  l'an  mille  fix  cens  vn ,  enuiron  les 

onze  heures  du  foir ,  iour  que  l'Eglife  célèbre  la  Fefte  des 
Sainds  Martyrs  Cofme,&:Damian  ,les  douleurs  del'en- 
faiitèment  ayans  faifî  la  Reyne  fur  le  ïoit  du  melme 
iour  :  elle  eftoit  couchée  en  la  Chambre  de  l'Ouale ,  que 
l'on  nomme  ainfi,parce  qu'elle  en  tient  la  forme ,  ÔC  la- 
quelle depuis  en  mémoire  de  cette  naiffance  ,  Henry 
le  Grandfit  orner,  ÔC  embellir  de  riches  Tableaux. 

Le  Roy ,  &  les  Princes  du  Sang  fç  trouuerent  alors 
en  la  Chambre  de  la  Reyne,  félon  la  pratique  ,  &  cou- 
ftume  obferuée  en  ce  Royaume  ,  pour  ofter  tout  fou- 
pçon  de  fuppofition  à  ceux  qui  pourroient  eftrc  inte- 
reffez  à  la  Succeffion ,  &  pour  la  conferuation  de  la  Loy 
Salique  :  ôc  au  mefme  temps  que  ce  Dauphin  fut  né ,  le 
III.  Roy  tout  failî  de  ioye  l'embralTant ,  6c  le  baifant ,  en 
Le  Roy  en  j-gj-j^jjj.  alors  mille  adionsde  grâces  à  Dieu  3  ôcluy  don- 

temoigne  _     O  r         /     / 

vne  extre-  naut  fa  benedidiou ,  luy  mit  quaut  ôc  quant  fon  epeetn 
'^^  ^°y*^"    inain  :  puis  après  toutes  ces  careffes ,  &  tendrejffes  d'ami- 
tié, l'ayant  fait  voir  à  tous  ceux  qui  eftoient  prefens  à  la 
mefme  heure,  il  alla  faire  chanter  le  Te  Deum  en  noftre 
Eglife  de  la  Tres-Sainde  Trinité  de  ce  Chafteau,  pour 


DE  FONTAINEBLEAV.  LïVR|^ni.  2.67 
réconnoiflre  vn  fî  grand  bienfait  de  Dieu,  rie  iugcanc 
pas  bien  raifonnable  de  différer  iufques  au  lendemaini 
où  le  peuple  eftoit  en  fî  grand  nombre  ,  que  le  chap^eu 
de  fa  Maiefté  demeura parmy  lapreffe. 


*  Atné,  c'aft 
le  fleuue  qui 
paffe  à  "■ 
tence. 


Cependant  le  Démon  qui  fur  *  Ame  refidel. 

Et  ctl  quijur  lesjiots  de  la  Seine  trefide))  paôre  Hio- 

Ojant  de  cet  Enfant  la  future  grandeur,  « 

^pres  àuoir  haïfé  le  Berceau  de  leur  Grince  y  d^^rn^"^ 

Horsfe  iettent  Joudain  3  &  parmy  fa  l^rouince  t«aux. 

Chacun  court  glorieux  annonçant  ce  bonheur, 
lidais  fajfant  lesForeJls,  qui  les  Palais  enfournent l 

Et  qut  comme  'vn  i'heatre  en  'vn  rond  l'enuironnenf^ 

Ces  Anges  au  fortir  animèrent  les  boit  : 

Si  comme  on  njeïd  iadis  es  F orefis  prophétiques ^ 

De  Dodone  parler  les  chefhes  fatidiques , 

De  Bierre  ainfi parloient  les  arbres  cette  fms: 
leune fleuron  du  Lys  qui  fortes  en  ta  face  3 

Peinte  au  'vifen  naijfant  de  tesM^aieurs  la  grâce  l 

Et  qui  ta  fur  ton  front  charges  la  Maiefté 3 

T^mjfe  tu  déformais  auec  autant  d'heur  croifire, 

Qj^enfes  benings  afj^eéis  le  Ciel  en  fait  paroiflrel 

Quifaujfent  de  la  nui^i  lefpatjfe  objcurité. 

Incontinent  âpres  cette  naiffance ,  les  Secrétaires  d'E- 
flat  furent  employez  à  faire  des  dépefches,  pour  en  don- 
ner aduis  aux  Alliez ,  ôc  Amis  de  cette  Couronne  j  èC 
particulièrement  au  Pape  ,  &:  à  la  grande  DuchefTe  de 
Florence  j  dont  faSainâ:eté  receut  vne  grande  ioye,  dC  . 

en  fît  alors  rendre  des  adions  de  grâces  à  Dieu  dans  les     iv. 
Eglifes  de  Rome ,  &c  enuoya  quelques  mois  après  vers  le  enuoye  vn 
Roy  ,  &  laReyne  Monfeigneur  Barberin  Nonce  de  fa  ^.J^^^JJ" 
part  (  feant  auiourd'huyenlaChairede  S.  Pierre  fous  le  Roy  pour 
nom  d'Vrbain  VIII.)  pour,  fe  conioliyr  auec  leurs  Ma-  -0^^,-!°"' 
ieftez  y  lequel  apporta  quant  &C  foy  des  linges ,  &:  des  lan- 
ges de  broderie,  qui  auoient  efté  bénits  par  faSaindeté 
pour  feruir  à  ce  petit  Prince. 

L 1    ij 


V. 
La  Grande 
D  uch  eire 
de  Floren- 
ce ,  &  les 
Princes  Al- 
liez   dépu- 
tent à.mef- 
rae  fin. 


VI.  ^ 
Grande  ré» 
ioiiyflance 
par  touce 
la  France. 


aéS  iJ|    TRESOR    DES    MERVEILLES 

La  Grande  Ducheffe  ne  monftra  pas  moins  de  ioye 
de  cette  nailïance.  Et  pour  faire  paroiftre  l'extrême 
contentement  qu'elle  en  auoit ,  enuoyavn Berceau  tr es- 
riche  ,  &  d'vne  façon  très-belle ,  ôc  agréable.  Et  tous  les 
autres  Princes  Alliez  de  cet  Eftat ,  députèrent  aufTi  toft 
vers  leurs  Maieftez,pour  en  telle  occurrence  témoigner 
combien  ils  participoient  au  contentement  5ÔC  au  bon- 
heur de  la  F.rance. 

Et  comme  particulièrement  toutes  les  Prouinces  de 
ce  Royaume  eftoient  celles  qui  âuoient  la  meilleure  parc 
de  ce  bonheur  iaulïi  le  Roy  dépêcha  aulïi  toft  des  Cou- 
riers  à  tous  les  Gouuerneurs  pour  leur  donner  aduis  de 
cette  bonne  nouuelle,  ôc  à  tous  fes  Suiets,afin  d'en  loiier 
Dieu.  Ce  qui  fut  fait  auec  des  refTentimens  d'vne  ré- 
iouyiTance  fans  pareille  par  les  feux  de  ioye  ,  èc  les  ac- 
clamations du  peuple  5  particulièrement  à  Paris,  où  les 
nouuelles  en  furent  apportées  par  le  Sieur  de  laVaran- 
nes  dés  quatre  heures  du  matin  à  Monfeigneur  le  Chan- 
celier, à  la  Cour  de  Parlement,  &  à  l'Hoftel  de  Ville.  Et 
en  attendant  les  cérémonies  duBaptefine ,  ce  petit  Prin- 
ce fut  cependant  ondoyé  par  René  deBeaune  Arche- 
uefque  de  Bourges  ,&:  grand  Aumofnier  de  France. 

Le  foir  l'on  fit  ioiier  icy  vn  grand  feu  d'artifice  en  la 
grande  place  deuant  la  porte  du  Chafteau,  &C  du  Chenil, 
où  furent  tirées  quantité  de  boettes,  àc  où  les  Compa- 
gnies du  Régiment  des  Gardes  eftoient  autour ,  qui  n'é- 
pargnèrent pas  leurs  moufquets,ny  la  poudre. 


DE  FONTAlNtiiT/EAV.    LIVRE  III.'        5l6^ 


LE  MARESCHAL  DE  BIRON  ARREi>TE^ 

prifonnier  à  Fontainebleau,  où  fa  confpiration 
eft  découuerte. 

Chapitre    XV  L 


/,  LAutheur  rend  raifen 
fourquoy  il  fait  ce  Chapi- 
tre. 

IL  Le  fleur  la  Fin  vient  icy, 
où  il  decoHure  la  confpira- 
tion au  Roy, 

11 L  LeoMarefchaldeJBi- 
roHy  après  f  lu/leur  s  femon- 
ces  &  refuittes  ,  'vient  icy 
troHUerfa  Adaiefie. 


V  s- 

ST 
P2, 


IV,  1)ifcoHrs  notable  du  Roy  L'An  de 
au  f/Larefchal ,  voyant  la  cVj  ''" 

fiatu'é  de  fa  JVÎaieBé  3  ^  '<^ 
la  refj?onfè  brufque  qu'il  luy 
fit. 

V,  ^Autres  paroles  remar-- 
quables. 

VL  Le  Marefchal  eft  icjar- 
rejté. 


1  fait  ce 
cre. 


E  n'eft  pas  mon  defTein  de  faire  icy  vii  am-      i. 
pie  récit ,  touchant  la  confpiration  du  Ma-^'^"^^^'^^ 
relchal  de  Biron  ,  contre  Henry  le  Grand  pourquoi 
&  fon  Eftat ,  le  fuiet  en  eftant  peu  agréable,  chapî 
ÔCaufTi  tragique,qae  la  punition  de  fon  cri- 
me a  efté  iufte  j  &  ie  difpenferois  volongiers  ma  plume 
d'en  rien  éc"'re ,  fi  ie  nem'y  voyois  obligé  dans  le  deifein 
que  i'ay  ent  ^pris  de  faire  voir  les  ch^fes  plus  mémora- 
bles arriuées  en  ce  Lieu, où celle-cy  n'eft  pas  des  moins 
coniîderables. 

Sa  Maiefté  eftant  icy  au  commencement  du  Printemps 
où  elle  prenoit  vn  extrême  plaifîr,  tant  à  caufe  de  la  beau- 
té de  la  Maifon  qu  elle  faifoit  tous  les  iours  reparer  &  am- 
plifier de  quelques  édifices  nouueaux  :,  que  pour  leâ 
grands  diuertillemens  quelle  y  prenoit  à  la  Chaftei  le 
fleur  la  Fin,Confident  du  Marefchal  de  Biron  (  qui  eftoic 
alors  en  Bourgogne)  y  arriua  de  fa  part  au  mois  de  Mars 
de  Tannée  mil  fix  cens-deuxjlcquekftant  venu  pour  faire 

Ll   iij 


x-jo  .Le   TrES^OR   D^^^^ERVEÎLLÎiS 

lesexcufes  de  ce  Mare/clial  ^  de  ce  qu  iln'auoitpû  encore 
~~7i yenirtrop^^^^^M^^^ï^^j  P^i^  alors  l'occafîon  de  décou- 
le fieiii  ia  ^j-ji^  ^u  Roy  toute  la  coniuration ,  ô^pour  afTeurance  de 
icy  ^ûCmI  ^1"^  tlii'c  prefenta  mefme  à  fa  Maiefté  diucrs  papiers ,  arti- 
découu'c  cleSj  mémoires,  &  lettres  miATiues  écrites  de  la  propre 
ration  au   maiii  dc  ce  Marefchal  j  contre  la  promefTe  &:  le  ferment 
^°^*        qu'il  luy  auoit  fait  de  fidélité  ôi  de  fecret  :  à  cela  le  Sieur  la 
Fin  eftant  pouffé  pour  aucuns  mécontentemens  qu'il 
auoit  receus  de  quelques-vns  de  ceux  qui  tramoient  cet- 
te  confpiration,oupluftoft  touché  de  repentir  d'auoiria- 
mais  trempé  dans  vne  entreprifefi  noire&fî  deteftable, 
contre  fon  Roy  hc  fa  Patriej  où  au  mefme  temps  il  receut 
pardon  bC  lettres  d'abolition  de  fa  Maiefté  ,  de  tout  ce 
qu'il  pouuoit  auoir  fait  contre  fon  Eftatôcfon  feruice. 
Cependant  toute  cette  affaire  eft  tenue  fecrette  ,  &:  le 
Roy  témoignoit  en  apparence  qu'il  eftoit  fort  fatisfait 
du  Marefchal  5  ôc  que  la  Fin  luy  auoit  leué  les  doutes  & 
les  ombrages  qu'il  en  auoit  pu  auoir  5  ce  que  le  Sieur  la 
Fin  ne  manqua  point  d'écrire  au  Marefchal ,  afin  de 
l'affeurer  &  l'en^aper  de  ne  faire  difficulté  de  venir  en 
Cour, quand  il  feroit  mande. 

Mais  quoy  que  ce  fîen  Confident  luy  euflfait  fçauoir 
&:donnéde  bonnes  paroles, ne  fe  doutant  deluy,fa  con- 
fcience  bc  ^&s  mauuais  dclfeins  le  mettoient  toufiours 
dans  la  défiancg  j  &  auniefme  temps  le  Roy  l'ayant  man- 
dé de  le  venir  trouiier ,  il  s'en  excufa ,  faifant  entendre  à 
fa  Maiefté,que  des^ffaires  d'importance  pour  fon  feruice 
l'empefchoient  de  quitterlaBourgogne,  dont  il  auoit  le 
Gouuernement ,  de  crainte ,  difoit-il ,  que  l'Efpagnol  n'y 
cntreprift  en  fon  abfence  jauec  ce  qu'il  remonftroit  qu'en 

bref  l'on  deuoit  tenir  les  Eftats  de  la  Prouince,où.  il  le  di- 

1 1 1.  foit  eflre  neceffaire.  Il  eft  mandé  derechef,  &  enfin  il  parc 
di^MeBi-  ^^  Diion,  &;  arriue  icy  en  Cour  le  Mercredy  treizième 
ron,  après  de  luiu  fur  Ics  fixhcures  du  matin,  comme  fa  Maiefté  en- 
femôn"c« ,  ttoit  daus  le  grand  lardin ,  laquelle  luy  ayant  témoigné 
trouuè7fa  vnvifagegayl'embralfaj  &;  le  Marefchal  après  fes  hum- 
Maiefié.    blés  fubmiffions ,  pria  fa  Maiefté  de  l'excufer  s'il  n'auoic 


DE  FONTAINEBLEAVJ  LIVRE  III.  rji 
pû  venir  fî  toft  qu'il  auoit  efté  mandé  j  le  Roy  le  prenant 
parlamain,ils  fe  promenèrent  enfemble  dVn  lardin  à  vn 
âutre,luy  monftrant  Tes  baftimens  &  autres  ouurages  où 
il  faifoit  trauailler.  Alors  fa  Maiefté  luy  dit  en  particu- 
lier,que  le  deffein  pourquoy  il  l'auoit  fait  venir  eftoit  fur 
quelque  aduis  qu'elle  auoit  eu  touchant  certaine  entre- 
prife,que  l'on  l'auoit  bien  informée  qu'il  tramoit  con- 
tre fon  feruice  ,  qu'elle  feroit  bien  aife  d'en  apprendre 
la  vérité  de  fa  bouche  propre  ,  que  tres-voloiitiers  elle 
luy  pardonnoit  tout  ,  pourueu  qu'il  parlât  franche- 
ment. Le  Marefchal  qui  s'afïeuroit  fur  ce  que  la  Fin  luy 
auoit  mandé  qu'il  n'auoit  rien  découuert ,  &: qui  croy oit 
fon  fait  fecret ,  au  lieu  de  demander  pardpn  au  Roy  de 
foncrime,qui  luy  témoignoit  toute  forte  de  bonne  vo- 
lontéjau  contraire  il  fe  tient  ferme,dit  que  n'ayant  point 
ofïenfé  fa  Maiefté  il  n'a  pas  beibin  de  pardon,  que fîfes 
ennemis  l'auoient  accufé ,  c'eft  à  tort ,  &:  qu'il  auoit  trop 
donné  de  prennes  de  fa  fidélité  pour  en  pouuoir  douter: 
ôi  après  ce  long  entretien,  le  Roy  alla  difner,  ÔC  aufli  le 
Marefchal. 

Comme  fa  Maiefté  fe  promenoir  après  difner  dans  la^ 
Salle  de  la  belle  Cheminée,  le  Marefchal  y  vint  la  trou- 
uer  j  le  Roy  luy  parla,  Ô£  confiderant  cette  belle  Chemi- 
née,au  miUeu  de  laquelle  fe  voit  fa  Statue  à  çheual  bien 

armée ,  il  luy  dit  comme  pour  le  fonder  i  &;  luy  donner 

quelques  petites  attaques:  Que'uousfembleCoufn  (c'eft     iv. 
ainfî  qu'il  l'appelloit  quelquefois  )  file  Roy  d'6Jj?agne  me  notable  du 
njojoit comme ceU^  que diroit-ilFLc  Marefchal  brufque  à  fon  ^°y  ^^ 
ordinaire ,  au  lieu  de  prendre  garde  à  répondre  quelques  voyant  la 
paroles  gracieufes  pour  gagner  fa  Maiefté,  luy  repartit  ^^^^"^^^^1 
fans  ingénient ,  Sire ,  U  ne  'vous  cramdroit  gueres.  Ce  qui  &  la  lépo- 
fut  bien  recueilly  de  la  compagnie ,  &:  principalement  de  qViHuy"^ 
fa  Maiefté,  qui  fit  paroiftrevn  peupicquéed'eiieftremaifi^- 
fatisfaite ,  quoy  qu'elle  ne  le  témoignaft  pas  bien  ouuer7 
temeht  5  dequoy  le  Marefchal  s'apperceut ,  &:  voulant 
comme  reparer  ce  manquement,  il  adioufta:  L'entends  ^ 
Sire ,  comme  'vous  ^uotla  en  cette  Statué ^  &  non  pas  en  'vo^rç 


lyi  LE    TRESOR    DES    MERVEILLES 

J>érJonne\  Mais  il  auoittrop  die ,  oc  l'on  voyoic  bien  que 
c'eftoit  de  l'abondance  que  le  cœur  parloit. 

Apres  ee  difcours ,  le  Roy  fe  retire  en  Ton  cabinet ,  &:  le 
Marefchal  le  luit  en  fa  Chambre  ,  d'où  fa  Maiefté  le  faic 
appeller ,  ôcl'inuite  encore  à  luy  dire  la  vérité ,  mais  tout 
cela  en  vain  \  car  il  cftoit  toulîours  en  la  créance  qu'il  n'e- 
ftoit  point  découuert  :  comme  le  Roy  le  voit  ainfi  refolu, 
J)éfant  toujours  aux  moyens  pluftoft  de  le  fauuer  que  de 
le  perdre,  il  fort  de  fon  Cabinet,  ôC  s'en  va  au  ieu  de  Pau- 
me, faifant  partie  auec  Monfeigneur  le  CcTiTite  de  Soif- 
fons,contre  le  Duc  d'Efpernon  &:  le  Marefchal,qui  ayant 

fait  vn  beau  coup,donna  occalîon  au  Duc  d'Efpernon  de 

V.  luy  dire  en  riant ,  l^ous  iouézjfort  bien ,  JVlonficur  le  IVlarep 
^o\irJ^'  f/?^/,  mais  'VOUS  faites  mal  njos  parties.  Ce  qui  fut  inter- 
marqua,  prêté  à  doublc  enteutc  par  ceux  qui  eftoient  làprefens ,  à 
quoy  il  ne  répondit  mot.  La  partie  acheuée  qui  fut  ga- 
gnée par  le  Roy,fa  Maiefté  alla  fouper,  ayant  commandé 
àMonfeigneur  le  Comte  de  SoilTons  d'exhorter  le  Ma^ 
refchal  à  luy  dire  la  vérité ,  &  fe  confier  à  fa  Bonté  &  à  (a 
Clémence,  qui  moyennant  ce  luypardonneroit  volon- 
tiers j  mais  c'eftoit  perdre  fon  temps  &:  its  paroles,  tant  le 
Marefchal  eftoit  entier  &  obftiné. 

Le  Roy  croyant  que  la  nuiâ:  luy  feroit  pofTible  prendre 
quelque  bon  confeil  &  refolution ,  lailTe  le  tout  au  lende- 
main qu'elle  enuoye  encore  quérir  le  Marefchal ,  &  fe 
promenant  au  lardin  de  la  Reyne,  le  long  de  l'Allée  de  la 
Voliere,il  luy  dit ,  Et  bien ,  iVlonJleurde Biron^ny  aura-t*tl 
tas  moyen  de  rien  apprendre  de  'vous  ?  Où  tant  s'en  faut 
que  ces  paroles  addoucilfent  fon  cœur  de  Tygre  ou  de 
roche,  que  tout  au  contraire  cela  l'anima  &  le  mit  en 
adion,  ôcluy  fit  ietter  feu  ôc  flamme  contre  ceux  qui 
pouuoient  Tauoir  accufé. 

De  là  le  Roy  l'ayant  quitté  &;monté  en  fa  Chambre, 
prit  refolution  de  le  faire  arrefter ,  bc  pour  cet  effet  corn- 
manda  au  Sieur  de  Vitry ,  Capitaine  de  i^cs  Gardes  du 
Corps ,  de  fe  faifir  de  luy  le  foir  qu'il  fortiroit  de  la 
Chambre  de  fa  Maiefté ,  où  elle  le  manderoit  l'apreP 

dilnée 


bE    FONTÀÏNÈBLÈÀVi      LÏVRE  III.        tj^ 

difnée.  Ce  qui  fut  aiiiii  exécuté  j  car  comme  il  fortoit  de 

la  Chambre,  le  Sieur  de  Vitry  larrefta  prifonnier ,  èc  luy       vi. 
fit  rendre  Ion  erpée,&^  de  là  fut  mené  au  Pauillon  des  Ar-  chai  cft  ky 
mes ,  où  il  fut  foigneufement  gardé ,  &c  depuis  conduix  a"«^«:. 
au  Chall:eau  de  la  Baftille  à  Parisj  où  fon  procès  ayant  efté 
fait  6«:parfait  jôC  atteint  bc  eonuaincu  de  crime  de  leze 
Maiefté ,  il  eut  la  telle  tranchée  par  Arreft  de  la  Cour,  le 
vingt-neufiéme  de  Juillet  mil  lîx  cens  deux. 

Quiconque  voudra  bien  confiderer  les  caufes  du  mal- 
heur de  ce  grand  Capitaine ,  trouuera  qu'il  n'y  en  a 
point  eu  d'autres  que  fon  excès  d'ambition  ,  &C  la  trop 
bonne  opinion  de  foy-mefme,  qui  luy  fit  lafchement  ou- 
blier les  grandes  faneurs  qu'il  auoit  réceuës  du  Roy,  SC 
Tauoit  porté  malicieufement  d'attenter  à  la  perfonne 
de  fon  Souuerain,  6c  à  la  ruine  de  fon  Eftat  j  Seigneur 
d'ailleurs  fort  hardyôc  généreux ,  èc  accompagné  d'vn 
grand  bonheur  en  tous  Ces  combats. 


Mm 


â74 


Le  Trésor  Ides  mei^^veilles 


V  NAISSANCE    A  FONTAINEBLEAV 

de  Madame  Elizabeth  Reyne  d'Efpagiie ,  ôi  de  MefTei- 
-gneurs  les  Ducs  d'Orléans  èc  d'Aniou,  enfans  de  Hen- 
ry le  Grand ,  èc  de  la  Reyne  Marie  de  Medicis. 

Chapitre    XVII. 

fAn  de  /.    Elïzj^heth  née  le  'vingt-  IV,    Mort  du  Dtic  d'Or- 
Christ       deuxième  de  2>Iouemhre>     I       leans, 
*  '^  °  *•      //.    Le  Duc  d' Orléans  né  le 


feïzjéme  d!Anril. 
III'   Signes  veus  enuiron  le 
temps  de  cette  ISfaiffan- 
ce» 


V.  Le  Duc  d'Aniou  né  U 
'uingp'cinqtiiéme  d' Auril:^  À 
pareil  iom  que  S.  Louis, 

VL  Titre  &  nom  dAnioH 
fortillnftre. 


ÔVR  ne  tenir  ce  dircoursenlongueiir,i'ay 
iugé  à  propos  de  ne  faire  quVn  Chapitre 
touchant   les  autres  enfans  de  Henry  le 
Grand  &;  de  Marie  de  Medicis ,  qui  font 
nez  en  ce  Chafteau  Royal  de  Fontaine- 
bleau 5  commençant  par  Madame  EUzabeth  à  prefenc 
Reyne  d'Efpagne^pour  fuiure  la  Chronologie  ôc  fuit- 
te  àts  temps  ,  tel  qu  efl  l'ordre  que  i'ay  cy-deuant  ob^ 
ferué. 
Elle  nafquit  le  vingt-deuxiériie  de Nouembre  mil 
Elizabeth  fix  cens  deux,  dont  le  Roy  receutvn  extrême  contente- 
ment, fe  promettant  que  Dieu  luy  doi'^i^ei-'oit  en  fuitte 
vn  fécond  fils ,  comme  il  arriua. 

Eftant  l'aifnéedes  filles  ç*a  efté  auffi  celle  qui  aeftéla 
première  mariée,  par  les  alliances  qui  fe  font  faites  de 
France  &;  d'Efpagne  en  l'an  léii.  du  Roy  auec  Anne 
d'Auftriche  Infante  d'Efpagne  ,  6c  de  noftre  Elizabeth 
auec  Philippe  IV.  dont  Dieupar  fa  grâce  a  benyl'vnôC 
l'autre  Mariage  d'vne  belle  lignée ,  auec  elpcranee  d'yne 
plus  grande  encore. 


I. 


née  le  »i 
de  No- 
uembre. 


GC 
ST 


DE  FONTAINEBLEAV.    LîVRE  IIÎ.  lyy 

L'autre  nailTance  donc  i  ay  icy  à  traiccer ,  eft  celle  de 
Monfeigiieur  le  Duc  d'Orléans  fécond  fils  de  France ,  le- 
quel vint  au  monde  le  i6.d'Auril  1607.  qui  eftoit  le  len-   L'An  di 
demain  de  Pafques  entre  dix  &  onze  heures  du  foir.  Lcchris'^t 
Roy  eftoit  alors  au  \i{k  couche ,  compatifTant  auec  beau-  '  ^  °  7- 
coup  de  reifentimêt  aux  douleurs  que  la  Reyne  foufïroit 
dans  les  trauaux  de  fa  couche  5  èc  comme  il  auoit  vn  ex- 
trême defîr  d'auoir  encore  vn  fils  ,aufli  il  eftoit  dans  vne    il 
grande  impatience  qu'il  ne  fceut  quelle  en  feroit  ^'^(^^'^'  Jo,[^^ns 
ôc  apprenant  quelque  temps  après  que  Dieu  auoit  exau-  ^f  ^^  »^- 
ce  fe^  vœux  &  ceux  de  la  Reyne  par  la  naiifance  d Vn  en-  * 

faut  maflej  il  fauta  promptement  du  lidt ,  prenant  feule- 
ment fa  robbe  de  chambre  ^  &  alla  auffi  toft  baifer  &C  em- 
bralfer  ce  petit  Prince  >  lequel  fut  ondoyé  par  Monfei-= 
gneuT  le  Cardinal  de  Gondy ,  attendant  les  cérémonies 
de  fon  Baptefme  :  leurs  Maieftez  ne  demeureret  pas  long 
temps  fans  en  remercier  Dieujcar  le  lendemain  le  Roy  en 
fit  chanter  le  Te  Deum  en  la  Chapelle  haute  de  ceCha- 
fteaUjpar  deux  concerts  de  Mufique,  1  vn  de  fa  Chapelle^ 
&;  l'autre  de  fa  Chambre,  &:  de  celle  de  la  Reyne  j  en  fuitte 
le  foir  furent  faits  par  tout  des  feux  de  réioiiyflance. 

Q^E  L  Q^  E  S  iours  après,  qui  fut  la nui6l  du  dix-neuf     m. 
auvingtiémedumefme  mois  enuironles  deux  heures  du  ^'S"^*  . 

O,  veus  enui- 

matin,fut  veu  venant  comme  de  demis  la  Chambre  de  la  ronle  tcps 
Reyne ,  la  forme  d'vn  Aigle  enuironné  d'vne  grande  lu-  naiiTanc^e. 
miere  ,  qui  pafla  fur  le  lardih  prés  de  l'horloge  auec  vii 
grand  éclat ,  comme  dVn  coup  de  tonnerre  ou  de  canonj 
&;  le  rapport  en  fut  fait  le  lendemain  au  Roy  par  deux 
Sentinelles ,  l'vn  François  &:  l'autre  SuifTe  ^  qui  eftoienc 
alors  en  faâ:ion,&iurerét  auoir  veu  la  chofe  ainfi.  Ce  qui 
fitaduancerplufieursbeauxdifcQursàl'aduantage  de  ce 
icune  fleuron  des  Lys,    Les  vns  difoient  que  cet  Aig\Q  .nrHifioi: 
eftoitvnprefagede  la  future  grandeur  de  ce  petit  Prin- '"'''' ^^»-' 
ce,  auquel  le  Ciel  fembloit  promettre  l'Empire  ,  &  que 
fon  nom ,  comme  vii  coup  de  tonnerre  éclatteroit  par 
tout  rVniuers.   Les  autres  en  faifoient  diuerfes  predi- 
étions  non  moins  fauorables:  mais  la  fin  amonftréaffez 

Mm   ij 


M 


D 


^-jG         Le   Trésor   des  merveilles 
qu'il  ne  faut  rien  s'aiTeurer  fur  tels  &:  femblables  lignes  6c 
météores  3  carie  quatrième  an  &;  fix  mois  de  fon  âge,&le 
7v\     vingt-quatrième iour de Nouembre  1611.  mourut cepe- 
^^°ïo  '  ^^^     ^^^  d'Orléans  à  Sainâ:  Germain  en  Laye. 
icaais.  Et  s'il  y  auoit  lieu  de  faire  iugement  fur  tel  iigne,  il  y 

auoit  plus  d'apparence  de  dire ,  que  comme  vn  éclair  ôc 
vn  coup  de  tonnerre  cet  Aiglon  Royal  pafTeroit  prom* 
ptement  de  cette  vie  en  l'autre ,  ainli  que  l'effet  en  a  efté 
vn  euident  témoignage. 
L'an  de      L  A  ttoifiéme  Nailfance  qui  a  rendu  ce  Lieu  illuftre ,  eft 
cVr^ist'  deMonfeigneur  le  Duc  d'Aniou  troiliéme  fils  de  Fran- 
ï<5o8.       ce,&auiourd'huy  Frerevniquedefa  Maiefté,  quiporte 

— maintenant  le  titre  de  Duc  d'Orleans-.ilnafquit  entre  les 

Le  Duc  neuf  bL  dix  heures  du  marin  le  z  j.d' Auril  1608.  iour  que 
né^kiy.  l'Eglise  célèbre  la  Fefte  de  S.  Marc,  remarquable  par  la 
d'Auni  à  Naiifance  de  SaincStLouySjqui  fut  à  pareil  iour. 
qu'e^famâ  Lc  Roy  ayant  entendu  la  MelTe ,  fe  promenoir  dans  le 
Louys.  grand  lardin  de  ce  Chafteau,  quand  l'on  luy  vint  annon- 
cer ces  bonnes  nouuelles ,  qui  luy  firêt  à  l'inilant  leuer  les 
yeux  au  Ciel  pour  en  reconnoillre  vn  li  grand  bienfait. 

Vnpeu  après  que  ce  petit  Prince  fut  né,  il  fut  ondoyé 
par  Monfieur  l'Euefque  deBeziers,grand  Aumofnierde 
la  Reyne,  &:  depuis  Cardinal ,  6i  fut  nommé  Gafton  lean 
Baptifle» 
■~77  E  T  combien  que  ce  foit  l'ordinaire  en  ce  Royaume, 

^'"  a-A  <^^P^^^^  '^^  ^^^%  temps ,  de  faire  porter  le  titre  d'Aniou  au 
iou  fort  troifléme  enfant  malle  de  France ,  comme  fon  appanage; 
^  "  ^^'  cela  fut  neantmoins  furlîs  quelques  iours,la  Reyne  jfai- 
fant  inftance  enuers  le  Roy,à  ce  que  l'on  luy  donnât  le  ti- 
tre de  Prince  de  Nauarre  :  ce  que  le  Roy  ne  trouua  pas 
bon^  &:  conferuant  l'ancien  titre  attribué  au  troiliéme 
enfant  mafle,  le  fit  qualifier  Duc  d'Aniou  pour  ne  per- 
dre la  mémoire  de  fes  Anceftres  ,  qui  fous  ce  titre  ont 
triomphé  de  diuerfes  Nations ,  &;  acquis  les  Couronnes 
de  Hierufalem ,  de  Naples ,  ôc  de  Sicile,  &:  fait  appréhen- 
der la  valeur  de  leurs  armes  dans  la  Hongrie  ôc  pays  Se- 
ptentrionaux. 


DE    FONTAINEBLEAV,    LiVRE  IIL       177 


L'ORDRE,  ET    LES     CEREMONIES 

faites  à  Fontainebleau  au  Baptefme  deMonfeigneur 
le  Dauphin  ,  régnant  auiourd'huy  fous  le  nom  de 
Louys  XI  IL  Roy  de  France ,  èc  de  Nauarre  ,  èc  de 
Mefdames  fes  Sœurs. 


Chapitre    XVIIL 


/.  Enfans  de  France  on- 
doyez^ dés  leur  naijfance, 
mais  les  cérémonies  diffé- 
rées, 

IL  Eloge  de  Louys  XII L 

IIL  L  appareil ,  &  magnifi- 
cences de  ce  Baptejme, 

JV*  L'ordre  qui  Je  tint  mar- 
chant pour  aller  au  lieu,  où 
fefit  le  Baptefme, 

V.  Les  Seigneurs ,  &  Da- 
mes quiferuoient  a  la  cé- 
rémonie de  la  première  fille . 


VL  Les  autres  quiferuoient 
a  la  féconde  fille,    . .   ,  _ . 

VII.  Les  Princes  ,  ^'Trin- 
ceffes  quiferuoient  au  Ba- 
ptefme de  Adonjeigneur  le 
Dauphin. 

VIII.  T^arrain  ^  &  Maraine 
de  Nlonfeigneur  le  Dau- 
phin, 

IX, .  Vn  magnifique  fefiin 
fait  defuitte, 

X.  Feu  d artifice  s  ,  0*  au- 
tres réiouyffances. 


L'An  de 
I  E  s  V  s- 
C  H  Risr 

16  o6> 


I  la  ioye  fut  grande  à  la  naiffance  de  ce 
Dauphin ,  elle  ne  le  fut  pas  moins  quand  il 
fut  queftion  de  luy  donner  la  renaiffance 
fpirituelle  au  facré  lauoir  dii  Baptefme  5 
qui  en  fon  effence  ,  mais  non  en  Les  céré- 
monies jaUoit  bien  efté  defîa  fait,  félon  la  couftume  des 
Enfans  de  France ,  lefquels  incontinénc  après  qu'ils  font 
nez  font  ondoyez  j  dont  l'on  referue  les  cérémonies 
pour  vn  autre  temps ,  afin  d'y  apporter  l'appareil  digne 
de  leur  grandeur  ,  &;  auoir  loifîr;  d'inuiter  les  Parrains, 
&;  les  Maraines ,  qui  font  d'ordinaire  quelques  Princes 
Eftrangers  jpour  s'y  trouuer  ,  ou  en  perfonne  ,  ou  par 
kurs  AmbalTadeurs.  Et  ie  veux  croire ,  que  non  fans.vn 

Mm   il] 


I. 

Enfans  de 
France  on- 
doyez dés 
leur  naif- 
fance 5  mais 
les  cérémo- 
nies diffé- 
rées. 


Le  Trésor  des  merveilles 

trait  particulier  de  la  Prouidence  Diuine  ,  les  cérémo- 
nies en  furent  faites  le  iour  que  l'Eglife  célèbre  laFefte 
de  l'Exaltation Sainde Croix, quatorzième  iour  de  Se- 
ptembre, Tan  mille  iix  cens  ûx  jpuifque  c'cftoit  comme 
vn  facré  prefage  ^  que  ce  ieune  fleuron  des  Lys  animé 
II.     de  zele^  &c  de  Tamour  de  Dieu  ^  releueroit  vn  iour  l'hon- 
Eiogede  ^-^£^J.  ^Q  cette  mefme  Croix  parmyplulieurs  endroits  de 
fes  Prouinces ,  où  l'Herefie  du  CaluiniliTie  en  auoit  fait 
perdre  la  mémoire ,  ôc  lareuerence  5  ainli  que  les  efFeâ:s 
de  fa  generofité ,  &  de  fapieté  en  ont  donné  des  preuues 
euidentes ,  quand  il  rangea  au  deuoir  fesSuiets  rebelles 
Religionaires  de  Bearn,  du  Languedoc,  de  Guyenne, 
du  Poidou ,  de  Dauphiné ,  &  d'autres  lieux  de  ce  Roy- 
aume,es  années  1610.1611.1611.16x7.6^1618. 
m.         O  R  voicy  l'appareil  de  cette  magnificence ,  qui  com* 
L'appareU,  ^^^-^ç^g^  ^  quattc  hcures  après  midy  ,  &c  finit  fur  les  fix 
cenccs  de   heures.  La  Cour  du  Donion  ,  autrement  dite  de  l'O- 
«^Baptef-  ^^j^  ^^  ^^  Chafteau  ,  ayant  elle  ordonnée  pour  cet* 
te  pompe  Royale  ,  eftoit  couuerte  par  le  milieu  dVne 
grande  toile  peinte, ounerte,  6c  taillée  en  certains  en- 
droits ,  reprefentant  la  figure  dVn  Dauphin, des  Chif- 
res  du  Roy,&  de  la  Rey ne,&  des  fleurs  de  Lys  j  outre  que 
ces  mefmes  figures  paroiifoient  encore  couchées  en  or, 
es  entredeux  des  ouuertures* 

Il  y  auoit  vn  grand  Pont  de  bois ,  aUec  des  baluftres 
bien  enrichis  ;  Se  prenoit  ce  Polit  depuis  vne  feneftrCj 
que  l'on  auoit  ouuerte  j  &;  dreffée  en  forme  de  porte  y  te- 
nant au  Pauillon  de  Sainét  Louys  ,  laquelle  répondoit  à 
la  grande  Terraffe  de  la  Cour  delà  Fontaine. 

A  l'vn  des  bouts  de  ce  Pont  j  ioignant  le  Dôme  ,  ou 
î?ortedes  Dauphins ,  il  y  auoit  vn  grand  efchafFaut ,  fiir 
lequel  eftoit  dreffé  vn  Autel  fort  enrichy  de  precieuîÉ 
ornemens ,  auec  vn  grand  dais  de  broderie  au  deffus. 

Au  cofté  droit  eftoit  le  banc  des  Prélats  ,  couuerc 
d'vn  grand  drap  d'or  j  où  paroiffoit  entre  les  autres  Mon-* 
feigncur  de  Gondy  ,  reueftu  de  Ces  habits  Pontificaux, 
accompagné  de  douze,tant  Areheuefques  qu'Euefques> 


DE  FONTAINEBLEAV.  LIVRE  îïl.  1^9 
&;  fut  ledit  Cardinal  qui  fit  le  Baptefme,  tant  de  Mon- 
feigneur  le  Dauphin ,  que  des  autres  enfans. 

Il  y  auoitaucoilé  gauche  vil  autre  banc  pour  Mon- 
Teigneur  le  Chancelier , pour  Monfeigneur  k  Garde  dés 
Seaux  ,  &pour  Meilleurs  duConfeil. 

En  vn  autre  grand  lieu  plus  de  là  enuironné  de  balû- 
ïlrades,eftoitvne  table  couuerte  d Vn  Ciel ,  où  il  y  auoit 
des  quarreaux  de  toile  d'or,  &  d'argent  jdeftiliez  pour  re- 
pofer  Monfeigneur  le  Dauphin,  &;Mefdai-nes  fes  Sœursi 
dont  l'vne  eft  auiourd'huy  Reyne  d'Efpagne,ôC  l'autre 
Madame  la  Ducheffe  de  Sauoye, laquelle  eftoic  née  au 
ChafteauduLouure  à  Paris,  le  douzième  de  Feurier  de 
cette  mefme  année. 

Là  eftoient  les  Fonts  qui  feruent  pour  le  Baptefme  des 
enfans  de  nos  Roys  ,  lefquels  auoient  efté  icy  apportez 
idel'EgUfe,  bc  Sainâre  Chapelle  duChafteau  du  Bois  de 
Vincennes,où  ils  font  curieufement  gardez.  C'cftvne 
belle  pièce  ,  comme  vn  grand  Baiïin  de  cuiure  rouge  i 
couuerte  de  plaques  d'argent  j  auec  de  petites  figures 
bien  taillées  j  ouurage  fî  artiftement  trauaillé  ,  que  le 
cuiure  ne  s'y  void  que  comme  filets  :  le  tout  fort  anti- 
que ,  ayant  eflé  fait  l'an  huit  cens  nouante  fept. 

Départ  èc  d'autre ,  eftoient  encore  deux  grandes  pla- 
ces parées  de  Tapifferies ,  comme  tout  le  refte  j  ôc  là 
eftoient  des  bancs  pour  les  Gentilshommes,  dc  princi- 
paux Officiers  de  la  Maifon  du  Roy. 

Et  tout  le  long  de  la  Cour,  il  y  auoit  des  degrez  en 
forme  d'amphithéâtre ,  ôc  de  Colifée  ,  lefquels  alloienc 
îufques  aux  barreaux defer  qui  feruent  de  parapet ,  où 
paroijGToit  vn  grand  nombre  de  peuple  :  le  tout  ainfî  bien 
difpofé,  commençala  cérémonie  en  cette  forte,  le  io.ur 
paroifl'ant  fort  beau ,  ÔC  ferain. 

Monfeigneur  le  Dauphin  eftant  couché  dansvn  lia: 
de  parade  ,  &:  Mefdames  fes  Soeurs  en  vn  autre  âu  Dé- 
partement ,  èC  Pauillon  des  Poefles  ;  là  l'on  les  vint  le- 
«er,  &:les  prendre, puis  on  commença  de  marcher. 


A  L  L  O I E  N  T  premièrement  les  cent  SuiiTes  du  corps,    L-o^dre 


'5.8û         Le  Trésor  des  Merveilles 

ipi  fc  tint  portails  chacun  vn  flambeau  de  cire  blanche. 
marchant        Suiuoicnt  Ics  ccnt  Gentilshommes  feruans. 
fuïicu  oï       Puis  les  Gentilshommes  de  la  Chambre ,  tous  les  vns 
fcfirieBa-  ^  j^^  autres  tenans  vn  flambeau  en  main. 

Marchoient  après  les  Trompettes ,  les  Tambours,  les 
Fifres  ,  &C  les  Haut-bois ,  qui  faifoient  refoner  l'air  de 
fanfare ,  &  d'allegrefle. 

Les  neuf  Hérauts  auec  leur  coflies  d'armes ,  paroif^ 
foient  en  cinquième  lieu. 

Et  en  fuitte  marchoient  les  Cheualiers  des  Ordres  de 
fa  Maieftié. 

Cependant  le  Roy ,  àc  la  Reyne  efl:oient  en  vne  fene- 
fliredelaCour  duDonion,qui  conlideroient  toute cet- 
te  magnificence. 

V.  Y  ayant  trois  enfans  à  baptifer ,  la  plus  ieune  des  fîl- 
gn^urs^ôc-  les  fut  portée  la  première  j  Monfieur  le  Baron  delaCha- 
Dames  quij-j-eportoit  le  Vafe ,  Moufleur  dc  Montigny  le  BafTm, 
la  ceiemo-  Monlicur  de  Rochepot  le  Couflin,  Monfieur  deChe- 
mc  de  la   j-neraut  le  Cieree  ,  Monfieur  de  Liancour  le  Crème, 

première  &      '  .  ' 

iiiie.  Monfieur  le  Marefchal  de  Faruacque  la  Salière  ,  Sc 
Monfieur  de  Boifdauphin  portoit  la  petite  Princeffc, 
derrière  laquelle  efl:oit  vne  fuitte  de  douze  Gentilshom- 
mes ,  portans  chacun  vn  flambeau.  Madame  de  Cheme- 
raut  portoit  la  queue  de  la  robbe  de  l'Enfant  j  puismar- 
choitMonfeigneur  de  Lorraine  pour  Parrain,  &  le  Sei- 
gneur DomIean,reprefentant  Madame  laDucheffede 
Florence  pour  Maraine  ,  par  ïefquels  elle  fut  nommée 
Chriftine. 

VI.  JEN  après  l'ordre  fut  tel  ,  touchant  l'autre  fille, qui 
trJ's"qu"i'  efl:oit  l'aifnée  j  TAiguiere  eft:oit  portée  par  Monfieur  de 
feruoicnt  Lauardiii ,  le  Baflin  par  Monfieur  le  Marefchal  de  la 
de  fiik.°""  Chaftre  ,  le  Couflin  par  Monfieur  le  Duc  de  Sully  ,  le 

Cierge  par  Monfieur  le  Duc  de  Monbazon  ,  le  Cre- 
meau  par  Monfieur  le  Duc  d'Efpernon  ,  la  Salière  par 
Monfieur  d'Aiguillon,  6i  Monfieur  le  Prince  de  lainuil- 
le  portoit  la  petite  Princcfle.  Madamoifelle  deRohan 
portoit  la  queue  du  manteau  d'hermine  de  l'Enfant} 

Madame 


DÉ    FONTAIMEBLEÀV,      LiVRE    lll.  z8i 

Madame  d'Angoulefme  marchoit  après  pour  Maraine 
toute  feule  fans  Parrain  ,  reprefentant  f  Archiduchef- 
fe  des  Pays-bas  ,  &  eftoit  fuiuie  de  Madamoifelle  de 
Montmorancy,  qui  luy  portoit  la  queue*.  LcsDamoi- 
lelles  qui  finiflbient  cette  fuitte  ,  eftoient  Mefdamoi- 
lèlles  de  VandofiTie  ,  &:  de  Mayenne,  Madame  de  Ro- 
han  ,  Madame  de  Sully  j  ôc  fut  ladite  petite  Priiiccffe 
nommée  Elizabeth. 

Pour  le  regard  duBaptefmedeMonfeigneur  le  Dau- 
phin ,  l'ordre  y  fut  tel  qu'il  fuit ,  &C  il  n'y  eut  que  des 
Princes  qui  y  feruirent. 

Marchoit  premièrement  MonfeigneUr  de  Vau^     vu. 
demont  qui  portoit  le  Cierge ,  Monfeigneur  le  Cheua-  ces,%pdnl 
lier  de  Vandofme  portoit  le  Cremeau ,  Monfeigneur  le  "^^s.  ^"^ 
Duc  de  Vandofme  la  Saliere,Monfeigneur  de  Montpen-  auBapref- 
fierl'AiguierejMonfeigneurle  Comte  de  Soiffons  leBaf-  J^^nJ^";. 
3(în,Monfeigneur  le  Prince  de  Conty  le  Couffin, &  Mon-  gncui  le 
feigneur  le  Prince  de  Condé  eftoit  ordonné  pour  porter    ^"^ 
Monfeigneur  le  Dauphin,  affifté  de  Monfîeur  de  Souuré 
qui  le  portoit  pour  luy,  où  Monfeigneur  de  GuiCc  por* 
toit  la  queue  du  manteau  d'hermine. 

Suiuoient  en  après  vingt  Seigneurs  de  reinàrque, 
tous  tenans  vn  flambeau  ardent  en  la  main. 

PviS  marchoit  Monfeigneur  leCardinal  de  loyeufe    viii. 
Leeat  de  faSainéteté ,  lequel  reprefentoit  le  Pape  Paul  Ff^^'^'f^ 

&  1  1  1      n*      1-     •     r^         Maïainede 

V.pour  Parrain  ;  &  Madame  Eleonor  de  Medicis  Du-  Monfei- 
cheffe  de  Mantouë ,  èc  Sœur  de  la  Rey ne  y  eftoit  en  per-  gau^p  J^, 
fonne,&:  fut  la  Maraine. 

Vne  augufte  fuitte  de  Princeffes  allbit  après  j  fçauoir 
Mefdames  les  Princeffes  de  Condé,  deConty ,  de  Soif- 
fons ,  de  Montpenfîer  ,  &:  Madamoifelle  de  Bourbon, 
toutes  reueftuës  de  leurs  grandes  robbes  à  grande  queue 
trainantes  ,  lefquelles  eftoient  extrêmement  enrichies 
d'or  ,  &C  de  pierreries  y  &  fut  Monfeigneur  le  Dauphiri 
nommé  Louys ,  qui  fe  fit  grandement  admirer  pour  fon 
affeurance  ,  &;  promptitude  de  répondre  feul  à  ce  que 

Nn 


iSi  Le   Trésor   des    merveilles 

l'on  luy  demaiidoit  :  il  recita  le  Pater ,  YAue  Maria  ,  U. 

le  Credo. 

La  cérémonie  du  Baptefme  eftant  acheuée  ,  ce  cry 
fut  fait  par  le  premier  Héraut  d'armes  :  Vme  Mon/et- 
gneur  le  Dauphin  de  France  :  &:  fut  cette  acclamation 
fuiuie  de  tout  le  peuple  ,  hc  dés  Trompettes  ,  Tam- 
bours ,  Fifres  >  auec  vne  falue  de  moufquetades  de  tous 

les  Soldats  du  Régiment  qui  cftoient  en  garde. 

.    IX-  .       Comme  l'on  eut  finy  toute  cette  pompe  Royalcj 
fique  feliin  VU  maguifiquc  foupper  fut  préparé  en  la  Salle  du  Bal , 
fait  enfuit-  oùleRoyauoitàfa  niain  droite  Monfeigneur  le  Légat, 
Madame  laDuchefTe  deMantoue  ,  Madame  d'Angou- 
lefme,Mon{îeur  de  Lorraine,  &  le  Seigneur  Dom  lean. 
A  main  gauche  eftoit  aflife  la  Reyne  ,  Mefdames  les 
PrinceiTes  de  Condé ,  de  Conty ,  de  SoifTons ,  de  Mont- 
penfier  ,  Madamoifelle  de  Vandofme  ,  Mefdames  de 
Guife  >  de  Mayenne ,  de  Rohan ,  de  Sully  ,&: Madamoi- 
felle de  Montmorancy. 

MefTeigneurs  les  Princes  de  Condé,  de  Conty,  &de 
Montpenlier  feruoient  à  la  Table  du  Roy. 

A  celle  de  la  Reyne  feruoient  Meffeigneurs  de  V^n* 
dofme ,  de  Guife ,  &  de  Vaudemont. 

Monfeigneur  le  Légat  eftoit  feruy  de  Monfieur  de 
Caudale,  du  Marquis  de  Rofny  ,  de  Monfieur  de  Baf- 
fompierre ,  &  de  Monfieur  le  Comte  de  Saux. 
X.  C  E  feftin  eftoit  diuifé  en  quatre  Tables ,  où  après 

Feu  d'arti-  \ç^  fouppcr  fut  fait  VU  agrcablc  feu  d'artifices  deuanc 
autres  ré-  la  portc  dc  la  Chaufféc  ,  &  de  la  Capitainerie  j  c'e^ 
louyflan.  j^^^^  ^^  grand  édifice  reprefentant  vn  chafteau  en- 
chanté ,  qui  fut  alfiegé  ,  battu  ,  hc  pris  par  des  Saty- 
res, hL  Saunages  \  où  vn  furieux  Dragon  qui  partit  du 
rocher, lequel  eft  deuant,y  ietta  le  feu  j  &  furent  ti- 
rées quantité  de  boettes ,  &  où  les  Soldats  du  Régi- 
ment des  Gardes  n'épargnèrent  pas  leur  poudre ,  ny 
leurs  moufquets.  Ce  qui  fut  fait  à  la  veuë  de  plus  de 
douze  mille  perfonnes» 


ces 


DE  FONTAINEBLEAV.  LiVRE  III.  i§3 
Le  lendemain  fe  pafTa  à  courre  la  Bague  ,  où  le  Roy 
âuec  Ton  adrefTe  accouftumce,  l'emporta  plulieurs  fois. 
C'eft  ce  que  j'en  ay  recueilly  de  l'imprimé  ,  qui  fut 
alors  publié  ,  &C  de  plulieurs  perfonnes  qui  y  eîloienc 
prefentes. 

Le  iour  auant  ces  cérémonies  en  la  mefine  place  où 
fe  fit  ce  feu  ,  enuiron  les  dix  heures  du  foir  ,  l'on  veid 
diuers  lignes  dans  l'air.  Parut  premièrement  vne  lu- 
mière ,  qui  venoit  du  cofté  d'Occident ,  laquelle  s'e^ 
ftant  épanduë  peu  à  peu,  formoit  comme  des  longues 
traifnées  de  feu  en  manière  de  lances  enflammées ,  qui 
allèrent  fondre  vers  leMidy  -,  ce  qui  redoubla  pareille- 
ment du  collé  d'Orient ,  &:  qui  dura  l'elpace  d'vn  bon 
quart  d'heure.  En  fuitte  de  cecy  furent  veus  auxmef- 
mes  endroits  ,  mais  alTez  confufément ,  plulieurs  cha- 
riots de  feu,  lefquels  fembloient  fe  choquer  les  vns  les 
autres  -,  auec  certains  rayons  ,  qui  eftoient  comme  des 
lances  ,  &  des  picques  tenues  par  des  bras  armez  ,  qui 
les  branloient  de  dedans  ces  chariots  :  ce  qui  dura  iuf- 
q"ues  àminuiâ:,puis  tout  d'vn  coup  cette  lumière  ayant 
rendu  vn  merueilleux  éclat ,  toutes  ces  chofes  peu  à 
peu  fe  dilïîperent. 

Le  foir  que  furent  faites  les  cérémonies  deceBaptef- 
me, enuiron  demy  heure  après  quelechalleau  d'artifi- 
ce ,  &C  feu  de  réioliylfance  eut  ioiié  ,  le  Giel  parut  en- 
core éclattant  d'vne  grande  lumière  ,  &  à  l'inllant  l'oa 
vid  en  l'air  grand  nombre  de  Caualiers  armez,  bc  for- 
ce gens  de  pied,combattans  furieufement  les  vns  con- 
tre les  autres  5  defquels  les  vns  tomboient  de  delTus 
leurs  chenaux,  les  autres  fe  colletoient3&;  il  yen  auoic 
qui  après  auoir  tiré  comme  des  harquebufes  ,  fe  iet- 
toient  en  la  méfiée  l'épée  en  la  main  :  ce  qui  dura  prés 
d'vne  heure  ,  puis  dilparut  petit  à  petit.  Plufieurs  dif- 
cours  furent  imprimez  à  l'occafion  de  ces  lignes ,  cha- 
cun les  iugeant  de  bon  augure,  d'autant  que  ces  lumiè- 
res venans  du  collé  de  l'Occident ,  fondoient  fur  l'O- 
rient ,  de  le  Midy  :  dc  pour  en  parler  comme  il  faut , 

N  n    i  j 


l^        Le   Trésor   des   merveilles 

ceux-là  rencontrèrent  le  mieux  ,  qui  rapportoient  le 
tout  àvn  effet  naturel  des  Météores,  qui  ont  cours  plus 
particulièrement  en  l'Automne  ,  qui  eftoit  alors  cette 
laifon.  C'eft  ce  que  i'en  ay  appris  de  plufieurs  perfon- 
nes  encore  viuantes ,  témoins  oculaires  de  toutes  ces 
chofes* 


DE    LA   PREMIERE  ACTION  ROYALE 

faite  par  le  Roy,eftant  encore  Dauphin, 
à  Fontainebleau* 


Chapitre    XIX. 


I  E  s  V  S- 

Christ 
1607. 


L'An  de  /•    Cérémonies  de  la  Cène, 
II.  M-onfeigneur  le  Dauphin 
ferm  par  les  Officiers  du 

///.  L'exhortation  de  la  Cène 
faite  far  l Archemfi^ue 
â  Ambrun. 

IV.Monfeigneur    le  Dau- 


phin laus   les  pieds  au}ù 

T^auures. 
V'  Les  Paumes  ferais  par 

des  Princes ,  &par  quel-^ 

ques  Seigneurs. 
Vl.'Treiz»e  efcus  d'or  don* 

néZj  a  chaque  Pauurc  de  U 

Cène. 


' Ay  quelque  temps  difputé  en  moy  met- 
me  Cl  ie  deuois  donner  place  en  ce  troifié- 
me  Liure  au  narré  fuiuant  j  ôC  après  y  auoir 
fainement  penfé ,  il  m'a  femblé  qu  eftant 
à  la  gloire  de  faMaiefté ,  ôc  contenant  affez 
de  belles  circonftancesjie  chopperois  trop  lourdement 
fi  ie  Tauois  obmis  j  puifque  c'eft  vn  témoignage  qui  pu- 
blie hautement  à  la  Pofteritéjl'amour  extrême  que  por- 
toit  Henry  le  Grand  à  Monfeigneur  le  Dauphin  Ton  fils, 
auiourd'huy  glorieufement  régnant  ;  ce  Prince  incom- 
parable ayant  bien  voulu  luy  viuant  le  faire  participant 
de  l'honneur  deu  feulement  à  faMaiefté  Royale,  au  con- 
traire de  quelques  autreSjdontl'efpricpicqué  d'vne  iu- 
fte  iâloufie  ne  l'auroit  pas  voulu  permettre.    Le.  fuiet 


DE  FONTAINEBLEAV.  LiVRE  III.  2.9; 
de  ce  difcours  ell:  tel  :  Vn  chacun  fçait  que  nos  Roys 
Tres-Chreftiens,par  vne  cérémonie  autant  remarqua- 
ble qu'elle  cft  plenie  de  pieté  ,  ont  couftume  tous  les 
ans  le  leudy  Saind  de  lauer  les  pieds  à  treize  Panures, 
à  l'imitation  du  Sauueur  des  Humains  ,  qui  par  vn  ex- 
ceds  d'humilité  daigna  bien  faire  le  femblable  a  l'endroit 
de  Tes  Apoilres.  Sa  Maiefté  eftant  donc.en  ce  lieu  de  ï. 
Fontainebleau  à  pareil  iour  l'an  mil  fîx  cens  fept ,  tou-  ^"^"\°- 

,1  r      '  mes  de  la 

tes  choies  préparées  àc  bien  ordonnées  pour  cette  ce-  Cene. 
remonie  ,  &c  pour  en  faire  en  fuitte  vne  autre  que  l'on 
appelle  la  Cene  ,  qui  fe  pratique  feruant  les  mefmes 
Panures  en  table  j  le  Roy  enuoya  dire  qu'il  vouloit  que 
Monfeigneur  le  Dauphin  fît  ce  iour  là  cette  adion  pu- 
rement Royale  au  lieu  de  fa  Maiefté  ,  de  que  Ces  Offi- 
ciers luy  deferaflent  alors  les  mefmes  honneurs  6c  fer- 
uices  qu'à  fa  perfonne  propre. 

L' O  N  en  vient  aduertir  Monfîeur  de  Vitry ,  Capitaine      J7 
des  Gardes  du  Corps^qui  eftoit  en  quartier  3  lequel  bien   ^^0^;^", 
Verfé  en  fa  charge  ,  comme  il  eut  appris  que  le  Roy  Dauphin 
auoit  commandé  que  tous  fes  Officiers  feruiffent  Mon-  fçj"^£/ 
feigneur  le  Dauphin  en  cette  cérémonie,  vint  aufTi  tofl  cieis  du 
trouuer  fa  Maiefté  ,  luy  faifant  entendre  que  c'eftoit    °^* 
contre  la  pratique ,  &  ce  qui  n'auoit  iamais  efté  obfer* 
ué  du  règne  des  Roys  fes  Predecelfeurs ,  que  leurs  Câpi* 
taines  des  Gardes  du  Corps  feruiffent  leurs  enfans  ;  ôC 
qu'en  cette  coniondure  &  occurrence ,  il  n'auoit  pas 
creu  le  deuoir  faire  fans  préalablement  fçauoir  ,  fî  telle 
eftoit  la  volonté  de  fa  Maiefté  ,  dont  il  en  eftoit  venu 
luy  mefme  prendre  l'ordre  bc  le  commandement.   A 
quoy  le  Roy  répondit  j  F'ouf  atteZj  tres-htenfatt  de  me  le 
demander^  autrement  njoui  auriez^  lourdement  manqué  en 
^ofire  charge  s  alleZc  ^feruez^  mon  fils  en  cette  aHion  de  peté^ 
comme  moj  mejme. 


C  E  commandement  receu  ,  le  Sieur  de  Vitry  auec     ,^^i- 
fes  Gardes  s'en  va  accompagner  Monfeigneur  le  Dau-  tanoufauJ 
phin  en  la  Salle  du  Bal,  où.  fe  fait  d'ordinaire  cette  pieu-  ^^^^^^'^^ 
fe  ,  &:  tres-louable  aâ:ion.    Alors  Monfeigneur  l'Ar-  d'Am- 

Nn    lij  ''^■"" 


IV. 

Monfei- 
gneur le 
Dauphin 
laue  les 
pieds  aux 
Pauures. 


V. 
Les  Pau- 
ures feruis 
par  les 
Princes,  & 
par  quei- 


lU         Le  Trésor  des  merveilles 

cheucfque  d' Ambrun  eftant  monté  en  chaire  commen- 
ça cette  cérémonie  par  vne  belle  Exhortation ,  mon- 
trant que  toute  adion  du  Fils  de  Dieu  incarné  eftant 
noftre  mftrudiion ,  èc  par  le  lauement  des  pieds  de  fes 
Apoftres  ayant  témoigné  vne  aâ:ion  lignaléc  d'humi- 
lité ,  c'eftoit  donc  cette  vertu  que  tous  Chreftiens  de- 
uoient  foigneufement  pratiquer. 

L'Exhortation  acheuée  ,  les  Princes  èc  Officiers  de 
la  Couronne  afTiftans  &  feruans  Monfeigneur  le  Dau- 
phin fe  prefenterent  jl'vn  prit  le  baflin  ,  &c  l'autre  l'ai- 
guierc ,  tandis  que  Monfeigneur  le  Dauphin  laue  ,  eP 
luye  èc  baife  les  pieds  des  Pauures  ,  lelquels  félon  la 
couftume  auoient  premièrement  efté  vilitezpar  le  Mé- 
decin du  Roy  ,  pour  reconnoiftre  s'ils  n'auoient  point 
quelque  maladie  dangereufe,  &:  aufquels  l'on  auoit  ra- 
fé  les  cheueux  j  comme  aufli  on  les  auoit  reueftus  d'ef- 
carlatte  ,  auec  chacun  vn  grand  linge  de  fine.'toile  qui 
les  couurc  iufques  fur  les  pieds  5  le  tout  félon  la  prati- 
que ordinaire. 

D'A  BORD  Monfeigneur  le  Dauphin  fit  quelque  pe- 
tite difficulté  de  lauerëc  baife r  les  pieds  de  ces  Pauures^ 
fon  âge  tout  foiblet  ne  luy  pouuant  faire  comprendre 
cette  cérémonie, &  croyant  que  l'on  fe  vouloir  rire  de 
luy,  fur  ce  qu'il  voyoit  que  tous  les  Princes  ôcSeigneurs 
teflies  nues  le  feruoient ,  bc  que  luy  fuft  ordonné  pour 
feruir  ces  Pauures  :  mais  aufli  toft  iettant  la  veuë  der- 
rière luy,  Revoyant  Monfeigneur  le  Comte  de  Soif- 
fons  tenant  fon  bafton  de  Grand  Maiflre  qui  venoit  en 
cérémonie, fuiuy  de  tous  les  Maiftres  d'Hoftel  du  Roy, 
qui  precedoient  les  mets  pour  feruir  de  donner  à  ces 
Pauures,  il  commença  àibufrire,ô^  fe  porta  alors  d'af- 
fedion  à  faire  cette  adion  célèbre  de  pieté,  reconnoif^ 
faut  qu'il  n'y  auoit  point  de  mocquerie. 

Les  feruices  de  chaque  Pauure  eftans  de  treize  plats, 
furent  tous  portez  par  des  Princes  ou  des  Seigneurs  de 
marque  5  entre  lefquels  eftoit  Monfeigneur  le  Prince  de 
Condé,  Monfeigneur  le  Prince  de  Conty ,  Monfeigneur 


onnez  a 

jue 

urc. 


i3E   FONTAINEBLEAV.     LiVRE  itl.  1S7 

le  Duc  de  Vandorme,  &  Monfeieneur  le  Duc  de  Guife.    "i""  ^^'^' 

Et  quand  il  fallut  donner  a  chacun  de  ces  Pauures  — :^^ — 
treize  efcus  d'or  ,  accouftumez  leur  eftre  alors  aumof-  Treize  ef- 
nez,  ce  fut  où  Monfeigneur  le  Dauphin  témoigna vne donnée 
erande  alleffreiîej  &;  icy  finit  cette  cérémonie  &aâ;ion^'^*i"^ 
purement  Royale  ,  aélion  que  l'on  ne  lit  point  auoir 
elle  iamais  faite  auparauant  par  aucun  Dauphin,ou  au- 
tre Enfant  de  France. 

Cette  première  adion  Royale  de  Monfeigneur  le 
Dauphin  ne  luypouuoit  eftre  que  de  bon  augure,  puiP 
qu'eftant  pareillement  de  pieté  ,  elle  eftoit  comme  vn 
prefage  qu'il  en  feroit  de  mefme  de  fa  vie  5  ainfi  qu'au- 
iourd'huy  les  actions  de  fa  Maiefté  en  font  des  témoi- 
gnages ,  qui  dés  le  commencement  de  fon  règne  luy 
ont  acquis  le  titre  de  Lo  VIS  LE  IvSTEi 


ARRIVEE  D'VN  CHAOVX  DE  LA  PART 

de  l'Empereur  des  Turcs  vers  Henry  le  Grand 
à  Fontainebleau; 

ChaPITReXX. 

/.  Vefiime  quefaifoit  l'Em-  \      dn  Roy  ,  &  l'ordre  quiy  j  ^^'j^"  f_^ 
pereur  des  Taures  de  Hen-      fut  ohferué.  c  h  r  i  s  ti 

rj  le  Grand.  ]  /  F".   La  Rejne  'voit  cette  r^-  "^  °  ^' 

//.  Titres  &  Eloges  donnezJ      cePtion, 

aux  Rois  de  France  par  les  V.  Le  Roy  amit  défia  receu 
Turcs. 

IIL  Ce  ChaoHx  a  audience 


vne  pareille  Amhajfade, 


E  range  d*autant  jplus  volontiers  l'arriuée       î.      ' 
de  ce  Chaoux  au  nombre  des  chofes  fin-    ^  ^^.^™^ 
gulieres  aduenuës  en  ce  Lieu,qu'€lle  eft  vn  l'Empe- 
témoignagetouteuident  desmerites,&;de  Turcs*^de 
la  réputation  que  Henry  le  Grand  s'eftoit  ^^"^y  '^ 
acquis  parmy  tout  l' Vniuers ,  puifque  mefme  celuy  qui 
fe  perfuade  tenir  infiniment  au  delîous  de  luy  tous  les 


1^8         Le  Trésor  des  merveilles 

autres  Monarques  du  monde  (i'entends  l'Empereur  des 
Turcs  )  eftime  à  grand  honneur  6c  à  vn  fingulier  aduan- 
tao-e ,  Tamitié  6c  FallianGe  de  ce  grand  Prince  &  de  cette 
Couronne,  par  les  témoignages  qu'il  luy  en  rendit,  en- 
uoyant  vers  fa  Maielle  Très  -  Chreftienne  vn  de  Tes 
Chaoux  bC  AmbalTadeur ,  lors  qu'il  eftoit  en  ce  lieu  de 
Fontainebleau  au  mois  de  May  de  l'an  mille  lix  cens 

fept. 

AulTi  quand  ce  grand  Seigneur,  6c  tous  ceux  de  cette 
Nation  parlent  de  la  France  6c  de  fon  Roy ,  c'eft  auec  les 

_plus  beaux  Titres  &  Eloges  que  l'on  fçauroit  donner  à 

îî-      aucun  Monarque  Chrellien  ,  l'appellant ,  Le  ^Im  glo- 
ETo^'cTdf  rie^x,  le  flus  magnanime  ,  ^  grand  Seigneur  de  la  crean- 
nc2°aux     ç^  ^g  le  (us  -  Chrift ,  l'ejleu  entre  les  Princes  de  la  nation  du 
FiTce'^par  Mcf^ie ,  &  Medtâteur  des  dijfertnds  qui  faruiennent;  entre 
les  Turcs,  le  peuple  Chrétien  ,  Seigneur  de  JVlaîefie,  de  grandeur ,  de 
richeps  3  de  loyauté ,  &  iUuBre  guide  des  plus  grands ,  àcc. 
Et  c'eftoit  aulTi  l'infcription  que  portoit  la  Lettre  de  ce 
Sultan  au  Roy, que  luy  prefenta  le  Chaoux:  (qui  eft  com- 
me vn  Officier  éc  Exaiipt  des  Gardes  du  Corps  en  Fran- 
ce )  cette  Lettre  eftoit  enueloppée  dans  vn  petit  fac  dVa 
beau  cuir  de  Leuant ,  attachée  auec  vn  lacet  de  foy  e  à  vu 
turban  rouge  :  le  fuiet  de  cette  AmbafTadcjôC  le  contenu 
de  la  Lettre  neftant  autre  chofe  qu'vn  difcours  de  com- 
pliment èc  de  bienueillance,par  lequel  faHauteffe  Impé- 
riale témoignoitàfaMaiefté  Tres-Chreftiennereftime 
qu  elle  faifoit  de  fon  amitié ,  qu  elle  pfioit  de  luy  confer- 
uer ,  comme  de  fa  part  elle  feroit  le  femblable. 
lïT         La  réception  ô^  l'ordre  de  l'audience  de  ce  Chaoux 
Ce  cha-  £-^       |j^  .  j^  j^^y  eftaut  affis  en  fa  Chambre  dans  vnc 

oux  a  an-  rr  a  i    r^    •  ^    r  n 

diencedu  chaire  au  deflous  d'vn  grand  Daiz  ,  ayant  a  les  coftez 
VoYdie  qui  deux  de  Ces  Gardes  reueftus  de  leurs  hoquetons  j  &  la 
y  fut  ob-  pertuifane  en  main,&:  accompagné  de  plulieurs  Princes 
&C  de  Seigneurs  3  cet  Ambaffadeur  Turc  auec  fa  fuitte  fut 
conduit  par  l'Introdudeur  des  Ambaifadeurs  vers  jfa 
Maiefté  ,&: mettant  vn  genouïl  àterre,  après  auoir  porté 
fes  mains  à  la  bouche  pour  les  baifer  ,  ayant  le  Turban 

fur 


DE  FONTAÎNEBLEAV.  LIVRE  IIL  189 
fur  la  tefte ,  &:  les  deux  mains  fur  l'eftomach ,  (  qui  eft  la 
manière  de  falut  de  ceux  de  cette  nation)  puis  mettant 
derechef  le  genouil  en  terre ,  baifa  le  bord  du  manteau 
du  Roy,  6c  luy  ayant  prefenté  la  Lettre  du  Grand  Sei- 
gneur, commença  fa  harangue  à  pleine  voix  en  fa  ian- 
gue,laquelle  fut  aufïitoft  interprétée  par  le  Truchement 
èc  Interprète  de  fa  Maiefté  j  &  après  cela  le  Roy  luy  dit, 
qu'il  remercioit  le  Grand  Seigneur  du  fouuenir  qu'il 
auoit  de  luy,  &:  autres  pareils  difceurs  qu'il  luy  fit  alors 
entendre  par  fon  Interpretc:&  de  là  ce  Chaoux  prenant 
congé  de  fa  Maiefté,6cfe  retirant  de  fa  Chambre ,  fortit  • 
à  reculons  iufques  à  la  porte ,  pour  ne  tourner  le  dos  au 
Roy  ,  lequel  commanda  à  Monfîeur  de  Breues  de  Tac- 
compagner,  comme  efbant  fortverféen  la  langue  ôc  à  la 

pratique  de  ceux  de  cette  nation  eftrangere. ^ 

^   Comme  cette  nation  Leuantine  eft  veftuë ,  &C  a  des     ^  v. 
cérémonies  qui  ne  font  point  ordinaires,principalement  voit  c?rte 
parmy  les  Chreftiens  j  cela  donna  la  curiofîté  àla  Reyne  "^"^P"»^ 
de  voir  cette  réception  ,  dont  elle  receut  le  contente- 
ment eftant  à  la  ruelle  du  H61  du  Roy,  où.  elle  voy  oit  faci- 
lement fans  eftre  apperceuè". 

C  E  n'eftoit  pas  la  première  fois  que  le  Roy  aUoit  re-      y.     ' 

ceu  pareille  Ambaffade  de  la  part  de  ce  Monarque  Turc;  ^^.^?y 

1  ^  r  •    1»  -11    r  ^'^o'f  défia 

car  quelque  temps  auparauant ,  a  Içauoir  i  an  mille  lix  receu  pa- 

cens  vn  j  il  luy  auoit  enuoyé  fon  Médecin  Batth^lemy  de  baffade!'"* 
Cœur,  auec  de  fort  riches  prefens ,  fuppliant  fa  Maie- 
fté  de  ne  point  donner  de  fecours  en  Hongrie  à  l'Empe- 
reur, ôc  rappeller  quelques  Princes  &:  Seigneurs  Fran- 
çois ,  qui  en  fignalant  leur  valeur  faifoient  de  grands 
progrés  ,  &c  incommodoient  extrêmement  (es  armes. 
Mais  quant  à  la  prefenté  Ambalfade ,  elle  n'eftoit  pure-* 
ment  que  de  compliment  àc  de  bienueillance. 


Oô 


a$o 


LE    TRESOR    DES   MERVEILLES 


AMBASSADE    DE   DOM  PEDRO  DE 

Tolède, de  la  part  de  Philippe  III.  du  noniRoy  d'E- 
fpagne  vers  Henry  le  Grand,  èch  réception  qui  luy 
futfaite  à  Fontainebleau. 


Chapitre    XXI. 


L'an  de 
I  E  s  V  s- 

C  H  RIST 

l6oS. 


1,  Dom  Tedro  Allié  de  la 
Reyne  M.arie  de  Adedtcis. 

IL  Le  Roy  emoje  au  de- 
uant  le  receuoir. 

III.  L'ordre  &  cérémonie  de 
l'audience, 

IV,  Sommaire  du  difcours 
de  Dom  Tedro  enfin  au- 
dience, 

Vt    II  ^afaluér  la  R  ejne. 


V  L  11  fait  le  femhlahle  en- 

uers  JVLonfeignenr  le  DaU" 

fhm. 
VIL    En  njain  il  tafche  de 

dtffuader  le  'I{py  de  la  pro- 

teéiton  des  êfiaPs. 
VI IL  Ce  que  dtt  Dom  Pe.* 

dro  ^voyant  ce  Chafieau. 
IX*    La  rejolution ,  &  l'iffuë 

de  cette  Ambaffade, 


I. 

Dom  Pe- 
dro allié  de 
la  Reyne 
Marie  de 
Medicis. 


O MME  cette  Ambaffade  eftoit  fort  illu- 
ftre,  &en  la  perfonne,  ôC  en  l'appareil  de 
celuy  qui  en  faifoit  la  charge  ,  fçauoir  eft 
Dom  Pedro  de  Tolède,  allié  de  la  Reyne, 
accompagné  de iix  Comtes, ôc  de  quelques 
Marquis  des  plus  grandes  Maifons  d'Efpagne ,  bc  de  cin- 
quante Gentilshommes,  auec  vn  grand  nombre  de  Pa- 
ges 6c  de  domeftiques  ,  tous  richement  veftus  &:  cou- 
ucrts  de  pierreries  &:  de  chaifncs  d'or  î  celainuitaaufïi  le 
Roy  àvne  réception  toute  extraordinaire.  Sa  Maiefté 
a:yant  appris  que  ce  Seigneur  Elpagnol  elloit  en  che- 
min ,  enuoya  au  deuant  iufques  à  Orléans  Meflieurs 
d'AUncour  6l  de  Boneuïl,  qui  le  receurent  fort  hono- 
rablement j  où  après  s'eftre  repofé  ôcrafraifchy  vn  iour 
ils  en  partirent  ,  ôC  accompagnèrent  ce  Seigneur  en 
ce  lieu  de  Fontainebleau  j  lequel  fut  encore  compli- 
menté bL  accueilly  de  la  part  du  Roy  à  l'entrée  de  la 


cérémonie 

au- 
dience. 


DE  FONTAINEBLEAV.  LlVRE  III.  151 
Foreftjpar  Monfieur  le  Marerdial  de  BriiTac,  fuiuy  dVne 
grande  troupe  de  Seigneurs  &  de  No  bleue  j  &c  enuiron 
leshuid  heures  du  foirdix-neufîémcIuilletmiUîxcens 
hui6i:,il  fit  Ton  entrée  en  cette  Maifon  Royale  par  la  gran- 
de Allée  de  la  Chaulléc,  où  cftoient  en  haye  fur  leurs  ar- 
mes quelques  Compagnies  du  Régiment  des  Gardes ,  ôC 
de  là  pallant  par  la  Cour  du  Donion  remplie  dVn  grand 
nombre  de  NoblefTe  &:  de  peuple ,  il  fut  conduit  &  logé 
au  Département  de  rHoftel&:  Conciergerie  de  ceCha- 
fteau  ,  où  au  foupper  il  fut  régalé  magnifiquement ,  6C 
toute  fa  fuitte  par  les  Officiers  du  Roy. 

Le  lendemam" après  difner^iouit  deftinépour  fa  pre-      J77 
miere  audience  ;  voicy  l'ordre  qui  y  fut  tenu.    Sa  Maie-  L'ordre  & 
fté  eftoit  en  la  Chambre  de  TOuale  alîîfe  dans  vnechai-  d"ï 
refur  vn  drap  de  pied  de  velous  cramoify,  au  deffus  de 
laquelle  eftoitvn  grand  Daiz  de  pareille  eftolFe,  Scbien 
enrichy  de  paflemens  &  crefpine  d'or ,  ayaiit  à  fes  coftez 
deux  Gardes  EfcofToifes  duCorps,reueilusde  leurs  ho- 
quetons, ôcleurpertuifane  en  main. 

Derrière  la  chaire,&:vn  peu  éfloignécftoientMefïieurs 
le  Duc  d'Aiguillon  en  qualité  de  grand  Chambellan  ^ie 
grand  Elcuyer ,  &c  le  premier  Gentilhomme  en  quartier 
de  la  Chambre  de  laMaiefté. 

Enlamaindroitte  fevoy oient  MefTeigneurs  lesPrin^ 
cesdeCondé  ,  le  Comte  de  SoiiTons,  le  Duc  ôileCh^é* 
ualier  de  Vandofme  ,  le  Duc  de  Guife  ,  le  Prince  de 
loinuille ,  le  Duc  de  Vitemberg,  le  Prince  de  Tingiy, 
le  Duc  d'Elpernon,  le  Duc  de  Sully,  l'Admirai,  les  Ma^ 
refchaux  de  Boifdauphin,deLauardin,&;  deBrilfac,  le 
Chancelier ,  les  Secrétaires  d'Eftat ,  de  Prallin ,  de  de  Vi- 
try  Capitaines  des  Gardes  du  Corps. 

JLe  Roy  eftant  en  cet  appareil, commanda  à  Monfci- 
gneur  le  Duc  de  Luxembourg,&:à  Monlîeiir  de  Boneuïl 
Introdudeur  des  AmbalTadeurs  ,  d'aller  quérir  en  fa 
Chambre  le  Seigneur  Dom  Pedro, qui  le  conduiiirent 
(iLtenoit  fon  chapelet  en  main  )  le  long  de  la  Galerie 
de  Cerfs,  pui$  de  là  par  la  Cour  du  Donion,  où  eiloic 

Oo    ij 


x^i        Le  Trésor   des  merveilles 

Monrieur  le  grand  Preuoftde  France  auec  Tes  Archets  > 
èc  Tous  la  Porte  dorée  paroifïbit  Monfieur  le  Capitaine 
delaPortçauecfes  Archers. 

Plus  de  là  eftoient  en  haye  deux  Compagnies  du  Régi- 
ment des  Gardes  Françoifes,&;  dans  la  Cour  de  la  Fon- 
taine deux  autres  de  Suiffes,  les  vnesôcles  autres  ayans 
leurs  Chefs  &C  Capitaines  à  la  tefte. 

Sur  l'efcaUer  qui  monte  au  Département  du  Roy 
eftoient  rangez  les  cent  SuifTes  de  la  Garde  du  Corps. 

A  la  Salle  des  Gardes  Françoifes  du  Corps  l'on  les 
voyoit  tous  en  mefme  ordre. 

Puis  aux  autres  Chambres  qui  deuâncent  celle  de  fa 
Maiefté ,  eftoient  en  la  première  les  Gentilshommes  or- 
dinaires de  la  Maifon  du  Roy. 

En  la  féconde  les  Huifliers  du  Confeil,  auec  leurs  chail^ 
lies  d  or  ,  &C  les  Huiftiers  de  la  Chambre  de  fa  Maiefté 
auec  leurs  Maftes. 

-  Et  en  la  troifiéme  les  CheuaUers  de  rOrdfe,&: autres 
Seigneurs  de  remarque. 

UAmbafTadeur  ayant  trauerfé  tonte  cette  illuftre 
compagnie  ,  fut  enfin  introduit  en  la  Chambre  de  l'O* 
uale  ,  où  trouuant  fa  Maiefté  en  l'ordre  décrit  cy-det- 
fus ,  il  mit  vn  genouii  en  terre  ,  &C  demeura  ainfi  quel- 
que temps  iufques  à  ce  que  le  Roy  le  leua,  rerabraffa, 
éc  luy  fit  de  très-grandes  carefTes  j  &c  commençant  ià 
harangue  ,  entre  autres  paroles  qu'il  tint ,  après  auoir 
reprefenté  à  fa  Maiefté  le  tres-humble  falut  de  la  part 

<iu  Roy  fon  Maiftre  ,  il  dit  en  fommaire  le  fuiet  &L 

IV.      motif  de  fon  AmbajGfadej  Que  le  Roy  d'Efpagne  defi- 

du"drf- "^^  reux  du  bien  commun  de  toute  laChreftienté,  voyant 

cours  de    la  longucur  des  euerres  ,  qui  depuis  fi  long:  temps  en 

dio  en  fon  arreltoit  le  repos  oc  le  bien  j  1  auoit  enuoye  a  ce  del- 

audicnce.  [^{y^  pour  noucr  auec  fa  Maiefté  vne  parfaite  alliance, 

&  par  ce  moyen  trauailler  à  la  ruine  éc  conuerfion  des 

Hérétiques  ,  (  entendant  les  Eftats  &C  les  Prouinces 

Confédérées  du  Pays  bas ,  qui  eftoir  proprement  le 

fuiet  qui  Tamenoit  en  Fxance ,  )  pour  faire  en  forte 


DE  FÔNTAINEBLEAV;  LiVRE  III.  19^ 
par  rentremife  de  fa  MaieftéTres-Chreftienne, d'ame- 
ner ces  Peuples  à  viiTraitcé  de  Paix,  ou  de  Tréue,  ainfi 
tju'il  arriua  en  fuicte.  Aquoy  le  Roy  trauailla  puiiTam- 
n"tent  j  aufli  eftoit-ce  où  tendoit  entièrement  cette  Ani- 
bafTade  j  &C  ce  que  fa  Maiefté  Catholique  defiroit  auec 
grand epafllon,laiïe  des  guerres pafTées,  &C  nepouuant 
prefque  plus  fournir ,  &  d'hommes^  &  de  finances,  pour 
en  porter  dauantage  le  faix  j  èc  fçachant  bien  qu'il  n*y 
auoitque  leRoyTres-Chrellienqui  pût  par  fonaucho- 
rité  acheminer, &:finir  ceTraitté  dePaix,oudeTréue 
dés  fi  long  temps  propofé  entre  ledit  Roy  Catholique^ 
de  les  Pays- bas  r 

A  lafortie  de  cette  première  audience  il  alla  faluer  la  ~. 
Rcyne,qui  eftoit  en  fa  Chambre  auec  vne  grande  com- /^^'' ^'''"" 
pagnie  de  PrincefTeS)  èc  de  Dames  y  à  fçauoir  Mefdames 
(es  filles, Madame  laPrinceffedeConty,  Mefdamoifel- 
les  de  Vandofme  ,  de  Verneiiil  ^  &  de  Mercœur.  Les 
Ducheifes  de  Guife>  de  Neuers,  de  Luxembourg,de  Ro^ 
han ,  de  Sully ,  &  de  plufieurs  ComtefTes ,  êc  Marquifes. 

De  là  il  fut  conduit  en  la  Chambre  de  Monfeigneuf     vïT" 
le  Dauphin,  le  quel  auoit  auprès  de  luyMefTeigneurs  les  ^^^J^'J^^ 
Ducs  d'Orléans  j  &c  d'Anioufes  Frères,  &:  Meireigneurs  enuasMô- 
les  Duc,  ôcCheualier  de  Vandofme,  le  Marquis  de  Vêr*  Sphin/. 
neuil,  Meffieursde  Souuré ,  àc  de  Bethune  ;  le  premier 
Gôuu^neur  de  Monfeigneur  le  Dauphin,  &:  i'aUtrede 
Moiifeii^neur  d'Orléans  j  èc  acheuant  cette  vifitê ,  il  fut      ,;  ;   . 
reconduit  aux  flambeaux:  en  fon  logis»  ^• 

-  En  la  féconde  audience  qu'il  eut  vrt  autre  iout  après  j    vu. 
s'êiîtreténant  auec  fa  Maiefté ,  comme  fi  par  fes  difcours^  ai£er1e 
èc  fes  propolitions ,  il  euftcreu  gagner  le  Roy  pour  luy  Roy  ^^  la 
perfuader  de  quitter  la  protecStion  des  Prouinces  Vnies  dcstftats? 
des  Pays-bas  j  il  luy  dit  que  fon  Maiftre  defireroit  volon- 
tiers faire  vne  eftroite  alliance  de  l'vne  Ôc  l'autre  Cou- 
ronne ,  par  les  mariages  des  Enfans  de  France ,  &  d'Elpa- 
o-ne,s'ilnevoyoit  fa  Maiefté  fi  fort  attachée  àlaconfer- 
uation  defdites  Prouinces  :  Où  le  Roy  prompt ,  &  heu- 
reux en  fes  reparties  ne  manqua  point  de  réponfe,  luy 

Oo    iij 


âxhf       i^"^  Tresor/des  Merveilles 

difant,  quai  ors  ique  fes  ènfans  feroient  en  âge  d'eftre 
mariez  ,  il  fçau oit  qu'ils  eftoient  de  fi  bonne  Maifon^ 
qu'ils  ne  nianquer oient  pas  d'eftre  eonûderez  des  meil^^ 
leurs  partis  delà  Chreftienté.  .^-v.^'        ^:    ;M'=:}ai 

VIII.    ...  D Ece difcours ils vindrent àvn aùtre-3 carleRoylay-" 
Doiï'pf-^  ant  afTez  longuement  promené,  ôdfait  voir  lesTnigula- 
dio  voyâ:  ritcz  ^^  cctte  rare  Maifon^defireux  d'en  fçauoir  fon  fen-« 
fteau.  **    time.lit ,  àc  iugeant  bien  que  félon  l'humeur  de  fon  pays, 
ou  il  n'en  fer  oit  pas  l'eftime  qu'elle  mérite  ,  ou  qu'il  ne 
manqueroit  d'y  trouuer  quelque  chofe  à  redire  j  il  luy 
demanda  ce  qui  luy  en  fembloit  :  £lie  efi  tres-helle ,  Stre^ 
dit-il ,  Jl  Dtei4  y  efiott  aufi  bien  logé ,  qmvofire  Maiefie, 
Paroles  qui  appreftèrent  à  rire  au  Roy ,  s'eiltant  bien  at- 
tendu à  quelque  pareil  difcours,  &  rodomontade  5  no- 
tamment fur  ce  que  fa  Chapelle  haute, ,  à  laquelle  les 
Peiiitres  trauailloient ,  n'eftoit  pas  encore  acheuée  en 
fes  enrichilTemens ,  comme  elle  eft  auiourd'huy  j  ÔC  des 
lors  faMaiefté  prit  refolution  défaire  trauailler ,  ÔC  en^ 
richir  la  grande  Chapelle ,  &:  Eglife  de  la  Sainâ:e  Trini- 
'^î'v      té  de  ce  Chafteau ,  (  où  nous  célébrions  alors  le  feruice 
'^  .'1']       Diuin  )  comme  beaucoup  plus  grande ,  &;  plus  proprd 
-ôMar      pour  l'omer  ,  &:  l'embellir ,  en  l'eftat  qu'elle  eft  à  pre- 

15^-  , ..  La  Cour  ayant  quitté  ce.  Lieu  pour  aller  a  Paris  ,  &: 
tion^&  nf-  Dom  Pedro  quant  ôc  quant  j  là  il  prit  congé  Â^  leurs  Ma- 
fucdecette  ieftcz  Dout  s'iïn  tetoumer  ,  auee  promeffe  que  le  Roy 
de.  luy  nt  de  trauailler ,  ou  a  vne  raix ,  ou  a  vne  Trcue  en- 

~7-      pç  les;  Archi4ttcs  au  nom  du  Roy  d'Efpagne,&  les  Eftats 
!^v^'-;  des  Pays-bas  :  ce  <jui  fe  termina  enfin  quelque  temps 
•  après  par  vne  Tréue  de  douze  ans. 

-fioi'r    . 

-JjC 

~^qi>ri 


DE    FÔNTAINEBLEAV.     LlVRE  III.       2.9; 

MARIAGE    DE   CESAR    DE   BOVRBON 

Duc  de  VandoIiTie ,  auec  Françoife  de  Lorraine 
DuchelTe  de  Mercœur ,  à  Fontainebleau. 

Chapitre    XXII. 


/.  Dernière  aBion  memora- 
hle  faite  icy  fous  le  Règne 
de  Henry  IV. 

II.  Le  Roy  agrée  fort  ce  ma- 
riage. 

ni.  Le  "Roy  ,  U  Reyne  ,  & 
toute  la  Cour  très -riche- 


ment nieflm.  l'Au  de 

IV.  Ce  mariage  célébré  en  la  chkist 

Chapelle  haute.  ^^.°^- 

V'   Feftin  ou  le  Roy  3  O*  l^ 

Reyne  afijterent. 
VI.  Balfattenfuitte. 


'Est  icy  la  dernière  aâiion  mémorable      i- 
arriuée  en  ce  Lieu  du  Règne  de  Henry  le  adtic 


ion  me- 


Grand ,  en  laquelle  ce  Prince  témoigna  vn  "^o^^^ie 

■*  T.  D  icy  arnuee 

extrême  renentiment  de  ioyej  ôcpour  en  fousHea- 
honorer  la  pompe  ,  &:  la  magnificence ,  il  ^^  ' 
voulut paroiftre  en  vnfi  bel  appareil,  que  ie  croir ois  fai- 
re tort  à  fa  mémoire  illuftre ,  &  toute  glorieufc ,  ôc  fru- 
ftrer  ce  Seiour  Royal  d'vnefî  célèbre  aétion^fi  iela  paf- 
fois  fous  {ilence  \  quoy  que  ce  ne  foit  mon  deffein  d'en 
traitter  que  fommairement.  Et  comme  il  efl  vray  de 
dire ,  que  toutes  les  vertus ,  &  les  mérites  de  ce  Monar- 
que fans  pareil  luy  ont  à  bon  droit  acquis  le  titre  de 
Grand  :  auffi  peut-on  iuftementaffeurer  qu'il  n'y  a  point 
eu  de  Père  de  cette  qualité ,  ÔC  tant  aimé ,  hc  qui  ay  t  à  l'é- 
gal defaMaiefté  témoigné  tant  d'amour  enuersfès  en- 
fans  comme  celuy-cy.  Nous  en  auons  veu  cy-deffus  des 
effets  fignalez  en  la  perfonne  de  Monfeigneur  le  Dau- 
phin, auiourd'huyLouys  le  lufte, autant  héritier  de  fon 
Sceptre  &:de  fa  Couronne,  commeil  l'eftde  fes  vertus  j 
ôcl'adionprefente  de  celuy-cy,  ie  veux  dire  de  Monfei- 
gneur le  Duc  de  Vandofme,  en  fon  mariage ,  U.  en  la  ma^ 


II. 

Le  Roy  a- 


i^ê        Le  Trésor  i>es  merveilles 

gnificence  de  fes  nopces ,  en  eft  encore  vne  preuue  toute 
euidente. 

Le  Roy  qui  fçauoic  choifir ,  &  iuger  des  chofes  com^ 
me  il  faut ,  ayant  reconnu  les  mérites^  &:  en  la  perfonne , 
grée  fort  ^  eu  l'cxtradiou  de  Madamoifellc  de  Mercœur  ,  fille 
cetwa  '^"'yJ^^^e^  ^  héritière  de  ce  grand  Héros  Philippe  Ema- 
nuel  de  Lorraine  Duc  de  Mercœur,  dont  les  vertus  luy 
ont  acquis  vne  immortelle  gloire  pour  {es  glorieux  ex^ 
ploids  contre  les  Othomans  &  plus  grands  ennemis  du 
nom  Chreftien  ,  &  de  Marie  de  Luxembourg  de  l'illu- 
ftre  maifondePonthieure:  faMaiefté  difîe  defireufe  de 
rechercher  vnpartypource Prince, agréa  fi  forcceluy^ 
cy ,  qu'il  témoigna  en  eftre  grandement  fàtisfait*  C'eft 
pourquoy  les  Articles  en  eftans  accordez ,  &C  reccus  de 
part  éc  d'autre ,  voicy  l'ordre  &c  les  cérémonies  qui  fu- 
rent obferuées  en  lapompe  magnifique  de  ces  nopces,  èc 
mariage. 

. Le  temps  6c  le  iour  pour  ces  époufailles  eftant  aflî^ 

icRoy,ia  gné  en  cette Maifon Royale  de  Fontainebleau  en  l'Au- 
Reyne,  &  tomuc  dc  l'année  mille  fix  cens  neuf,  iamais  le  Roy, 

toute  la  /    1 

Cour  très-  la  Reyue,  &  toute  la  Cour  ne  parurent  auec  vn  éclat 
yeftuT"'  d'habits  &  de  veftemens  plus  riches.  Car  le  Roy  entre 
les  autres  auoit  au  cordon  de  fon  chapeau  ,  àc  en  foil 
cordon  bleu  tant  de  de  fi  rares  enfeigncs  de  diamants, 
&  autres  pierreries ,  qu'elles  eftoient  eftimées  à  cinq 
cens  mille  efcus:  La  Reyne  n'en  auoit  pas  pour  moindre 
prix  i  &  chacun  des  Princes ,  des  Princefies ,  &C  Dames 
de  la  Cour  pour  contribuer  à  cette  magnificence  ,  6i 
complaire  à  fa  Maiefl:é ,  eftoit  auffi  veftu  fi  richement  , 
que  c'eftoit  vne  merueille  d'en  voir  la  fplendeur,  &:  la 
pompe. 
T7.  Parm  Y  ce  concours  de  raretez  ,  paroifToit  auec  vu 

^^  cTiebré  ^ii^g^^i^^  ^clat ,  &c  de  modeftie ,  èc  de  beauté ,  l'époufe 
en  laCha-  reueftuê'd'vne  robbc  Ducalc,  ayant  la  CourÔue  de  mcf- 
5u  chT-"^  uie ,  laquelle  eftoit  eftimée  à  foixante  &c  quinze  mille 
fteau.  efcus ,  &:  ainfi  parée ,  elle  fut  conduitte  par  le  Roy  en  la 
Chapelle  haute,  où  Monfeigneurl'Euefque  de  Paris  or- 
donné 


m 


V. 


.  h  i 

2  V  t  3  t 

tinn  i'- 


DE  FONTAINEBLEAV.  LiVRE  III.  197 
donné  pour  cette  cérémonie  ,  célébra  &  commença  la 
MefTe  à  cinq  heures  du  foir  j  laquelle  ayant  acheué,  les 
Promis  s'-eftans  prefentez  deuânt  l'Autel  il  les  épaufa;: 
&  le  tout  finy  ,  le  Roy  prenant  derechef  la  main  de  la 
Mariée  lareconduilit  en  fa  Chambre,  attendant  l'heure 
du  foupper  &  feftin  ,  qui  fut  fort  fomptueux:j  où  Mef- 
feigneurs  les  Princes  deCondé  ,  le  Cômxe;  de  Soiiîbns,  Feftin  où 
de  le  Prince  de  Conty  feruirent  le  Roy.  .^  jh  o'iioi  o  ri      Re^ne  fffit 

MefTeigneurs  le  Duc  d'Aiguillon ,  le  Prince  de  ïain-  fteren^' 
uille  ,  &;  le  Prince  de  Luxembourg  la  Reyne  ;  tandis 
que  toute  forte  de  Mulîque  d'inftrumens  rendoit  vne 
l'nelodie  charmante. 

Et  comme  en  telle  réioliyffance  le  Bal  efl  viie  des 
chofes  qui  ell;  la  plusconfîderéej  aufll  ce  fut  ce  qui  fuiX 
uit  le  feftin,  &;  commença  enuiron  les  neuf  heures  j  où 
tous  les  Princes ,  ÔC  PrinceiTes ,  &  les  Dames  qui  auoient 
affifté  aux  cérémonies  Nuptiales  ,  ne  manquèrent  pas 
de  s'y  rrouuer  aulTi. 

Le  Roy  en  fit  rouuerture,&;  l'entrée  menant  la  Ma-     vi. 
liée ,  Monfeigneur  le  Dauphin  la  Reyne  ,Monfeigneur  came!^^  ^'^ 
le  Prince  de  Condé  Madame  la  Princeffe  de  Conty, 
Monfeigneur  le  Prince  de  Conty  Madame  la  Princeffe 
de  Condé  ,  Monfeigneur  le  Comte  de  Soiffons  Mada- 
moifelle  de  Vandofme,Monfeigneur  le  Duc  de  VandoR 
me  Madame  la  Comtelfe  de  Soiflons  ,  Monfeigneur  le 
Duc  de  Raiz  Madame  laMarquife  de  Guiercheuille  ,&; 
Monfeigneur  le  Duc  de  Bellegarde  Madame  la  Duchefî'  , 
fe  de  Sully.  .q 

Et  parce  qu'il  efloit  tard  quand  ce  Bal  finit ,  le  Roy 
remit  au  lendemain  le  grand  Balet ,  qui  fe  danfa  le  foir 
en  la  Salle  de  la  belle  Cheminée ,  après  que  toute  l'apref^- 
dinée  fa  Maiefté  ,  àc  toute  la  Cour  eurent  fait  preuue 
de  leur  adreffe  ,  &  dextérité  ordinaire  à  courre  la  Ba- 
eue. 


19^ 


Le  Trésor  des  merveilles 


ACTE  NOTABLE  FAIT  A  FONTAINEBLËAV 
en  la  prefence  du  Ray  >  par  le  R.  P.  Arnoux  Prédi- 
cateur ,  &  Confeffeur  de  fa  Maiefté  j  oppugnant  la 
ConfefTion  de  Foy  de  la  Religion  prétendue  refor- 
mée j  èC  les  glorieux  effets  qui  s*en  font  enfuiuis  à 
la  gloire  de  Dieu ,  ÔC  à  l'aduantage  de  la  France. 


Chapitre    XXIIL 


afi' 


L'An  de/.     M.otif de cctte a^ton m- 

Ï617.       JI,  Le  Reuerend  Père  Ar- 
noux  conmtnc  de  fana  la 
Religion  prétendue  refor- 
mée, 
JlI.Les  Religionaires  écri- 
client  contre  le  Père  Ar- 


IV»  Il  letir  fait  réfonje  ,  & 
plufieurs  autres  doBes  per^ 
fonnages, 

V*  Adonfeigneur  le  Cardi" 
nal  de  Richelieu  excella  en-» 
tre  tous  en  fa  réfonfè. 

VI.  Les  fruits  arrmeZj  de  cet 
a^e  mémorable. 


O  M  M  E  Dieu  eft  vn  obiet  infiniment 
adorable  ,  le  parangon  de  toute  grandeur, 
&  la  feule ,  &;  fouueraine  félicité  des  hom* 
mes  ";  auffi  il  faut  aduolier  que  tout  ce 
qui  le  regarde  j  &:  qui  contribue  à  fa  gloi- 
re doit  tenir  lieu  parmy  les  mortels  de  lachofe,qui  pac 
préférence  à  toute  autre  ,  mérite  eftre  la  plus  confîde- 
rce.'  Ce  qui  me  fait  aduancer  cette  vérité  ,  que  cette 
adion  ,  de  laquelle  nous  traittons  en  ce  Chapitre  ,  eft 
bien  vne  des  plus  remarquables  qui  fe  foient  iamais  fai- 
tes en  cette  Maifon  Royale  ;  puifque  Tifluè" ,  èc  la  con- 
fequence  en  a  efté  tres-illuftre  à  la  plus  grande  gloire 
de  Dieu  ,  àc  à  l'aduantage  de  cette  Monarchie  Fran- 
çoife  ,  par  la  ruine  des  rebelles  Religionaires  ,  6c  de 
leur  Fadion  ,  qui  depuis  a  toufîours  efté  en  deca^ 
dence. 


DE  Fontainebleau,    Livre  III.      199 

Or  envoicyle  iiarré.LeReuerend.  Père  Arnoux  de       i- 
la  Compagnie  de  I E  S  V  S,  Confefleur  &:  Prédicateur  de  fa  cctceTftion 
Maiefté,  perfonnage  tres-fçauant ,  6^  doUé  dVne  pieté,  notable. 
&d'vn  grand  zèle  pourlaconueriiondes  âmes  deuoyées 
par  les  erreurs  duCaluinirme,eftant  plufieurs  fois  entré 
en  conférence  particulière  auec  pluiieurs  perfonnes  de 
condition  de  la  Religion  prétendue  reformée,  lefquel- 
les  fuiuoient  la  Cour  ,  s'offrit  auffi  maintefois  de  faire 
voir  la  vanité  de  leur  créance,  &  monftrer  que  tous  les 
articles  de  leur  ConfefTion  de  Foy,  qui  parmy  ces  errans 
tient  lieu  de  Symbole  ,  n'efhoient  en  aucune  façon  ap- 
puyez de  Tauthorité  des  Efcritures  Saindies,  àc  principa- 
lement que  les  Textes  qu'ils  y  employent,&quiyfont 
cottez  en  marge  en  preuue  des    points   contYouerfez 
qu'ils  contiennent ,  n'y  font  ny  exprez ,  ny  formels  félon 
mefme  la  Bible  de  Geneue  ,  ôc  toute  autre.    Ce  dode 
&  pieux  Religieux   eftant  donc  vne  fois  dilpofë   de 
s'acquitter  de  fapromeffe  enuersces  perfonnes, qui l'a- 
uoient  engagé  au  combat  5  le  Roy  qui  eftoit  en  ce  lieu  de 
Fontamebleau  en  fut  aduerty ,  &:  porté  de  zèle  pour  la 
conuerfion  de  fes  Suiets  errans ,  commanda  à  ce  Père  de 
le  monftrer  publiquement  en  chaire  ,  ce  qu'il  n'auoit 
propofé  que  de  produire  en  conférence  particulière  i 
croyant  fa  Maiefté,  comme  de  vray,que  le  public  en  re- 
ceuroit,ô(:delafâtisfa6tion,&:  de  l'édification.  Ce  Père 
s'y  difpofe,ô^  le  Dimanche  vingt-cinquième  de  luin  mil-  — j^ 
le  fix  censdix-fept,  eftant  monté  en  chaire  en prefence  LePercAi: 
de  fa  Maiefté, &  de  toute  la  Cour,  où  l'audience  fut  fort  "ai^ic  "r° 
célèbre  de  l'vne  ÔC  de  l'autre  Religion, CathoHque,  ô^f^uviaRe- 
pretenduererormee.  Ce r ère,  après  auoir  délia vn  peu  tendue Rc- 
aduancé  fa  Prédication,  ÔCtraittél'Euangile  duDiman-  "^'"^^^ 
che  courant ,  tomba  enfin  fur  lapropofition  qu'il  auoit 
faite  j  prend  en  main  le  liure  de  la  Confeftion  de  Foy  des 
Religionaires,dont  il  fait  lec^ture  tout  haut,comm€  aulfi 
des  Textes  de  l'Efcriture  fainde ,  citez  en  marge ,  mon- 
ftrela  nullité  de  ces  Pafrages,&;  fait  voir  clairement  à  vn 
chacun,  comme  ils  ne prouuoient  rien  du  corps  des  arti- 


^oo         1e  Trésor   des   merveilles 

jcles,  nonpasmefmevnfeuli  ôipar  ainfi  que  cette  Con- 
felfion  de  Foy  eftoit  compofée  de  diuerfes  propofîtions 
tirées  du  néant  :  Que  toute  leur  Eglife  prétendue  n'e- 
ftoit  fondée  que  fur  des  idées ,  6c  efpaces  imaginaires, 
&;  que  leur  prétendue  Religion  n'auoit  appuy  aucun 
dans  la  Parole  de  Dieu  j  bref  que  dedans  l'ellat  de  leur 
ProfefTionjil  n'y  auoit  rien  du  tout  affermypar  les  Let- 
tres facrées,  que  ce  qu'ils  croyoient  auec  l'Eglife  Catho- 
que  j  Apoftolique  Ô^  Romaine. 

Le  Sermon  eftant  acheué  vn  Gentilhomme  des  leurs, 
lequel  auoit  affifté  à  la  Prédication  ■,  pria  le  Reuerend 
Père  Arnouxde  luy  donner  par  écrit  la  feilille,  &  con- 
frontation qu'il enauoit  minutée,  &;faite  quelque  peu 
auparauant ,  difant  que  c'eftoit  pour  s'en  inftruire  plus 
particulièrement  :  ce  que  le  Père  luy  confia  alors  de  bon- 
ne foy  ,  fous  elperance  que  cela  pourroit  contribuer 
quelque  chofe  à  fa  conuerfion.  Mais  aufli  tofl  il  part, 
éc  s'en  vient  en  donner  aduis ,  ÔC  la  communiquer  aux 
"TîTT  quatreMiniftres  de  l'erreur  de  la  Religion  prétendue  de 
Les  Reh  (^j^arenton ,  èc  leur  fait  le  difcours  de  tout  le  narré  cy- 

gionaires  '  ' 

Écriuent     -deffus.  Ce  qui  mit  ces  Memeurs  en  fî  mauuaife  humeur^ 
Pcîe'Ar-    Voyans  les  appuis  ,  &C  fondemens  de  leur  dodrine  &C 
noux.        Religion  fappez  j  &:  conuaincus  de  faux ,  ÔCconfequem* 
ment  leur  crédit  ,  ôi  leur  intereft  par  terre  j  que  pour 
cet  effet  s'eflans  tous  aufli  toft  affemblez  ,  ils  minutè- 
rent ,  6c  drefferent  vne  lettre  &C  écrit  ,  pour  s'effor- 
cer de  défendre  leur  mauuaife  caufe  par  d'auffi  mau- 
uaifes  raifons ,  duquel  écrit  ils  en  firent  l'adreffe  au  Roy: 
difcours  au  refle  autant  farcy  de  menfonges ,  qu'il  eftoit 
calomnieux ,  feditieux ,  &C  digne  du  feu. 
IV.  A  V  S  S I  ne  manqua p^s  cet  écrit  concerté ,  &C  publié 

Il  leur  fait  p^j.  çQ^  Suppôts  de  l'eri'eur ,  de  belles  ,  èc  doutes  repar^ 
reponfc&r  rr  '  '  r 

piufieuis    ties,qui  turent  rai-tes  par plulieurs  celebresperionnages, 
dterL'i-    ^^  ceR.  P.  Arnoux  fut  tout  le  premier,  comme  le  princi- 
fonnages.   pal  intereffé ,  à  y  faire  fa  réponfe ,  èc  monftrer  plus  am- 
plementjCequ'iln'auoit  pu  déduire  que  fommaijrement 
dans  le  peu  de  temps  qu'il  auoit  eu  de  k  faire  en  fon  Ser- 
mon. 


DE'FONTAÏNEBLEAV.^      LIVRE  III.         301 
Mais  il  faut  aduouër  franchement  >  pour  ne  faire      V. 
tort  à  la  vérité  ,  &:  le  dire  hautement  6c  fans  flatterie  4  ^^°"^^'- 

'  sneur  le 

que  de  tous  ceux  lefquels  écriuirent  6c  firent  alors  Cardinal 
réponfe  à  cet  écrit ,  pas  vn  ne  reliffit  fi  dodement  ÔCÎJcu^cxïcU 
auec  tant  d'cflicace,que  Monfeigneur  le  Cardinal  de  Ri-  '^  ^""^ 
chelieu  pour  lors  Euefque  de  Luçon  j  où  par  fa  dode  ré-  réponfe* 
ponfe  non  feulement  il  conuainc  de  faux  &c  d'erreur 
euidemment  les  Autheurs  de  cet  écrit ,  &:  toute  la  créan- 
ce de  leur  Religion  ;  mais  encore  appuyé  &:  défend  auec 
très-grande  folidité&iugement  les  principaux  poinds 
de  la  Foy  de  l'Eglife  Catholique.  ~^ — ' 

Or  lesfruids  ôclesaduantagesde  cette adion notable,  L«  fiméts 
ont  efté  premièrement  que  plulieurs  ouurans  alors  les  cé"a£ie  ^ 
yeux  Àc  fentendement  ofFufquez  par  l'erreur  ,  abiure-  memora- 
rent  leur  Religion  prétendue,  s'eftans  veu  iufques alors     ' 
tromptz  par  ceux  qui  fous  vn  habit  d'agneau  eftansdes 
loups  rauiffans,  leur  faifoient  entendre  que  leur  créance 
&;  Confeflion  dêJFoy.  eftoit  authorifee  de  la  Parole  de 
Dieuj  ce  qu'ils  ont  depuis  reconnu  eilre  faux. 

Et  non  feulement  ces  particuliers  en  ont  receu  ces  ad- 
uantages  pour  leur  confcience,& le  repos  de  leur  amej 
mais  encore  depuis  vn  millier  d'autres  ,  voire  toute  la 
France  iYeu  que  cette  adion  animant  plufieurs  célèbres 
Dodeurs  ôc Prédicateurs  à  ladefenfe  delaRelio-ion  Ca- 
tholique ,  parles  a.rmes  &;de  la  Parole  de  Dieu  ôcde  leur 
dodrine,  ils  retirèrent  vne  infinité  de  perfonnes  de  cet 
abifmc  j  pour  lés  tanger  au  bercail  de  l'Eglife. 

Ce  que  voyans  plulieurs ,  &  niefme  des  principaux  de 
cette  Religion  prétendue ,  au  lieu  de  viure  paifiblement 
fous  la  faueur  des  Edids,  s'eftans  portez  à  la  reuolteen 
Bearn.en  Guyenne, en  Languedoc,  en  Poidou,  &en 
diuers  autres  endroits  de  ce  Royaume ,  par  leurs  affem- 
blées&; pratiques fecrettes, contre  l'authorité  &  la  d£- 
fenfe  de  fa  Maiefté ,  ont  attiré  enfin  la  iuftice  defes  armes 
pour  punir  leur  rébellion^  (fans  toucher  toutefois  à  ceux 
qui  fe  maintenoient  en  leurdeuoir)  &  parce  moyen  ont 
eftédépouïUez<ies  villes  ëC  des  places  qui  authorifoienc 

Pp  iij 


7jOt  LE  Trésor  des  merveilles 
&;  maintenoienc  leur  rébellion  ôcleurs  erreurs ,  où  laRe- 
ligion  Catholique  n'eftoit  pas  en  alTeurance ,  6c  n'ofoit 
prefque  en  cachette  offrir  à  Dieu  Tes  Sacrifices  :  &:  par 
ainli  ont  efté  rendus  les  Autels  à  Dieu  ,  les  Villes  au 
Roy ,  ÔC  le  repos  à  la  France  ,  fous  les  aufpices  èc  la  va- 
leur de  noftre  Grand  Roy  LOVIS  LE  IvSTE,quia 
fceu  ranger  ces  rebelles  au  deuoir,ôC  qui  fait  parler  ainfi 
vn  de  nos  Poètes  à  fa  louange  ; 

r^  Sieur  Qg  q^^  ^^  Grand  Henry  les  armes  ri  ont  tenté  ^ 
fes  Stances      Qjfe  uos  peres  ^at liants  croyaient  ejtre  indomptable , 
^'oires  X"      ^^  ^^^  orgueil  fi  fier  de  Je  'voir  redoute' , 
Roy.  contre      JSle  fiera  déformais  rien  quunfiuiet  de  fiable. 
mUaf'  Comme  les  flots  quen  'vain  C  Aquilon  a  poujjezj, 

Foi  blés  contre  'vn  grand  roc  brifient  leur  arrogance, 
Ainfii  dejfousfiès  pteds  les  mutins  terrafièzj. 
Confièrent  fa  valeur,^  leur  outrecuidance. 
Xi  es  lors  que  pour  orner  ce  Siècle  commençant, 
L!  Ange  qui  nous  conduit  eut  afiisfia  Natfifance, 
JSloflre  onzjon  le  njeit  comme  njn  Afire  pmfiant. 
Qui  deuoit  reflaurer  lefialut  de  la  France. 
6t  Dieu  qui  ne  met  point  en  njnfeul  Prince  en  'vatn] 
Les  'Vertus  dont  il  peut  accomplir  plufiieur s  Princes, 
C^Monïlre  l'auoir  choifipour  cet  effet  diuin^ 
De  faire  refleurir  fion  nom  dans  les  Prouinces, 
'Aufii  les  Eléments  ont  pour  luy  combattu, 

La  mer  changea  fion  cours,  &  fies  loix  immuables  p 
;  ;  '  ^  Pour  laijfer  l'ennemy  'victime  à  fia  vertu , 
yiAe  de  Ré.      Abandonnant  Les  champs  de  l'JJle  des  coupables, 
.M.aintenant  les  autels  longuement  profanez^ 
Reprennent  de  fia  main  les  ornemens  antiques. 
Et  au  culte  des  Sainéis  les  peuples  addonnezj , 
•  Honorent  des  Martyrs  les fianglantes  reliques. 
On  'Voit  de  SainSt  Louis  le  reietton  fiacre , 
Conduire  fies  vertus  fiur  vn  mefime  modèle. 
Et  le  beau  nom  de  Louis  derechefi confiacré ,  ■] 

^ar  bonté,  par  valeur,  par  fiagejfe, O*  f  ar  Zicle» 


DE   FONTAINEBLËAV.     LÏVRE  III.  303 

C'eft  l'honneur  immortel  qu'a  mérité  le  Roy  en  dom- 
ptant les  Religionaircs  rebelles  Tes  Suiets  ,  qui  auoient 
fait  tefte  à  tant  de  Roys  fcs  deuanciers. 

Et  ne  fera  pas  hors  de  propos  de  remarquer,  que  de 
cedit  écrit  &;lettre,  qui  fut  imprimée  de  ces  quatre  Mi- 
niftresdeCharenton,  il  fe  fit  de  grandes  plaintes,  aulîi 
bien  pour  le  fait  du  Ciuil  &  de  l'Eftat,  que  pour  la  Reli- 
gion \  parce  que  cet  écrit  eontenoit  plulieurs  chofes  pre- 
iudiciables  à  l'honneur  de  fa  Maielté,  Nacelle  de  ^qs  Pre- 
decelleursjfur  ce  qu'ils  auoient  eu  l'effronterie  de  mettre 
en  auant ,  Qj£ils  auoïent  feruj  de  refuge  au  Roy  Henry  le 
Grandi  quils  auoïent  donné  des  haï  aille  s  four  fa  defenje ,  & 
mtau  péril  de  leurs  "vies  ils  l' auoient  porté  a  la.  pointe  de  l'ejhée 
au  Royaume.  De  façon  que  le  Lieutenant  Ciuil  de  Paris 
ayant  fait  vne  enquefte  &  recherche  de  cet  écrit  &:  de 
fes  Autheursj  la  Chambre  de  l'Edid  croyant  auoir  droid 
en  cepoinâ:,  en  voulut  prendre  laconnoiffance,  ô£  de- 
puis Meflfieurs  du  Parlement.  Mais  le  Confeil  d'Eftaten 
euoquant  toute  la  caufe  à  foy  ,  donna  deux  Arrefts }  le 
premier  en  datte  du  lo.Iuillct  1617.  portant  euocation 
comme  deirus,&:  le  fécond  en  datte  du  j.  Aouft  audit  an  j 
portant  fuppreffion  de  cet  écrit  &:  lettre,  auec  defenfes 
aufdits  Miniftres  d'addreffer  plus  aucune  epiflre  ou  dit* 
cours  au  Roy  fans  fa  perraifTion, 


504 


Le  Trésor  des  Merveilles 


ARRIVEE     A    FONTAINEBLEAV    DE 

Monfeigneurle Cardinal  Barberin,  Légat 
de  fa  Sainteté  en  France. 


C  H  A  P  J  t  R  E     XXIV. 


Christ 


L'An  de  J     jr^  p^^^  j^rhain  VI IL 

I  E   s  V  s-    *  i-       -vT 

enuoje  fon  Neueu  L  egat  en 

France. 
1 1,     Motif  du  'Voyage  de 

2Aonfeigneur  le  Légat  en 

■France. 
IlL   MonfeigneUr  le  Légat 


célèbre  fa  première  Aîejfe 
a  Fontainebleau. 

IV,  Le  Roj  traitte  Monfèi« 
gneur  le  Légat  en  ^n  ma-' 
gnifque  feftm  a  difner. 

V.  Les  Rejnes  font  le  fem- 
blable. 


I. 

Le  Pape 
Vrbain 
VIII    en- 
iioye  (on 
Neueu  Lé- 
gat en 
France. 


*  En  VHi 
fioire  de 
Barbarie 
liu.i.  ch.}. 


'Est  vne  gloire  que  Ton  ne  peut  rauir  à  la 
France  fans  faire  vn  grand  tort  à  la  vérité, 
de  dire  qu'entre  toutes  les  Nations  Chre- 
ftiennes,  il  n'y  en  a  pas  vne  qui  ay  t  tant  ho- 
noré &;  main  tenu  par  fa  valeur  &c  par  fa  pic^ 
té  le  Saind  Si^ge  de  Rome,  comme  ce  Royaume  Tres- 
Chreftien  :  i'en  ay  fait  voir  les  preuues  authentiques  ail- 
leurs '^j  &  maintenant  ie  me  contenterày  feulement  de 
l'exemple  prefent ,  en  l'accueil  tres-honorable  &c  en  la 
réception  tres-magnifî que,  faite  à  la  perfonnede  Mon- 
feigneur  le  Cardinal  Barberin  Légat  de  fa  Saindeté  &C 
fonNeueu:  lequel  eftant  venu  en  France  vers  fa  Maiefté 
Tres-Chrefticnne  en  l'année  mille  fix  cens  vingt-cinq, 
y  fut  receu  auec  les  honneurs  dcus  à  fa  dignité,en  tous  les 
lieux  par  où  il  paffa  de  ce  Royaume  ,  &  particulière- 
ment à  Paris ,  èc  en  cette  Maifon  Royale  de  Fontaine- 
bleau. Le  Roy  luy  ayant  donné  audience  à  Paris ,  s'en 
vint  icy  quelque  temps  après  au  commencement  du 
mois  de  luillet,  y  paffa  le  relie  del'Efté,  diC  iufquesà  la 
my-06tobre,auec  les  Reynes,&  vne  Cour  la  plus  au- 
gufte  ÔC  la  plus  magnifique  qui  fe  foit  point  veuë  de  long 

temps 


DE  FONTAINEBLEAV.      LIVRE  III.         ^gj 

temps,  tant  il  y  auoit  vn  grand  nombre»de Princes, de 
PrincefTes ,  de  Seigneurs  bc  de  Noblefle  ,  &C  aufTi-toft  y 
arriua  de  Paris  Monfeigneur  le  Légat  auec  toute  fa  fuit- 
te,  qui  eftoit  comporée  de  plulieurs  Nonces  &  Prélats 
Italiens ,  auec  vn  grand  nombre  de  leurs  domeftiques , 
Où  le  Roy  pour  témoigner  l'honneur  qu'il  deferoit  à 
fa  Saindeté  ,  ôC  à  celuy  qui  venoit  de  fa  part ,  voulut 
exprés  que  Monfeigneurle  Légat  fut  logé  dans  ceCha- 
fteau  en  vn  très-beau  Département  tout  proche  dufien, 
&: de  celuy  de  laReyne,  à  fçauoir  entre  l'vn  des  Pauil- 
lons6<:  le  grand  efcalier  de  la  Cour  duDonion  5  Dépar- 
tement qui  ne  fe  donne  point  qu'à  quelque  Souuerain, 
ou  à  quelque  Prince  du  Sang  :  ô^pour  le  refte  de  fa  fuitte, 
elle  fut  logée  en  diuers  endroits  de  ce  Chafteau  ,  àc  en 
l'Hoftel  du  grand  Ferrarej  &:  tout  le  temps  qu'il  fut  icy 
ôC  en  France,  l'on  le  traitta  àc  tous  les  fîens  aux  frais  àC 
par  les  OfHciers  de  fa  Maiefté. 

Ie  nem'arrefteray  point  à  faire  vn  bien  ample  narré      Jl 
touchant  le  motif  de  fon  voyage  en  France  :  vn  chacun  J^°''^^j 
fçait  que  c'eftoit  àl'occafion  de  la  Valteline,  où  laguer-  Monfei- 
reeilioit  fort  allumée,  &:où  les  François  auoient  fait  def"^^^  ^ 
grands  progrés, pris  plufieurs  forts,  ôC  genereufement 
fecoUru  les  Grifons  leurs.  aUiez,  pour  ne.  les  voir  oppri- 
mez par  l'Efpagnol ,  qui  par  ce  moyen  vouloir  commen- 
cer à  maiftriier  toute  l'Italie ,  ÔC  s'en  faire  Monarque.  le 
paire,dis-ie ,  tout  cecy  en  trois  mots,  pour  rapporter  feu- 
lement plulieurs  particularitez,ainli  que  ie  les  ay  veuës, 
touchant  les  cérémonies  qui  furent  faites  en  ce  Lieu 
en  la  célébration  de  la  première  MeiTe  de  mondit  Sci'- 
gneur  le  Légat ,  bC  comme  il  fut  régalé  par  le  Roy  &C 
les  Reynes. 

Po  VR  la  première,  ce  fut  vn  témoignage  touteui-      in. 
dent  de  la  bienueillance  de  fa  Saindeté  enuers  le  Roy  JJî°"[^'' 
&  cette  Couronne  ,  d'auoir  voulu  exprés  que  Monfei-  Légat  ce- 
gneur  le  Légat  fon  Neueu  venant  en  France  jy  offrift  à  p^mierc 
Dieu  fon  premier  Sacrifice  pour  la  profperité  de  le|^s  MefTe  à 
Maiellez  àc  de  cet  Eftat ,  en  y  célébrant  fa  première  bfeau,    ' 

eu 


p($         Le  Trésor  des  merveilles 

MefTe  ,  qui  fut  le  quinzième  d'Aouft  iour  de  rAfTom- 
ption  de  la  Vierge  audit  an  mille  fix  cens  vingt-cinq, 
en  l'Eglife  de  la  tres-fainde  Trinité  de  ce  Chalteaui  où 
aulTi  pour  relTentiment  de  cette  bienueillance  le  Roy, 
les  ReyneSjMonfeigneur  Frère  de  fa  Maiefté  ,  &plu- 
fleurs  Princes  ,  PrmcefTes  &C  Seigneurs  de  la  Cour, 
voulurent  alors  eftre  communiez  de  fa  main  :  ce  qui 
fe  pafTa  auec  vne  très-grande  deuotion  ,  ôC  durant  cet- 
te Meffe  les  Chantres  de  la  Chapelle  du  Roy  auec  la 
Mufîque  de  fa  Chambre  ôc  des  Reynes  ,  compofans 
diuers  choeurs  fe  firent  admirer.  Tout  le  relie  du 
iour  fe  paffa  en  aétes  de  deuotion  ,  le  Saindl:  Sacre- 
ment ayant  efté  expofé  toute  la  iournée  en  cette  E- 
glife. 
ïv.  Quelques  iours  après  ,  le  Roy  regala  Monfeigneur 

mh«°^  le  Légat  par  vn  feftin  tres-magnifique  qui  fut  fait  en  la 
Monfei-  Salle  du  Bâl ,  auec  vn  appareil  tel  qu'il  ne  s'en  eft  gue- 
Légat  en  ^'^^  vcu  dc  femblablc  :  tous  deux-  eftoient  en  vne  mefme 
vn  magni-  table ,  fcruis  de  pareilles  viandes ,  auec  autant  de  ferui- 

fiqucfeftm  ,,  ^  n  -i      '  1       r\£C 

à  difner.  CCS  pour  1  VU  que  pour  1  autre,  ou  il  n  y  eut  que  les  Om- 
ciers  defaMaieftéquiyferuirent, 
Enuiron  le  milieu  du  difner,le  Roy  d'vn  vifage  tout  gay^ 
&  de  bonne  grâce,  fe  tournant,  vers  Monfeigneur  le  Lé- 
gat, beut  à  la  fanté  du  Pape,&  vn  peu  après  Monfeigneur 
le  Légat  beut  à  celle  du  Roy. 

Huid;  iours  après ,  Monfeigneur  le  Légat  fut  pareil- 
lement régalé  par  les  Reynes ,  mais  non  pas  en  vn  dif- 

^ ner ,  ny  en  vn  loupper,  mais  à  vne  collation  vers  les  trois 

V.       heures  après  midy.  La  Reyne  Mère  commença  la  pre- 
font  i7  "  miere,  èc  fut  dreffée  la  table  en  fon  Département  dans 
ièmbiabic.  la  grande  Galerie,  où  fe  trouuerent  le  Roy,  les  Reynes, 
Monfeigneur  Frère  de  fa  Maiefté,&;plufîeurs  Princeîfes. 
Cette  collation  eftoit  compoféc  de  toute  forte  de  vian- 
des exquifes,ô{:  de  confitures  feiches ,  fruids  &  fleurs  en 
vne  fi  grande  abondance,^;  le  tout  fi  bien  ordonné,qu  il 
ne  fe  pouuoit  mieux. 
Le  lendemain  la  Reyne  régnante  en  fit  autant  en  fon 


DE  FONTAINEBLEAV.  LlVUE  ÏII.  307 
Département  dans  fa  belle  Galerie,ouairiflerentleRoy, 
iâ  Reyne  Mère  ,  èc  toute  la  compagnie  des  PrihceiTes 
qui  s'eftoient  trotiuees  en  telle  de  la  Reyne  Mère  j  le 
tout  femblablemenr  auec  tant  de  magnificence  àc  de 
Maîefté^x^uec'eftoit  vnemerueille  incomparable!'^  '''-'^^ 
-^  Et  après  que  Monfeigneur  le  Légat  eut  feiourné  eri 
cèttéMaifon  Royale  prés  de  trois  mois,  où  le  Roy  luy 
aUoit  fait  donner  le  plaiiir  depîufieursChafles  Royales,^ 
il  s'en  retourna  à  Rome  vers  fa  Saindeté.  -^  :>;iJ  j3 


1    ■^_--^ 


CEREMONIES  FAITES  A  FONTAINEBLEAV, 

pour,  le  ferment  de  la  Paix  entre  la  France 

oc  l'Angleterre. 


.c.  j . 


C  H  À  P  I  Til  E      XXV; 


/.  Vams  efforts  des  Anglois  IV,    Le  Roy  traitte  en  'vn  j^^"^^*  _^ 

contre  la  France.  |     fefiin  exquis    l'^mbaffa-CnKist 

IL     yémbajfadeîirs  depmezi\      deur d'aAngleterre.  ^^*^' 

de  part  &  d'autre.  1  V,  "V rinces  &  Seigneurs  qui 

II L  L'appareil dt/po/e pour,      afifierent  a  cette  ceremo- 

îurer  cette  Paix  en  l  êgU*        nie. 

fe  du  Bourg  de  Fontaine-   V L  Le  Roj  iure  la  Taix, 

bleau. 


Ant  &:  tant  de  belles  circonftances  fe 
rencontrent  au  fuiet  de  ce  difcours  pour 
la  gloire  de  noftre  Grand  Monarque ,  à 
raiion  de  fes  vi6toires&;  de  £qs  triomphes 
contre  les  rebelles  Religionaires ,  foufte- 
nus  ÔC  puilfamment  afliftez  des  anciens  ennemis  de 
cette  Monarchie  Françoife  j  (  i'entends  les  Anglois  ) 
qu'vn  iufte  volume  à  peine  y  pourroit  fatisfaire.  le  me 
contenteray  donc  de  rapporter  icy  les  cérémonies  ob- 
feruées  en  ce  Lieu  au  ferment  de  laPaix,&:renouuelle- 


rorrs  des 
Anglois 
contre  la 
France. 


2û8  L^    TRESOR    DES  MERVEItLES  -     , 

ment  d'Alliance  €i>tre  les  deijx  Couronnes  de  France  ^ 
^'Angleterre!;:  jap4:es  to«,tG|biis  ft^ir  fait  le  récit  fui^ 
u^nt  ,  qui  en  peu  d^  rnQ5:sfait  voirr^,^  le  gv^nd  ^ppa^ 
reil  d'armement ,  &;  les  yain^  &:  in«tils  etforts  de  cç? 
^*Td«  Tourcilleux  enneniis  conti:.e  cette  Coujrpnne  e^  l'îftç  de 
Re  jëd  au  TeeQUrs  de  la  Rochelle  \  où  à  leu^  Jjonrç  &: 
confurion  ayans  efté  vaillamment  combattus  p^r  les 
noftres ,  Us  furent  enfin  forcez  Ôi  contraints  à  vriehpn^ 
teufe fuite,  pour adioufter cette  difgrace  aux  autres  af-- 
fronts  qu'ils  auoient  icy  receus  longtemps  auparauant 
fous  Charles  feptiéme  ,  pour  cela  à  bon  droit  furnom- 
me  le  Victorieux. 

Les  %énglois  ouhlietix  de  leurs  malheurs  pajfex»  > 
£t  êi'vne  'vaine  audace  en  nos  terres  poujfez» , 
<iA  nofire  grand  Jlîonarque  ont  déclaré  la  guerre  i 
JUaù  grâces  à  vofirehrasj  il  efi  'uiéiorieux. 
Et  tenant  à  fis  pieds  l'orgueil  de  l'oAngleterre» 
Il  emplit  l'Vniuers  de  fin  nom  glorieux. 

Ce  putjfant  appareil  defiiperbes  'vatjfeaux, 
^tfembloit  ajpirer  a  l'Empire  des  eaux  > 
A  fait  de  'vains  efforts  contre  nos  firterejfes  i 
Leur  pompe  a  dtfiaru  deuant  les  Fleurs  de  Ljs  > 
On  cejfe  de  parler  de  leurs  fiintes  promejfes. 
Et  tous  leurs  grands  dejfeinsfe  trouuent  abolis. 


Le  Sieur 
Tretiicle  en 
fon  Canti- 
que fur  la 
défaite  des 
'anglais  en 
rifle  de 
Re\ 


II. 

A  mbalTa- 
deurs  dé- 
putez de 
part  & 
d'autre. 


O  R  le  Roy  comme  vn  bon  Prince  &  Tres-Chreftien> 
ayant  pardonné  à  Ces  rebelles  Religionaires  ,  après 
auoir  tiré  alTeurance  de  leur  fidélité  par  la  ruine  de  leur 
Faâ:ion ,  ë>c  par  la  reddition  de  toutes  les  places  qu'ils 
tenaient  ;  enfin  oublieux  des  iniures  &C  de  la  mauuai- 
fe  foy  des  Anglois ,  qui  au  milieu  de  la  Paix  ,  &;  fans 
luy  auoir  déclaré  la  guerre  ,  eftoient  entrez  hoftile-^ 
ment  fur  fes  terres, ordonné  feçours  à  fes  Suiets  rebel- 
les ,  entendit  à  la  Paix  &c  reconciliation  de  l'vnç  ÔC 
de  l'autre  Couronne  :  èc  pour  cet  effet  les  Députez  dC 
Ambaffadeurs  eftans  conuenus  des  articles  duRpy,  ^ 


DE  FONTAINEB.LEAV.  LIVKE  UL  ^09 
de  faMaiefté  Britannique  >  il  ne  reftoit:^l!i}S'qjîe  à^h 
iurer ,  6l  en  pr  efter  le  ferment.  Ce  qui  fut  fait  ^  &;  à  mef- 
me  temps ,  àc  à  mefme  iour  en  France ,  ô£  en  Angleterre 
en  prefence  de  leurs  Maieftez,&:  de  leurs  AmbafTadeûf  s  j 
fçaiioir'Monfeigneur  le  MarquisdeChafteauneuf^  de- 
puis Garde  des  Seaux,de  la  part  duRoy  i  &;Monfeignettt 
Edmond  de  celuy  d'Angleterre ,  en  la  forme,  &:.  enitart 
drequifuit.     i.  •:  jji_:  j,,  .1  .  :^m;  :  ::J. 

;-Le  feiziéme  iour  de  Septetribre  rnille  fîx  cens  Vingt 
ricuf,  eftant  icy  ordonné  pour  cette  cérémonie  en  l'E-r 
glifè  du  Bourg, rAmbafl'adeur  d'Angleterre  yarriua  la 
veille,  où  il  fut  logé  en  l'Hoftel,  &  Conciergerie  de  ce 
Chafteau  j  èc  toute  fa  fuitte  j  qui  eftoit  de  trente  GeUr 
tilshommes ,  &C  quelques  foixante  autres  perfonnes ,  eut 
l'Hoftel  du  grand  Ferrare  pour  fon  logement ,  &:  tou? 
traittez  auxfraisi&par  lesOfficiersdefaMaiefté. 

Le  lendemain  iour  deftiné ,  qui  eftoit  vn  Dimanche^ 
l'Eglife  fut  tendue,  &  magnifiquement  ornée  des  plus 
riches  TapifTeries  de  la  Couronne. 

Le  grand  Autel  fort  richementparé,auoit  de  chaque 
cofté  vn  échaffaut  j  l'vn  pour  la  Mufique  de  la  Chapelle 
duRoy ,  ôc  l'autre  pour  celle  de  fa  Chambre  ,  qui  for-f 
moient  deux  Chœurs. 

Plus  bas  dans  la  croifée  de  cette  Eglife  ,  eftoit  dç 
part  &  d'autre  vn  Théâtre  par  degrez  pour  les  Sei- 
gneurs ,  &C  pour  les  Dames  de  qualité. 

Et  au  milieu  de  cette  croifée  fe  voyoit  vn  petit  Thea-» 
tre  de  dix  pieds  en  quarré ,  èc  trois  de  haut ,  couuert  de 
velous  violet ,  &:  parfemé  de  fleurs  de  Lys  d'or  j  au  deffus 
duquel  eftoit  vn  grand  dais  de  mefine  eftoffe ,  &c  de  pa- 
reils enrichiffemens. 

Plus  auant  vers  l'Autel,  &c  comme  au  milieu  eftoit  l'O- 
ratoire du  Roy  jCompofée  d'vn  marchepied  ,  auec  vue 
chaire  à  bras,&:vn  prie  Dieu  orné  de  quarreaux  5  ce  qu'il 
faifoit  beau  voir, pour  eftre  femblablementparé  de  ve- 
lous violet ,  enrichy  de  fleurs  de  Lys  d'or. 

Au  cofté  droit  eftoit  vne  pareille  Oratoire  cou* 


fi  >  Sjjiiiî 
i:ij\ôi  nv 

-iiiidm/'.'I 

■'ir  '.il   IfjrL 
ÎII. 

L'appareil 
difpolë 
pour  iurcr 
cette  Paix_ 
en  l'Eglife  ' 
du  Bourg 
de  Fontai- 
nebleau. 


■iJii 


^O-        .    L E-^  T''R É s O  Rv  -DES    M E H  V EÎL L ESI 
uerte  -^e  veltîus 'nëir  pôuf;  la  Reyne  Mei*eviiji£Mi,"-  a 
-  -Et  àcofté  gauche  vné  alitre  pour  la Reyne ,'<ionr les 
ornemens  leftoient  de  velous  crâmôify,i  i-  ^^ .  -x^r/i jj  :;iii 
IV.     ^  O  R  auant  la  cérémonie duXernient ,  qbiSrefe  fie  qu'à 
crîiufS  Yéfpres ,  le  Roy  regak  ,  ôc  traika  à  difiier  à'faitabk 
vn  feftin   Moiifeisneur  i'AmbaflTadeur  ^  donc  voicy  Tordre) ^lôc 
lAmbanTa.  Tâpp'àreil  du  feftin.  Tr^soiijruiij  x«--'  'lomi).! 

Wrèt"'     L^  ^^^1^  ^ft^^^t  pofée  en  la  Salle  du  Bal  vers  la  chenue 
•i  ^  ;     ftée ,  le  Roy  eftoit  affis  à  main  droite  ',  èc  f  AmbaCadiur 
à  la  gauche  à  quatre  pieds  ou  enuirbn  de  diftarice  de  fa 
Maiefté  ,  lequel  fut  feruy  par  les  Officiers  duRôy  ,  .&: 
auec  mefme  appareil  :  car  au  mefme  temps  que  l'on 
«i;  couuroit  pour  le  Roy  ,  ainfî  fe  faifôit-il  pour  l'Anibaf- 

fadeur,  èc  autant  de  plats  bc  de  feruicespour  IVn,  que 
pour  Tautre  ,  quoy  qu  a  feruices  feparez^  félon  la  coù- 
îtuniej  dont  le  premier  èc  fécond  furent  de  trente  plats 
chacun  j  outre  deux  entremets ,  IVn  de  viandes  froides, 
&  l'autre  de  chaudes ,  chair  ,  &  poiffon  5  à  chacun  def- 
quels  il  y  auoit  cinquante-plats  pour  fa  Maiefté  ,  èc  au- 
tant pour  le  Seigneur  Ambaffadeur  j  auec  ledeffert,& 
fruits  fî  rares , 6£ en  fî  grande  quantité,  que  c'eftoit  vne 
merueille  à  voir. 

Le  Roy  regardant  l' Ambaffadeur  mit  la  main  au  cha-»' 
peau,  &  beut  a  la  fanté  de  leurs  Maieftez  Britanniques  : 
à  quoy  l'Ambàifadeur  eftant  tout  de  bout ,  &:  tefte  nue, 
fit  raifon  beuuant  à  la  fanté  du  Roy,  de  des  deux  Reynesj 
où  parmy  cette  réiouylTance  la  compagnie  des  vingt- 
quatre  Violons  de  fa  Maiefté ,  rendirent  vne  gracieufe 
harmonie  tout  le  long  du  difner. 

La  table  leuée  le  Roy  s'en  alla  en  fa  Chambre ,  où T Am- 
baffadeur le  coiiduifit ,  ôc  de  là  fe  retira  en  la  fîenne ,  iuf^ 
ques  à  ce  que  l'on  le  vint  aduertir,&:  quérir  pour  fe  trou- 
uer  au  ferment. 
Y.  Vers  les  trois  heures  le  Roy  ayant  pris  le  collier  de 

sSneurf  ^^^  Ordtcs  mouta  en  caroffe  ,  accompagné  de  Meffei- 
qiii  aflîfte-  gueurs  le  Comte  de  Soiffons  ,  Duc  de  Longueuille,  du 
ccremome'!  Marcfchal  dc  la  Forcc,  duMarquis  de  Gordes  Capitaine 


DE  FONTAINEBLEAV.  LîVRE  IIÎ.  ^  jii 
des  Gardes  du  corps ,  èc  de  Saind  Simon  premier  EI^ 
cuyer.  Les  autres  carofTes  remplis  de  Seigneurs ,  &C  de 
NoblelTe  fuiuoient  celuy  de  faMaiefté^où  depuis  le  Cha- 
fteauiufques  à  l'Eglife ,  eftoienc  en  haye  deux  Çompa- 
snies  des  Gardes. 

Au  deuant  defa  Maiefté  marchoienc  les  Archers  du 
grand  Preuoft  ,  èc les  cent  SuifTes  du  corps  ,  Fifres,  & 
Tambours  battans.  Les  quatre  MafTiersauec  leurs  maf- 
fes.  Quatre  Hérauts  reueftus  de  leurs  coftes  d'armes^ 
tocques  ,  èc  leurs  caducées  en  main.  Le  Sieur  le  Bre- 
ton Roy  d'armes  de  France ,  ainlî  reueftu  auec  le  fceptre 
en  main  j  ôc  fîx  Archers  de  la  Garde  EfcofToife  ,  auec 
leurs  hoquetons, &  pcrtuifanes:  &;  ainfileRoydefcen- 
du  de  carofTe ,  entra  eh  l'Eglife  ,  àc  fut  conduit  en  fà 
place. 

Peu  de  temps  après  arriuerent  les  déuxReynes  en  vn 
mefme  carofTe,  accompagnées  de  Madame  la  PrincefTc 
deConty,  auec  les  Dames  d'honneur,6cd'atour  de  leurs 
Maiellez  j  lefquelles  eftoient  fuiuics  dans  d'autres  ca- 
roffqs  par  les  DuchefTes  Douairières  de  la  Trimouille, 
de  Vantadour ,  les  DuchefTes  de  Monbafon ,  àc  d'Aluyn, 
laComtefTede  TrefiTies,  &;  autres  Dames. 

Puis  fuiuoient  Monfeigneur  le  Cardinal  de  Richelieu, 
Monfeigneur  le  Cardinal  de  la  Valette,  &:  Monfeigneur 
le  Garde  des  Seaux  de  Marillac,  àc  autres  Seigneurs ,  dC 
perfonnes  de  marque. 

AufTi  toft  l'on  commença Vefpres,  pendant  lefquel- 
les Monfeigneur  le  Duc  d'Angoulefme,  accompagné  de 
MefTieurs  les  Marquis  de  Beauuais  Nangy  j  de  Nellc, 
de  Valencey,  &C  d'vne  grande  fuitte  de  NobleiTe  ,  allè- 
rent trouuer  Monfeigneur  l'AmbafTadeur  en  fa  Cham- 
bre attendant  l'heure  de  partir  j  ôC  au  Magnificat  Mon- 
fleur  de  Rodes  Grand  Maiflre  des  Cérémonies  de  Fran- 
ce ,  èC  Monfieur  de  Boneliil  Introducteur  des  Ambal^ 
fadeurs ,  furent  de  la  part  du  Roy  quérir  l'AmbafTadeur  j 
qui  entrant  dans  l'Eghfe  ,  Vefpres  eflans  finies ,  aufïi 
tofl  la  Mufique  commença  à  chanter  le  Pfeaume  ;  Do^ 


5îi#       Le   Trésor   des   merveilles 

mine  Domïnu^  nofter ,  quàm  admïrabile  eH  nomen  tuum  ; 
auec  quelques  autres  motets ,  faits  à  propos  de  cette 
cérémonie. 

Le  Roy  aduifaiit  l'AmbafTadcur  proche  du  Chef,  ÔC 
Théâtre ,  qui  eftoit  au  mUieu  de  la  croifée  de  l'Eglife ,  y 
monta  le  premier  ,  &:  le  voyant  monter  auança  deux 
pas ,  puis  FembrafTa  3  lequel ,  après  auoir  fait  vne  pro- 
fonde rcuerence  à  faMaiefté,  &;  aux  Reynes,  prefenta 
fa  Commiffion  ,  6i  ratification  de  la  Paix  ,  feellée  du 
grand  Seau  d'Angleterre. 

Au  mefme  temps  Monfeigneur  le  Cardinal  de  Riche- 
lieu, qui  en  cette  cérémonie  reprefentoit  le  grand  Au- 
mofliier,  prenant  les  Sain6les  Euangiles>  couuertes  d'vii 
riche  voile  d'or  &:  d'argent ,  s'approcha  de  fa  Maiefté  5  & 
oftant  ce  voile,  luy  donna  ces  Saindes  Euangilesà  bai- 
fer  ,  fur  lefquelles  elle  mit  la  main ,  tandis  que  Monfîeur 

Bouthillier  Secrétaire  d'Eftat ,  fit  la  ledure  à  haute  voix 

*    VI.      du  Serment  s  laquelle  acheuée ,  le  Roy  dit  :  le  le  mre,  ^ 

ichplix^' promets  de  bon  cœur  s  Ôc  aufïi  toft  en  fîgna  l'ade ,  qui 

eftoit  en  parchemin  ,  &  y  fit  appofer  fon  Seau  j  puis  fa 

Maiefté  embraffa  derechef  rAmbafradeur,6cleprit par 

la  main  en  témoignage  de  paix ,  ÔC  d'amitié. 

Ce  qu'eftant  ainfi  finy,  laMuiique  qui  quelque  temps 
auoit  difcontinué  ,  commença  derechef  à  chanter  vn 
motet  i  en  fuitte  dequoy  tous  les  Hérauts,  qui  eftoient 
fur  lesdegrez,  crièrent  enfemble  à  haute  voix  par  trois 
fois ,  VitieleRoji  àc  les  Tambours,  &:  Trompettes  à  trois 
reprifes  terminèrent  cette  cérémonie:  laquelle  fi  ien'ay 
fi  exadement  décrite  en  diuerfes  petites  particularitezj 
au  moins  fuis-ie  affeuré ,  qu  elle  l'eft  en  fubftance,  èc  que 
ie  n'en  ay  rien  obmis  de  ce  que  i'ay  creu  y  eftre  effentiel, 
ôc  necefïaire ,  àC  que  i'ay  veu. 


RECIT, 


DE    FONTAINEBLEAV.'     LiVRE   III. 


31J 


RECIT,  D'VN   FOVRBE    CALABROÏS, 

fe  difant  Prince  Géorgien  ,  exécuté  à  mort 
à  Fontainebleau. 


Chapitre    XXVL 


/.  Le  motif  qui  a  inuité 
l^jiuthmr  a  faire  ce  re^ 
cip. 

IL  Feinte  de  ce  Fourbe  Ca- 
lahrois»  qui  cauje  vnegran 


IIL  Laquelle  efi  découuerte.      L'An  de 
IV,  Commijfaires  qui  infoY-  cVJî  $"t 

ment  de  ce  fait,  '  ^  ^  ^  • 

K.  Enqueftes  ,  &  informa- 
_  tions, 

de  aUarme,  |  VL  II  aduou'èja  fourberie. 


'A  Y  fort  long  temps  fait  difficulté  d'em-      i- 
ployer  icy  cette  Hiftoire  tragique  :  mais      ^  '""'^ 


qui  a  in- 


confiderant  qu  elle  fert  d'exemple  &:dm-  "'^^  ^'^"- 

^  1         I  r      ri         o    theurarai- 

Itruction  pour  apprendre  le  reipect  ,  oCttcz  redt, 
l'honneur  que  l'on  doit  aux  Roys ,  &  aux 
Maieftez  Souueraines  ,  &  le  danger  qu'il  y  a  de  les  of- 
fenfer  le  moins  du  monde  ,  où  mefme  la  penféc  en  efl 
criminelle  ;  cela  m'a  obligé  de  ne  la  pas  oublier,  &  d'en 
feire  ce  récit  :  à  quoy  ie  me  porteray  d'autant  plus  vo- 
lontiers, que  ie  fuis  témoin  oculaire  de  tout  ce  qui  sy 
eft  pafTé.  La  beauté  de  l'Automne  merueilleufemenc 
agréable  en  ce  Lieu  ,  ayant  inuité  le  Roy  d'y  pafTer 
quelques  mois, où  faMaiefté  fe  diuertifToit  à  laChaffe, 
furuint  que  le  onzième  d'Odobre  mille  fîx  cens  vingt- 
neuf,  fa  Maiefté  venant  d'entendre  laMeffe  en  fa  Cha- 
pelle haute  ,  enuiron  les  huit  à  neuf  heures  5  inconti- 
nent après  quelques  vnsfortans  de  la  Salle  du  Bal,  pour 
defcendre  à  la  Cour  par  l'efcaUer  qui  eft  tout  proche , 
ils  apperceurent  en  l'allée  du  paffage  qui  va  à  la  Salle 
des  Gardes  du  corps ,  vn  homme  couché  ,  bleffé  ,  & 
plein  de  fang  qui  fe  plaignoit ,  ôC  faifoit  entendre  que 
c'eftoit  d'vn  coup  de  piftolet  que  l'on  luy  auoit  tire  : 

Rr 


II. 

Feinte  de 
ce  Fourbe 


314  Lï  Trésor  des  merveilles 
aufli  toft  le  briiic  court  par  tout  que  l'on  vient  de  tuer 
vn  homme  dans  le  Chafteau  j  plulîeurs  y  accourent, 
&  comme  i'eftois  en  noftre  Chapelle  l'on  notis  y  vient 
aufli  toft  quérir  vn  autre  Religieux  6c  moy  pour  Tafli- 
fter  ,  croyant  qu'il  alloit  rendre  Tame  ,  tant  il  fçauoic 
bien  feindre  paroiflant  tout  défait ,  &;.comme  à  demy 
mort.  Nous  y  allons  aufTi  toft  ,  &;  tfouuons  que  cet 
homme  en  ce  piteux  eftat  eft  vn  Soldat  fuiuant  la 
Cour,  fe  difànt  Cheuaher  Perfan,  ou  Géorgien,  appel- 
lé  Manuch  ,  ou  Manuel  Soltan  :  nous  tafchons  de  le 
confoler  j  il  nous  répond  en  Italien  ,  qu'il  demandoit 
à  Dieu  pardon  de  fes  fautes  5  &;  feignant  de  reprendre 
Calabrois,  fes  clprits , frappa  fa  poitrine, auec quelques  autres  ref- 
îné gra"nde  fcntimens  de  Chreftien  pénitent.  Cependant  l'allarme 
aliarmc.  eftoit  pat  tout  cc  Chaftcau  fur  le  bruit  de  cet  aflailinat  : 
l'on  redouble  les  fentinelles  ,  ÔC  vne  bonne  heure  du- 
rant l'on  ne  permet  àperfonned^enfortir.  Plufieurs  fui^ 
ce  bruit  affeurent  auoir  entendu  tirer  vn  coup  de  pi- 
ftolet  n'y  a  gueres  vers  ce  quartier ,  oii  eftoit  cet  homme 
blefte  :  ce  qui  eftoit  faux ,  &c  fembloit  neantmoins  con- 
firmer cet  alTaflinat  prétendu. 

Le  Roy  commandes  Monfîeur  d'Oquincour  Grand 
Preuoft  de  France,  &:  de  fon  Hoftel ,  de  s'informer  ce 
que  fepeut  eftre  :  il  s'y  en  vient ,  &trouuant  cet  hom- 
me de  la  forte ,  le  fait  porter  en  la  Salle  du  Bal ,  où  il  l'in- 
terroge qui  l'a  bleffé  :  il  répond  tout  fanglotant  &:  fai- 
fant  le  piteux,  que  c'eftoit  vn  homme  efttanger,  duquel 
il  auoit  donné  aduis ,  il  y  auoit  defîa  quelques  iours  ,  à 
Monfeigneur  le  Marefchal  de  Schomberg  ,  comme  il 
eftoit  vray  ;  lequel  eftranger  j  difoit-il,  auoit  deffein  d'at- 
tenter àlaperfonne  du  Roy  j  que  l'ayant  voulu  arrefter 
eftant  feul ,  il  n'auoit  peu  ,  &c  qu'il  luy  auoit  tiré  à  feu 
battant  vn  coup  d'vn  petit  piftolet ,  qu'il  portôit  dans 
vn  gand.  Le  Sieur  le  Grand  premier  Chirurgien  du  Roy 
fe  trouue-là  qui  fonde  les  playes  de  ce  blelTé ,  lefquelles 
eftoient  deux  trous ,  l'vn  au  delTus ,  6c  l'autre  fous  la  ma- 
melle droite  5  àc  par  la  fonde  reconnoift  qu'elles  n'e- 


DE    FONTAINEBLEAV.    LiVRE  ÎIL         315- 

ii:oienc  pas  profondes  ,  &  ne  faifoienc  qu'effleurer  la  

peau.  Ce  qui  luy  fait  douter  à  Tindanc  de  quelque  four-     iir. 
berie ,  &C  fans  faire  bruit  en  donne  aduis  en  particulier  ciUélo»* 
audit  Sieur  Grand  Preuoft^  qui  commanda  aufli  coft  à  "'^rte, 
fes  Archers  de  le  faire  porter  en  fon  Hoilel  fous  bonne 
garde ,  ÔC  à  l'mftant  vient  rendre  réponfe  à  fa  Maiefté  de 
ce  qu  d  auoit  veu  àc  appris  j  ÔC  le  Roy  ayant  difné  s'en  al- 

laàlaChaJOTe,  ^ 

L'on  fait  enquefte  plus  amplement  dé  cette  affaire^    l"^'-    ^ 

oViM  r  -rr-»!  /Il  1         Coinmif- 

cC  ai  heure melme  commilhon  elt  donnée  de  la  part  de  res  qui  in- 
faMaiefté  àMemeursdeChampigny,&deRoifl>Con-  [^Jf"^^^'"^' 
feillers  d'Eftat  pour  en  informer  :  lefquels  vont  à  l'Ho- 
fiel  de  la  Preuofté  où  eftoic  le  bleifé  5  ils  l'iiiterrogentj 
&C  s'informent  deluy,  de  fon  nom  j  de  fa  qualité,  &c  de 
fa  condition.  A  quoy  il  leur  répond  ,  qu'il  fe  nomme 
Manuch  ,  ou  Manuel  Soltan  ,  Prince  Géorgien  ^  fils  du 
Duc'deCercan,  &c  qu'il  yaenuiron  dix  ou  douze  iours 
qu'eftant  à  la  Salle  du  Bal  de  ce  Chafteau ,  il  auoit  enten- 
du deux  hommes  qui  parloient  enfemble  vn  méchant 
langage  Grec  j  l'vn  defquels  difoit  à  l'autre,  qu'il  eftoic 
en  ce  lieu  de  Fontainebleau  pour  quelque  affaire  d'im- 
portance èC  de  fccret,  pour  laquelle  celuy  qui  l'auoit  en- 
uoyé  luydonnoitvnepiftolepar  iour  -,  l'autre  luy  fit  en- 
tendre qu'il  eftoit  aufli  en  ce  Lieu  pour  vue  affaire  pa- 
reillement de  confequence  j  &;  que  s'il  la  pouuoit  exé- 
cuter,  il  eftoit  affeuré  d'vne  bonne  &:  grande  fortune,  Sc 
d'vne  abondance  de  tous  biens  :  &  adioufta  en  (uitte  ce 
que  deffuSj  comme  ayant  rencontré  l'vnde  ceux-cy,  &C 
le  voulant  arrefter  ,  il  luy  auoit  porté  ce  coup  de  pi- 
ftolet. 

Il  eft  à  remarquer  que  dés  lors  qu'il  eut  donné  cet 
aduisà  Monfeigneurde  Schomberg  ,  il  demanda  quel- 
ques Archers  du  Grand  Preuoft,  qui  luy  furent  donnezj 
lefquels  tous  les  ioUrs  fans  rien  témoigner  de  cette  af- 
faire l'accompagnoient  de  loing  ,  principalement  à  U 
fortiede  la  MefTe  du  Roy, &:  quelquefois  quand  ce  Four- 
be fe  promenait  dans  le  Chafteau,  afin  que  reconnoif" 

Rr    ij 


^l6  LE    TRESOR   DES    MERVEILLES 

fant  ceux  qu'il  difoit  auoir  ainli  entendu  parler  ,  il  kà 
leur  puft  monftrer  ,  ÔC les  faire  arrefter  par  ces  Archers  t 
mais  comme  ils  ne  le  fuiuoienc  pas  continuellement ,  ce 
Fourbe  fe  voyant  ce  iour  làfeul  en  ce  Lieu,  ôcs'eftant  au- 
parauant  fait  ces  coups  èc  ces  playes  ,  qui  auoierit  verfé 
quelque  fang  fur  iachemifejCefut  alors  qu'il  commen- 
ça àfeindrelebleiré,&  àiolier  fa  fourberie  j  laquelle  fut 
reconnue*  en  cette  forte. 

MelTieurslesCommifTaires  après  auoir  efté  aduertis 
qu'il  y  auoit  apparece  d'artifice,&  de  malice  en  cet  hom- 
me cy ,{ur  ce  que  les  playes  n'eftoient  pas  grades,  ny  pro- 
fondesjfirent  fouiller,&:vuider  lapaillafTefur  laquelle  il 
eftoit  couché,  où  ils  trouuerent  vn  certain  ferrement , 
que  l'on  appelle  vn  Tire  pièce,  dont  fe  feruent  les  Cor- 
donniers :  ils  l'mterrogent  fi  c'eftoit  àluyce  ferrement, 
èc  s'il  le  connoiifoit.  Aquoyil  répond,  qu'il  ignore  ce 
que  c'eft ,  &;  qu'il  ne  l'a  iamais  veu.   L'on  va  auifi  toft  à 
certains  Marchands  Quinqualliers  fuiuans  la  Cour,  qui 
auoient  eftallé  leursmarchandifesenlaruë.  Le  premier 
v.      eft  interrogé ,  s'il  n'a  point  vendu  ce  ferrement  à  quel- 
^"^^^^"  '  qu'vn.  Il  répond  que  non  j  mais  qu'vn  certam,  comme 
mationj.    citonger  ,  affez  noir  de  vifage  ,  lequel  il  reconnoiftra 
bien  Ci  Ton  luy  reprefente ,  luy  en  auoit  demandé  vn  pa- 
reil,il  y  auoit  peu  deiours.  Vn  autre  de  ces  Marchands  eft 
en  après  enquis,  lequel  fait  lamefmeréponfe.Etletroi- 
fiémc  dit ,  que  c'eft  luy  qui  a  vendu  ce  ferrement  à  vn 
homme,  qu'il  dépeint  telqu'eftoit  ce  Fourbe.  Cela  fait, 
Manuch  eft  interrogé  ,  s'il  n'a  pas  efté  marchander  vn 
pareil  ferrement  à  ^cs  Quinqualliers  ,  &:  fî  en  effet  il 
n'a  pas  achepté  celuy  làd'vn  d'eux  :  il  nie  que  cela  foit . 
On  luy  confronte  ces  Marchands,  &c  fait-on  ledure  de 
leur  interrogat  ,  &:  dépofttion  :  il  dénie  le  touti  ôc  puis 
VI,      fe  voyant  trop  clairement  conuaincu  ,  il  aduouë  enfin 
fafourbe-*'  l^fditcs  dépoUtious ,  èc  qu'il  eft  véritable  que  l'on  ne  luy 
^'^\  a  point  tiré  de  coup  de^piftolet,  &C  que  luy  mefme  s'eft 

fait  fes  playes ,  eftant  le  mefme  iour  de  grand  matin 
dans  le  lardin  du  Roy  j  ôc  ce  par  le  moy^n  de  ce  ferre- 


DE  FONTAINEBLEAV.    LiVRE  III.  3?/ 

ment, duquel  il  s'eftoit  feulement leué  lapeauenrond, 
afin  que  ces  play es  parulTen  c  comme  des  coups  de  balles 
d'armes  à  feu.  Au  refte,que  ce  qu'il  en  auoit  fait ,  8>C  tout 
l'aduis  qu'il  auoit  donné  à  Monfeigneur  de  Schomberg 
de  ces  deux  hommes  parlans  Grec ,  eftoit  vne  inuention 
qu'il  auoit  forgée  ,  afin  de  paruenir  à  quelque  grande 
recompenfe  de  biens, fe  voyant  enneceifité. 

Sur  cela  fon  procès  luy  eft  fait  ôC  parfait  par  Meffieurs 
les  CommifTaires ,  qui  iugeans  de  fa  malice  &Ç  de  l'im- 
portance'de  cette  affaire,  en  ce  que  cela  pourroit  donner 
fuiet  de  douter  vne  autrefois  des  certains  &C  bons  aduis 
qui  fe  pourroient  faire  à  pareille  rencontre  ,  ils  le  con- 
damnèrent à  eftre  rompu  vif  fur  vne  roue  au  milieu  du 
grand  marché  de  ce  Lieu,  après  auoir  fait  amande  ho- 
norable deuant  l'Eglife  du  Bourg,  &;  de  la  grande  por- 
te du  Chafteau  5  ce  qui  fut  exécuté  le  mefme  iour.  Et 
à  dire  vray ,  il  auoit  efté  caufe  d'vne  forte  àllarme  àC  d'vn 
grand  bruit,  qui  ne  fut  pas  feulement  icy ,  mais  dont  la 
nouuelle  ayant  efté  iufques  à  Paris  deuant  que  la  fourbe* 
rie  fut  découuerte,on  creutque  l'on  auoit  attenté  à  la 
perfonne  du  Roy,  &:  peu  s'en  fallut  qu'il  ne  fut  caufe  d'v- 
ne émDtion  publique  dans  cette  grande  Ville. 

Au  refte  il  aduoUa  aux  Commiffaires  quelque  peu 
deuant  fon  exécution ,  qu'il  eftoit  Calabrois  de  nation , 
&  non  pas  Prince  Géorgien  tel  qu'il  s'eftoit  voulu  faire 
croire  ,  &  mourut  auec  vn  grand  reffentiment  de  fes 
fautes. 


Rr  iij 


3i8 


lE    TRESOR    DES  MERVEILLES 


PROMOTION  DE  XLIX.  CHEVALIERS 

de  l'Ordre  du  Sain6t  Efprit ,  auec  la  cérémonie 
faite  à  Fontainebleau. 

Chapitre    XXVI  L 


L'An  de /^  L'Ordre  âc S  CheuaUers  du 

I  E  s  V  S- 

Christ      SainSt  Esprip^dcs^lui  cek' 
*  ^  ^*  hres  qui  furent  iamais. 

IL  Plu/leurs  motifs  ont  por- 
té le  Roy  Henry  Troifiéme 
à  l'mfiitution  de  cet  Ordre. 
IIL  La  Salle  de  la  belle  Che- 


minée dilpojee  en  ChapeUe» 
IV»  Ordre  des  cérémonies, 
V,   Continuation   des  cere^ 

montes. 
VL   Fepin  drejféen  la  SaUt 

du  Bal. 
VIL  Noms  des  Cheualiers^ 


I. 

L'Ordre 
des  Chc- 
ualiers  du 
S.  E{prit, 
des  plus 
célèbres 
qui  furent 
iamais. 


O  M  M  E  entre  toUs  les  Ordres  de  Cheuale- 
rie  inftituez  par  nos  Roys,  il  ne  s'en  remar- 
que pas  vn ,  qui  en  fes  ftatuts  &  en  Ton  in- 
ftitution  foit  illuflre  au  poind  que  celuy- 
cy  i  aufli  eft-ce  auec  grande  raifon  qu'il  eft 
auiourd'huy  fî  recommandable  &  fîgnalé ,  que  c'eft  va 
des  plus  grands  témoignages  de  la  bienueillance  de  (à 
Maiefté ,  des  mérites  àc  de  la  noblefle  de  ceux  qu'elle  dai- 
gne gratifier  de  cet  honneur.  le  n'employeray  point  le 
temps  à  monflrer  que  Henry  III.  en  a  efhé  l'Inftituteur 
en  l'an  mille  cinq  cens  feptante-huiâ: ,  en  mémoire  & 
a6tion  de  grâces  de  ce  que  le  iour  de  laPentecofte,que 
l'Eglife  célèbre  la  mifllon  du  SaindiEiprit,  ce  Prince  fut 
elleu  Roy  de  Pologne  ,  &:  qu'à  pareil  iour  l'an  fuiuant 
il  fucceda  à  la  Couronne  de  France  par  lamort  de  Char- 
les IX.  fon  frère.  le  ne  m'arrefteray  noii  plus  à  décri- 
re particulièrement  l'habit ,  ^\q.s  riches  ornemens ,  des- 
quels les  Cheualicrs  de  cet  Ordre  font  parez  au  iour  de 
la  cérémonie  ,  la  fuitte  de  ce  difcoùrs  en  donnant  affez 
de  connoifTance  j  ny  comme  au  collier  de  cet  Ordre, 
lequel  eft  d'or  ,  fait  à  Fleurs  de  Lys ,  accompagné  de- 


DE  iFÔNTAlNÈBLEAV.  LlV^E  IIL  519 
flammes ,  &  des  chiffres  èc  lettres  capitales  du  nom  du 
Roy ,  entrelaflez  de  noeuds  auec  vn  cordon  bleu,où  pend 
vne  Croix  façon  de  celle  de  Malte,  au  milieu  de  laquelle 
left  vne  colombe  j  ôc  qua  ce  collier  Henry  le  Grand  y  a 
ordonné  &c  entremeflé  des  heaumes  &c  autres  armes, 
pour  marques  èc  trophées  de  {es  vidoires  :  cen'eftpas, 
dis-ie^mondefTein  défaire  icy  vne  ample  defcription de 
toutes  ces  chofes  ;  veu  q  .'elles  font  trop  connues  à  vn 
chacun. 

Mais  ie  mecontenteray  de  dire,que  comme  Henry      TîT"" 
Troilîéme  fut  encore  pouffé  à  cette  inftitution  pour  Pi^^eurs 
mamtenir  la  Religion  Catholique  ,  oC  pour  reconnoi-  porté  le 
ftredVne  honorable  recompenfc  les  bons  6c  fidèles  fer-  f°l^^^'' 
uices  que  plufîeurs  Princes  éc  Seigneurs  luy  auoient  ren-  ijnftitu. 
dus  j  auffi  noftre  illuftre  Monarque  en  la  prefente  pro-  ordr©!  *^" 
motion  de  quarante-neuf  Cheuahers ,  qu'il  créa  le  quin- 
zième de  May  ionr  de  la  Pentecofte,  mille  fix  cens  tren- 
te-trois,  fut  touché  de  pareil  deflein  pour  la  defenfe  de 
l'Eglife ,  ôc  pour  recompenfer  quant  bc  quant  plufieifrs 
Seigneurs ,  qui  en  diuerfes  occasions ,  foit  contre  les  re- 
belles Religionaires ,  foit  nouuellemcnt  contre  diuer- 
fes Fadions  au  preiudice  de  fonEflat, l'ont fidellement 
&:  dignement  feruy. 

L'O  R  D  R  E  &  les  cérémonies  en  furent  telles.  La  Salle     1 1 1. 
de  la  belle  Cheminée  fort  grande  &:fpatieufe  eftantde-  de  k^bciie 
ftinée  pour  cette  adion  notable  ,  fut  ornée  en  la  forte  Cheminée 

.   /-   .'■  difpofccen 

qui  luit.  Chapelle. 

Elle  eftoit  magnifiquement  tapiffée  auec  les  Armes 
des  Cheualiers  tout  au  tour  5  à  l'vn  des  bouts  de  laquel- 
le du  cofté  de  l'Eilang ,  il  y  auoit  vn  Autel  auec  vn  grand 
dais  au  deffus ,  le  tout  orné  des  riches  paremens  de  l'Or- 
dre. Prés  de  cet  Autel  eftoit  la  chaire  du  Roy  couuer- 
te  d'vndaisf  &  pas  loing  de  làdumefme  cofté  fe  voyoit 
ie  banc  de  Mefleigneurs  les  Cardinaux,6i  derrière  eux, 
celuy  deftiné  pour  les  Archeuefques  de  l'Ordre, 

Et  tout  proche  paroiffoit  vn  grand  échaffaut ,  pour 
la  Reyné  ,  les  Princeffes  èc  Ducheffes  ,  auec  vu  autre 


ai^         Le  Trésor  des  merveilles 

pour  les  Filles  d'honneur  de  fa  Maiefté. 

Il  y  en  auoit  vn  troifiéme  à  gauche  prés  de  l'Autel 
pour  les  AmbafTadeurs. 

Et  ioignant  celuy-cy,vii  quatrième  pour  le  Garde  des 
Seaux,  ôcpour  les  Confeillers  &  Secrétaires  d'Eftat, 
auec  deux  autres  de  part  &:  d'autre  pour  la  Mufîque  de  la 
Chapelle  èc  de  la  Chambre  du  Roy  ,  qui  compofoient 
^eux  chœurs* 

Cela  eftant  ainfi  bien  difpofé ,  le  Samedy  quatorziè- 
me de  May  veille  de  la  Pentecofte,  enuironles  deux  heu- 
res après  midy ,  le  Roy  fe  rendit  au  Pauillon  des  Poèïles, 
autrement  dit  leDepartement  delaReyne  Mère  5  où  fe 
trouuerent  aufli  tous  les  Commandeurs  Cheualiers^re- 
ueftus  de  leurs  grands  manteaux  èc  coUiers  de  l'Ordre, 
auec  les  Chcualiers  Nouices  reueftus  de  blanc  d'vne  toi- 
le d'argent,  la  tocque  ôccappe  noire  toute  éclattante  de 
pierreries. 
'     f^       L'H  E  V  R  E  de  trois  s'approchant  pour  dire  Velpres, 
Ordre  des  J^onfieur  d'AcheresPreuoft&Maiftre  des  cérémonies, 
nies.         ayant  receu  commandement  de  fa  Maiefté ,  fit  marcher 
félon  l'ordre  qui  fuit. 

Premièrement ,  lîx  Trompettes  6c  (îx  Clairons,auec 
les  Fifres  ôc  Tambours,  tous  reueftus  de  velous  bleu. 

Suiuoient  les  Hautbois  de  pareille  liurée  de  fa  Ma- 
iefté. 

Quelques  pas  après  les  Hérauts  d'Armes  deux  à  deux, 
&  le  Roy  d'Armes  de  France  feul,  tous  auec  leurs  coftes 
d' Armes,  tocques  &  caducées. 

En  après  fuiuoient  le  Sieur  de  Bourg-neuf  Huiffier 
de  l'Ordre  auec  fa  maffe  ,  le  Sieur  du  Pont  Héraut  de 
l'Ordre ,  ôcle  Sieur  d'Acheres  Maiftre  des  ceremoniess 
puis  Meflieurs  de  Cheury  Secrétaire  de  l'Ordre  ,  &c 
BouthiUier  Grand  Treforier^  eux  deux  enfemble. 

Monfieur  de  BuUion  tenoit  le  rang  d'après  ,  en  qua- 
lité de  Garde  des  Seaux  de  l'Ordre  ,  ÔC  eftoit  feul  5  qui 
tous  enfemble  reprefentoient  vne  forme  de  Croix. 
Puis  l'on  voyoit  marcher  deux  à  doux  les  CheuaUers 

Nouices, 


VJS 


DE  FONTAINEBLEAV.     LlVRE  IIÎ.  311 

Nouices ,  èc  de  fuitte  les  Commandeurs  &:  anciens  Che- 
ualiers  à  pareil  ordre ,  Ô^auec  leurs  grands  manteaux. 

Et  après  toute  cette  iiluftrc  Compagnie  marchoit  le 
Roy  tout  feul,  en  melme  habit  &  ornement  que  les  an- 
ciens Cheualiers,  auquel  Monfieur  le  Marquis  de  Genre 
portoit  laqueuëdumanteauj&Cainiipallanslelongde  la 
terraiîe  de  la  Cour  de  la  Fontaine ,  ôitrauerflmt  la  Salle 
des  Gardes  du  Corps  ,  entrèrent  en  la  Salle  de  la  belle 
Cheminée ,  pru'ent  chacun  leur  rang  &:  leur  place  :  à  fça- 
uoir  les  Cheualiers  Nouices  tous  d'vn  mefme  codé  fur  Vn 
banc  à  main  gauche  ;  èc  les  anciens  Cheualiers  fur  les 
hauts  lièges  à  droite  &;  à  gauche  au  deiTous  de  l'Efcu  de 
leurs  Armes  ;  les  Cardinaux  de  Archeuefques  en  leurs 
bancsj&cle  Roy  fous  vn  dais  en  la  chaire  5  puis  l'on  com- 
mença Veipres. 

Le  A/lagmficat:  eftantacheué ,  les  GheUaliers  Nouices 
fe  vinrent  prefenter  IVn  après  l'autre  deuant  faMaieftéj 
&  firent  chacun  le  ferment  j  en  fuitte  dequoy  le  Roy  leur 
mit  le  cordon  bleu,  ôC  la  Croix  de  l'Ordrej  puis  changè- 
rent leurs  cappes  en  longs  manteaux  de  l'Ordre  àfond  de 
velous  noir,couuerts  de  flammes  en  broderie  d'or  ô£ d'ar- 
gent, &  fur  iceux  le  mantelet  de  toile  d'or  à  fondverd, 
brodé  de  colombes  d'argent  ;  ôc  le  tout  doublé  de  fatin 
iaune  orangéi 

Le  lendemain  lourde  la  Pentecofte  la  cérémonie  fut      ^i^] 
continuée,  qui  commença  par  vne  Proceflion  folennel-  Connnua- 
le  de  tous  les  Cheualiers  reueitus  de  leurs  grands  man-  cercmo. 
teaux  de  l'Ordre  èc  colliers  par  delfus,  dans  la  mefme  diP 
poiition  que  le  iour  precedent- 

Le  Clergé  marchoit  le  premier, où  officia  &  célébra  la 
MelTe  en  Pontificat  Monfeigneur  le  Cardinal  de  Lion 
Grand  Aumofnierjaflifté  de  deux  Abbez  mitrez,de  Dia- 
cres, Soufdiacres&  Acolytes:  cette  ProceflionfefitdeP 
cendantdelaSallede  la  belle  Cheminée  par  le  rampant 
de  l'efcaher  qui  eft  du  cofté  de  l'Eftang  ,  &:  montant  par 
l'autre  rampant  qui  va  à  la  Salle  des  Gardes  du  Corps ,  &: 
delà  en  la  Chapelle  ou  Salle  de  ladite  belle  Cheminée. 

Sf 


mes. 


I2.i        Lé  Trésor  des  merveilles 

Quand  Ton  vint  à  rOiFrande,  le  Roy  fit  la fîenilc  te- 
nant vn  cierge  blanc  en  main,auec  trente  efcus  d'or,por- 
tez&prefcntez  defapartparMonfeigneur  le  Prince  de 
Condc,  &  après  tous  les  Cheualiers  firent  la  leurjchacun 
d Vn  cierge  bc  d'vn  efcu  d'or. 

En  fiiitte  quand  l'on  fut  à  la  Communion ,  le  Roy  s'y 
prefenta  le  premier,  &  tout  feul ,  témoignant  fa  pieté  ôc 
deuotion  ordinaire  j  puis  tous  les  Cheualiers  firent  le 

femblable.  Et  laMeffe  eftant  finie, 

VI.         L'ON  entraaufeftinquiefboitdrefTéenlaSalleduBah 

ftfrlîa'saU  ï^/  ^^^i^^  ci"ois  tabks  i  Tviie  &:  lapremiere  qui  eftoit  celle 

le  du  Bal,   du  Roy,  tout  au  bout  vers  lârCheminée  où  il  eftoit  feulj 

deux  autres  vers  le  milieu  de  la  Salle ,  IVae  à  droite,  Sc 

l'autre  à  gauche ,  où  eftoient  tous  M"  les  Cheualiers  ôC 

Officiers  de  l'Ordre  rangez  tous  d'vn  feul  coftc. 

Les  Vefpres  fe  dirent  en  fuitte  enuiron  les  trois  heures , 
pour  les  CheuaUers  trépaffez  ,  la  SaHp  àc  Autel  eftans 
alors  tous  changez  en  deUil,auec  vne  grande  Chapelle 
ardente,  comme  aufll  tous  M" les  Cheualiers  en  habit 
de  deliil,  &  le  grand  colUer  de  l'Ordre  deifus. 

Et  toute  cette  cérémonie  s'acheua  le  lendemain  par 
vne  haute  MefTe  des  Morts,qui  fe  célébra  aumefine  lieu 
parMonfeigneurl'Archeuefque  de  Narbonne. 

Voicy  les  noms  des  Cheualiers  Commandeurs  j  faits 
en  cette  promotion. 


VII.  I.       Monfeigiicur  le  Cardinal  Duc  de Richelku. 

chrul.''^  n.      M.  le  Cardinal  de  la  Valette. 


licrs. 


IIL    M.  l'ArcheuefquedcParis. 

I V.  M.  r Archeuefque  de  Bourdeaux. 

V.  M.  r  Archeuefque  de  Narbonne. 

VI.  M.  le  Duc  de  Longucuille. 
VIL  M.  le  Comte  d'Alais. 
ÏIX.  M.  le  Comte  de  Harcour. 

IX.  M.  le  Duc  de  la  Tremouille. 

X.  M.  le  Duc  de  Briïfac. 

XI.  M.  le  Duc  de  Caudale. 


DE  FONTAINEBLEAV.      LjVR^IIL         325 

XII.  M.  le  Duc  de  la  Valette. 

XIII.  M.  le  Duc  d'Hailuin. 

XIV.  M.  le  Comte  de  Tonnerre.  ( 

XV.  M.  le  Marefchal  d'Eftrées; 

XVI.  M.  de  Vaubecour. 

XVII.  M.  de  Seneterre. 

XIIX.      M.  le  Vicomte  de  Pompadpun 

XIX.  M.  le  Comte  de  la  Mark-bouillon. 

XX.  M.  le  Marquis  de  Nefîe. 

XXI.  M.  le  Marquis  de  Cordes.      • 

XXII.  M.  le  Comte  de  Lannoy. 

XXI II.  M.  le  Marquis  de  Varennes. 

XXIV.  M.  le  Mareichal  de  Brezé. 

XXV.  M.  le  Comte  de  Brafîac. 

XXVI.  M.  le  Marefchal  de  Toiras. 

XXVII.  M.  le  Comte  de  Noailles. 
XXIIX.  M.  dePoyanne. 

XXIX.  M.  le  Marquis  de  FolTez. 

XXX.  M.  le  Marquis  de  Bourbonrie, 

XXXI.  M.  lé  Vicomte  de  Polignac. 

XXX I I.  M.  le  Vicomte  d'Arpaion. 

XXXIII.  M.  le  Marquis  d'Aluye. 

XXXIV.  M.  le  Comte  de  Sault. 

XXXV.  M.  le  Marquis  de  Frangipani. 

XXXVI.  M.  le  Comte  d'Orual. 

XXXVII.  M.  le  Premier. 

XXXIix.  M.  le  Baron  de  Pont-Chafteau. 

XXXIX.    M.  du  Pont  de  Courlay. 

XL.  M.  le  Marquis  de  la  Meiileraye, 

XLI*         M.  le  Marquis  de  Mortemar. 

XLII.       M.  de  Villequier. 

XLIII.     M.  le  Comte  de  Tournon. 

X  L I V.     M.  de  la  Mailleraye. 

XLV.        M.  le  Comte  de  Thianges. 

XLVI.      M.  le  Marquis  d'Ambres. 

XLV II.    M.  le  Comte  de  Parrabere. 

XL VIII.  M.  le  Marquis  de  Montcaurel. 

se  ij 


^324    Le  TREsok  DES  Merv.  DE  Font.  Li?.  Ilï. 
XLIX.  M.  le  Marquis  de  Bentiuoglio. 

Deux  mois  ou  enuironauparauant  cette  promotion, 
Monlîeur  de  Bullion,&;Moniieur  Boucliillier^  tous  deux 
Sur-Intendans  des  Finances ,  furent  tionorezpar  faMa- 
iefté  du  cordon  bleu ,  en  qualité  d'Officiers  de  l'Ordrej 
le  premier  pourueudela  charge  de  Garde  des  Seaux  de 
rOrdre,en  la  place  de  Monfîeur  le  Marquis  de  Chafteau- 
neuf  j  &  l'autre  de  Treforier  du  mefme  Ordre,  auec  la 
furuiuance  pour  Monfîeur  de Chauigny  fon  fils.  Secré- 
taire d'Eftat. 

Deuant  que  donner  fin  ace  Chapitre,  ilnc  ferapas  hors 
de  propos  de  remarquer,  que  le  iourdelaFefle-Dieu  de 
cette  mefme  année,  le  Roy  eftant  encore  en  ce  lieu  de 
FontainebleaUjily  touchales  malades  écroiiellez,qui  fu- 
rent comptez  au  nombre  de  douze  cens  foixante  ôtCneui^  . 
defquels  il  y  auoit  deux  cens  foixante&fîx  Efpagnols, 
&C  les  autres  de  dixierfes  nations  :  Cérémonie  qui  fe  fie 
dans  la  grande  Allée  Royale  du  lar din  des  Pins ,  lieu  or- 
dinaire. Tay  mémoire  d'y  en  auoir  veu  vne  autrefois 
iufques  au  nombre  de  quinze  cens  vingt-trois. 


FIN  DV  III.  LIVRE. 


T  R  É's  O  R 

DES    MERVEILLES 

DE  LA  MAISON  ROYALE 

DE  FONTAINEBLEAV- 

LIVRE     Q.VATRIESME, 

TR  A  ITT ANT 

DF  BOVRC  ,  ET  DE  LA  FOREST  DE 

Fontatnebleati ,  auec  leurs  appartenances  &  dépendances. 

DV    BOVRG    DE    FONT AINEBLEAV. 
Chapitre     I. 


/.  V'Vtilité  quapporte  a 
cette  Mat/on  Royale  fin 
Bourg,  &  fa  Foreft. 

IL  Quand  ce  Bourg  a  com- 
mencé de  s'accroijire. 

I IL  Nombre  d'JJoflels  baflis 
en  ce  Bourg, 

JF^.Ce  Bourg  beaucoup  au- 
gmenté fous  Henry  I  f^.& 
Louys  XI  IL 

V,  T>efcrïption  de  la  grande 


Fglifi  de  ce  Bourg. 

VL  ^ Premier  Chapelain  efia* 
bly  en  cette  Egltfe. 

VILPreuopé  Royale  de  ce 
Bourg  y  &  les  lieux  qui  en 
rejfortijfênt, 

VlIl.Acqmfition  faite  par 
Henry  le  Grand  de  par- 
tie de  ce  Bourg  ,  &  ds 
la  Seigneurie   de  Adon" 


ceau. 


Sf  iij 


5^^ 


Le  Trésor  des   merveilles 


I. 

L'vtilité 
qu'apporte 
i cette  Mai- 
Ion  Roya- 
le ,   fon 
Bourg ,  ôc 
fa  Foreft. 


II.. 
Quand  ce 

Bourg    a 
commencé 
de   s'ac- 
croiftrc. 


N  T  R  E  les  fingulieres  merueil- 
les  décrites  aux  Liuresprecedens^ 
qui  rendent  recommandable  cet- 
te Maifon  Royale,  fon  Bourg,  ôC 
fa  Foreft  ne  contribuent  pas  peu 
pour  fon  accomplifTement ,  puif- 
que  l'vn  fert  de  logement  com^ 
mode  à  ceux  qui  fuiuent  la  Cour, 
6c  l'autre  d'cbat,  &;  d'agreabk  di- 
UertifTement  àfaMaiefté  parmy  leplaifir  déroute  forte 
de  Chalfes  :  fans  lefquelles  ce  Palais  fembleroit  en  quel- 
que façon  n'eftre  pas  accomply  ,  ôC  aucc  lefquelles  il  a 
tout  ce  qui  (e  peut  defîrer  ,  fbit  pour  la  beauté  ,  foit 
pour  IVrilité  du  feiour.  Parlons  premièrement  du 
Bourg,  ÔC  après  de  laForeft. 

Il  eft  certain,  que  depuis  la  fondation  de  cette  Mai- 
fon, il  y  a  bien  eu  toufiours  aux  enuirons  quelques  loge- 
mens  particuliers  d'Habitans ,  principalement  en  cet 
endroit,  où  eft auiourd'huy  la  Rue  balTe  j  comme  aulli 
en  cette  part ,  où  font  les  lardins  àes  Pins  6c  des  Ca- 
naux ,  vers  la  Fontaine  dite  de  Fontainebleau  :  ces 
lieux  làayans  efté  choifis  d'ancienneté,  attendu  qu'ils 
font  arroufez  de  diuerfes  fources  ,  qui  les  rendent 
plus  fertils  que  les  autres*  Mais  il  eft  vray  aulli ,  que 
ce  Bourg  a  efté  vn  affez  long  temps  fort  petit ,  ôC  qu'il 
ne  s'eft  accreu  en  vn  fi  grand  nombre  de  maifpns ,  com- 
me il  eft  auiourd'huy  ,  qu'elles  compofent  vn  gros 
Bourg,  que  peu  à  peu  ,  &c  par  vne  longue  fuitte  d'an- 
nées ,  fous  les  Règnes  de  Saind;  Louys  ^  de  Philippe  le 
Bel,  de  Charles  IV.  de  lean,  &  de  Charles  VII.  ôc  par- 
ticulièrement fous  les  Roys  François  I,  Henry  II.  & 
Charles  IX.  àcaufe  du  feiour  fréquent  qu'ils  y  ont  fait. 
Ce  qui  occafionna  alors  plufteurs  Princes,  dc  Seigneurs 
d'y  baftir  chacun  vn  bel  Hoftel,  du  nombre  defquels  fe 
voyent  encore  auiourd'huy  ceux  de  la.  Roche  Sur-Yon 
dit  maintenant  de  Montpenfier ,  de  Soiffons,  de  Van- 


DE    FONTAINEBLEAV.     LiVRE   IV.        517 


dofme  autrefois  appelle  le  grand  Nauarre ,  le  petit  Nâ-    ^  ^  ^  • 
uarre,  de  Bourbon  àprefent  ditdeLomenie,d'Angou- dHoftds" 
Icfme ,  de  Gnife ,  de  Cheureufe  autrefois  de  Conty ,  de  ^^^'^^"  «e 
Rohan,  de  Nemours  dit  autrement  le  petit  Ferare  ,  de 
Neuers ,  de  Martigue ,  où  elt  baftie  la  grande  Eglife  du 
Bourg,  deSauoye  aprefent  l'Hoftel  de  Schomberg,dé 
Montmorency  ,  de  Danuille,  de  Rets,  de  Villcroy , de 
Fleury  ,  de  Randan  maintenant  de  la  Roche-Foucauc. 
Outre  ceux  defquels  il  a  elle  parlé  cy-deuant  ,,à  (ça- 
uoir  de  la  Chancellerie  ,  du  Grand  Preuoft  de  France, 
6c  d'autres. 

Mais  fur  tout  ce  Bourg  a  efté  de  beaucoup  augmen- 
té fous  Henry  le  Grand,  la  Maieftc  inuitanc  vn  chacun 
d'y  baftir  jiufques  adonner  mefîiie  des  places  à  des  par- 
ticuliers àcedelTein.  L'HofteideMontigny,  deRofny, 
&  de  Bethune ,  font  de  fon  temps. 

E  T  fous  Louys  XIII.  auiourd'huy  régnant ,  iî  la     iv. 
efté  aufli,non  feulement  de  plulîeurs mailons  départi-  i^f^^°^^^ 
culiers ,  mais  encore  de  quelques  Hoftels  j  à  fçauoir  de  augmenté 
celuy  de  RicheUeu  ,  de  BalTompierre  ,  de  Trefmes ,  êC  ry"i  v.^& 
dVn  bon  nombre  d'autres  maifons  appartenantes  à  des  Louysxur. 
Confeillers  d'Eftat,  Officiers  de  la  Maifon  du  Roy,  ÔC 
de  la  Réy ne ,  du  Confeil ,  &;  de  la  Chancellerie  j  fans  ou- 
blier celles  des   Genfdarmes  de  la  Garde  ,  des  Gai^- 
des  ElcoiToifes  dite  l'Hoftel  d'EfcoJÛfe  ,  des  Gardes  du 
Corps  Françoifes,  des  Gardes  de  la  Porte ,  des  Trefoncrs 
de  l'Efpargne ,  des  Parties  Cafueiles ,  6cc, 

Ce  Bourg  eft  aprefent  en  tel  eftat,  que  l'on  y  compta 
aucc  {es  appartenances  ,  iufques  à  huit  cens  mailons 
d'habitans»  ^ 

O  R  entré  Tes  édifices  celuy  de  la  grande  Eglife  eft      v. 
fort  conliderable;   Elle  eft  au  milieu  du  Bour^  en  lap„on"dc 
grande  rue,  &  a  efté  baftie  de  noftre  temps  par  Louys '^S""'^ 
XIII.  au  commencement  de  fon  Règne.  Huit  Cha- sSurg. 
pelles  i  quatre  de  chaque  cofté ,  auec  la  eroiféc ,  où  il  y  a 
encore  vne  Chapelle  de  part  àc  d'autre  ,  embelhifent 
fort  ce  T&mpie,qiLe  faMaiefté  a  fait  cnnciiix  de  Pein- 


e 
ece 


^i8  Le   TRESOR  DES   merveiLles 

turesjtant  en  fa  voûte  ,  qu'en  tous  {ts  parois  î&  ce  par 
les  foins  de  Monfeigncur  de  Noyers  :  particulièrement 
le  grand  &C  principal  Autel ,  orne  dVn  beau  retable ,  oii 
font  deux  colomnesCorintheSj  chacune  de  vingt  pieds 
de  haut ,  le  tout  enrichy  d'or  j  auec  vn  excellent  Ta- 
bleau de  treize  pieds  de  haut,  &:  huit  de  large, lequel eil 
du  Sieur  Varin:  en  ce  Tableau  eft  reprefenté  le  Paraly- 
tique guarypar  le  Fils  de  Dieu  auprès  de  laPifcine  Pio- 

"batique* 

VI.  Le  Roy  a eftably  en  cette  Eglife  deux  Chapellains^ 

ch^*^"inn  ^°^^  le  premier  qui  a  commencé  àladelferuir,  &:  yce- 
eftably  en  lebrcr  le  feruice  diuin,  fous  l'obeyflance  èc  la  charge  du 
cette  Egh-  p^^  p^^,^  Miniftrc  &  Supérieur  de  noftre  Conuent  de  la 

Sainde  Trinité  de  ceChafteau  ,a  efté  le  Père  Frère  lean 
Carron  i  où  après  huit  années  de  feruice ,  &C  auoir  rendu 
au  public  des  témoignages  d Vne  pieté  fignalée,&;dV- 
ne  vie  exemplaire,  &;  fort  religieufe,  regretté  dVn  cha- 
cun ,  il  trépaffa  le  feptiéme  iour  de  luillet  l'an  mille  fix 
cens  trente  vn  :  duquel  voicy  l'Epitaphe  pofée  en  cette 
Eglife  en  la  Chapelle  de  nolire  Dame  du  Rofaire, 

D.  O.  M. 

-•î:-  1  Dtmorttias  'vmificandi  corporis  exuuidf ,  hk  pofuk 
ïjb  F.  loannes  Carron  Preshyter  Regij  San^ïfimA  "Tn- 
ii'Mtatié  Cûfjuentui  F ontis' bellaqua  jhic  omnium  frimtif  * 
a  Pâtre  diéfi  Conuentîn  Minifiro  fdeùtus  in  hocTem- 
ploy  qtiodjacra  Ludouiâ  Xlll.  Harejts  Demitoris ,  & 
lufti  peîas  in  ipfis  imperij  inittis  Deoftruxit ,  Regali 
fiipendio  ver  annos  oàofumma  cum  'vigilantta3& iau- 
de  diuina  obiit  munia  ,  njitdmqae  claufit  AtatU  anno 
quinc^uagifimo  qumîo ,  parU/alîitis  M .  VI.  XXXI. 
Augtijit  die  JcfUma. 

Bene  precatus  Le^ior  abi. 

Immédiatement  après  le  deceds  dudit  Frère  leaiî 

Carron 


DE  FONTAÏNEBLEAV.  LiVRE  IV.  51^ 
Carron  ,  y  a  eflé  mis  en  fa  place  ,  &:  qualité  de  Chape- 
lain  ,  Frère  Georges  Morloc  ,  qui  y  deffert  encore  au- 
iourd'huy  j  èc  ce  fous  la  mefme  charge ,  &  robeylTancè 
duR.  PereMiniftre,  &c  Supérieur  dudit  Conuenc. 

L'honneur  èc  la  bienueillance  que  i'ay  receu  du  feu 
Reuerend  Père  Frère  Pierre  Pépin  Miniftre  ,  &  Supé- 
rieur de  ce  Conuenc  mon  Deuancier,  m'oblige  pour  re- 
uerer  fa  mémoire  ,  qui  eft  en  benedidion  ,  de  faire  icy 
mention  de  luyjnonfeulementparceque  cctteEglifea 
efté  édifiée,  ôi  commencée  à  eftre  defferuie  fous  fa  char- 
ge &  adminiftration  5  mais  encore  d'autant  qu'il  eft  le 
premier,  qui  fous  cette  qualité  y  a  efté  inhumé  :  duquel 
voicy  l'Epitaphe  ,  que  i'ay  fait  mettre  fur  fa  folTe  ,  qui 
eft  au  milieu  de  la  croifée  prés  de  la  marche  du  baluftre,  ' 
èc  des  degrez  du  Chœur. 

D.  OPT.  M. 

Attendke  Mortales,  R.  T.  Fr.  Petrus  Pefin  Tre- 
cenfis  j  RegiJ  Fontis  Blaudt  Conuentus  Ordtms  Sari" 
BipimATnmtatu ,  &Redempttoms  Caftimmm  Mi- 
nifier  fer  an.  XXV.  Montur  XXIV.  Decembris,  An, 
M.  DC.  XXXV.  j^îatli'LW,  Inuidtïfimo  ifemfér" 
me  Auguflo  Régi  nofiro  Ludouico  XI IL  à  Conpïns, 
&EleemoJyms.  Homo  njere  "Vius,  ac  SagaXy  éffa" 
f>ra  Antecejfores  Prouidus.  Hoc  conditur  Tumulo,  At- 
tendite  fortem  i  &  date  Preces. 

Pofuit  Succejforis  Pietas, 

Ayant  parlé  des  édifices  de  ce  Bourg ,  il  refte  à     vu. 
dire  vn  mot  touchant  fa  luftice ,  ôc  (ts  dépendances.  R^Te°dc 
C'eft  vne  Preuofté  Royale ,  qui  confifte  en  vn  Preuoft,  ce  Hourg, 
Confeiller,  Commiftaire  Enquefteur,  Ciuil  &  Criminel,  ^u!"n''"! 
auec  vn  Procureur  du  Roy ,  à:  vn  Greffier.  Elle  s'eftend  rortifl^em. 
en  quelques  Villages  &:  Hameaux  qui  en  refforcifTent, 
comme  Auon ,  le  Monceau ,  haut  &:  bas  Changy ,  ÔC  les 

Te 


33^  ^^    TRESOR    DES    MERVEILLES 

fiafTes  Loges ,  Haut  Se  Bas  Samois ,  qui  eftoic  autrefois 
vne  petite  Ville  ,  le  Village  de  Boifleroy ,  auec  fes  Ha- 
meaux ,Brofles  ,  les  Hautes  Loges ,  Sormefe ,  la  Caue,  Ô£ 
la  Ruelle. 

Henry  le  Grand  confiderant  que  dans  ce  Bom-g  de 
Fontainebleau,  le  Seigneur  du  Monceau  auoit  droit  de 
Fief  &;  Seigneurie  fur  partie  de  quelques  maifons  fizes 
en  la  Rue  baffe  ,  du  cofté  où  eft  de  prefent  l'Aqueduc, 
que  le  Parc  de  ce  Chafteau  eftoit  fur  ladite  Seigneu^ 
rie  de  Monceau  ,  èc  mcîiTie  vne  partie  du  lieu  ,  où  eft 
maintenant  baftie  la  Cour  des  Offices  jtraittapour  ledit 
Fief  &  Seigneurie  du  Monceau ,  auec  la  Dame  Gabrielle 
d'Allonuilie  ,  veufue  de  feu  Meffire  Guy  de  Roche- 

chouar.  Seigneur  de  Chaflillon  leRoyjÔC  duditMon* 

MqmCi-  ceau,  èc  Dame  de  S.  Cyre  j  où  par  contrad  paffé  parde- 
tion  Elite  uant  Liebaut  Notaire  au  Chaflelet  de  Paris,  en  datte  du 
fj"  Gran/  neufiémc  d' Auril  mille  f Ix  cens  neuf,  fa  Maiefté  échan- 
àcp^nicàe    ^^  ^  ^  permuta  auec  ladite  Dame  ,  les  terres  de  Sur/ 
&deiasVi-  Saind  Romain  ,Montechamp ,  &;  Saind  Marcellin ,  fî- 
lioncelu  "  t^^2  ^^  P^y^  ^^  Forefl,  du  Domaine  de  fadite  Maieflc; 
pour  laquelle  ftipulerent  Meffeigneurs  le  Chancelier 
de  Sillery ,  le  Duc  de  Sully  Grand  Maiflre  de  l'Artille- 
rie ,  &:  Sur-Intendant  des  Finances ,  &C  le  Sieur  le  Gras 
Trefoner  General  de  France  :  ôc  ainfi  le  Roy  eft  demeu- 
ré entier,  &  feul  Seigneur  h  aut6c  bas  luflicier  de  Fon- 
tainebleau, du  Monceau,  d'Auon,  de  dépendances. 


DE    FONTAINEBLEAV.      LiVRE    lit. 


m 


DES    PRIVILEGES, ETIMMVNITEZ 

données  aux  Habitans ,  &;  ParroifTe  de 
Fontainebleau» 


Chapitre    II. 


/  Motifs  qui  ont  inuitéplu- 
fieurs  de  nos  %ojs  a  fauo- 
nfer  ce  Bourg  de  Primle- 
ges, 

IL  Plu/ieurs  Chartes  tou- 
chant ce  Bourg  &  Parroijfe. 

JILLe  Roj  Loujs  XII J.  a 


particulièrement  fauorije 

ce  Bourgs  Ç^fi^  Habttans. 
IV,  Deux    Foires  franches 

par  an  ,    oâtroyées  à  cç 

Bourg. 
K.   Pnuilege  particulier  du^ 

Tant  lefetour  de  la  Cour. 


V  I  vpudroit  rechercher  les  motifs  ,  qui      i. 
peuuent  auoir  inuité  plufîeurs  de   nos  om  muué* 
Roys  à  fauorifer  ce  Bourg ,  ôç  toutes  les  piufieurs 
dépendances  de  cette ParroifTe, des Priui-  à  fauonfcr 
leges  &  immunitez  defquelles  ils  ioU-yf- ^^  p"""^! 
fent  )  trouueroit  que  la  naiflance  en  ce  Lieu  de  quelques  gej. 
vns  de  ces  iliuftres  Princes  ,  &  autres  femblables  rair 
fons,  n'ont  pas  peu  contribué  pour  leur  départir  ces  far 
ueurs  :  mais  fans  m^arrefter  dauantage  fur  ces  confîde- 
rations,  ie  me  contenteray  de  dire ,  que  la  fondation  dç 
cette  Maifon  Royale  en  eft  IVne  des  principales  :  iu- 
geans  bien  raifonnable  ,  que  comme  ainli  foit  que  les 
Monarques  font  autant  de  Soleils  radieux  dans  leurs 
EftatsjaufTi  femble-t'il  eftre  de  iuftice,que  les  lieux  dç 
leur  feiour  plus  ordinaire  ,  ou  à  tout  le  ^iioins  qui  ont 
l'honneur  de  leur  appartenir  ,  fe  reffentent  plus  partir- 
eulierement  que  les  autres  des  gracieux  afpe^s,$c  des 
douces  influences  de  leur  bienueillance. 

Enquoy  certes  Fontainebleau  a  iufte  occaflon  de  (è 
louer ,  dont  ie  pourrois  icy  produire  des  amples ,  &:  t,resr> 
anciens  témoignages  de  fes  oâiroys  ôC  Priuileges  ,  fl  Ift 
longue  diftance  de  plufieurs  fiecles  ;,  §C  les  inmrej  ^ç/? 

Tt   ij 


3^1        Le  Trésor  des   merveilles 

sucrres  n'auoient  caufé  la  perte  des  plus  anciens  :  fi  bien 
que  pour  ne  tomber  derechef  dans  vne  pareille  difgrace; 
mais  bien  au  contraire  conferuer  la  mémoire  de  ce  qui 
nous  en  refte  ,  i'ay  creu  eftre  à  propos  d'en  faire  le  re- 
cueil, &C  le  fommaire  fuiuant. 
~~ii.  L  A  Charte ,  &  les  Titres  plus  anciens  qui  nous  foient 

r-^™!""  demeurez  fur  ce  fuiet,  font  du  Roy  Charles  V.  donnez 

'^^  n  liI  CCS  ' 

touchant    àNcmours  5  au  mois  de  Septembre  l'an  mille  trois  cens 

icgesdece  foixautc  &:fix  :  par  lefquels  il  appert  des,anciens  Priuile- 

fA-'âfl"  ^  §^^  '  ^^^  ^^^^  ^^  ^^  ^^       '  qu'en  confirmant  les  oârroys 

I ?  66     donnez  pat  les Roys  fes Predecelfeurs  aux Habitans  de 

Fontainebleau^,  &;  de  la  Parroiffe  de  ce  Lieu  jil  leur  auroic 

continué  les  mefmes  grâces  6c  Priuileges  fuiuans  3  fça- 

uoir  que  comme  de  temps  immémorial  ils  auroient  eu 

droit,  il  veut  aufli  qu'vn  chacun  d'eux  y  tenant  feu  &: 

hoftel  de  quelque  faculté  qu'il  foit ,  ioiiyffe  du  mefme 

Priuileee  »de  pouuoir  mettre  es  vallées  de  laForeft  du- 

dit  lieu  cinquante  Pourceaux  par  an,ôc  les  y  tenir  tant 

qu'il  leur  plaira  j  à  la  charge  qu'en  cas  que  la  paifTon  fufl 

0.  vendue  par  le  Roy  ,  de  payer  aux  Marchands  de  ladite 

paifTon  trois  deniers  parifis  pour  chacun  Pourceau  de 

pénage  ;  ôc  fi  elle  n'eft  vendue  ,  les  y  mettre  ,  &  tenir 

franchement. 

'-  Item,  qu'ils  pourront  mettre  dans  les  fins  &  mettes 
Hefdites  vallées  des  Vaches  tant  qu'ils  en  peuuent  auoir, 
6c  aulTi  en  certains  lieux  de  ladite  Forell  y  faire  paflurer 
leur  s  Brebis. 

"^  D'ailleurs  par  toutes  les  vallées  de  ladite  Foreft  ont 
B£  auront  vfage  au  bois  fcc  au  crochet ,  au  bois  voly, 
cheuôccafTé  par  force  de  vent,foitleboisverd,oufec, 
s'il  ne  tient  à  terre. 

Et  outre  ce  ont  6C  auront  vfage  de  foyer  ,  ou  faire 
foyer  herbe  pour  leur  vfer  feulement  es  terres  defdites 
vallées, depuis  la  Natiuité  deSaind  lean  Baptifte,  iuf- 
ques  àlaFefte  de  laDecolation  d'iceluy,  6c  dudit  her- 
bage faire  leur  volonté  l'vn  vfager  à  l'autix,  &:  non  au*- 
trcmentjce  font  les  mots  de  ladite  Charte. 


DE   FONTAINEBLEAV.      LIVRE  IV.  535 

Le  Roy  Charles  VL  par  autres  Lettres  Patentes  en 
jFbrme  de  Charte,  données  à  Paris  au  mois  de  Décembre 
mille  trois  cens  quatre-vingts  neuf, fignées Charles ,&:  I3^9- 
fur  le  reply,  Par  le  Roy,  Remond,  oc  feellées  en  cire  verte 
fur  lacs  de  foye  ,  a  confirmé  èc  approuué  lefdits  Priui- 
leges. 

Le  Roy  Charles  VI IL  a  pareillement  approuué  èC 
confirmé  lefdits  Priuileges,par  Ces  Lettres  données  à  Me- 
Ivin  au  mois  de  Décembre  l'an  mille  quatre  cens  qua-  148/. 
t^e-vingts  cinq. 

Le  Roy  Henry  Second  par  fes  Lettres  données  à  Blois 
au  mois  de  Décembre  mille  cinq  cens  cinquante  &:  vn,  1551- 
fignées  Henry ,  &:  fur  le  reply ,  Par  le  Roy,  Pied  de  fer ,  dC 
fellées  en  verd,  a  confirmé  les  Priuileges  quedeflus. 

Le  Roy  François  Second  n'a  pas  témoigné  moins  de 
bienueillance  pour  Fontainebleau  que  lés  Predecef- 
feurs,  ayant  confirmé  lefdits  Priuilegesj  comme  il  appert 
par  fes  Lettres  Patentes ,  données  en  ce  Lieu  au  mois 
d'Aouft  mille  cinq  cens  foixante  ,  fignées  François  ,  ôc  i/^o, 
fur  le  reply  ,  Par  le  Roy ,  Briffet ,  &  feellées  comme 
deifus. 

Le  Roy  Henry  III.  par  [es  Lettres  Patentes  données 
à  Paris  âu  mois  de  luillet  mille  cinq  cens  foixante  &:  i  J7J- 
quinze ,  fignées  Henry ,  &c  fur  le  reply.  Par  le  Roy,  Ver- 
din,  &  feellées,  a  confirmé  lefdits  Priuileges. 
-^  Le  Roy  Henry  IV.  par  Ces  Lettres  Patentes  données 
àParisaumoisd'Odobre  mille  cinq  cens  quatre-vingts  1 594» 
quatorze  ,  fignées  Henry  ,  &;  fur  le  reply  ,  Par  le  Roy, 
de  Verton,  Se  feellées ,  a  confirmé  ces  mefi-nes  Priui- 
leges. 

Le  Roy  Louys  XI II.  a  encore  plus  fauorifé  ce  Lieu 
que  les  Roys  fes  Predeceffeurs ,  par  fes  Lettres  données 
icy  l'an  mille  fix  cens  treize, fignées  Louys,  &: fur  1ère-   ^^^h 
ply,ParlcRoy,  de  Verton,  àc  feellées. 


Toutes  lefquelles  Lettres  ont  efté  enregiftrées  au     ^^^• 

.-r      1         ^     -^      1       ^  ,    -r.  ,-  n  ^^  LeRo 


Greffe  des  Grands- Maiftr es ,  Enquefteurs  &;  généraux  Louys 


Roy 


Réformateurs  des  Eaux  ôi  Forefts  de  France,  en  leur^J^^J^j^^, 


Te 


"J 


^^4        Le  Trésor  peîs  merveilles 

rcment  fa  Sicgc  de  la  Table  de  Marbre  du  Palais  à  Paris,  notlm- 
Bourg  &  ment  les  dernières  du  Roy  Louys  Treizième  auiour- 
fes  Habi-  (J'huy  régnant ,  enregiftrées  le  dernier  Décembre  mille 
fîx  cens  treize  ,  par  Prouçndier  Greffier  ,  &c  enregi- 
ftrées encore  au  Greffe  de  la  Maiftrife  particulière  des 
Eaux  èc  Foxefts  du  Baillage  de  Melun ,  au  Siège  dudit 
Fontainebleau  j  comme  il  fe  voit  fur  le  reply  defdites 
LettreSjle  treizième  lanuier  mille  fix  cens  dix-neuf , par 
Langlois  Greffier. 

Sa  mefme  Maiefté  a  encore  oâ:royé  audit  Fontaine- 
bleau par  fes  Lettres  Patentes  données  à  Paris  au  mois 
\6i6.    a  Aoull  l'an  mille  fîx  cens  feize ,  deux  Foires  franches, 
"~ivT~  durant  chacune  trois  iours  :  La  première,  au  iour  de  la 
Deux  Foi.  pef^e  Je  faind  Cofme  àc  faindl  Damien ,  iour  de  la  Naif- 

rcs  frân- 

ches  paran  faucc  de  fa  Maicfté  ,  àc  l'autre  le  lendemain  de  la  Fefte 

cfiolug.^  desRoys  :  lefquelles  Foires  pour  bonnes  confîderatio'nç 
fadite  Maiefté  par  autres  Lettres  Patentes  ,  donnée^ 

1615.  audit  Fontainebleau  au  mois  de  Juin  l'an  mille  fix  cen? 
vingt-trois , a  changées ôcremifesj  la  première,  auleiv 
demain  de  la  Fefte  de  la  Sainde  Trinité  j  &:  la  féconde,  Iç 
iour  d'après  la  Fefte  de  fain(5lc  Catherine  yingt-ciii^ 
quiéme  de  Nouembre. 

De  plus  par  autres  Lettres  Patentes,  fignées  Louys, 
ôcplus  bas ,  Par  le  Roy  j  de  Lomenie ,  feellées  en  verd ,  5C 
données  à  Sain6t  Germain  en  Laye  au  mois  de  Df cem* 

1635.  bre  mil  fix  cens  trente-trois ,  en  fuitte  d Vn  Arreft  du 
Confeil  d'Eftat  &  Commifiiofî  fur  iceluy  ,  dqnné  à  Pa^ 
fis  le  vingt-troifiéme  luin  mille  fix  cens  trente-trois,  fi^ 
gné  de  Lomenie ,  ôc  fcellé ,  &  enregiftré  en  la  Chambre 
des  Comptes  le  vingt-troifiéme  de  luillet  enfuiuant,fa- 
dite  Maiefté  a  abonné  par  chacun  an  lesHabitansdudit 
Fontainebleau,ôC  de  la  Parroiffe  de  ceLieu,à  la  fomme  de 
deux  cens  liures  tournois  pour  toutes  Tailles ,  Taillon, 
Creuès,  Leuées  ordinaires  &:extraordinaires,faites&  à 
fairej&:ceenconfideration(commeportent  les  Lettres) 
de  l'heureufe  Nailfance  de  fa  Maiefté  audit  Fontaine- 
bleau ,  &:  du  fainâ:  Sacrement  de  Baptefme  qu'elle  y  a 


DE  FONTAINEBLEAV/  LiVRË  IV.  ^3f 
receu, comme auffi  àcaufe  delà  fterilité  du  pays ,  ôc  du 
degaft  fait  en  ce  mefme  Lieu  par  le  grand  nombre  des 
belles  faunes,  èc  noires  qui  font  en  la  Foreft ,  coliferuées 
pourleplailirde  fa  Maieftéj  ôc  autres  bonnes  conlidera- 
tions  qui  l'ont  meuè"  à  faire  cet  abonnement  avi  lieu  du 
Taillon  que  lefdits  Habitans.  payoient  auparauant  :  le- 
quel abonnement  a  efté  depuis  confirmé  par  autres 
Lettres  i'atentes  données  à  Saind  Germain  en  Laye  au 
mois  de  Décembre  mille  fîx  cens  trente-quatre ,  portant  i  <$ j  4, 
dérogation  à  tous  Ediéis  èc  Ordonnances  faites  au  con- 
traire, enregiftrées  à  la  Cour  des  Aydes  le  dixième  de 
Mars  mil  iîx  cens  trente-cinq.  Et  depuis  encore  ladite 
Maiefté  a  confirmé  cet  abonnement  par  Arreft  de  fon 
Confeil  d'Eftat,  ligné  Bordier,&  Commilllon  fur  iceluy, 
feellé  du  grand  Seau  de  cire  iaune  ,  datte  du  dixième  de 
Mars  mille  lix  cens  trente-huiâ: ,  portant  defenfe  aux  i  ^3  8, 
Eleus  de  Melun  de  comprendre  lefdits  Habitans  aux 
Tailles,  ny  aucune  leuée  à  faire ,  plus  qu'à  ladite  fomme 
de  deux  cens  liuresj  nonobftant  la  reuocation  faite  par  la 
Maiefté  de  tous  les  abonnemens ,  laquelle  n'auroit  effet 
à  l'égard  defdits  Habitans ,  6c  fans  tirer  a  confequence 
pour  autres  3  le  tout  enregiftré  au  Greffe  dudit  Melun. 

Par  Arreft  du  Confeil  d'Eftat  tenu  à  Fontainebleau, 
contradidioirement  rendu  entre  le  Fermier  des  Aydes 
des  huid-6cvingtiéme,6£ les  Habitans  dudit  Lieu,  pour 
raifon  du  Vin  vendu  en  gros,ÔC  en  détail  audit  Fontaine-   ~^y 
bleau , iceux  Habitans  ont  efté  conferuez  aux  droids  an- Priuikgc 
ciens  & Priuileges ,  dontils  ont  touiiours louy  oCiouyl-  durant ic 
fent,  de  ne  payer  aucune  chofe  pour  ledit  Vin ,  vendu  ô^[^  c"oun^ 
débité  tant  en  gros  qu'en  détail  ,  foit  de  leur  cru  ou 
achapt,  pendant  que  fa  Maiefté ,  Cour,&:  fuitte  font  leur 
feiour  audit  Fontainebleau  j  &:  iceux  déclarez  exempts 
dudit  droid  de  huidiéme  &  vingtième  pendant  ledit 
tempsi  &:  defenfe  à  Maiftre  Pierre  de  Monceaux  lors  Fer- 
mier defdites  Aydes ,  &:  à  fes  fucceffeurs  en  ladite  Ferme 
de  troubler ,  hy  empêfcher  lefdits  Habitans  en  ladite 
exemption  ÔcPriuileges,  à  peine  de  tous  leurs  defpens. 


336  LE   ITRESOR    DES   MERVEILLES 

dommages  èc  interefts  :  ledit  Arreft  en  datte  du  iîxiémc 
d'Aouft  mille  Hx  cens  vingt-cinq ,  iignc  Bertrand. 

En  (uitte  duquel  faMaiefté  leur  a  donné  fes  Lettres 
Patentes  en  forme  de  Charte5Confirmatiues  dudit  Priui- 
iege,  en  datte  du  huiâ:icme  d'Aouft  mille  fix  cens  vingt- 
€inq,ilgné  Louys ,  ôc  plus  bas ,  Par  le  Roy,Potier,  &c  feel- 
iées  du  grand  Seau:  le  tout  enregiftré  où  befoin  a  elle. 


DE    SAINCT   PIERRE    D'AVON, 

Parroifle  de  Fontainebleau. 

Chapitre    IH. 


/.    oAiion  Tarmjfe  de  ce 

Bourg, 
IL   L'eftenduë  de  cette  Far- 

roijfe, 
ÎIL  Les  Cœurs  du  RoyThi- 


lippes  leBely&dc  la  ReJ» 
ne  fa  femme ,  inhumez^  en 
CEglife  de  cette  Parroiffe, 
I V,     Vne  Verrerie  Rojak 

icj  efiablie. 


Vis Qv e  mon  delTein  eft en  ce  quatrième 
Liure,detraitterdes  dépendances  de  cette 
Maifon  Royale  j  ayant  parlé  cy-defTus  de 
fon  Bourg ,  Tordre  femble  requérir  mainte- 
nant de  dire  vn  mot  touchant  TEglife  de 

cette  ParroifTe. 

I  E  L  L  E  eft  fituée  dans  le  village  appelle  Auon ,  diftant 

roï  de  ce  ^*vn  quart  de  lieue  ou  cnuiron  de  ce  Bourg,  laquelle  por- 
èourg.  iQ  le  nom  de  faind:  Pierre ,  parce  qu'elle  eft  dçdiée  a  Dieu 
fous  le  patronage  ^Imterceflion  de  ce  Prince  des  Apo- 
ftres  :  de  fçauoir  quand  l'on  a  commencé  delà  baftir ,  ie 
n'en  ay  pu  rien  apprendre,  n'y  en  ayant  aucun  mémoire} 
mais  bien  fe  trouuc-t'il  qu  elle  eft  vne  des  plus  anciennes 
de  toute  la  contrée,ÔC  de  ce  Diocefe ,  ôc  Archeuefché  de 
Sens. 

Il  y  aplus  de  cent  ans  qu'elle  eft  annexée;,^  vnie  à  no- 
ftre  Conuent  de  ce  Chafteau* 

L'esten- 


!>£  F  O  N T  A  ï  N  E  B  LE-A  V>  -   L  ivi. Ë '  f  V.  557 

L'EST  END  VE  de  cette -Parroifreeft  grande  5 '(tacctu-     Tï. 
tre  le  Bourg  de  Fontainebleau  &:  le  villaged' Auon,'elk)a  J'^^'f^^^^f  ^^ 
encore  les  hameaux  du  Monceau ,  du  hiut  &  bas  Ghan-  PanoiiVe. 
gy  i'^;des  BaiTes  logêg  ,  le  coût  montant -auprès  de  trois 
mil-le  Gonimuniâ4is.  T->  -'^-'j 


^  -  -C  E  -qu'il  y  a  de  plus  remarquable  en  l'Eglife  âpèGtte.     1 1 1. 
î*ârî?ofl&,cfl:  vne  tombe  de  pierre  de-Hxpifed^  de  Igà^  ^ara^J  " 

^jTois  de  iarge  ,poiee  dans  la  Nef  à  main  droite  au  '^elilis  f"  g'jPPf^^ 
des  fonds ,  fur  laquelle  font  grauez  deux  portrait?  i  4V4i  la  Reyne 
d'homme  &  l'aUtre  de  femme  3  qui  fôiit  fort  efe:eZj.J^j^'"^'^'^^' 
mais  qui  paroifTent  encore  vn  peu  5  aûtôui-  dç  ^ëtfeenlEghre 

1        n    A-  r  o      '       •  1  de  cette 

tombe  le  nient  ces  mots  grauez  o^  écrits  en  lettres  an-pj^Qj^re. 
ciennes  èc  Gothiques. 

ICY  G I ST. LE  KOEVR  NÔSTRE  SIILE  LE  ROY 
DE  FRANCE  ET  DE  NAVARRE,  ET  LE  KOEVR 
MADAME  IEHANNE'KENE  DE  FRANCE 
ET  DE  NAVARRE,  QVI  TRESPASSA  L'.AN 
DE  GRACE  M.ÇCC.IV.  LENDEMIN  DE  LA 
SAINCT  ELOY  D'YVER  MOIS  DE  DECEM- 
BRE.   PRIEZ  POVR   LY. 

s  _ 

Il  appert  de  cette  datte  &:infcription,  que  ces  Coeurs 
font,  î'vn de Philippes  Quatrième  furnommé  le  Bel,&: 
l'autre  de  la  Reyne  fa  femme  5  combien  que  quelques  ^-«^'"««i 
Autheurs  écriuent  que  celuy  de  ce  Roy  eft  inhumé  en  fr^„tia 
l'Abbaye  &;EgHfedes  Rehgieufes  de faind Dominique'*^- 7-. 
de  Poiffy,  laquelle  il  auoit  fait  édifier  en  l'honneur  de 
fonAyeul  Saiiï6lLouys. 

Que  s'il  y  a  lieu  de  douter  quant  au  Goèur  Aé  ce 
Roy  decedé  en  cette  Maifon  Royale  (  comme  nous 
auons  remarqué  amplement  çy-delTus ,  )  il  n'y  a  point 
au  moins  d'apparence,  veu  cette  Tombe  èc  cet  Epita- 
phe,  de  ne  pas  croire  que  celuy  de  cette  Reyne  lean- 
ne  ne  repofe  en  cette  Êglife  j  veu  que  la  datte  de  cet 
Epitaphe  décrit  iviftement  l'année  qu'elle  trefpaffa  ,  &C 
que  l'on  ne  remarque  point  que  fon  Cœur  ayt  efté 

Vu 


53^  Le  Trésor  des  Merveilles  ; 

mis  ailleurs  j  mais  bien  foii  corps  en  rEglife  des  ^or- 

deliers  de  Paris.  -» -r- 

Plufîeurs  ouurages  (înguliers  qm  fe  voyent  icy  du 
feu  Sieur  du  Bois ,  Peintre  fort  renoiiimé  j  duquel  il  a 
efté  parlé  cy-defïus  ,  m'obligent  à  jae;  le  pas.  <3ubl:ieri, 
puifqu'il  eft  inhumé  en  cette  lEglife  ,  fous  vne  tombe 
à  cofté  du  Chœur  à  main  droite  deuant  laiCkapelMde 
la  Vierge:  lequel  trefpaffa  le  yingt^feptiémç  iour  d-e 

Décembre  mille  lix  cens  quinze.       jpjïl  un ,  jbnoie^b 
Dans  le  Choeur  en  vn  pillier  à  main  droite  efl  cet  au- 
tre Epitaphe: 

D.  O.  M. 

Fraterjoannes  des  Eaux,  Trefhjter  Conuentus 
Regij  Fontis  Bellaquenfis ,  Ordmis  fandïfimA 
Trmitatis  Profejfm  Me  iacet ,  qm  pofiquam  fer 
annos  viginti  qumque  "vice  Patris  J\dmiJ}n  diéii 
'  ConuentHS  fiUïcïtudinem  huins  EcclefiA  ftrenue 
gefsit^ohitt  omnium  cum  luéiUyAtatis  anno  fexa^ 
gefimo  quint 0,  refaraufalutis  anno  M.  V 1*"  XXXI. 
die  vero  menfis  lultj  v  1 1. 

Frecare  Leâior,  te  flmilis  exitus 
maneP, 

-— ^ —      P  R  O  C  H  E  de  cette  EgUfe  vers  le  Septentrion,  SC 
Vnc  Ver-   immédiatement  au  bout  du  Parc  de  ce  Chafteau ,  eft 
l"k  ^c°r"  ^^  Maifon  Seigneuriale  du  Monceau  j  où  l'année  palTée 
biie.         mille  fîx  cens  quarante  &;vn,  a  efté  eftablie  vne  Verrerie 
Royale, par  Lettres  Patentes  du  Roy  données  au  mois 
de  Mars  mille  fix  cens  quarante,  &;  par  Arreft  duCon- 
feil  Priué  de  fa  Maiefté  ,  tenu  à  Paris  le  cinquième 
iour  de  luin  mille  iîx  cens  quarante  &:  vn  j  &  ce  en  fa- 
ueur  du  Sieur  Antoine  Clerici  ,  Ouurier  de  fa  Maie- 
fté en  terjre  figillée  ,  ôc  de  fes  Affociez  j  leur  donnant 


DE  FONTAINEBLEAV.    LïVRE  IV.  339 

pouuoir  d'y  faire  des  Verres,  Miroirs, Glaces, Vautres 
ouurages  de  Verrerie,&  les  vendre  6c  diftribuer  par  tout 
ce  Royaume ,  àc  mefmes  les  tranfporcer  hors  d'iceluy  : 
ledit  Sieur  Clericy  a  défia  11  bien  reiifTi  en  fon  entreprife, 
qu  il  s'y  fait  des  Verres  de  criftal  des  plus  beaux  6c  plus 
fins  qui  fe  falTent  point  par  tout  ailleurs ,  ÔC  des  ouurages 
de  terre  fieillée. 


DE    LA    FOREST    DE    BIERE, 

autrement  dite  de  Fontainebleau. 


Chapitre    IV. 


/.  7)'où,  cette  Forefl  prend  VIL  Elle  abonde  en  heBes 
fon  nom.  |      Faunes  &  J>Ioire s. 

IL  Cette  Forefi  cmtîent  FUI.  Quantité  de  Puits  en 
'vingt-cinq  mille  arosnts.  cette  Forejt. 

III.  Ditierfes  Routes  ep  cet'  IX.  Tlufieurs  Communau 


te  Forejt. 
IV.  Plujteurs  Plaines,' 


tez;y&  Seigneurs  j  ont  leur 
Chauffage. 


V.  Elle  contient  fltifieurspe-lX'     Hommages  rendus  au 


tites  Adontagnes. 
VL  Grand  nombre  de  Croix. 


Roy  dans  cette  Forefl^  far 
aucuns  VJagers. 


I. 

D'où  cette 


'  V  T I L I T  E''  &  l'embelliiTement  qu'appor- 
te à  cette  Maifon  Royale  fa  Foreft,m'obli- 
ge  à  luy  donner  place  en  ce  quatrième 

Liure.  \ 

I L  appert  de  temps  immémorial  qu'elle  a 
toufiours  eu  le  nom  de  Bière  j  nom  dont  ie  n'en  ay  pu  ap-  '^°^^^ 
prendre  d'autre  origine  que  celle-cy  ,  à  fçauoir  ,  parce  pend  fon 
qu'elle  eft  fituée  en  la  contrétp  qui  s'appelle  Bière.  L'on  "°'"' 
luy  baille  aufTi  vulgairement  jceluy  de  Foreft  de  Fontai- 
nebleau, en  confideration  de  ce  Lieu  Royal  qu'elle  enui- 
tonne  de  toutes  parts.  ; 

Son  eftendue  eft  fort  gr  ai  jade:  car  elle  contient  vingt- 

Vu   ij        ^ 


Il 

tteF 
rcft  con 
tient  vingt 
cin 
arpcn 


^.40         Le  Trésor  des  merveilles 

cinq  mille  neuf  cens  foixante  &;  quinze  arpents ,  tant 
Cette  Fo-  plein  que  vuide  5  c'eft  à  dire ,  tant  en  bois  que  roches,lan^ 
^  itVingt-  des  &:  bruyères  j  reuenant  en  bois  tout  de  fuftaye  à  dix- 
q  mille  |^^i(5t  ou  dix-neuf  mille  arpents  j  dont  la  garde  eft  don* 
née  à  huid  Officiers ,  que  Ton  appelle  Sergens  à  garde^ 
qui  ont  chacun  leur  quartier,  fur  lequel  ils  font  obligez 
d'auoir  l'œil,  &C  foigner  qu'il  ne  s'y  faffe  aucun  delid , 
fur  peine  d'en  répondre  en  leur  propre  nom,  ou  faire  le 
rapport  des  delinquans. 

Quelques  veftiges  de  vieilles  murailles  qui  fevoyenc 
encore  es  riues,6c  extremitez  de  cette  Foreft^vers  les  vil- 
lages d'Achere,Reclofes,&  autres  endroits  5  &  quelques 
portes,comnie  eft  celle  que  l'on  nomme  de  Cumiers ,  en- 
tre ledit  Reclofes,  ÔC  Bouron ,  ôcla  porte  dite  Nadon  au 
grand  chemin  de  Moret  5  font  croire  àplufîeursquellea 
efté  autrefois  clofe  de  murailles. 

Gomme  fbn  terroir  eft  fablonneux  &C  aride ,  le  bois  ne 
s  y  efleue  pas  qu'à  longueur  de  toups ,  mais  auffi  auec 
cette  particularité  remarquable,qu'il  eft  tres-bon,  èc  fur 
tout  fort  propre  à  baftir. 

Outre  les  huid  quartiers  qui  diuifent  cette  Foreft 
pour  fa  garde  ,  elle  a  encore  diuerfes  grandes  Routes 
qui  en  donnent  l'adrefte  de  le  pafTage  ,  pour  la  trauerfer 
éc  aller  de  part  &C  d'autre  -,  comme  eft 

La  grande  Route,autrement  dite  la  Route  rondcjpar- 
ce  qu'elle  fait  le  tour  de  cetteForeft  au  milieu  d'icellei  la- 
quelle Henry  le  Grand  fit  dreffer  exprés,  pour  plus  gran- 
de commodité  de  la  trauerfer,  àc  y  mettre  des  Relais 

pour  y  courre  le  Cerf. 

ni.  La  Route  du  Puits  de  Vauccruelle. 

RouTes^en       La  Route  de  la  Croix  de  Guife. 
cette  Fo-       j^a  Routc  dc  Fontaineblcau  à  Moret. 

La  Route  de  Bouron. 

La  Route  de  Reclofes» 

La  Route  d'Vry. 

La  Route  de  Fleury. 

La  Route  de  Ghailly, 


DE    FONTAINEBLEAV.     LiVRE   IV.         541 

La  Route  de  Roger  ,  maintenant  dite  de  VidofTani 

ainiî  nommée  àcaule  dVn  duel  qui  là  fut  fait,  où  ledit 

Sieur  de  Vidoflanfut  tué  par  le  Sieur  Zamet,  l'an  mille 

fîx  cens  huit. 

La  Route  de  laTranchée* 

La  Route  du  Chefne  bruflé. 

La  Route  de  la  Boiffiere. 

La  Route  de  Montmerle* 

La  Route  aux  Nainsi 

La  Route  de  la  Croix  Dogas. 

Et  quelques  autres  petits  chemins  d'adrefle.  - 

Il  a  efté  remarqué  cy-defTus  que  cette  Forefl  n'eft 
pas  entièrement  remplie  de  bois ,  mais  qu'il  y  a  quel- 
-que  vuide  en  landes  &C  bruieres ,  &C  ces  vuidcs  font  quel- 
ques Plaines ,  comme 

La  Plaine  de  Sainâ:  Louys.  iv. 

La  Plaine  de  Mont-Chauuet.  ;  Pkin«!'" 

La  Plaine  du  Chefne  au  Chien, 

La  Plaine  du  Mont  enflammé. 

La  Plaine  du  Rut. 

La  Plaine  deRofoy,& 

La  Plaine  dite  du  Fort  des  Moulins. 

Là  font  encore  quelques  petites  Montagnes  y  qui 
marquent  diuers  quartiers  de  cette  Foreft  :  tel  eft  

Le  Mont-Chauuet, d'où  l'on  a  tiré  la  plufpart  de  la      j^- 
grelTerie  de  laquelle  font  faits  plufieurs  beaux  ouurages  nencpiu-" 
de  cette  Maifon  Royale,  à  caufe  que  le  grez  en  eft  fi  beau,  fe^Mom:"- 
qu'il  prend  prefque  le  poly  comme  le  marbre.  gncs. 

Le  petit  Mont-Chauuet. 

Le  Mont  Ferreux  ,  ou  Pierreux  ,  ainfî  appelle  parce 
que  là  fe  tire  de  la  pierre  à  baftir. 

Le  Mont-Morillons  ^ 

Le  grand ,  èc  petit  Mont-incrle. 

Les  Monts  Girards ,  ÔC 

La  Malle  Montagne. 

Vn  grand  nombre  de  Croix  qui  font  en  cette  Foreft3 
font  voir  non  feulement  la  pieté  particulière  de  quel-  croix!' 

Vu   iij 


342,  LE  ITresor  des  merveilles 

ques  vns  de  nos  Roys ,  mais  encore  de  pluiîeurs  Grands 
Foreftiers ,  Maiftres  particuliers ,  &;  Capitaines  de  ladi- 
te Foreft,  lefquels  les  y  ont  fait  mettre  j  elles  marquent 
encore  diuers  quartiers ,  6c  donnent  adrefTe  à  plusieurs 
lieux -.telle  eft 

La  Croix  Tapreau,  autrement  appellée  la  belle  Croix^ 
qui  eft  pofée  dans  le  vieil  ôc  ancien  chemin  de  Paris  à 
Fontainebleau. 

La  Croix  de  Guife  au  chemin  ,  ôc  grande  Route  de 
Moret. 

La  Croix  de  Vitry  en  la  grande  Route  de  Paris,  qui  fe- 
pare  le  chemin  deFontainebleau&;  de  Moret. 

La  Croix  de  Souuré  au  chemin  d'Vry  j  toutes  lefquel- 
les  font  de  pierre  &  fort  belles,  &  portent  les  noms  d'au- 
tant de  Princes  &c  de  Seigneurs ,  qui  ont  efté  Grands  Fo- 
reftiers, 6c  Capitaines  de  cette  Foreft.  Il  y  a  encore 

La  Croix  Dogas,  ainft  dite  dVn  Grand Foreftier,&: 
eft  pofée  à  l'entrée  dupauc,  qui  defcend  du  grand  che- 
min de  Paris  à  Fontainebleau. 

La  Croix  de  Vauceruelle  dans  la  grande  Route  de 
Paris. 

La  Croix  de  Saindt  Louys  vis  à  vis  de  la  Chapelle. 

La  Croix  du  GrandVeneur,aumilieu.  du  chemin  de 
Fontainebleau  à  Chailly. 

La  Croix  dite  Patindieu ,  en  la  grande  Route  de  Bou- 
ron. 

La  Croix  antée  fur  le  chemin  deFleury. 

La  Croix  Lanterne  fur  le  mefme  chemin. 

La  Croix  de  Chailly  à  la  foffe  aux  Loups. 

La  Croix  Mercier  en  la  Route  deBouron  ,  qui  fait 
feparation  du  chemin  de  Villiers. 

La  Croix  desj^autes  Loges,  8c 

^ La  Croix  rouge  prés  deFranchard. 

,  71 J-  Apres  IVtilité  qui  fe  tire  des  bois  de  cette  Foreft, 

Elkabon-  1  t  ,  t       i      /-i  ' 

de  en  be-  Ic  grand nombrc dcs  beftes Faunes, 6cNoires,Cerfs, Bi- 
ues,&Noi.  ^^^^»  Cheureuls,  ÔC  Sangliers  ,  ne  la  rendent  pas  peu 
tcsl         confidcrable  pour  le  plailir  de  la  Ghaffe  ;  notamment 


D"E    FONTAINEBt'EAV.      LïVRE    -IV.         543, 
pour  ce  qui  cil  desGerfs ,  dont  l'on  faicmëmer  leridiii^ 
brêîîliaut,  qu'à  peine  fe  peut-il  dire.  »:':j::ji"H;  ..;ij  ^îoij 
-  '^  Diuèrs  Puits  qui  font  encore  en  eéltè-  Fôreft'j  'fôi\i 
^-roiré  à^lu(réiïrs  qu'ils  y  ont  èfté  faits  polir  abbreuuëit 
les  beftès  Fauûè^  "ôi  ftoire's  tandis  qu'elle  eftoit  clofc,'y 
ayant  alors  hommes  exprés  poii-r  y  tirer  de  Feau  dans  d^ 
<gm44ds  âuo^es  dé  pierre  j  quoyq'ue  quelques  autrê<;eftl'- 
Tnentqite  c'eftoit  Feulement  pour  abbreùuer  les  Chiens 
de  chafle,  à  cauie  qu'il  y  a  peu  de  mares-dàns  cette  Fô* 
reft ,  6c  où  l'Efté  particulièrement  à  peine /e  troUUe-t'il 
d^  l'éâûV  Ces  Puits  eltoient  fort  gran-ds  &  larges  *■>  la 
plùlpàrt  defqUcls  font  maintenant  comblez'.  Cette  F  O- 
reft  aboutit  auLeuant  fur  laRiuiere  de  Seine,  &;  au  Mi- 
■dy  en  partie  fur  la  Riuiere  de  Loin.  Voicy  les  noms  de  ces 

Puits.  ' 

-Le  Puits  de  V-auceruelleenlao-rande  Route  de  Paris,     viii. 

Le  Puits  de  Moret ,  autrement  dit  de  la  Lieue.  de  pSts"n 

Le  Puits  du  Cormier  entre  ie  chemin  d'Achere  ,  &  «cte  Fo- 
FAtteUer  Grand  leanj  lequel  Puits  elFoit  autrefois  ac-'''  ' 
compagne  d'vn  grand  corps  de  baftiment ,  couuert  de 
pierre  en  terraffe, ^  qui  naguercs  a  efté  dénioly. 

Le  Puits  d'Vry. 

Le  Puits  de  la  Tranchée  en  la  Route  de  VidofTan. 

Le  Puits  au  Gien  au  Triege  dit  F Atilia. 

Le  Puits  autrement  dit  la  Folîe  aux  Loups. 
'     Le  Puits  fondu  au  chemin  de  Montigny. 

Plulieurs  Communautez  Religieufes ,  &C  quelques 

Seigneurs  qui  ont  leurs  maifons  es  enuirons  de  cette 

■Forell:,y  ont  aulîi  droit  d'Viage,&:  deChauftage. 


Tel  elF  noftre  Conuent  de  ce  Chafteau ,  qui  a  droit      îx. 
de  quarante  cordes  de  bois  ,  confirmé  par  plufieurs  coramu-" 
de  nos  Roys  ,  &:  particulièrement  par  le  Roy  reâ:naiit  "^ut^z  .  s^ 
Louys  XIIL  en  vertu  de  fes  Lettres  Patentes  entorme  yondeut 
de  Charte  ,  données  à  Fontainebleau  au  mois  d'Odo-  chaufiage. 
bre  mil  fix  cens  treize  ,  fignées  ,  LO  VIS.   Et  fur  le 
•reply,  Par  le  Roy,  la  Reyne  Régente  prefente,  DE  Lo- 
MENIE.  Lequel  V fa geêcChriutîageeftoit  deliuré alors 


344  Le  Trésor  des  merveilles 
audit  Conuent  par  marque  de  pied  d'arbres ,  &c  eftimar 
tion  des  Officiers  de  la  Foreft.  Mais  par  autres  Letti^e^ 
Patentes  de  fa  Maiefté  ,  données  à  Fontainebleau  au 
mois  de  Septembre  mille  fixcens  vingt  cinq,  &:feellée:S 
çn  cire  verte ^  ledit  vfage  &;  Chauffage  a  efté  affigné-à 
prendre  dorefiiauant  fur  les  ventes  par  les  mains  deys 
Marchands  ventiers,  duquel  il  ioiiyt  ainli  maintenant. 
Les  Dames  ÔC Religieufes  de  ViUiers  prés  laFert.ç,  Al- 
leps  de  l'Ordre  de  Cifteauxyiouyflent  ^e  cinquante  çc^ît: 
des  àprendre  fur  les  ventes.,  :  5,:^i:'ï 

Les  Dames  èc  ReUgieufes  de  noftre  Dame  de  la  loye 
lez  NemoUrs  du  mefme  Ordre  ,  trente  cordes  par  pied 
6c  eflimation. 

Les  Pères  Capucins  dudit  Melun  quinze  cordes  J 
prendre  fur  les  ventes. 

Les  Pères  Recolets  de  la  mefme  Ville  onze  cordes  fur 
les  ventes. 

Le  Seigneur  Comte  de  Moret  cinquante  cordes  ,  à 
prendre  par  les  mains  des  Marchands  ventiers ,  commô 
auffi  tous  les  autres  Vfagers  fuiuans. 

Le  Seigneur  deFleury  ôcde  Saind  Martin  cinquante 
cordes. 

Le  Seigneur  deMontigny  fur  Loin  quarante  cordes; 
Et  le  Seigneur  de  Courance  ,  bc  Danemois  y  trente 
cordes. 

La  corde  de  tous  lefditsVfagers,&;  Chauffage,  eft  de 
huit  pieds  de  large ,  èC  quatre  pieds  de  haut ,  ôc  la  bûche 

^ de  trois  pieds  Ôcdemy  de  long. 

X.  Vne  chofe  eft  icy  encore  à  remarquer,  que  le  prc- 

Homma-  j-Qiej-  ïq^j-  ^q  May  tous  les  ans ,  le  Maiflre  particulier  de 

f"  Ro"  "^  cette  Foreft ,  ou  fon  Lieutenant ,  auec  les  autres  Offi- 

Foreft''"'^  ciers  d'icelle ,  s'y  affemblent  à  vne  Table  de  pierre ,  ap- 

aucunsvfa-  pelléelaTable  duRoy ,  laquelle  eft  pofée  dans  la  grande 

^"^*        Route  au  chemin  de  Paris,  pour  y  rcceuoir  les  droits ,  SC 

Hommages  deus  au  Roy  par  aucuns  Vfagers  de  ladite 

Forefl  qui  s'y  doiuent  trouuer,  ô^qui  y  font  appeliez  par 

vndes  Officiers  :  dcfquels  Vfagers  voicy  les  noms. 

La 


DE   FONTAINEBLEAV.      LIVRE  IV.         341 

La  Dame  AbbefTe  du  Lys,  ou  quelqu'vn  de  fa  part, 
&;  là  doit  pour  droit  d'iiommage  vn  iambon ,  &:  deux 
bouteilles  de  vin. 

Le  Meufnier  du  Moulin  de  Poignet  fitue  au  Faux- 
bourg  de  Saind Lienne  deMclun  (ledit Moulin  appar- 
tenant au  Roy  )  eft  tenu  de  prefènter  aufli  alors  vn  iam- 
bon, &  deux  bouteilles  de  vin. 

Le  Boulenger  du  Four  à  ban  du  Roy ,  fis  en  ladite 
ville  de  Melun  ParroiiTe  de  Sainâ:  Afpais  ,  doit  alors 
prefenter  vn  grand  gafteau. 

Les  habitans  du  Faux-bourg  des  Carmes ,  Scvn  Can- 
ton appelle  le  Petit  Clos,  de  laParroiiïs  de  Sainâ:  Am- 
broife  dudit  Melun ,  doiuent  encore  audit  iour  ,  ÔC  au 
mefme  lieu ,  pour  chacun  feu  cinq  deniers  par  chacun 
an. 

Comme  aufliles  nouueaux  mariez, &noùueaux  ha- 
bitans de  Tannée  defdits  Ueux  doiuent  venir  prefenter 
outre  les  cinq  deniers  ,  chacun  vn  gafteau ,  fous  peine 
d Vne  amende  de  foixante  fols  Parilis ,  contre  les  de- 
faillans  :  lefquels  droits  font  alors  receus^par  le  Rece^ 
ueur  du  Domaine  du  Roy  en  ladite  Foreft, 


X% 


54^ 


LE    TRESOR    DES   MERVEILLES 


DES  OFFICIERS  DES  EAVX  ET  FGREST,' 

ôC  des  ChaiTcs  de  Fontainebleau. 

Chapitre     V. 


/.  Gardes  des  Forefis  Roya- 
les forf  anciens. 

IL  Le  Grand  Forefi'ter  de 
cette  Fore  fi  ,  eflahly  par 
François  L 

IIL  Maifirife  particulière 
de  cette  ForeB, 


IV.  Som  cette  Maijirijè  il 

y  a  deux  Sièges. 
V>  Officiers  des  Chaffes. 
VL  Pnmieges  des  Officiers 

des  Eaux  &  Forefis  ,  c^ 

des  Chaffes. 


I. 

Gardes  de» 
Foiefts 
Royales 
foicanciés. 


BfdrAS  Ub. 

X.  CAf.  2. 


'nienon  cap. 


A  mémoire  des  Officiers  6^  Gardes  des 
Forefis  Roy  aies,  pafTe  ii  auant  dans  l'An- 
tiquité ,  que  les  faindes  Lettres  en  font 
meiine  mention  j  il  y  a  plus  de  deux  mil- 
le ans  y  témoin  ce  qui  eft  remarqué  en  Efdras ,  où  il  eft 
dit  que  Nehemias  voulant  reballir  les  murailles ,  &  les 
portes  de  la  cité  de  lerufalem  ruinées  par  les  Babylo- 
niens fous  Nabuchodonofor ,  il  obtint  vne  lettre  du 
Roy  Artaxerxez,  pour  Afaph  Garde  de  la  Foreft  de  ce 
Roy.    Mon  defTein  n'eftant  pas  de  m'arrefter  icy  fur 
cette  recherche  ,  ny  de  faire  vn  ample  difcours  des 
Officiers  de  Forell}  ie  me  contenteray  de  dire  lîmple- 
ment  quelque  chofe  touchant  l'antiquité  ,  l'eftabliiTe- 
ment ,  &  les  droits  de  ceux  de  cette  Foreft  de  Fontai- 
nebleau ,  depuis  la  fondation  de  cette  Maifon  Royale. 
Anciennement  il  n'y  auoic  pour  principal  Officier  , 
quVn  Foreftier  en  cette  Foreft ,  qui  auoit  l'œil  à  ce 
qu'elle  fuft  foigneufement  conferuée  ,  laquelle  pour 
lors  dépendoit  de  la  Maiftrife  des  Eaux  &  Forefts  de 
Champagne  àc  de  Brie.    Ce  Foreftier  iugeoit  6c  con- 
noiiToit  de  tous  délits  ,  ÔC  faifoit  mcliiie  l'adindication 
des  ventes.  Charge  qui  n'eftoit  tenue  que  par  des  per- 
fonncs  de  qualité. 


DE    FONTAINEBLEAV.     LiVRE   IV.        347 
--'Mais  le  Roy  François  Premier  par  fes  Ordonriaii-  H. 
CCS  :  IVne  donnée  à  Paris  en  Feurier  mille  cinq  cens  ^^"^""'^ 

T.  horelticr 

trente-deux  :  èc  par  vne  autre  donnée  en  ce  lieu  de  de  certc 
Fontainebleau  en  Aouil  mille  cinq  cens  trence-quatrej  ^^^Ty  ptr 
créa  en  cette  Foreft  vn  Grand  Foreftier ,  auec  pouuoir  François  i. 
de  connoiftre  de  tous  cas  ;  mefme  faire  les  ventes  des 
bois  ,  priuatiuement  à  l'autre  Foreftier  qui  en  fut  ex- 
clus :  de  voulut  alors  fa  Maiefté  ,  que  le  Siège  de  fa  lu- 
rifdidion  fuft  eftably,  ainfi  qu'il  eft,  à  Fontainebleau, 
comme  le  lieu  le  plus  commode  pour  l'exercice  de  la 
luftice,  &c  des  parties. 

Or  quant  a  la  fon^lion  dudit  ancien  Foreftier,  par 
ladite  Ordonnance  ,  elle  fut  reftrainte  à  la  earde  du 
Marteau  du  Roy  feulement,  pour  marquer  les  bois  qui 
feroient  vendus  ÔC  deliurez  en  icelle  ,  auec  les  meflnes 
gages  c[U  il  auoit  auparauant.  Laquelle  charge,  de  Fo- 
reftier ,  ou  Garde-Marteau  eft  hereditairCi         ^,,17  ■,:.. 

E  T  audit  an  mille  cinq  cens  trente-quatre  ,  lors  de      m^  .^ 
la  création  des  Maiftres  particuliers ,  ôc  Lieutenans  en    Maiftnfe 
chacun  Bailliage ,  celle  du  Bailliage  de  Melun  fut  ioin-  fe  d^cecte 
te  Ôc  annexée  à  celle  de  Grand  Foreftier  i  laquelle  a  efté  ^°"^^'- 
depuis  exercée  par  vne  feule  &C  mefme  perfonne  de 
haute  conditions  tels  qu'ont  efté  Meflieurs  Dogas,  de 
Miraumont,  de  Vitry,  du  HaUier ,  de  Perfan ,  &:  main- 
tenant de  Souuré, 

Les  Ofticiers  de  cette  luftiee  des  Eaux  ôi  Foreft  y 
font,  le  Grand  Foreftier,  6^  Maiftreparticulier, le  Lieu- 
tenant qui  eft  de  longue  robbe,  le  Procureur  du  Roy  ^ 
le  Petit  Foreftier,  ou  Garde-Marteau ,  le  Receueur,  le 
ControoUeur  ,  le  Greffier,  deux  Sergens  Trauerfters  , 
vn  Sergent  AppretiateUr,  vn  Sergent  Dangereux  Col-  « 
ledeur  des  amendes,  huit  Sergens  à  garde  ^  ôc  deux 
Huiftiers  Audianciers,  __^_ 

SOYS  cette  Maiftrife  des  Eaux  &C  Foreft  de Fontai-      i v. 
iiebleau  ,  il  y  a  deux  Sièges  qui  en  dépendent  ,  a  Iça-  MaiftafeU 
noir  Montreau  Faut- Yone  pour  le  droit  de  Pefche  6c  ?^^ '^^"^ 
de  Chafte,  auec  droit  de  iurifdidion  qui  fe  tient  audit 

Xx  ij 


34^         Le  Trésor  des  Merveilles 

lieu  deMoncreau,  le  Vendredy  de  quinzaine  en  quin- 
zaine, par  le  Maiftre  particulier  ou  Ion  Lieutenant  au- 
dit Fontainebleau  ,  ou  Sous-Lieutenant  eftably  audit 
Montreau,  pour  la  corrediondes  abus  qui  fe  commet- 
tent pour  le  faid  de  la  Pefche  ,  ôC  entreprife  fur  les  ri- 
«ieres  de  Seine  &c  d'Yonne.  ' -r 

L'autre  Siège  qui  répond  à  ladite  Maiftrile  delFon-^ 
tainebleau  eft  la  Grurie  du  Chaftelet  en  Brie ,  où  il  y  a 
V-n  luge  Gruyer  ,  qui  connoift  àcs  délits  qui  fe  com- 
mettent j  duquel  Gruyer  les  appellations  refTortilTenc 
pardeuant  le  Maiftre  particulier  au  Siège  dudit  Fon- 
tainebleau. 
— y —        O  V  T  R  E  le  Grand  Foreftier  ou  Maiftre  particulier  de 
Officiers  cette  Foreft ,  il  y  a  aufli  vn  Capitaine  des  ChaiTes  poui: 
Ces.  ^^''^'  la  conferuation  des  plaifîrs  du  Roy  3  &  ces  deux  Char- 
ges ont  efté  ordinairement  iointes  enfemble,  èc  tenues 
par  vue  feule  àC  mefine  perfonne,»ô^  de  haute  qualité, 
comme  eft  à  prefent  Monfeigneur  de  Souuré  ,  qui  a 
aulfi  fous  luy  vn  Lieutenant  de  robbe  courte  à  Fontai- 
nebleau ^  &  vn  autre  en  Brie,  auec  dix  Gardes  pour  la 
conferuation  defdits  plaifîrs  de  fa  Maiefté  en  cette  Fo- 
reft, 6c  vingt  autres  pour  les  enuirons  &:  eftenduë  d'i- 
celle  :  tous  lefquels  Gardes  ont  pareil  pouuoir  de  faire 
rapport ,  &:  failles  des  bois ,  que  les  Sergens  à  garde. 
7i7~      Ces  Officiers  iouyftent  de  pluiîeurs  droits  ôC  priui* 
Priuiieges  leges  ,  outrc  leurs  gages  &;  appointemens  ordinaires  , 
ciers  Mes    le  principal  eft  leur  droit  d' Vfage  ôc  Chauffage  ,  cha- 
Fore'ftf  &  ^^^"^  félon  fou  ordrc  &C  condition, 
des  chaf-      Le  Grand  Foreftier  &:  Maiftre  particulier  a  vingt' 
cinq  cordes  de  bois. 

Le  Lieutenant ,  quinze  cordes. 
Le  Procureur  du  Roy,  dix  cordes. 
Le  Garde-Marteau ,  dix  cordes. 
Le  Greffier,  dix  cordes. 

Les  deux  Sergens  Trauerfîers ,  èc  huit  Sergens  à  gar- 
de, chacun  fîx  cordes. 

Quant  aux  Officiers  des  Cliaffes  3  ou  Gardes  des 


DE  FONTAINEBLEAV.  LiVRE  IV.  54^ 
plaifîrs  du  Roy  ,  ils  ont  pareillement  leur  Chauffage  j 
à  fcauoir. 

Le  Lieutenant  de  robbe  courte,  &:  premier  Garde , 
a  dix  cordes. 

Et  les  neuf  autres  anciens  Gardes  ont  chacun  trois 
cordes ,  auec  cette  condition  ,  que  le  bois  de  Chauffa- 
ge de  tous  lefdits  Officiers  ,  tant  des  Eaux  &;  Forefls , 
que  des  Chalfes ,  doit  eftre  exprez ,  à  fçauoir  la  corde 
de  huit  pieds  de  long,  &; quatre  de  large ,  bc  les  bûches 
de  quatre  pieds  de  long. 


DE  QVELQVES  PRIEVREZ,  ET  CHAPELLES 
fituées  en  la  Forefl  de  Fontainebleau. 

Chapitre    VL 
/.    La  Chafelle  de  Saind  \  iP',  Le  Prieuré  dit  Isfoftre 


Louys ,  autrefois  dite  de 

Saind  Vincent. 
IL  Aiotif  de  la  fondation 

de  la  Chape  lie  de  S.  Loujs. 
IIL  Elle  eft  a  la  collation 

du  Roj. 


Dame  de  Franchard. 

V.  Le  l?rieuré  de  S.  Nico- 
las des  Bajfes- Loges, 

VI.  L'Hermttage    de    U 

M^agdelem, 


O  M  M  E  i'ay  obferué  par  tout  cy^deuant 
l'ordre  des  temps  &  chronologique  3  aufïi 
efl-ce  mon  delfein  de  continuer  :  ce  qui 
m'oblige  pour  cette  raifon  à  commencer 
ce  Chapitre  par  le  Prieure  ou  Chapelle  dite 

de  S.  Louys  ,  puifqu'elle  eft  la  plus  ancienne  de  toutes 

celles  donc  il  s'agit  icy  de  traitter.  ^ 

Les  mémoires  que  i'en  ay  vcu ,  nous  font  foy  que  le       i- 

mefme  S.  Louys  en  eft  le  Fondateur  ,  l'ayant  dédiée  à  peiiedes. 

Dieu  fous  l'inuocation  de  S.  Vincent,  l'an  mille  deux^°"y^'f"- 

f.  o      1  •    1  •         •  1  trerois  dite 

cens  loixante  &:  quatre  j  &  depuis  la  canonization  de  ce  de  s.  vm-^ 
Saind  Roy  elle  a  toufîours  porté  le  nom  de  S.  Louys: 
laquelle  eft  fituée  dans  cette  Foreft  en  la  grande  route 

Xx  iij 


cent. 


3|o  Le  Trésor  des  merveilles 

de  Paris  à  Fontainebleau,  d'où  elle  n'eft  eiloignce  que 

dVne  bonne  lieuè'j&  pofée  fur  vne  petite  colline. 

— Y{ —      L  A  tradition  nous  apprend,  que  le  motif  qui  inuita 

Motif  de  c-e  Religieux  Monarque  à  édifier  cette  Chapelle ,  fut 

tion°'d/  la  quVn  iour  fe  diuertiiTant  à  la  ChafTe  dans  cette  Foreil 

Chapelle   jf  çomba  au  melme  lieu  où  elleeft  baftie ,  entre  les  mains 

de  Saincl  -in-/  /    i       r     ' 

Louys.  de  quelques  voleurs  ,  comme  il  eftoit  écarte  de  la  iui- 
tej  de  craignant ,  parce  qu'ils  ne  le  connoiiToient  pas  , 
que  ces  brigans  n'attentaffent  à  fa  perfonne,  il  fonna 
promptement  de  fon  cor  j  ce  qui  fit  accourir  aufli  toik. 
tous  fes  gens  tandis  que  ces  voleurs  s'enfuirent  :  >ôcen 
mémoire  de  ce  qu'il  auoit  échappé  ce  danger,  pour  re- 
mercier Dieu  il  fit  conftruire  cette  Chapelle  fous  le  nom 
de  S.  Vincent,  parce  que  ce  fut  le  iour  que  l'Eglife  cé- 
lèbre la  fefte  de  ce  Bienheureux  Martyr,  que  cet  acci- 
dentluy  arriua:  èc  fut  alors  cette  Chapelle  appellée  S. 
Vincent  deMontoUy,d'auxantquedecelieu  l'onl'auoit 
ouy ,  de  eftoit-on  venu  à  fon  fecours.  Elle  eft  nommée 
encore  S.  Louys  en  beau  lieu  ,  par  ce  qu'elle  eft  fituée 
fur  vne  petite  eminence  ,  où  dVn  cofté  elle  a  veuë  flif 
vne  grande  plaine  ,  6c  du  refte  enuironnée  de  bois  de 
haute  fuftaye. 

Dés  fa  fondation  6ainâ:  Louys  la  dotta  de  deux 
muids  deuxfepticrs  de  bled  froment, à  prendre  fur  fon 
Domaine  de  Melun  ,  dont  elle  iouyt  encore  à  prefent. 
III.    ^     Elle  eft  à  la  collation  du  Roy,  auquel  outre  vn  grand 
lacoib^tion "^"^'^^'^  d'autres  bienfaits,  i'ay  cette  particuUere  obli- 
duRoy.     gationdeme  l'auoir  conférée  ilyafix  àfept  ans,  vacan- 
te par  le  deceds  du  R.  P.  Frère  Pierre  Pépin,  duquel  il 
aefté  parlé  cydefTus.  Sadite  Maieftépar  vn  furcroift  de 
fa  bonté ,  bc  en  mémoire  de  Sain6t  Louys  fon  Patron , 
èc  pour  autres  bonnes  confiderations  l'a  exemptée  de 
toutes  Décimes  ordinaires  &  extraordinaires,  par  Ar- 
reft  de  fon  Confeil  :  grâce  èc  priuilege  duquel  elle  iouyt. 
Ily  agrandedeuotion  en  ce  lieu,  particulièrement  le 
iour  delà  fefte  de  ce  Saind  Roy ,  où  dés  la  veille  iufques 
au  lendemain  Ton  y  vient  en  pèlerinage  de  dix  &C  do^i- 


DE   FONTAINEBLEAV.     LiVRE  IV.  351 

ze  lieues  es  enuirons  ;  èc  s'y  trouue  quelquefois  plus 
de  crois  ou  quatre  mille  perfonnes. 

Le  Prieure  dit  Noftre  Dame  de  Franchàrd  eft  encore      îv.  " 
vn  lieu  de  deuotion  fîtuc  en  cette  Forell;,&:efloignéde  de^F^rn" 
Fontainebleau  «tVne  lieue  ou  enuiron,  du  codé  du  Vil-  *^^"*^° 
lage  appelle  Erbonne. 

Il  eit  fort  ancien ,  comme  il  fe  void  par  ce  qui  re- 
fte  de  fès  baftimens  tous  ruinez ,  particulièrement  là 
Chapelle  quieftoit  fort  grande,  de  laquelle  il  n'y  a  plus 
que  les  murailles  5  auec  vn  petit  retranchement  qui  ferc 
maintenant  de  Chapelle, 

rapprends  par  quelques  anciens  mémoires ,  que  ce 
Prieuré  a  efté  autrefois  Conuentuel  ,  dépendant  de 
l'Abbaye  de  S.  Euuert  d'Orléans  de  l'Ordre  des  Cha- 
noines Réguliers  de  Sainâ:  Auguftin.  De  fait  il  y  a  en- 
core vn  grand  circuit  qui  a  elle  enuironné  de  murail- 
les, auec  apparence  de  Dortoir ,  &;  autres  baftimens  tous 
ruinez,  que  l'on  tient  eftre  arriué  durant  la  guerre  des 
Anglois  en  France.  Au  deuant  de  ce  Prieuré  prés  de  la 
portiè'  ell  vue  fontaine  baffe  qui  ne  tarit  point ,  6c  donc 
Peau  découle  d'entre  vn  grand  nombre  de  roches  qui 
rendent  ce  lieu  fort  defert  6c  aiFreux.  Depuis  enuiron 
cent  ans  ce  Prieuré  a  toufîours  elle  conféré  par  le  Roy.     , 

A  demy  Ueuë  de  Fontainebleau  fur  le  finage  de  la      v. 
ParroilTe  d'Auon,  &  dudit  Fontainebleau  ,  efl  fîtué  le  des.Nico- 
Prieuréde  Sainél  Nicolas,  au  lieu  dit  lesBaffes-Loees,  1?^'^"^''^" 

%  I  11  •  \         Tt        •       ^    \  ir  Tl  n/-'^"  Loges. 

dans  ie  grand  chemin  de  Paris  a  Moret.  Il  a  eite  ton- 
dé  en  l'an  de  grâce  mille  trois  cens  dix,  par  Henry  de 
Authey  Sire  de  Lois  ,  Chanoine  de  Roye  en  Verman- 
dois ,  lequel  y  ellabUt  des  Religieux  de  l'Ordre  de  la 
Charité  NoUtc  Dame  ,  vulgairement  dits  Billettes  , 
qui  y  ont  demeuré  iufques  en  l'an  mille  fîx  cens  tren- 
te-quatre y  que  lefdits  Billettes  le  cédèrent  aux  Pères 
Carmes ,  qui  en  prirent  poirelTion  le  quinzième  de  Fe- 
urier  audit  an.  Ce  lieu  eil  bien  agréable ,  Sc  d'vn  grand 
circuit,  quoy  que  la  Chapelle  foit  petite,  &  qu'il  y  ayc 
peu  de  baftimens. 

Xx  iiij 


3J^         ^E   Trésor   des   merveilles 
"^^^  L'H  ermitage,  dit  de  la  Magdelene  ,  demande 

L'Heimi-  encore  icy  place ,  parce  qu'il  eft  fîtué  dans  cette  Foreft ,  à 
Ma^eie.^  vne  petite  lieue  de  cette Maifon  Royale,  fur  vnepante 
'^'  qui  defcend  fur  le  bord  de  lariuiere  de  Seine ,  &  regarde 

delàreaule  Village  de  Vulaine.  Il  a  eftébafty  Tan  mille 
fix  cens  dix-huiâ;,  au  lieu  dit  la  Fontaine  le  Roy,  par 
vn  Gentilhomme  Breton,  lequel  y  demeura  quelque 
temps,  &fe  faifoit  appeller  le  Cheualier  de  la  Magdele- 
ne j  alloit  déchauffé,  portant  vne  grande  robbe  grife,  fur 
laquelle  eftoit  vne  Croix  rouge.  Les  eaux  depuis  ont 
miné  de  forte  les  baftimens  de  cet  Hermitagej  qu'il  eft 
maintenant  en  ruine  5  bC  eft  vn  lieu  fort  agréable  &c  d'vne 
belle  veuë.  Auparauant  fa  ruine,  i'y  ay  veu,  pendant 
plufieurs  années,  vne  grande  affemblée  de  peuple  au  ioùr 
de  la  Magdelene. 


DES    VILLAGES    ET     HAMEAVX 

yfagers  de  la  Foreft  de  Fontainebleau. 


Chapitre    VIL 


J.  Noms  des  Villages  & 
Hameaux  'vfagers, 

IL  Prmileges  défaits  'vja- 
gers, 

JI I,  Obligez^  en  cas  d'acci- 
dent de  feti  en  la  Forefi, 


delafecounir. 

IV,  Ils  doiuent  au  Roy  le 
droit  d'Auenage. 

V.  Ils  font  exemfts  de  la 
Taille ,  O*  ne  payent  que 
le  Taillon, 


Rem  1ER  que  de  donner  fin  ace  dernier 
Liure ,  i'ay  creu  eftre  à  propos  ,  après  auoir 
parlé  de  la  Foreft  de  cette  Maifon  Royale, 
de  faire  icy  vn  Chapitre  particulier  des  Vil- 
lages 6^;  Hameaux  qui  ont  droit  dVfage  en 

ladite  Foreft  ,  defquels  voicy  les  noms  : 

Noms  des      H AVT ,  ôc  bas  Samois,  auec  ^cs  dépendances. 

Villages,  &      Bois-le- Roy ,  bc  les  Hameaux  de  Brofle ,  de  Sarmefe^ 

vfageis/   la  Caue,ôi  la  Ruelle. 


DE   FONTAINEBLEAV.      LiVRE   I  V.  ^j^ 

Taumery ,  &les  Hameaux  de  By ,  d'Effondré ,  Chaiv 
toifeau ,  &  les  Montsforts. 

Veneux,  &:Nadon  dépendans  de  la  ParroifTe  de  Mo- 
llet. 

Montigny  fur  Loin,  &:  les  Hameaux  de  Sorcque,  5^ 
HoufToc. 

Bouron  ,&le  Hameau  de  Marlotcc. 

Grez  fur  Loin.  ^ 

Vilkrs  fur  Grez,  &  BufTeauqui  eftdc  laParroi^eJ 

Reclofes ,  &:le  Hameau  de  la  Vignette. 

Vry  j  &  le  Hameau  deBefonuille. 

Acheté,  &  le  Hameau  deMeun, 

Erbonne. 

Saind  Martin  en  Bierre ,  &:  Macherin." 

Chailly ,  &;  les  Hameaux  de  Barbifon ,  èc  du  Fay^ 

Villiers  aux  poires. 

Tovs  ces  Villages  6{;  Hameaux  vfagers,  par  oârroys  &:      jT 
priuilegesdonnezpar  plufîeursRoys,  ont  droit  démet-  j^J-j'^'^^v^ 
trepaillre  en  ladite  Foreft  toute  Tannée,  horfmis  depuis  fagcrs.     ' 
la  my-Auril,  iufques  à  la  my-Iuin,  temps  de  fenaifon, 
leurs  belles  à  cornes ,  dans  les  fuftayes  &:  vallées ,  exce- 
ptées les  veBtes,  iufques  à  ce  que  par  les  Officiers,  elles 
îbient  déclarées  en  defenfe  de  le  garentir  du  brou  des 
fauues ,  6c  autres  animaux. 

Ils  ont  aulfi  droit  de  prendre  le  bois  fec  tiré  au  cro- 
chet ,  fans  y  pouuoir  porter  aucun  ferrement ,  fur  peine 
d'amende. 

De  plus ,  ils  ont  priuilege  d'y  mettre  paiflre  leurs 
porcs  es  lieux  fufdits.  ' — jjj 

Et  pour  reconnoilfance  de  ces  o6lroys&priuileges,  obligez  en 
ils  font  aufli  obligez,  en  cas  d'accident  de  feu  en  ladite  dent'de'feu 
Foreft,  au  premier  fonde  cloche  ou  de  commandement,  ^niaForeft 
dele  porter promptement  pour  leitemdre.  rir. 

Item,  font  encore  tenus  de  payer  au  R  oy  ,pour  hom-      iv. 
maee  6^  reconnoilfance  de  ces  bienfaits ,  chacun  mena-  ^^^  ^°iu';"t 
gevnboiUeau  d'auoine  melure  deMeiun,  6£vn  double  droit  d'A- 
chaciuii  ce  qui  s'appelle  droit  d'Auçnage,  quieilreceu  "^'"S^- 


3J4  Le  Trésor  des  merv.  de  Font.  Liv.  iv. 

aunomduRoyparle  Capitaine  delà Foreft. 
V.  Et  d'autant  que  lefdits  Villages  àc  Hameaux  font 

xempts  de  d'ordinaire  en  degaft  par  le  grand  nombre  des  belles 
laTaïUc&fauueSj  ôc  noires  de  ladite  Foreft,  ils  font  exempts  dek 
qu^kTaii-  Taille ,  ôcne  payent  à  fa  Mai&ftc  qUe  le  Taillon, 


F  I  R 


Fautes  fimenuë s  en  l"tmbre(?im. 


Page  ij.  lignty  lifez,  de  la  fraicheur.  ;..  15.  /.  ^.  tif.  leurs  piromènades.ï».  55.  /.  lo: 


Excraid  du  Primlege  du  %py. 

PA  R  Grâce  &  Priuilege  du  Roy  il  cft  permis  à  Sebaftien  Cra- 
moify.  Marchand  Libraire  lurécii  l' Vniucrfité de  Paris,  &  Im- 
primeur ordinaire  du  Roy,  d'imprimer  vn  liure  intitule.  Le  Tre~ 
Jôr  des  memeilles  de  la  Maijon  Royale  de  Fontainebleau  ,  &c.  fait  & 
compofe'  par  le  R.  P.  P 1 E  R  R  E  Dan,  Bachelier  en  Théologie  de 
ia  Faculté  de  Paris,  Confeiller,  Aumofnicr  &Chapellain  ordinai- 
re de  fa  Maiefté,  &  Miniftre  &  Supérieur  du  Conuent  de  la  faindc 
Trinité  fondé  au  Chaftcau  dudit  lieu  :  &  ce  pendant  le  temps  ôc 
efpace  de  fix  années  confecutiues  :  auec  defenfes  à  tous  Libraires 
&  Imprimeurs,  d'imprimer  ou  faire  imprimer  ledit  liure,  fous  pré- 
texte de  déguifement ,  ou  changement  qu'ils  y  pourroicnt  faire  , 
à  peine  de  confifcation  ,  &  de  l'amende  portée  par  ledit  Priuile- 
ge. Donné  à  Paris  le  vingtième  de  lanuiermilfix  cens  quarante- 
deux.  Signé,  Par  le  Roy  en  fonConfeil,  Ce  béret. 


.Afvrobation  du  Reuerendipme  Père  General, 

NO'vs  Frère  Lovys,  DodeUre's  Sainds  Décrets,  Ge- 
neral &  Grand  Miniftre  de  tout  l'Ordre  de  la  Sainde Tri- 
nité, &  Rédemption  des  Captifs,  Commiftaire  &  Vifiteur  Apo- 
îlolique,  spécialement  eftably  en  tout  iccluy  par  noftrc  S.  Perc  le 
Pape  Vrbain  Huitième ,  Confeiller  &  Aumofnier  de  fa  Maieftc 
Tres-Chreftienne;  ayant  vcu  &:  fcrieufement  examiné  le  liure,  qui 
porte  pour  titre ,  Le  Trefor  des  merucilles  de  la  Maifon  Royale  de  Fort- 
tainehleau,  &c.  fait  &  compofé  parnoftre  chcrConfrcre  le  Père  F.' 
Pierre  Dan,  Bachelier  en  Théologie  de  la  Faculté  de  Paris  j 
Miniftre  &  Supérieur  de  noftre  Conuent  de  la  Sainde  Trinitéjfon-^ 
dé  au  Chafteau  dudit  lieu,&c.  Nous  auonslouéenluy,&approu- 
iié  fà  curicufe  recherche,  qu'il  fait paroiftre pour  la  recommanda- 
tion de  cette  Maifon  vrayement  Royale  :  &  permis  par  ces  prefentes 
de  mettre  au  iour,  &  faire  imprimer  ledit  liure.  Donné  en  noftre 
Conuent  des  Mathurins  de  Paris  dudit  Ordre  ,  fous  noftre  fcing 
manuel.^^luy  de  noftre  Secrétaire ,  &  le  contrefcel  de  noftre  genc  - 
raie  Adminiftrationj  ce  u.  lanuier  1641. 


LovYs  Geueral. 


Du  mandement  de  noftre  RcucrendiiTimé 
Pcrc  General,  R  a  l  l  e  Sccrccairc. 


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